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Traversée des Alpes du Nord Refuge de Rosuel - refuge de la Balme Tarentaise


Mercredi 2 septembre 2020
Refuge de Rosuel - refuge de la Balme-Tarentaise
7h50 - 14h55 soit 7h05 de trajet pour 25,5 km avec 1389 m de dénivelé positif et 936 m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 8h30

Voyez ici le carnet de route refuge de Rosuel - refuge de la Balme-Tarentaise

Le couple allemand, qui dinait avec nous hier soir, cherchait à acheter une cartouche de gaz pour son réchaud (il bivouaque de temps en temps). Les magasins de sport de Tignes-le-Lac pouvaient peut-être la leur fournir, mais seule Modane était sûre. Ce matin, Béatrice leur offre une cartouche Primus. Devant leur offre de rémunération, elle leur demandera simplement de lui envoyer un "magnet" du lac de Constance, leur lieu de résidence. Vraiment gentille et empathique cette jeune femme !
Départ 7h50, on a un peu trainé dans ce creuset de gentillesse. Nous reprenons la descente de la vallée du Ponturin en changeant de rive. Le premier hameau des Lanches présente de jolies maisons.


Peisey Nancroix, les Lanches

Ces anciennes fermes conservent encore de nombreux éléments architecturaux caractéristiques de leurs fonctions passées. Tout d'abord, ici, toutes les maisons sont orientées dans le sens de la pente afin de présenter leur pignon à l'amont. En effet, elles sont situées au bas d'un cône surplombé de plus de 1800 mètres par le Sommet de Bellecôte et ses nombreux couloirs. Les tournes occupent l'amont des maisons les plus exposées et sont en terre. L'accès à la grange à foin, ne pouvant se faire par le haut de la pente, comme souvent, est déporté en façade et présente une pente donnant sur la double porte du fenil. Il reste encore quelques balcons souvent utilisés à l'époque pour finir le mûrissement des gerbes de céréales (principalement du seigle à cette altitude). On trouve même une "boïda", petit édifice semi-enterré dans la pente recouvert de terre et d'herbe afin d'y garder la fraicheur pour la conservation du lait et du fromage. Le degré d'humidité y était très étudié grâce souvent à la présence d'une source ou d'un filet d'eau courant à l'intérieur de ces caves.

On admire ces vieilles constructions tant et si bien qu'on rate la bifurcation. Quelques mètres en aller-retour et on retrouve notre chemin. Nous prenons la direction du site de la mine de Peisey-Nancroix. Un sentier muséographique permet de mieux lire le site et ses divers bâtiments.


Peisey Nancroix, les Lanches, le Palais

Des filons de plomb argentifère furent découverts à Peisey en 1644, mais l'exploitation ne débuta vraiment qu'au 18e siècle. De 1745 à 1866 (date de sa fermeture), la moyenne annuelle d'extraction fut de 190 tonnes de plomb et 370 kg d'argent. En 1832, la mine occupait 270 ouvriers, entre l'exploitation de la mine, la transformation du minerai et les emplois indirects comme on les nomme maintenant. Mais rien de plus normal pour un site minier. Ce qui l'est moins, c'est qu'en 1802 fut fondée ici l'"École Pratique des Mines du Mont Blanc", nom du département de la Savoie à cette époque. Les élèves ingénieurs qui sortaient principalement de l'École Polytechnique suivaient leurs cours théoriques à Moûtiers, la mine de Peisey servant pour les travaux pratiques. Pendant les douze années (1802 - 1814) que dura cette expérience (la Savoie redevint sarde à la chute de l'Empire) une soixantaine d'ingénieurs fut formée sur ce site. En 1814, l'école fut transférée à Paris. Moûtiers et Peisey, ce petit village de la montagne tarentaise, furent donc durant le Consulat et l'Empire à l'origine de ce corps des Mines, un des principaux corps formant les hauts-fonctionnaires et de nombreux dirigeants d'entreprises.
Le chemin qui suit ce parcours éducatif descend le long du torrent passant sous le hameau de la Chénarie. Quelques effluves d'eaux usées surprennent et agressent nos narines. Étonnant, mais l'odeur se confirmera plusieurs fois. Nous traversons le Ponturin au hameau du Moulin. La toponymie est facile à saisir et un ancien moulin est situé rive gauche un peu à l'écart des furies du torrent. Il a même conservé son ancien canal d'amenée. Il existait même deux moulins ; ne reste que le moulin à Rosat, devenu résidence secondaire. L'eau faisait fonctionner la meule et on y faisait le pain. En 1912, une avalanche, descendue pendant la nuit, ensevelit le moulin et son meunier Gustave. Son aide le découvrit, tout étonné, après avoir dégagé la neige avec les voisins. Gustave, qui n'avait rien entendu, avait juste trouvé ... la nuit un peu longue !
Une scierie et une forge usaient aussi de la force du Ponturin. Nous remontons la rue du hameau, passant devant la chapelle Saint-Grat... invoqué pour protéger les récoltes des nuisibles, rongeurs et insectes.

