Chronique de Pierre Desproges
22 avril 1986
En tant que fonctionnaire, M. Philippe Paletot représentait ce qui se fait de plus haut. Il était quelque chose comme " haut commissaire préfectoral à la présidence générale de la Direction régionale des affaires nationales " à moins que ce ne fût " président aux Hautes Affaires nationales à la préfecture directoriale des régions ". Quadragénaire hautain et portant beau, c'était un homme de devoir et de rigueur qui avait toujours su se montrer digne du prénom dont on l'avait honoré en hommage au maréchal Pétain. Humble et réservée, pieuse et cul pincé, Mme Phîlippe Paletot vivait sans éclat dans l'ombre de sa sommité dont elle dorlotait la carrière à coups de soupers rupins fort courus dans la région.
Quand M. Philippe Paletot fut muté à Paris pour d'encore plus hautes irresponsabilités fonctionnariales, cette femme de bien concocta un dîner d'adieu dont les huiles locales n'oublieraient pas de sitôt la succulence. On y convia deux députés, un procureur, un notaire, le directeur régional de FR 3, une avocate en cour, le plus proche évêque, une harpiste russe blanche, un général de brigade amant de l'avocate, ainsi qu'un peintre exilé de Cuba qui fumait l'évêque par pure singularité hormonale. Le gratin, pour tout dire, avec les nouilles en dessous car on pouvait apporter son conjoint ...