Chronique de Pierre Desproges
7 avril 1986
Les jockeys ne se doutent pas à quel point les chevaux les détestent.
Pour quelle raison, dit [mon cheval], des amimaux comme moi, que Dieu a créés pour qu'ils broutent et baisent à l'aise dans les hautes herbes, se prendraient-ils soudain d'affection pour des petits nerveux exaltés qui leur grimpent dessus, les cravachent et leur filent des coups de pied dans le bide dans le seul but d'arriver les premiers au bout d'un chemin sans pâquerettes, pour que les chômeurs puissent claquer leurs assédiques le dimanche ? En réalité ( c'est toujours mon cheval qui parle ), le jockeys aiment les chevaux comme les charcutiers aiment les cochons. Et les chasseurs, mon cher Pierre, qui affirment sans rire qu'ils chassent parce qu'ils aiment la nature.
Tu as raison, lui dis-je, mais plus dégénéré que le chasseur, il y a. Il y a le pêcheur qui affirme que le chasseur est un tueur sans pitié, alors que lui-même accroche par la bouche et fait souffrir à mort des carpes encore plus innocentes qu'immangeables.
Y a des coups de sabots dans le gueule qui se perdent, soupira mon cheval.