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Récit de cyclo-camping | ||
Italie 1997"La vie, c'est comme à vélo, si tu roules en regardant trop souvent derrière toi, tu te casses la gueule !"Citation personnelle. Curieusement, malgré les douloureuses ascensions du Lautaret ( 2058m) et de l'Izoard (2360m) effectuées durant ces deux derniers jours, ma forme et ma motivation sont à leur comble ce matin : l'Italie n'est plus très loin et le passage de la frontière est au programme de cette radieuse journée. Perspective nouvelle qui me met en goguette. Je m'exalte en quittant le camping de Moline-en-Queyras pour me diriger survolté vers la botte, avec en point de mire : la redoutable ascension du col Agnel perché à 2744m ... " que je faiblisse si je trépasse ! ", me dis-je in petto comme pour conjurer mes appréhensions et leur couper l'herbe sous les pieds. Malgré un fourniment qui doit afficher ses 40 kg au pied du col, je m'élance vers mon rêve et dévore les premiers pourcentages avec une pugnacité qui m'étonne moi-même. Une famille italienne petit-déjeune sur le bas-côté alors que je mords à pleines dents voraces dans un Agnel plus glacial que frais. " sa dove si trova il campeghio il più vicino ? " "Non c'è campeghio qui ! " . " sa dove si trova il campeghio il più vicino ? " Elle semble subitement interloquée par l' incongruité de ma question à une heure aussi tardive, fait mine de s'escaver la mémoire, puis m'annonce sur un ton tant désarmé que craintif : " non so più il nome del campeghio, ma c'è ne uno ! " Ouais, bon. Encore une qui sera incapable de m'informer. Elle s'excuse et me plante là, seul avec mon désespoir en bandoulière. Je sens le bitume se dérober et fondre sous mes pneus. Tout à coup, elle revient sur ses pas en courant . Cette fois-ci, c'est moi qui suis interloqué . Que lui arrive-t-il ? Va-t-elle me sauter au cou ? " Villa Rey ! penso che si chiama Villa Rey ! " me crie-t-elle le souffle court. Elle bafouille quelques bribes d'explications et m'indique d'un doigt vague la procédure à suivre et la direction d'un raidillon. Peut-être un espoir ... à 1h00 du mat, c' est inespéré ! Mes reins et mes pieds sont brisés, mais je suis fermement décidé à passer la nuit dans un camping. Pas question de dormir dans une rue de Turin ! Coûte que coûte, fatigue ou pas, je gravis ce dur et interminable raidillon. Camping fantôme. Où est Villa Rey ? Help me bella donna ! J' ai pourtant l'impression d'avoir suivi toutes les instructions à la lettre ... Des larmes d' énervement et de fatigue perlent sur mes joues de cyclorandonneur aux abois. Me voilà maintenant en direction de Superga.170 km dans les jarrets. 10 heures de route. Une faim et une soif à vous tordre l'estomac comme une vieille serpillère, mais toujours pas l'ombre d'un camping ! Au bord de l'épuisement, je pénètre clandestinement dans un pré sur le coup de 2 heures 00 du matin, plante ma tente, enfourne hâtivement quatre yaourts et cherche un vain sommeil dans la crasse collante et poisseuse d'une étape bien éprouvante. 5h00. Je suis réveillé par un troupeau de sangliers qui passe à une enjambée de ma modeste et précaire demeure. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. Non. Je ne rêve pas. Je retiens ma respiration, en priant pour que la longue procession porcine ne me passe pas sur le corps. Quelle nuit ! 6h30. Je me lève d'un bond, comme un automate et plie ma canadienne, la crainte de me faire chasser du pré où j'ai élu domicile chevillée au ventre ! "Courage, fuyons ! " Je quitte ma prairie furtivement, les yeux chargés de sommeil et les nerfs à vif, pour rejoindre Montcalieri on ne peut plus fièvreusement. Mes deux gourdas sont vides depuis la veille. Ma gorge est sèche. Tous les cimetières et toutes les boutiques sont clos à cette heure dominicale matinale. C'est à peine si je tiens encore sur ma selle ! Ma décision est inflexible en ce doux matin d'août : devant tant d'hostilité : retour en France illico presto ! Italia, basta ! .... | ||
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