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Vendredi 28 août 2020
Plampinet - refuge du mont Thabor
8h05 - 14h30 doit 6h25 de trajet pour 19,7 km avec 1605m de dénivelé positif et 607 m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 7h05
Voyez ici le carnet de route Plampinet - refuge du mont Thabor
Il fut impossible hier soir de négocier un petit déjeuner avant 7h30 alors que les orages sont annoncés en début d'après-midi. Les jeunes qui ont repris la gérance du bar-restaurant n'ont pas l'attitude appropriée avec les randonneurs, leur principale clientèle. On est à 7h30 précises devant la salle de restaurant. La serveuse n'ouvrira pas la porte une minute plus tôt. Elle rechigne un peu devant les thermos à remplir d'eau bouillante jusqu'à ce que je lui dise que j'avais averti hier soir son collègue. Par rapport au petit déjeuner d'hier, c'est un sérieux cran en dessous. Le pain se doit d'être toasté, sinon c'est mou. Peu de confitures, pas de miel !
Départ 8h05, on remonte la Clarée en rive gauche en coupant quelques couloirs descendant du Sommet du Guiau. Une avalanche a dû même sérieusement descendre de ses flancs pour passer la Clarée et remonter sur le flanc opposé de la vallée, soufflant et cassant de nombreux pins. Le GR 5B quitte le fond de la vallée pour monter vers le col de l'Échelle.
Côté météo, l'altimètre avait gagné hier soir 60 mètres, ce matin il est resté stable et le ciel est pour l'instant bien dégagé.
À l'ombre, bénéficiant de la fraicheur matinale, l'ascension se fait à bon rythme. Lors du croisement de la route du col, deux camping-caristes sont attablés au petit-déjeuner, un feu de camp à côté d'eux ... à moins de 50 mètres d'un panneau routier interdisant les feux. Fin nez, Stéphane avait repéré l'odeur du feu bien avant de le voir. Immatriculés dans l'Hérault, ce n'est pas comme s'ils ne connaissaient pas les risques des incendies de forêt. J'irai leur faire la remarque, tout en leur signalant que régulièrement la gendarmerie patrouille ce col, point de passage des migrants ces derniers mois depuis la sévère restriction imposée sur la vallée de la Roya et Vintimille. Si le col de l'Échelle avait fait au printemps 2018 la une de l'actualité avec une manifestation anti-migrants (soldée par de lourdes amendes et de la prison ferme), il reste par sa proximité avec la gare de Bardonecchia, un point de passage vers la France, d'autant plus dangereux l'hiver car le col est alors fermé et non déneigé.
L'Échelle avait déjà eu la primeur des gros titres dans les années 1970 lorsqu'il était question d'un projet de voie rapide Marseille-Turin et d'un tunnel sous le col de l'Échelle. Le 13 août 1974, à Briançon, Emilie Carles réussit à réunir 300 manifestants et treize tracteurs en pleine période de fenaison pour protester contre ce projet. Une première conférence de presse eut lieu à Paris en 1975 où elle affirma le devoir absolu de protéger la nature. En 1976, le projet fut abandonné et la vallée de la Clarée fut classée en 1992.
En parallèle avec ce combat, Emilie Carles publia en février 1978 "Une soupe aux herbes sauvages". Immense succès, tiré à plus d'un million d'exemplaires, elle y racontait sa vie et celle de sa vallée.
Le soleil finit par gagner notre sentier. Joli, il zigzague dans un agréable bois de pins cembros et s'élève toujours sur les flancs du Bois de Saint-Hippolyte séparant la Vallée Etroite de la vallée de la Clarée. Depuis la séparation du GR 5B, on emprunte désormais de GR 57 qui gagne le pied de l'Aiguille Rouge. Un groupe accompagné y monte d'ailleurs.
Nous gagnons en descente le vallon des Thures et retrouvons notre trace effectuée en septembre 2018. Le berger a lâché ses moutons vers le lac Bellety. On y rejoint un jeune couple qui fait le tour du Mont Thabor, désirant camper ce soir et dormir en refuge samedi soir. Avec la météo qui s'annonce, je leur souhaite bon courage. On les retrouvera en milieu d'après-midi à l'accueil de notre refuge. Ils avaient changé leur programme et c'est heureux !
Quelques rayons de soleil arrivent encore à percer les nuages. Le ciel s'est bien chargé en l'espace d'une heure. Un petit arrêt à la stèle posée au col, Joseph Giavelli fut berger au vallon des Thures de 1969 à 2005. Je fais quelques photos du lac Chavillon, mais le vent lui a fait perdre son miroir. Les reflets des monts Thabor, du Grand et Petit Séru sont flous.
Le col des Thures franchi, nous prenons la direction des Granges de la Vallée Etroite. Sur un très beau sentier forestier, remanié depuis quelques années, les pentes raides ont été aménagées avec de larges lacets. C'est très confortable pour le marcheur. À chaque ouverture entre les arbres, la vue sur les Rois Mages m'émeut. C'est splendide ! Les Pointes Balthazar, Melchior et Gaspard forment un très beau trio de falaises dolomitiques, malheureusement désormais sans soleil.