Peisey NancroixPeisey est un joli village. La Poste est restée, sur un plan extérieur, dans son jus de 1913 et offre une jolie façade aux entourages de briques et carreaux vernissés.
Plusieurs commerces de bouche sont ouverts et leur proximité peut être source d'un éventuel ravitaillement par le randonneur.
La piste forestière prend le relais du bitume. Mais cette dernière devient légèrement ascendante. Nous qui pensions devoir descendre jusqu'à l'Isère, sortons la carte pour vérifier. C'est bon !
On dévale longuement en forêt. Peu à peu, la végétation change. Les prés, les haies donnent un petit air de bocage, de campagne.
Quelques trouées dans les bois permettent d'apercevoir le versant opposé de la vallée, bien au soleil. Ce sera notre lieu d'ascension cet après-midi.


Landry
Ayant pris un peu de retard dans la descente, j'arrive à l'église de Landry en pensant y voir Stéphane. Personne. Je poursuis mon chemin. Un peu hésitation dans Landry où je questionne un habitant. Je traverse le village, longe quelques minutes la route, traverse la voie ferrée et me retrouve sur la voie verte bordant l'Isère.
La pêche y est réglementée : un poisson par pêcheur d'une taille minimale de 23 cm et un hameçon sans ardillon. Je traverse la rivière à Bellentre et remonte vers l'église. 11h00 sonnent au clocher à bulbe.
Les clochers de Bellentre et Landry ont une ressemblance très marquée avec ceux que l'on peut voir en Autriche et en Bavière. Ce n'est pas un hasard puisque ce secteur géographique a connu une forte émigration vers ces contrées à partir du 17e siècle, Certains migrants revenus au village y ont introduit cette tendance architecturale d'inspiration germanique et contribué financièrement, fortune faite, à leur édification.
Un spot wifi me retient et j'y attendrai Stéphane en envoyant quelques photos aux amis. Sans le savoir, je l'ai doublé sur un endroit où il est sorti du balisage.


Valezan

On attaque sous l'astre solaire la montée des Versants du ... soleil. C'est l'autre nom de la Côte d'Aime donné à cet adret. Nous grimpons sur d'anciens sentiers. Ces derniers, ombragés par les haies comme dans une région bocagère, reliaient les hameaux et les villages. On remercie les anciens d'avoir planté des arbres en bordure de champs. Nous déjeunons à Valezan, joli village avec ses maisons anciennes et ses jardins potagers. On s'installe à l'ombre sur les marches de l'église le temps du pique-nique.


Valezan
Si 500 mètres de dénivelé ont déjà été franchis depuis le passage de l'Isère, il reste encore 800 mètres à grimper cet après-midi.
Une végétation plus clairsemée et sèche borde le GR. Sur un églantier, une belle grande sauterelle verte a élu domicile sur un bédégar. Le côté rouge de cette galle donne un joli contrepoint au vert de l'insecte.


Bédégar et grande sauterelle verte

Le cynips du rosier, minuscule hyménoptère, pond ses œufs dans le tissu des rosiers et des églantiers (rosiers sauvages), provoquant la formation d'une galle chevelue plus ou moins rougeâtre et d'un diamètre de 3 à 4 cm voire plus suivant le nombre de larves contenues de cette petite guêpe de 5mm de couleur noire.


Nous verrons aussi sur ce versant méridional nos premiers lézards du circuit. Ce seront d'ailleurs les derniers, ne retrouvant pas de terrains aussi secs et chauds jusqu'au Léman.

