T'aurais pas un milliard en cash
Au comptoir, Robert et Jojo
Robert :
- T'as vu ça, Jojo ? Le type, là-bas... il veut un milliard de dollars. En cash.
Jojo :
- En cash ?
- En cash cash ?
- Des billets qui sentent l'encre et la magouille ?
Robert :
- Exactement. Pas de virement, pas de chèque.
- Du papier.
Jojo :
- Attends... un milliard...
- En billets de 100 dollars, ça fait combien, ça ?
Robert :
- Alors attends, j'ai compté sur le dessous de verre.
- 1 milliard, c'est 10 millions de billets de 100.
Jojo :
- Dix. Millions.
- Rien que de les compter, t'es déjà la retraite.
Robert :
- Et niveau poids...
- Un billet, c'est environ un gramme.
Jojo :
- Donc ?
Robert :
- 10 tonnes de billets.
- Pas l'idée du siècle pour voyager léger.
Jojo :
- Dix tonnes...
- C'est plus un paiement, c'est un déménagement.
Robert :
- Et encore, faut les transporter.
- Une palette de billets, c'est grosso modo 100 millions de dollars.
Jojo :
- Donc ?
Robert :
- Dix palettes.
- Alignées comme chez Casto, mais version banque centrale.
Jojo :
- Et ça, tu mets ça où ?
Robert :
- Bah...
- Un conteneur maritime, mon Jojo.
- Le même que pour les télés chinoises, sauf que là, c'est que de l'ego compressé.
Jojo :
- Et après, il fait quoi ?
- Il repart avec ça sous le bras ?
Robert :
- Tu le vois, toi, au contrôle douanier ?
- “Rien à déclarer.”
- “Juste un petit milliard, là, derrière.”
Jojo :
- Et les billets... faut les recompter.
Robert :
- Ah non mais là, c'est plus un comptable,
- c'est une armée de stagiaires,
- nourris au Red Bull et au désespoir.
Jojo :
- Et tout ça pour quoi ?
Robert :
- Pour prouver qu'il est fort.
- Parce que demander un milliard en cash, c'est pas économique...
- C'est symbolique.
Jojo :
- Ouais.
- C'est comme dire :
- “Je veux pas ton argent. Je veux que tu souffres en le transportant.”
Robert :
- Exactement.
- Un milliard en cash, c'est pas un paiement.
- C'est une mise en scène.
Jojo :
- Bah dis donc...
- À ce niveau-là, c'est plus le café du commerce.
Robert :
- Non.
- C'est le bar de la géopolitique,
- et l'addition est toujours salée.
Jojo :
- Hé, elles sont jolies tes lunettes de soleil...
Ils trinquent.