Nous passons devant le refuge Terzo Alpini. Il porte le nom du troisième régiment alpin de l'armée italienne. Après avoir appartenu au Club Alpin Italien (CAI) jusqu'en 1947 puis au Club Alpin Français (CAF), ce dernier le rétrocéda au précédent pour un franc symbolique en 1970 (les terres communales avaient été rendues dès 1954). Il est désormais privé depuis 2006 suite à sa vente par le CAI. Car ici aussi, le territoire fut cédé à la France le 10 février 1947. Les 47 km2 de la Vallée Étroite furent annexés à la commune de Névache, les 17 km2 du Chaberton rejoignaient celle de Montgenèvre. Mais si les noms des hameaux ont une consonance française, ils n'ont pas pour autant été francisés suite au traité de Paris. Ici, tout respire l'Italie. Même le téléphone reste au préfixe italien et surtout l'hiver, avec le col de l'Échelle fermé, la vallée n'est reliée qu'avec Bardonecchia, cité posée à la sortie, côté italien, du tunnel du Fréjus.
Je retrouve les jolis chalets des Granges, le refuge I Re Magi, mais aussi la foule des touristes italiens venus en voiture du bas de la vallée.
On remonte la vallée, passons devant le petit oratoire San Bartoloméo et bifurquons pour aller au lac Vert. Sa coloration spécifique est due à la présence d'algues recouvrant son fond ainsi qu'à sa faible profondeur. Entièrement entouré de forêt, le lac est parsemé d'arbres morts s'entrecroisant.
Bien sûr, nous ne sommes pas seuls et les Italiens sont particulièrement volubiles, mais le site est si exceptionnel qu'il serait dommage de l'éviter pour cause de foule. On y déjeune de 12h à 12h25 et profiterons des quelques trouées dans les nuages pour faire des photos avec le soleil.
On repart vers le pont de la Fonderie. Ce dernier rappelle la présence d'une forge pour l'usinage du fer extrait de la mine du Blanchet située 200 mètres au-dessus et exploitée dès le 18e siècle et jusqu'en 1950. La forge disparue, le minerai alimenta les hauts fourneaux de Cogne dans le val d'Aoste, propriété de la FIAT.
Le pont franchi nous quittons la foule. Il reste 1h45 jusqu'au col de la Vallée Étroite. La montée se raidit pour passer le seuil de la Plaine de Tavernette. Vers 13h30 les premières gouttes de pluie arrivent alors que le tonnerre craque sur les Écrins et la Guisane. Rapidement, on équipe le sac à dos de sur-sac et le randonneur de pantalon et de veste de pluie. Puis, alors que la pluie s'était arrêtée quelques minutes, une seconde vague bien plus forte arrive. Je sors le parapluie, car le vent est tombé. À 14h15, nous franchissons le col de la Vallée Étroite. Il reste 15 minutes pour rejoindre le refuge du mont Thabor.
Relativement récent, il fut construit en 1979 et inauguré le 22 juin 1980. Il venait combler un vide entre Modane et la Vallée Étroite, nécessitant alors une longue étape sur le GR 5. Mais le secteur, dans la zone de protection du champ de tir des Rochilles retardera longtemps la construction d'un refuge. L'emplacement idéal aurait été le col de la Vallée Étroite, lieu de passage du GR 5. Mais pour toucher les subventions nécessaires à sa construction, il devait se situer à une altitude supérieure à 2500 m. Ceci explique l'altitude du refuge du mont Thabor (2502 m) ainsi que son retrait par rapport au col, avec ses 15 minutes de marche hors GR.
Une équipe jeune, dynamique, souriante, sympathique tient le refuge. Les différents groupes ont des dortoirs dédiés et nous bénéficions d'un grand dortoir pour nous deux et un randonneur solitaire. L'après-midi s'écoule tranquillement en discutant avec le jeune couple rencontré aux Thures et notre colocataire. Les premiers, sur le tour du Mont Thabor ont décidé, avec la pluie de demain, de rentrer directement, sans faire le sommet. Le second, qui bivouaque aussi en temps normal, ira probablement dormir aux Granges de la Vallée Étroite dans l'un des deux refuges. On parle Alpes du sud, Queyras, Ubaye, Mercantour, Piémont italien mais aussi Val d'Aoste. C'est d'ailleurs le prochain projet de notre voisin de dortoir. Douche chaude, bière, tarte à la rhubarbe sauvage tandis que le poêle à bois ronronne dans la salle commune.
On dine accompagné de deux Irlandais dont l'un vit en région parisienne et randonne avec son frère qui lui vit ...en Écosse. On parle un peu Brexit mais surtout parcours, car ils cherchent la meilleure option pour gagner le refuge de Buffère, Briançon puis Furfande afin de finir vers Gap.
Au menu de ce soir : soupe, salade de chou, chili con carne végétal ... de quoi rire du nom et brownie. Ici la prise en compte de la météo n'est pas un vain mot et un point est fait avant le dessert par l'un des gardiens.
À suivre, Refuge du mont Thabor - refuge de l'Orgère
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