Maso

Blague du jour

 

Chronique de Pierre Desproges



6 mai 1986

La première manifestation de la nature profondément masochiste de Christian Le Martrois remonte à l'instant même de sa naissance.

Il eut bien une joie à l'âge de trois mois, quand son grand frère eut l'idée inespérée d'enduire de piment rouge la tétine de son biberon. Mais, par la suite, il comprit qu'il devait lui-même prendre en main son douloureux destin, sans plus compter sur le hasard.

La puberté de Christian restera comme un chef-d'oeuvre dans l'art secret des supplices volontaires et des souffrances de l'âme autoconsenties. À quinze ans, il avait mis au point une technique dite de l'onanismus interruptus génératrice de frustrations violentes telles qu'elles le poussaient à se taper la tête contre les murs de sa chambre qu'il avait tendus de papier de verre no 5 sur les conseils d'un vendeur du BHV ex-marcheur sur braises à l'académie des derviches émasculés volontaires de La Bourboule.

À trente-trois ans, Christian épousa une virago bavaroise dresseuse de bergers allemands au chenil la Schlag d'Oradour-sur-Glane. Dans l'intimité, elle appelait son mari Kiki, lui faisait rapporter la baballe, et l'obligeait à manger de la merde et à lire Jour de France, en écoutant le groupe Indochine.

C'était le bonheur.