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Collioure Cadaqués : Llançà - Cerbère


Lundi 30 avril 2018

Llançà - Cerbère

6h55 de trajet - 8h30 - 15h25

400 m de dénivelé+

Voyez ici pour le Road Book Cerbère

Le beau temps est revenu sur notre "Cami de Ronda", le GR 92. Cap sur la France pour ce soir ! Quittant le centre médiéval de Llançà, nous rejoignons la Platja del Port et retrouvons le bord de la mer. La plage et la Pointe de Grifeu passées, la pression immobilière des résidences et hôtels se fait moins présente.




Si le sentier coupe la presqu'île du Cap de Ras, nous contournons dans une chaude lumière matinale cette avancée rocheuse où l'érosion éolienne et marine sculpte les rochers de multiples alvéoles. La vue depuis les anciens bunkers de l'époque franquiste sur la baie de Garbet, libre de lotissements, inspire le calme, la paix, la sérénité, à mille lieux de ces sombres bâtisses. Les vignobles et les pinèdes occupent les collines environnantes, les sommets frontaliers se découpent à l'horizon, l'absence de vent et le bruit du ressac apaisent.




Après quelques pas sur le sable de la plage del Borro, que les nudistes ont désertée, une légère remontée nous offre pour bénéfice la vue aérienne sur la plage de galets de Garbet. A l'origine, je voulais suivre la mer en contournant par l'est la Montagne des Canons (ces derniers appartenaient à des navires de l'Armada espagnole qui coulèrent sur cette côte durant l'hiver 1793). Mais une clôture interdit le passage hors-eau. En effet le chemin se fait sur quelques dizaines de mètres dans les rochers plus ou moins immergés. A la jumelle, du haut de notre promontoire, nous observons plusieurs randonneurs tenter le passage pour finalement renoncer et faire demi-tour. La propriété étant entièrement close, nous passerons, comme le GR 92, par le Coll de Sant Antoni pour plonger sur Colera.




Le village est assoupi, presque désert. Quelques maisons ont de jolies façades de couleur bleu clair mais le blanc prédomine, rendant sous le ciel bleu ce sentiment d'évasion encore plus prégnant. On verrait débouler près de l'église paroissiale à la blancheur aveuglante un cavalier avec un sombrero qu'on n'en serait que partiellement surpris.


Sur un long éperon rocailleux, une forte ascension nous mène à un chemin en balcon surplombant toute baie de Colera. Dominée par le Puig del Falco et le Puig Pelat, la vue panoramique est splendide. Le maquis a colonisé les anciennes terrasses de culture. En cette fin avril, sur ce flanc sud, les fleurs sont multiples et déjà les parfums de lavande, de romarin, de thym exhalent.




Au Coll del Frare (205 m), nous découvrons, contiguë au petit bourg, l'immense gare de Portbou et ses nombreuses voie ferrées. Inaugurée en 1929, lors de l'exposition universelle de Barcelone, cette gare est le terminus des trains venant du réseau français dont l'écartement des voies (1435 mm) diffère de celui des voies ibériques (1668 mm). Elle est exploitée conjointement avec la gare de Cerbère qui est, elle, le terminus des trains espagnols. Ici se font les opérations de transbordement d'un train à l'autre. Containers, citernes, autos, changent de wagons sous les portiques. L'immense marquise du bâtiment "voyageurs" symbolise, à elle seule, l'intense activité qu'il y avait auparavant.




Le sentier descend vers le village et passe sur la bouche nord des tunnels de l'actuelle N 260. On accède au centre ville par l'un des nombreux escaliers dévalant des collines vers le port de Portbou (port des barques en catalan).

Nous pique-niquons à l'extrémité de la Rambla de Catalunya dans les effluves des pittosporums.

A l'issue de notre déjeuner, partis sur de mauvaises bases et après moult errements, nous finirons par trouver le balisage du chemin menant au col frontalier des Balitres.

Au sommet un mémorial rend hommage aux 140.000 hommes, femmes, enfants, républicains espagnols qui, entre le 28 janvier et le 10 février 1939, ont dû prendre le chemin de l'exil (la Retirada) après 3 ans de guerre contre le franquisme. Au total ce furent près d'un demi-million de gens qui, de janvier à juin 1939, franchirent les Pyrénées, fuyant le régime de Franco et sa répression. Si ma mémoire occulte parfois ces sombres événements, des oeuvres comme "Guernica" de Pablo Picasso ou "Pour qui sonne le glas" d'Ernest Hemingway, inspirées par les 3 ans de cette guerre civile, entretiennent le souvenir.

