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Tour du Volcan du Cantal - Mandailles - Thiézac


Dimanche 14 juin 2020
Chambre d'hôtes Vert Azur, Mandailles - hôtel restaurant le Casteltinet, Thiézac
8h35 - 14h35 soit 6h00 de trajet pour 13,1 km, avec un dénivelé positif de 610 m et un dénivelé négatif de 753 m.
Temps topo donné pour 4h55

Voyez ici le carnet de route vers Thiézac

Le petit-déjeuner est à 8h00. Tardif pour nous randonneurs. À table, la discussion tourne autour de la Covid et ses impératifs pour les hébergeurs. Pain distribué à la pince par le logeur, on ne touche qu'à ce qui est donné. Mais les différences entre les hébergeurs sont parfois grosses. Sur nos six étapes, le gîte Vert Azur est celui qui applique le protocole le plus strictement, quitte malheureusement à perdre le côté convivial de ce début de journée. Bruno Camacho a bien sûr son masque sur le visage et avoue redouter la fermeture administrative. Ce sera le seul à évoquer cette épée de Damoclès.


Mandailles, le Mas
8h35, départ en short sous le soleil. Après quelques pas le long des prés fraichement fauchés, on attaque rapidement la sortie de la vallée par une ascension en sous-bois vers le col de Pertus. Les chemins menant aux différents champs sont souvent rendus boueux par le pas des vaches transitant d'une pâture à l'autre. Un frêne, probablement décapité par la foudre ou un très fort coup de vent, barre le sentier. J'y perdrai d'ailleurs une loupe plate logée dans le même compartiment de la sacoche ventrale que la carte. Dans une belle hêtraie, une raide pente nous mène à un joli balcon sur les champs de la vallée.


Mandailles, sous le Tal

Gentiane et autres fleurs abondent. Mandailles occupe le cirque terminal de l'ancien glacier de la Jordanne au centre d'un superbe amphithéâtre de sommets tourmentés qui culminent presque tous entre 1500 et 1800 mètres. Ses versants sont couverts sur plus de 700 hectares par l'une des plus belles forêts de hêtres du Cantal. Photos faites, je rejoins Jacky et, voyant l'absence de la loupe, lui annonce rebrousser chemin pour la retrouver. Cela me vaudra un aller-retour de vingt bonnes minutes, plus une marche rapide pour rejoindre mes compagnons. Entre-temps Nicole et Jacky ont rattrapé Astrid, partie vers 8h00 de son bivouac. L'étape étant courte (4h55), nous resterons ensemble le reste du parcours.

col du Pertus
Arrivés au col du Pertus à 10h20, nous retrouvons la route. En ce dimanche, les voitures amènent leur lot de randonneurs à la journée. Un énorme tas de bois est rangé le long de la chaussée, les engins de débardage ont d'ailleurs défoncé la piste forestière où passe le GR 400.


Thiézac, sous l'Elancèze
Du col du Pertus, on distingue fort bien les crêtes parcourues la veille sous un ciel gris. Le "col" du Piquet, le puy Chavaroche, le col de Redondet et, à l'extrême droite, le sommet axial de notre "circumduction" le puy Mary.
Dernière ascension de la matinée dans une hêtraie pâturée, abroutie par les vaches donnant parfois aux arbres d'étranges formes et de nombreuses cépées.
À 11 h00 nous débouchons en ligne de crête sous le sommet de l'Élancèze. Les perspectives visuelles s'ouvrent avec un sentier panoramique donnant à gauche sur la vallée de la Cèze, à droite sur celle du ruisseau d'Ascout. Un petit ressaut permet atteindre le puy de la Poche.

Thiézac, l'Elancèze
Sur ce sentier panoramique, à cheval sur les deux vallées, les grands espaces sont devant nous et la vue porte au loin vers la "plaine" ou vers les sommets suivant la direction du regard.

Tout à cette contemplation paysagère... Une sonnerie téléphonique retentit. Je suis tellement surpris que je décroche sans regarder qui appelle. C'est Christophe, un ancien collègue et ami. Il me contacte pour un conseil d'achat d'un reflex numérique. Comment ne pas répondre à sa demande, moi pour qui la photographie est un loisir depuis la sortie de l'adolescence. Mon premier salaire estival en tant qu'étudiant avait été consacré à l'achat d'un réflex. J'aurais pu m'offusquer de ce dérangement. Bien au contraire celui ci m'a enchanté avec la joie procurée par ce lien amical dans un environnement de solitude montagnarde.

Un joli troupeau d'Aubrac stationne à la Vacherie de la Poche. Il est midi, le GR part à gauche, mais deux burons assez proches nous invitent à la pause, à l'abri d'un petit vent.

