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Lundi 2 septembre 2019
Saint Dalmas Valdeblore Longon
7h00 - 14h45, soit 7h45 de trajet avec un dénivelé positif de 1727 m et un dénivelé négatif de 1 124 m
Voyez ici le Road Book de Saint Dalmas Valdeblore au Refuge de Longon et la trace GPS Saint Dalmas Valdeblore Longon.
Lever 6h10 pour un petit déjeuner à 6h30. L'étape est longue : 8h25 en temps topo et plus de 1700 m de dénivelé positif. Ça laisse présumer une arrivée vers 15h30.
Le ciel est bien dégagé et le vent nul. Mais, à 7h00, à la cloche sonnante de l'église, la fraîcheur matinale rend nécessaire le port de la polaire. Nous descendons par le probable ancien sentier muletier vers le fond de la vallée du Bramafou. Notre trace est directe alors que la route départementale descend en zigzag. Régulièrement, nous coupons ses lacets dans les différents hameaux de Valdeblore. Défilent la Roche et la Boline où nous frôlons l'église Saint Jacques, fermée bien sûr à cette heure matinale.
Nous dévalons en forêt par un sentier empierré vers un petit pont franchissant le torrent du Gros. On se découvre, car nous allons remonter, mais surtout être exposés sur un flanc sud dénommé Les Vignes. Sûr que ce coteau reçoit le soleil et sait le restituer. Heureusement il est encore tôt. La montée vers le village de Rimplas se fait à un bon train.
La chapelle Saint Roch marque l'entrée du village. Elle est typiquement une "chapelle barrière", dédiée à un Saint anti-pesteux (souvent Saint Roch ou Saint Sébastien). Lorsque les épidémies ravageaient la région, les denrées, produits et marchandises qui devaient entrer au village y étaient déposés afin d'éviter les contacts.
La chapelle Saint-Roch est close mais la grille permet d'admirer son intérieur. Un joli portefaix avec la statue du Saint est posé devant l'ouverture ogivale de la façade. Tout le village est sillonné de canaux, de caniveaux où l'eau coule en abondance. Rien que son bruit anime les ruelles. Par les venelles, escaliers et passages voûtés nous débouchons sur la place de l'église Saint Honorat. Deux cadrans solaires animent sa façade récemment restaurée, comme celle des autres maisons de cette placette aux différents tons d'ocre. Une maison présente des enduits peints en trompe-l'œil de faux marbre. Un petit jet d'eau anime le centre de l'espace.
On quitte Rimplas alors que le car scolaire exécute son demi-tour délaissant sur la gauche la visite de l'ancien fort construit entre 1927 et 1940 suite à un discours assez violent de Mussolini contre les Français. Une large piste court à flanc de montagne, des Calancas au vallon Roumarinier. Toute la roche est d'un joli rouge grenat voire lie de vin par endroits. Mais ces "schistes" sont fragiles et se délitent facilement, la preuve en est de l'avertissement en début de descente sur les risques de chutes de pierres et par quelques coulées descendues des falaises suite aux orages de ces derniers jours. Sur le chemin, le pas est alerte, car la chaussée est large et peu caillouteuse.
Ce n'est qu'au bout de 2 kilomètres que la piste se restreint pour ne devenir qu'un sentier. On pénètre dans une jolie châtaigneraie où les sources viennent croiser notre trace. Quelques très vieux bâtiments finissent de mourir. À l'approche de Saint Sauveur de Tinée, nous picorons quelques mûres bien sucrées. De nouveau ici, une chapelle Saint Roch marque l'entrée du territoire bâti communal. Mais ici le grillage très serré rend quasiment invisible l'intérieur.
La descente est glissante sur les dalles bien lisses. Nous traversons Saint-Sauveur, partons voir l'église Saint Michel Archange et son chœur gothique et déambulons dans le centre ancien. Nous traversons la Tinée. L'eau est grise, très grise, les dernières pluies ont fait glisser et diluer les pentes terreuses.
Nous passons le PGHM et entamons la montée vers Roure ... mais pas par le bon chemin. C'est un PR et non un GR désormais balisé en jaune que nous suivons. Rien de grave car le vallon, ou plutôt les gorges du ruisseau de Vionène sont splendides et le chemin muletier en pente légère. La roche rouge, le bleu du ciel et le vert de la végétation offrent une superbe palette.
