Vélo Cyclotourisme Marathon Triathlon Course à pied et Endurance

Portail Sport Endurance Running


Collioure Cadaqués : Banyuls sur Mer - Collioure


Mercredi 2 mai 2018

Banyuls sur Mer - Collioure

7h30 - 12h00 Temps de trajet : 4h30

700 m de dénivelé +

Voyez ici pour le Road Book Collioure


Arrivés hier en tout début d'après-midi, je mène mes compagnons sur les traces d'Aristide Maillol. Le sculpteur a fini ses jours ici et, bien sûr, quelques unes de ses œuvres émaillent placettes et promenades de Banyuls. Le hasard de ma déambulation me fait croiser un couple d'amis. Elisabeth et Pierre font, avec une de leurs connaissances, le même périple que nous mais dans le sens historique. Ils sont partis hier de Collioure, feront une pause d'une journée à Cadaqués et finiront après Roses par rejoindre Barcelone, la capitale catalane pour y passer quelques jours. J'avais proposé à Elisabeth de faire "sentier commun" mais ses dates de vacances ne correspondaient pas aux nôtres. Nous savions l'un et l'autre que nos chemins se croiseraient à Banyuls. Pour l'instant chacun rejoint son hébergement et nous convenons de prendre un pot ensemble vers 17 heures devant le monument commémoratif à la sardane.

Nous prenons possession de notre logement, une spacieuse chambre familiale à l'hôtel "Bleu Marine". Nous visiterons la vieille ville prenant le soin, en même temps de sélectionner un restaurant pour dîner. En ce 1er mai, nombre d'entre eux sont fermés ce soir. Mais notre patience sera récompensée et la carte d'un des quatre établissements sélectionnés lors de notre préparation recevra notre assentiment. J'aurai la délicieuse surprise de me voir offrir le repas par Nicole et Jacky. Le menu de la "Vieille Cave" m'enchantera : verre de banyuls tuilé, pain aillé à la tomate, salade Serrano-tomates-oignons-poivrons confits, poêlée de Saint Jacques au banyuls blanc, polenta et ratatouille, et pour finir un carpaccio d'ananas avec sorbet citron. Délicieux !



C'est sous un beau soleil que nous remontons, ce matin, le GR 10. Ce sentier court de la Méditerranée à l'Atlantique traversant, côté français, l'ensemble du massif pyrénéen. Par des pistes et des sentiers, entre petits bois de chênes verts et vignes, nous grimpons vers les cols de les Vinyes et de Llagastera. Le chemin, parcourant le sommet de l'adret de la vallée du Rec de Pompo est bordé de genêts en fleurs. La vue sur la lointaine chapelle blanche, Notre Dame de la Salette, posée sur une éminence du versant opposé, est un enchantement dans cette lumière matinale. A plusieurs reprises le chemin coupe les lacets d'une petite route panoramique déjà parcourue à vélo en 2004. Au milieu d'un bosquet de châtaigniers, une source suinte : la Fontaine des Chasseurs.

C'est peu après le col des Gascons que nous quittons le GR 10 afin de poursuivre notre ascension vers la Batterie 500. Située à 504 m d'altitude, nous passons devant la porte d'entrée du petit fort. Il faisait partie d'un nouveau système défensif réalisé entre 1883 et 1886 dans le but de renforcer les fortifications créées pour protéger Port-Vendres devenu port militaire en 1846.

L'affaiblissement de la France, suite à la défaite de 1870-71 face à l'Allemagne, faisait craindre un nouveau conflit avec l'Espagne, toujours décidée à récupérer le Roussillon. Une petite route goudronnée nous conduit jusqu'à la Tour de Madeloc à 656 m d'altitude. Elle aussi fut, à la même époque, surélevée afin d'en faire un lieu d'observation fortifié. De ce magnifique belvédère on distingue encore les casernements de Gauche, du Centre et de Droite, reliés entre eux par une route stratégique, devenue la panoramique route des crêtes. En contrebas, au dessus de Cosprons, la Batterie de la Galline pouvait battre la voie ferrée et la route reliant Banyuls à Port-Vendres, tout comme la Batterie 500, flanquée de ses deux banquettes de tirs, pouvait du haut de son escarpement protéger le col frontalier de Banyuls.



Vigie de la Côte Vermeille, la Tour de Madeloc surveille l'horizon depuis 1285 grâce à une décision de Jacques II, roi de Majorque et Comte du Roussillon. Opposé à son frère Pierre III, le roi d'Aragon, il décida de fortifier la frontière afin de parer à une de ses invasions, mais aussi de se protéger des razzias maures et du roi de France. Elle communiquait, comme nous l'avons vu, avec ses voisines grâce à un système de feux la nuit, de fumée le jour. A quatre kilomètres à l'ouest d'ailleurs, apparaît la Tour de Massane et en arrière plan, derrière les sommets des Albères, le Pic du Canigou enneigé, bien visible malgré une distance de 50 kilomètres.