La Lance, les Fours, il reste encore quelques hameaux avec d'anciens chalets d'alpage. Les asperseurs fonctionnent dans les prairies pour la pousse du regain. Parfois un ruisseau gargouille le long du chemin, en fait ce sont de petits canaux d'irrigation.


la Plagne Tarentaise, les Fours
Nous l'avons constaté, le versant droit du bassin d'Aime offre une exposition maximale au soleil. Aussi cet adret fut de longue date (dès la fin du Moyen-âge) parcouru de petits canaux d'irrigation creusés dans la terre et le roc. Ils servaient à distribuer l'eau captée dans la montagne sur les différentes parcelles cultivées (prés, champs, vergers, jardins...). Une partie du débit de l'Ormente (le torrent que nous remonterons en fin d'étape) est déviée, alimentant des biefs dits d'"amenée".
Ces derniers distribuaient tout un réseau secondaire de canaux dits "de répartition". Fonctionnant à bas débit de septembre à juin, ils étaient "chargés" à leur capacité maximale l'été. En plus de l'irrigation, ils alimentaient les roues des moulins à grain, à chanvre, à chaux, les aciéries mais aussi parfois les pompes à bras des pompiers. L'entretien des biefs était assuré par un système de "corvées" calculé sur la base du cheptel possédé : une vache, une journée de corvée annuelle, une génisse, une demi-journée. Nous croiserons deux de ces biefs d'amenée : celui de Valezan long de 4,5 km avec une pente de 38 mm par mètre et celui des Chapelles long de 7,5 km avec 27 mm de dénivelé par mètre.


la Côte d'Aime, Forand
Le tracé du GR a été changé et, au lieu de suivre le canal d'irrigation des Chapelles, passant par les Plans d'en bas le balisage mène au Bon Pas et rejoint l'ancien tracé à la sortie de la forêt près de la chapelle Saint Guérin.
C'est d'ailleurs ici, à l'altitude 1605m que le canal de Valezan se branche sur l'Ormente. Le canal des Chapelles prend, lui, son eau un peu plus haut face au hameau de Forand à 1630 m d'altitude.

la Côte d'Aime, Pierra MentaLes épicéas et les verts pâturages d'altitude donnent un vrai cachet savoyard au décor. Il nous reste encore 400 mètres de dénivelé à grimper, en remontant le cours de l'Ormente. C'est un vallon un peu serré que j'ai vu en hiver en raquettes. Les parois "purgeaient" régulièrement leur excès de neige et bien-sûr nous n'avions pas été plus loin que la chapelle Saint-Guérin.

Il nous faudra une heure pour gagner le refuge de la Balme-Tarentaise. Il apparaitra sur le flanc gauche de la vallée en même temps que l'emblématique monolithe du Beaufortain, la Pierra Menta. La piste fait un large virage au pied de la Pointe de Gargan et par un dernier ressaut arrive au refuge. À 14h55 on dépose nos sacs à dos et allons voir les gardiens. Ils partent jusqu'à 16h00 piocher le chemin. On en profitera pour prendre notre douche avant l'arrivée d'autres randonneurs. Vent et soleil sèchent rapidement la lessive et on s'installe à l'abri du courant d'air sur une des tables de la terrasse. Ce soir le refuge est relativement plein car celui de Presset, situé à une heure au-dessus affiche complet. Au retour des gardiens, nous devrons répondre que nous ne sommes en rien responsables de l'envolée de leurs draps, ayant nous-mêmes dans nos sacs nos propres épingles à linge.


la Côte d'Aime, Refuge de la Balme Tarentaise
Le hasard du chemin fera que Stéphane retrouve ici la fille d'Yvan, un de ses amis, responsable à la Ligue de Protection des Oiseaux. Clara et son compagnon Benjamin font le tour du Beaufortain. Ils ont dû redescendre ici, n'ayant pas de place au refuge de Presset. Ils avaient d'ailleurs remanié leur parcours devant la fermeture d'un refuge privé pour cause de Covid, le refuge des Arolles. Sur le GR 5, nous n'avons ou nous n'aurons pas eu ce souci. Tout était ouvert.
Ce soir, si les tables sont relativement séparées entre les différents groupes, nous serons onze ou douze dans le dortoir. Quid Covid ?



À suivre, Refuge de la Balme-Tarentaise - refuge de la Croix du Bonhomme

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