Nous bifurquons vers Serre, traversons la route et retrouvons à la balise 235 le GR 5. La montée vers Roure est exposée au sud, chaude, mais quelques arbres ménagent notre physique. On croise les premiers "nordistes" et discutons avec un Québécois fort content d'avoir quelques informations sur la suite de son parcours. Sur ce versant bien exposé il n'est pas étonnant, même si nous sommes à 1 000 mètres d'altitude, de découvrir qu'on y pratiquait la viticulture. Nous suivons le chemin des Vignes.
A 11h30 nous entrons dans le village. Les maisons sont accrochées aux fortes pentes et leurs façades, exposées au soleil et face au vide. La vue sur la vallée est immense, les bois couvrant toutes les pentes. Nous furetons dans les petites venelles du village n'hésitant pas à explorer les culs-de-sac, et faire demi-tour. Toutes les maisons sont quasiment restaurées, les ruelles pavées de neuf. Les habitations superposent sur 4 ou 5 niveaux, pièces de vie et anciens locaux liés à l'exploitation agricole : écurie (pour l'âne ou le mulet), porcherie, salle commune, chambres, grenier de séchage et de conservation des aliments. Les murs sont faits de pierres de couleur rouge assemblées à la chaux et les toits en lauzes du pays.
Nous débouchons dans la rue Buguadiére devant une superbe fontaine-lavoir à triple voûte. Sa construction en 1888 témoigne des nouvelles priorités "hygiénistes" de l'époque. C'est sur la terrasse, surmontant ces trois bassins, destinée à étendre le linge que nous pique-niquons. Des chaises sont même à notre disposition sous ce préau. L'une des lattes de celles-ci casse sous l'assise de Stéphane lors de son repas ...pourtant frugal.
Le déjeuner avalé, nous faisons une remise à niveau des poches à eau aux fontaines, passons devant la mairie dont la place offre un superbe belvédère sur le village et la vallée et montons à l'église. Le portail est ouvert mais des ouvriers s'y affairent.
Le bâtiment cultuel est pour le moins étonnant. Au 17 è siècle, en pleine époque baroque, l'ancienne nef romane est détruite et remplacée par l'actuelle. On conserve son clocher-porche roman. Jusque-là rien de bien surprenant. Mais les bâtisseurs inversent alors l'orientation de la nef et ouvrent un portail entouré de colonnes et de niches à l'est. Ils ferment l'entrée occidentale. En 1885 le clocher roman faillit être démoli et fut seulement sauvé par le manque d'argent pour construire le nouveau clocher projeté. Sous les trois cloches trônent désormais le chœur de l'église Saint Laurent. Ce remaniement a de quoi désorienter. En visitant avec Stéphane le petit cimetière posé au pied de ce clocher-mur, j'ai eu, dans un premier temps, le sentiment d'avoir affaire à une nouvelle chapelle. Que nenni ! C'était le mur du fond de l'église.
Nous finissons par l'éblouissante chapelle Saint Sébastien, située à l'entrée nord du village. Construite probablement en 1481 suite à de terribles épidémies de peste, elle était une de ces "défenses annoncées contre la maladie". Dédiée à Saint Sébastien et Saint Bernard, elle présente un riche décor de fresques peint par Andréa da Cella en 1510. Au centre du chevet, Saint Bernard de Menton bénit et tient un démon enchainé. Le côté droit présente la vie du saint protecteur des voyageurs dans les montagnes. À gauche, c'est la vie de Saint Sébastien qui est retracée. La partie inférieure représente des damnés en route vers l'enfer. La tradition explique cette "frise des vices" par un fait divers local, l'adultère commis par une épouse avec le curé du village en 1427 !
Encore quelques maisons en pierres et lauzes rouge-grenat, dont l'une possède sa source captée sous une arche, et nous quittons ce joyau. L'architecture du lieu, du bâti, la situation dominante, la qualité de la restauration voire même le côté riant et fleuri du cimetière font de ce village un bijou. Plus d'une heure de pause, mais quel site !