Par la crête et sur un large chemin muletier nous rejoignons la Batterie du Taillefer qui surveillait la vallée du Ravaner. La vue sur la petite cité de Collioure est "à tomber" avec, sous un franc soleil, une mer bleu azur et un panorama exceptionnel sur une grosse partie du Roussillon.



A quelques mètres sous le fortin, l'ancien casernement de Droite est reconverti en un très agréable et solitaire gîte. Le refuge Madeloc affiche sur sa façade les dates de 1885-1886. Il peut accueillir 8 personnes en autosuffisance pour l'eau et l'énergie. La descente dans un maquis touffu et particulièrement fleuri mais chahuté par une forte tramontane se fait avec Collioure et la Grande Bleue en point de mire. Nous gagnons le col de Mollo. Entre les lames de schiste, le jaune des ajoncs ou des genêts répond au rose des cistes ou au violet des lavandes papillon. Ce chemin est de toute beauté. Comment se lasser de cette vue ?



Les premiers rangs des vignes font leur retour et on voit les ouvriers s'y activer. A l'approche de la route, les troncs partiellement cicatrisés de quelques chênes-lièges témoignent de l'exploitation encore vivante de ces arbres. Ce n'est qu'à la troisième levée (ou écorçage), chacune étant espacée d'au moins 9 ans, que le liège sera susceptible de donner des bouchons. Un arbre, sur une durée de vie moyenne de 150 ans, donnera entre 12 et 15 levées.



Un petit monument funéraire borde la piste menant au col d'En Raixat. Il rappelle le décès à 23 ans d'un pompier, Luc Solé, le 24 août 1975 lors de la lutte contre un violent incendie.

Nous longeons le Fort Dugommier. Un glacis en pierre nous cache presque l'ensemble du bâtiment qui domine Collioure. Je me souviens qu'en 2013, l'exposition parisienne "Patrimoine, l'histoire en mouvement", sur les grilles du Jardin du Luxembourg entourant le Sénat, présentait, parmi d'autres, une photo de cette redoute. Depuis 20 ans une équipe de l'association REMPART déblaie et restaure avec des bénévoles français et internationaux ce monument historique. Construit entre 1846 et 1852, il s'avère à peine achevé, techniquement dépassé par les progrès de l'artillerie. Le site du fort reste clos.

Un minuscule sentier nous fait passer sur le versant nord de la crête, offrant à nos yeux une nouvelle vue sur Collioure. Mais l'œil est maintenant attiré par un superbe château, le fort Saint Elme. Perché sur un sommet dominant les ports de Collioure et Port-Vendres, il fut bâti sous Charles Quint de 1538 à 1552 sur le site d'une tour de garde du 8è siècle. La forteresse fut construite en forme d'étoile à six redans. Les pans sont inclinés de façon à empêcher les boulets de métal à faire trop de dégâts aidés en cela par… des murs de 8 mètres d'épaisseur !



A 11h30 nous entamons l'ultime descente de ce voyage. Le sentier dévale vers les vignes et les terrasse plantées d'oliviers, pour rejoindre un joli moulin à vent. En parfait état, tant à l'extérieur avec ses ailes qu'à l'intérieur avec sa machinerie en bois, le moulin de la Cortina (ou de Collioure) servit à moudre du grain de 1337 jusqu'au 19è siècle. Après une longue période de ruine, la ville le restaura et depuis 2001, il sert à la trituration des olives et à l'élaboration de l'huile de Collioure.



Le repas pris, par quelques marches d'escaliers entre les terrasses, nous achevons notre descente. Un petit bâtiment, kiosque-fumoir, construit dans un style mauresque, appelé Gloriéta, offre un havre paisible. De là, le point de vue embrasse l'ensemble du port et du vieux village où les toits s'enchevêtrent. Nous passons devant l'ancien couvent dominicain devenu cave viticole en contournant le délicieux jardin clos du musée d'Art Moderne. Ce dernier consacre une partie de ses expositions à l'art fauve dont Collioure est le berceau principal. Derrière la grille, quelques colonnades attirent le regard. Le cloître des dominicains a vécu plusieurs lieux de vie avant de retourner à Collioure. Acheté par un antiquaire en 1927, il fut installé à Anglet au Pays Basque, avant d'être racheté par la ville en 1992 et installé dans le jardin du musée en 1995. Nous débouchons sur la plage au pied du Château Royal.