Les burons, "chalets d'alpage cantaliens", furent construits pour résister aux caprices du climat. Ils étaient aussi le lieu de vie des hommes qui accompagnaient les troupeaux aux estives de la Saint Urbain, le 25 mai, à la "dévallade", qui se situait autour de la Saint Géraud, le 13 octobre.

Lorsqu'au 14e siècle le pastoralisme commença à se généraliser, apparaissent des centaines de cabanes de bergers dans les montagnes du Cantal. "Tras", "fogal", "mazuc" sont les plus anciennes structures d'estive. Le nom de "buron" sera employé pour la première fois au 17e siècle (en 1659 exactement sur la commune de Thiézac où d'ailleurs nous sommes). Si déjà au 16e siècle, les bâtiments maçonnés apparaissent, ils se généralisent dans la seconde moitié du 18e siècle. Les burons que nous voyons toujours datent pour la plupart du 19e siècle.


Thiézac, Vacherie de la Poche
Liée à la fabrication et à la conservation du fromage, la construction d'un buron était soumise à des contraintes difficiles à concilier : l'humidité, la fraîcheur et l'obscurité.
La production du fromage amenait une humidité importante. Aussi, une rigole d'évacuation de l'eau au sol et la ventilation, par un fenestrou, de la fromagerie étaient indispensables.
Le caractère souterrain, complété par l'utilisation de la voûte en pierre permettait d'avoir une fraicheur constante de 12 degrés environ, nécessaire la conservation du fromage. La présence parfois d'un volume à l'étage et l'ombre prodiguée par quelques arbres complétaient ce dispositif.
Enfin, l'obscurité était absolument nécessaire dans la cave pour une bonne évolution des fromages.

Trois types de burons apparaissent. Un module de base "fromagerie-cave", une superposition d'un niveau sur ce premier module, enfin un troisième type avec le "vélédat" (abri pour les veaux) attenant au module de base.

Réduit à sa forme la plus simple, le buron se présente toujours parallèle à la pente dans laquelle, côté nord, il s'enfonce plus ou moins. De petite taille (8 à 10 m par 3), sa toiture à faible pente est couverte à l'origine en lauzes posées directement sur la voûte. Le rectangle du bâtiment est coupé en deux. La première pièce servant à la fois d'habitation fruste pour le personnel et d'atelier de fabrication, la seconde formant une cave voutée. La porte pignon de faible dimension, souvent surmontée d'un fenestrou, donne directement dans la fromagerie voûtée d'une hauteur sous clé de 2,50 mètres environ. Le sol est en terre battue, parfois recouvert d'un dallage en pierre. La cheminée dans le pignon d'entrée est désaxée. On pénètre dans la cave par une porte ouverte dans le mur de refend face à l'entrée. La cave est voûtée, le sol est en terre battue et une ventilation est pratiquée au nord-ouest.

Thiézac, Vacherie de la Poche
Les murs sont épais, bâtis en pierres liées à la terre ou au mortier de chaux. Ils présentent une épaisseur pouvant aller jusqu'à 1,20 mètre à la base. Les voûtes sont en berceau, assurant une bonne résistance au temps, aux intempéries et une forte inertie thermique. Les lauzes furent posées directement sur la voûte pour les burons les plus simples. Mais l'apparition des vélédats nécessita la mise en œuvre de robustes charpentes afin de ménager un important volume à l'étage. La couverture en lauze, dalle de pierre obtenue par délitage de roche volcanique était disposée selon un recouvrement décroissant vers le faitage. Les lauzes étaient fixées sur les douelles (voliges) par des chevilles en bois arasées côté supérieur pour permettre le recouvrement par les lauzes du rang supérieur. Avec 100 à 200 kg de charge par m2, on se retrouvait facilement avec plus de 20 tonnes de matériau sur la toiture.


Thiézac, Vacherie de la Poche

Un autre type de buron, plus évolué, comprend à l'étage, au dessus du rez-de-chaussée décrit, un fenil et, quelques fois, un vélédat. La pente permet alors par l'amont grâce à une rampe (la montade) un accès plus rapide à l'étage. Ces burons peuvent avoir alors plus de 20 mètres de façade, mais reste parallèle au sens de la pente.
Enfin un dernier type de buron présente un vélédat (abri pour les veaux) attenant et dans le prolongement du module de base. Véritables étables, ces bâtiments de très grandes dimensions (jusqu'à 50 m par 10) sont toujours plantés parallèlement aux courbes de niveau avec une présentation de préférence au sud.