Nous franchissons la frontière. Une vieille bâtisse dégradée, rendue aux "graffeurs" et autres peintres de bâtiments marque encore l'emplacement du poste de douane. Sous nos pieds, un tunnel ferroviaire transfrontalier relie Portbou à Cerbère depuis 1878. Il possède des voies au double écartement : la voie de droite (côté mer) est normale, la voie de gauche (côté montagne) est au large gabarit ibérique. Nous dominons les trente hectares de la gare. Ici pas de transbordement. Les voies en impasse servent au stockage des convois en attendant le changement d'essieux. Exécutée grâce au soulèvement complet du wagon et aux doubles rails sous les portiques, cette opération dure une vingtaine de minutes pour chaque wagon de marchandises.




Plutôt que de descendre directement sur le village on file vers l'est et le Cap Cerbère. Une forêt de cèdres est en train de coloniser le versement septentrional et une profusion de fleurs égaient le site. Cistes, lavandes, asphodèles, marguerites, ajoncs, armérias et tant d'autres inconnues garnissent les flancs du Puig de Cervera.

La lavande stoechas ou papillon est une des plus florifères. J'ai d'ailleurs récemment appris que son nom scientifique était l'ancien nom donné par les marseillais, et surtout les anciens marins grecs, aux trois îles d'Hyères, les Stoëchades.




La sente frontalière du sommet des falaises de la Punta del Falco, nous offre une dernière vue sur Portbou avant de bifurquer plein nord. Nous touchons l'avant dernière borne, la "numéro 601", résultant comme les autres, de l'issue du traité des Pyrénées signé le 7 novembre 1659, reconnaissant la domination française sur les régions de Catalogne situées au nord des Pyrénées. Nous ne verrons pas la 602. La dernière borne se situe à l'intérieur d'une grotte marine, la Cava de Foradada, passage à fleur d'eau sous la Punta de l'Ocell. Leurs mises en place se firent à l'issue du décret impérial du 25 janvier 1869 suite aux travaux de commissaires français et espagnols publiés le 26 mai 1866.




Le chemin longe les abrupts dominant la Plage du Minerai. Il nous conduira à un petit phare d'une dizaine de mètres de hauteur. Situé sur le promontoire du Cap Cerbère, il trône ici depuis 1982 en remplacement du vieux feu du port. Alimenté par des cellules photovoltaïques, son éclat blanc, toutes les 4 secondes, a une portée de 15 miles nautiques (environ 28 km).

Arrivés à destination, nous aurons la surprise d'être logés à l'hôtel la Vigie, alors que nous avions, pour une raison pécuniaire, réservé l'annexe. La patronne nous attribua une chambre familiale magnifique avec balcon dominant la mer et surplombant la falaise au sommet de laquelle l'hôtel est bâti.

Douchés, changés, nous partons visiter cette petite cité. Si elle n'a aucune beauté, elle est même par endroit laide, elle possède quelques éléments de patrimoine bâti et historique intéressants. Devant la plage je retrouve l'hôtel-restaurant, la Dorade, à la façade peinte de vives couleurs. Son bar garde toujours la touche Art déco de sa création en 1929. J'ai souvenir d'y avoir mangé et dormi, en mai 2004, avec mon copain Michel lors de notre dernière randonnée cyclotouriste itinérante. Durant les 20 années précédentes, nous avions sillonné la France sur nos vélos. Chaque séjour durait une semaine environ. Ce dernier voyage de 11 jours nous fit découvrir les Pyrénées de l'Ariège à la Méditerranée.


Nous remontons vers la sortie de la ville, grimpons quelques escaliers, traversons l'étonnante cité Mary au charme désuet pour retrouver le long des voies ferrées un étonnant bâtiment Art déco, classé monument historique en 2002. L'hôtel le Belvédère du Rayon Vert fut construit de 1928 à 1932 par l'architecte Léon Baille. Première construction en béton armé du monde, son architecture s'est inspirée des paquebots de l'époque. Sa surface triangulaire avec une proue, ses coursives arrondies, un toit terrasse avec un escalier comme une cheminée de navire, tout est inspiré de l'architecture navale. Restaurant, bar, casino, salle de bal et de spectacle, court de tennis sur le toit terrasse, tout avait été pensé pour satisfaire les voyageurs en attente de visa ou effectuant un changement de train pour l'Espagne. Désormais quelques appartements s'y louent et un service adapté permet d'organiser événements privés ou séminaires.

Au pied du viaduc, près d'un vieux wagon espagnol de marchandises, se dresse la réplique du monument aux transbordeuses d'oranges. Il fallait cinq personnes pour transférer les marchandises d'un wagon espagnol à son pendant français; deux videuses, trois remplisseuses. Les paniers pouvaient contenir jusqu'à 20 kilos d'agrumes. En 1930 l'activité connaît un grand boum. Il sera transbordé jusqu'à un million de tonnes d'oranges. Mais s'il est une date à retenir, c'est celle du 26 février 1906, première grève féminine connue. Le soir même, les revendications étaient satisfaites ! Des tensions persisteront avec les employeurs et même entre les ouvrières, toute l'année 1906.

Deux statues identiques existent à Cerbère. Celle ci est en résine, celle en bronze est située "Placette des transbordeuses" près de la Poste.



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