En ce 2 mai, à l'heure de la pause méridienne, la présence sans transition de la foule m'agresse. Il me faut quelques minutes pour reprendre mon caractère urbain tant l'approche de la ville s'est faite en douceur et presque en solitaire, avec le privilège de n'avoir à traverser aucun faubourg disgracieux. Au ras de l'eau nous longeons le Château Royal. La hauteur et la masse des remparts est impressionnante. Si l'enceinte extérieure fut surélevée par Vauban au 17è siècle, deux grandes phases de construction avaient précédé. Au 13è siècle les rois de Majorque l'avaient reconstruit, sur un site déjà fortifié, pour en faire leur résidence d'été puis au 14è siècle les rois d'Aragon réorganisèrent les fortifications pour en faire un point de défense militaire.



Les terrasses des restaurants sont bondées ce midi, le soleil et l'absence de vent favorisant les déjeuners en plein air. Nous avançons vers l'église Notre Dame des Anges. Puisque l'église médiévale fut rasée par Vauban lors des travaux du château à la fin du 17è siècle, les consuls obtinrent de construire une église sur les récifs fermant la passe du port en s'appuyant contre le phare. Mais dans le même temps, Vauban ne veut plus de port à Collioure, lui préférant celui en baie profonde de Port-Vendres. Du fait, Collioure n'a plus besoin de phare. Il devient le clocher de l'église. Sa forme si convaincante, entre autres sources, inspira le "fantasmagorique génie dalinien". Derrière l'église, les flots battent la jetée et projettent un peu d'écume et d'embruns. Jacky repose ses genoux face au spectacle marin. Nicole et moi poussons jusqu'à la Chapelle Saint Vincent de Collioure construite en 1701 pour l'arrivée de nouvelles reliques du saint en provenance de Rome. Au bout de la jetée, le phare vert capuchonné de fer forgé veille sur l'entrée du port depuis 1886.



Il est temps de quitter le bord de mer pour les ruelles et escaliers du vieux village. La surprise viendra de l'absence totale de piétons dans cette partie escarpée de la ville. Les couleurs des façades répondent aux couleurs des rares et pittoresques barques catalanes du port, et tranchent tellement avec Cadaqués la blanche.

On ne peut que comprendre que le fauvisme soit né de ce choc lumineux. Matisse arrive ici le 16 mai 1905 avec ses cartons et ses couleurs dans la seule auberge du village, avenue de la gare chez Dame Rosette. Matisse va alors abandonner progressivement le pointillisme pour son émotion. Il invite André Derain à le rejoindre. Les deux peintres partagent une complicité et sont en quête d'un nouveau monde pictural.



De leurs pressentiments, de leur travail intense en plein air naîtra un nouveau courant pictural, le fauvisme. Les peintres ont recours à de larges aplats de couleurs, violentes, pures, vives et revendiquent en art fondé sur l'instinct. Ils séparent la couleur de sa référence à l'objet, afin d'accentuer l'expression et réagissent de manière provocatrice contre les sensations visuelles et la douceur de l'impressionnisme.

Nous verrons une dizaine de reproductions de Matisse et Derain placées in situ lors de notre déambulation dans Collioure. Dans la solitude des ruelles du Mirador, de la Caranque, de Saint Sébastien, des Degrés, de l'Egalité, les façades aux multiples couleurs éclatantes rappellent les propos provocateurs de Derain :
" Le fauvisme a été pour nous l'épreuve du feu….
Les couleurs devenaient des cartouches de dynamite.
Elles devaient décharger de la lumière".


Nous concluons cette ravissante visite du Vieux Collioure au bar des Templiers. A presque 14h00, le "coup de feu" est passé et le café désert. J'y convie spécialement mes amis.

Si déjà la demi-barque catalane servant de comptoir surprend, ce sont les murs recouverts de tableaux qui laissent pantois. Depuis trois générations, l'hôtel-restaurant les Templiers, fondé en 1925 par René Pous et son épouse Pauline suite à la reprise du modeste établissement de sa belle mère, a accueilli de nombreux artistes qui ont laissé des traces de leur passage dans cette maison unique dédiée à l'art moderne et contemporain. Près de 3.000 œuvres recouvrent les murs du bar, des cages d'escaliers, de chaque couloir et de chaque chambre. René aimait la peinture et surtout les artistes. Son ami Léopold Survage lui offrit quelques unes de ses toiles afin d'embellir ses murs. Les autres artistes suivirent. C'est la naissance de la collection Pous, désormais aux mains de Manée Pous, la petite fille de René.



Une dernière halte s'impose. Je file acheter quelques bouteilles à la cave des Dominicains afin de combler les vides, ... de mon sac à dos ! Banyuls blanc, banyuls rimage et cuvée Matisse en AOP rouge de Collioure seront du voyage de retour. Un peu avant 15h00 nous prenons les trois dernières places du car pour rejoindre le "Centre du Monde" dalinien ... la gare de Perpignan.



13 visiteurs connectés