Astrid fait halte avec nous alors qu'elle a l'habitude de ne pas s'arrêter le midi. La pause pique-nique passée, on "rame" un peu pour trouver la trace du GR. Je finis par repérer grâce aux jumelles, de l'autre côté du muret de pierre sèche, le double trait rouge et blanc sur le mur de l'étable de la Vacherie de la Poche. Je passerai les fils électriques et les barbelés. Nicole, Astrid et Jacky feront demi-tour et passeront par la barrière.


Thiézac, Vacherie de la Poche
Une longue descente en lisière de forêt nous attend. Avec la perte d'altitude, les gentianes jaunes en boutons sur les hauteurs sont toutes en fleurs sur ces versants. Là aussi, les prairies concourent au plus beau bouquet fleuri.
Nous retrouvons au fur et à mesure de notre descente la forêt et débouchons sur une petite route goudronnée à l'approche du Clou. Son gîte d'étape présente une enseigne originale faite d'un poteau garni de nombreuses paires de vieilles chaussures de randonnée.
Jacky prendra un café sur la terrasse au gîte de Trielle, jolie bâtisse réhabilitée. Nous l'attendons en admirant le paysage de la terrasse lui faisant face. La ferme de Trielle est à la fois un centre culturel et artistique avec chaque été un programme de stages dédié aux arts vivants et scéniques. C'est aussi un lieu d'hébergement pour les randonneurs et passionnés de montagne.


Thiézac, Trielle
Le GR 400 traverse une pâture. Quelques piquets le balisent et donnent la direction. Ils sont entourés de barbelés pour éviter que les vaches ne se frottent trop dessus et les descellent. La descente se raidit, les pins apparaissent sur ce versant abrupt exposé plein sud.

Le sentier débouche sur la statue de "Saint-Michel terrassant le dragon". Toute blanche, elle domine le bourg de Thiézac depuis 1935.


Saint Michel terrassant le dragon

Au pied de ce rocher on découvre une baume, un abri sous roche, où est situé un petit gisant : la grotte des Ermites. C'est au cours du 6e siècle que ces ascètes sont venus d'y installer. À la mort du dernier d'entre eux au 12e siècle, une petite chapelle est érigée. L'édifice disparait à la Révolution pour devenir un abri pastoral. Au début du 20e siècle, la commune décide de redonner sa vocation religieuse au site. En 1908, un chemin de croix est mis en place, puis trois ans plus tard, on construit un autel et on installe une statue en plâtre représentant le Christ au tombeau.


Thiézac, Grotte des Ermites
C'est à rebours que nous suivons le chemin de croix en descendant vers la chapelle Notre-Dame-de-la-Consolation. Cette ancienne chapelle de pèlerinage fut érigée au cours du 15e siècle sur le lieu d'une apparition de la Vierge. Elle est malheureusement close, même ce dimanche, et nous ne verrons pas les fresques polychromes datant de 1667 qui recouvrent la voûte, dont 45 médaillons dédiés à la Vierge sur le thème des litanies (ses diverses appellations).
Dans la clairière de cette chapelle rénovée, une croix de pierre, dont le fût a disparu, est posée sur un socle surmonté d'une table. Sur l'avers, le Christ est sculpté avec les bras légèrement relevés et les jambes parallèles, ce qui permet de dater sa création entre 1550 et 1650. Sur le revers, la Vierge est représentée, seule sous un dais, debout avec les mains l'une sur l'autre au niveau du ventre.


Thiézac, ND de Consolation
Nous arrivons à Thiézac. Dans le calme d'un village de campagne un dimanche après-midi, je vais voir l'horaire d'ouverture de la supérette et du café pour demain matin.
L'étape de lundi est longue et présente plus de 1 000 mètres de dénivelé positif. Aussi le départ sera matinal. Malheureusement Jacky ne viendra pas avec nous. Ses jambes, ses genoux, ses orteils et son ventre lui imposent l'arrêt. Il prendra le train pour Murat et nous rejoindra avec sa voiture à Prat de Bouc.
Nous logeons au Casteltinet, hôtel que les propriétaires Dominique Jeanne et Philippe Planson, mettent en vente. Fatigués de la rudesse du métier, par les horaires à rallonge, par la versatilité de certains clients, ils jettent l'éponge. Je sens une profonde lassitude de l'un des deux associés. D'un autre côté... ce ne sera pas notre meilleure chambre, ni notre meilleur repas, mais la plus chère des demi-pensions de notre voyage. On est loin du Falgoux, et les clients n'ont pas tous les torts !


À suivre, Thiézac - Gîte d'étape de Prat de Bouc

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