En attendant la mort

Blague du jour

 

Chronique de Pierre Desproges

Chapitre chauve



De toutes mes forces, de toute la force de mon coeur, de toute la force de mon âme, je hais les coiffeurs.

J'ai horreur qu'un gominé à gourmette me chahute le cuir chevelu avec ses grosses papattes embagouzées aux ongles éclatants de vulgarité manucurale.

J'ai horreur qu'un Brummel de gouttière me gerbe dans le cou le crachin postillonnant des réflexions de philosophie banlieusarde que lui inspirent sporadiquement la hausse du dollard, l'anus artificiel du pape, l'inappétence sexuelle de la fille Grimaldi, la montée de la violence dans les quartiers cosmopolites et l'indisciplime problématique de la raie de mon quoi ? De la raie de mon crâne.

Car, à l'instar du pou, le coiffeur est un parasite du cheveu.

Chapitre vroum



Ste-thérèse :
Je veux quitter ce monde et fondre en ton amour.
Emporte-moi, Seigneur, vers l'éternel séjour !
Le chauffeur de taxi :
Vous avez un itinéraire préféré ?

Chapitre plat



C'est pas pour me vanter, mais il fait vraiment un temps à ne pas mettre un socialiste dehors.
Même à Cannes, il fait un froid de poule, et à La Napoule un froid de canard.

Ah, ce n'est vraiment pas un jour à courtiser la gueuse sous les portes cochères.
Comme le dit judicieusement le vieux dicton berrichon : Frisquette en novembre, bistouquette en pente.

Je décidai d'aller dîner chez Maxim's avec une espèce de vache normande que j'avais l'intention de traire le soir même pour me réchauffer la libido.

En attendant le suprême vinaigrier aux écorces vermeilles - les carottes râpées, si vous préférez -, je me défonçais l'entendement au whisky d'une main, tandis que, de l'autre, j'agaçais un pis de la Blanchette qui broutait ses olives grecques en meuglant sobrement un discours météorologique consternant de banalité sans issue.

Ayant atteint un degré de jovialité éthylique nettement au-dessus de ma moyenne habituelle, je décidai finalement de trombonner ma tête de bétail sans attendre la merveille écarlate dans son lit de pommes dorées à la bruxelloise ( la francfort-frites ).
Observant un rite multimillénaire malheureusement tombé en désuétude dans les préludes amoureux contemporains, je commençais par écarter les autres mâles pissant autour de la table pour délimiter mon territoire :
Soyez mienne, maintenant, Priscilla, mon amour, dis-je au sac à bouse.

Que le lecteur m'autorise à garder pour moi la fin de ce conte de fées finement nimbé de tendresse bucolique, mais enfin ma vie privée ne regarde que moi...