Tour du Volcan du Cantal - Thiézac - Gîte d'étape de Prat de Bouc
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C'est une belle journée de marche qui se présente à nos randonneurs avec une étape de près de 20 km. Cela multiplie d'autant les possibilités de rencontre ou les découvertes de paysages, de faune et de flore
Lundi 15 juin 2020
Hôtel restaurant le Casteltinet, Thiézac - gîte d'étape la Grange des Roches, col de Prat de Bouc
7h35 - 14h45 soit 7h10 de trajet pour 19 km, avec un dénivelé positif de 1120 m et un dénivelé négatif de 529 m.
Temps topo donné pour 7h35.
Voyez ici le carnet de route vers le col de Prat de Bouc
Lever 6h45 pour un départ à 7h15. On a emprunté hier soir une bouilloire à l'aubergiste pour remplir nos thermos et manger chaud à midi. Jacky ne prend pas le départ. Il fera la liaison en train pour Murat. C'est même notre hôtelier, descendant ce matin à Aurillac qui le déposera à la gare de Vic-sur-Cère distante de 5 km de Thiézac.
À 7h20 nous sommes avec Nicole au bar du village et prenons un chocolat. Puis on fait un aller-retour à l'épicerie pour acheter le petit-déjeuner. Départ réel 7h35. On traverse le minigolf, descendons vers la Cère. Je passe par le camping souhaiter une bonne journée à Astrid. Elle est en train de ranger ses affaires et n'a pas encore plié sa tente.
Odeurs d'herbes sauvages, son de cloches, ce matin en fond de vallée la vue est un peu en veille et les autres sens sont mis à l'honneur. Le petit hameau de Cère est vite traversé. Une belle maison arbore fièrement une jolie tour et le four à pain du village est restauré. La fontaine passée, nous croisons un agriculteur qui roule sa première cigarette de la journée et passons sous la voie ferrée qu'empruntera Jacky dans deux heures.

On rentre en forêt, grimpons pour passer sous l'arche de la Porte du Lion, un gros bloc de roche volcanique. La hêtraie donne accès au Chaos de Casteltinet, éboulis de roches sous la falaise éponyme. Les hêtres ont quand même réussi à coloniser l'espace entre les blocs rocheux. Le sous-bois très sombre a un côté irréel, magique, fantastique ! À sa sortie, une jolie cascade domine la passerelle construite pour traverser cette rivière intermittente.

Une petite route mène à Lafon. Nous la suivons sur un kilomètre environ. Quelques talus ou bas-côtés ont échappé au gyrobroyeur et je ramasse des fraises des bois. De nouveau, nous gagnons la forêt et l'ascension se poursuit. Un chemin très boueux, barré d'une barrière en barbelés, donne accès à un champ où deux vaches Salers nous regardent passer. Je leur crie : "Salut les vaches !". Nicole m'entendant parler répond : "Tu m'as appelée ?". J'éclate de rire. Nous continuons à grimper jusqu'au moment où un peu de répit s'offre à nous sur une large piste forestière horizontale.

Le GR quitte la direction ouest et pique presque plein sud dans les clairières où paissent des Salers. Curieuses, les génisses viennent nous voir. Derniers ressauts du chemin; on note notre gain d'altitude par la présence de plus en plus abondante des gentianes.

C'est avec la racine de cette dernière qu'on fabrique les fameuses liqueurs : Suze, Salers, Avèze ... Cette grande plante vivace peut vivre 50 ans et n'est guère pressée de s'épanouir. Elle peut en effet attendre 10 ans avant la première floraison. La racine, un rhizome, peut atteindre la grosseur d'un bras et peser deux kilos. L'arrachage se fait à la belle saison, par des équipes de "gentianaires" qui effectuent ce travail pénible à l'aide d'outils spéciaux munis de longs manches faisant office de leviers. On ne ramasse sur le même terrain que tous les 40 ou 50 ans, afin de laisser la densité des plantes se reconstituer. Les racines arrachées sont triées, nettoyées, brossées. Certaines vont à l'herboristerie ou à la pharmacie pour leurs vertus toniques et fébrifuges, d'autres sont mises en macération pendant près d'une année dans des alcools sélectionnés. C'est de cette macération que sortira un apéritif de couleur jaune d'or et de goût doux amer.
Vers 1300 m d'altitude, les derniers hêtres s'effacent et nous débouchons sur un immense plateau. Le buron de la Tuillière, déjà présent au 17e siècle, est joliment agencé et fleuri. C'est un lieu de restauration et d'étape. Les poules picorent sous les frênes, le long des murets de pierre sèche.

