Chronique de Pierre Desproges
13 mai 1986
Par parentaise, je signale aux rétifs de la gastronomie autoroutière que les Ruralies sont une manière d'auberge prétendument rustique, sise au bord de l'autoroute Aquitaine, oû l'on sert, contre beaucoup d'argent, un brouet que Jacob et Delafon ne confieraient qu'avec réticence à leurs chasse d'eau.
J'entrepris d'étaler largement l'inqualifiable pâté rosâtre sur la mie leucémique de l'ersatz farineux. Ainsi nanti, les pieds sur la table et la chaise en arrière, je me mis à glouglouter et bâfler buyamment. À mon grand étonnement, j'y pris quelque plaisir, et même pire, j'en jouis pleinement jusqu'à atteindre la torpeur béate des fins de soupers grandioses, et m'endormis en toute sérénité.
Ce qui tendrait à prouver qu'on est pas faits pour le raffinement, en tout cas pas tous les jours, et que le cochon somnole en nous.
Un qui ne me contredira pas c'est cet ami photopraphe de mode, dont l'hyperseduction anglo-saxonne draine en son lit les plus beaux mannequins du monde. Pendant ses week-ends, le bougre s'occupe à draguer le boudin charolais celluliteux entre le République et la porte Saint-Denis.