Nous traversons les derniers anciens champs soutenus de murs de terrasses par endroits. Quelques noyers, grâce à l'exposition méridionale poussent encore alors que les 1 000 m d'altitude sont allègrement dépassés. Nous gagnons la piste forestière de la Fracha sous l'arboretum Marcel Kroenlein. Il fut créé en 1987-1988 par le directeur du jardin exotique de Monaco. Prés de 500 arbres ont été plantés dont 140 espèces exotiques, acclimatés avec succès. Premier et seul arboretum d'altitude en Europe, il fait référence pour l'étage montagnard.
Sur la piste, la marche est facile, fluide et à l'ombre. La clarté du mélezin permet de voir les sommets environnants qui accrochent de gros nuages.
13h35, nous arrivons à la fin de cette avenue. Le GR 5 descend de quelques mètres vers Rougios, puis par un sentier forestier grimpe dans le Bois de Mélé jusqu'à la passerelle posée sur le ravin de l'Arcane. Sûr qu'en cas de fortes pluies le ravinement doit être énorme, tant la roche est friable et la pente forte. Derniers cent mètres de dénivelé. Stéphane a assuré toute la montée au train, un très très bon train. Pas de quoi rigoler. Donnée pour 1h30 nous avons mis 1h10. A l'approche du refuge de Longon, un patou vient défendre ses brebis dont certaines sont sur le chemin. On passe doucement et avec calme devant un "hangar" de pierres qui semble être la cave à fromages.
Le refuge est très rustique, les matelas et sommiers posés à même le plancher, mais quel espace ! Toute l'exploitation est en activité : 15 vaches, 100 chèvres, 80 brebis, des poules, 2 ânes, des chiens, des chats ... Une jeune femme nous accueille. Elle travaille ici du vendredi matin au lundi soir. Très gentille, serviable, elle n'hésite pas à répéter sans lassitude tous les renseignements utiles. On apprend que le refuge risque l'année prochaine de fermer pour cause de profond restauration voire de construction d'une sorte d'hôtel d'altitude. Sanitaires dans chaque chambre, chambres de 2 ou 3 personnes. On peut être surpris. Qui viendra, quels tarifs appliqueront-ils ? Et l'alpagiste et ses bêtes, où ira-t-il durant les travaux fabriquer ses fromages ... aux normes européennes ?
Les randonneurs sont habitués à un confort rustique. Certes des améliorations peuvent exister et être nécessaires. D'après notre hôtesse d'accueil, les plans sont sans rapport avec les structures existantes et elle assure qu'aucun architecte ou technicien n'est monté ici ! On lavera tout notre linge et celui-ci séchera vite car si notre arrivée rapide était motivée par de gros nuages gris clair, puis gris foncé accrochant les 2000, 2200 m, le soleil est revenu accompagné d'une faible brise. On reste dehors à écrire, lire, farnienter. Stéphane me paiera une énorme part de tarte aux myrtilles. La belle vie !
Le fromager a fini de laver ses ustensiles. Il discute avec Manuel le patron, dont la fille Garance est encore sur l'exploitation alors que son épouse Sandrine et leurs trois autres enfants, Calixte, Philomène et Clovis sont déjà redescendus pour la rentrée scolaire.
Le repas du soir est à la hauteur des dires de nos prédécesseurs croisés en chemin. L'apéritif est offert à l'extérieur avec des morceaux de socca, fine pâte de pois chiche et pomme de terre grillée, accompagnés d'un verre de rosé. Les "nordistes" attendent avec un peu d'inquiétude un Belge. Il arrive à 19h00 pile pour l'apéro. Erreur de chemin, on fera un peu trainer, le temps qu'il boive un verre de rosé, file à la douche et pose ses affaires. Nous dinons à l'intérieur. Le plancher a gardé la pente de l'étable primitive lorsque la rigole centrale évacuait le purin.
Entrée : soupe de légumes à la crème
Plat : Côtes d'agneau 2,3,4 par personnes, tranche de gigot avec pommes de terre à la crème et champignons, gratin de crozets
Plateau de fromages : Fromage de vache (le meilleur à mon goût), fromage mi-chèvre mi-vache t chèvre frais
Dessert : Faisselle de chèvre frais avec miel.
Vin compris ! Le top du voyage.
C'est ce que j'appelle la gastronomie paysanne. De très bons produits, une cuisine riche et des parts abondantes voire très abondantes. Exceptionnel !!
À suivre : Refuge de Longon - Gite de Roya
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