Un large chemin file vers la Montagne de Clos. On appelle montagne, ici, un pacage sans clôture situé sur les hauteurs dans lequel les vaches passent l'été. Anciennement une montagne était divisée en deux parties : la fumade et les aiguades. C'est sur ces dernières que les vaches paissent toutes la journée. La fumade est l'espace, habituellement placé autour du buron, engraissé par les déjections des vaches qui y passent la nuit, enfermées. Pour améliorer la qualité de l'herbage, le parc est déplacé chaque jour. Cette année le printemps, chaud, a avancé la pousse de l'herbe, aussi les vaches sont elles montées il y a déjà quinze jours.

Les prairies sont fleuries, très fleuries, c'est un festival de genets herbacés, de renouées bistortes, de pensées des Alpes ... Le GR 400 suit la crête très arrondie de la montagne. Il n'y parait pas, mais ce chemin est plurimillénaire. Nous sommes sur les traces de l'antique Via Celtica. Cette voie romaine traversait autrefois le Pays des Arvernes en reliant Arpajon-sur-Cère à Massiac au nord-est. Nous allons la suivre jusqu'aux abords du Plomb du Cantal. Mais un itinéraire plus ancien que la conquête de la Gaule cheminait déjà ici. Cette voie fut empruntée jusqu'à la fin du 18e siècle, époque de la construction d'une nouvelle route royale passant dans les vallées de la Cère et de l'Alagnon, comme le fait l'actuelle N 122.
Vers l'est, les burons piquètent les pentes herbeuses des Montagnes de Bane ou du Castognaïre. Parfois un troupeau de vaches se détache sur l'horizon de ces immenses étendues. Les arbres disparaissent désormais même des rebords du plateau. Eh bien, même loin de tout bois ou buisson, le gazouillis des oiseaux est omniprésent et presque constant. Alouettes, pipits, accenteurs animent ces prairies d'altitude. Seul le vent couvre parfois leur chant.
Toujours ascendant, peu à peu nous gagnons en altitude. De barrières en clôtures nous progressons d'un champ à l'autre. De temps en temps, notre sagacité est mise à l'épreuve pour trouver le système d'ouverture de certains verrous ou targettes.

Nous déjeunons à l'abri du vent sous les murs marquant l'emplacement de la chapelle du Cantal. Afin que vachers, bergers, boutillers des montagnes puissent assister à la messe durant la saison des estives, un seigneur local va fonder le 22 août 1687 une chapelle. Située à 1570 m d'altitude sur les flancs du puy Gros, elle est à la limite de six paroisses ayant sur leur territoire de nombreux burons. Elle assura le service religieux durant un siècle, jusqu'à la Révolution. La chapelle fut vendue, servit de carrière de pierres et tomba en ruine. En 1997, un habitant du pays s'entêta à retrouver les fondations de l'édifice. Lorsqu'il découvrit le sol dallé, il redessina le monument en remontant les bases des murs en pierre et termina son travail en édifiant une croix rustique en basalte. De dimension modeste, elle mesure 11,50 mètres de longueur et 7 mètres de largeur. Chaque année, depuis 1998, le curé de Vic-sur-Cère y célèbre une messe des bergers en juillet. En 2019, 200 pèlerins y avaient assisté.

Près de nous, un jeune agriculteur répare ses piquets de clôture. Il a une grosse masse dont l'embout est en bois. Il nous explique que les piquets sont plus ou moins solides. En chêne, en châtaigner, ils durent une vingtaine d'années. Ceux en acacia, bien meilleurs, durent une trentaine d'années mais sont facilement un tiers plus chers. Il remplace peu à peu les fils barbelés par des fils électriques. Ces derniers durent plus longtemps que les barbelés qui eux ne tiennent qu'une quinzaine d'années. C'est principalement l'hiver et la neige qui descellent les piquets. Il me confirme que les animaux sentent très bien si le courant est mis dans les fils à une distance d'un mètre, un mètre cinquante. Il nous raconte que si deux troupeaux avec taureaux sont de part et d'autre d'une clôture barbelée, il est fréquent qu'ils défoncent la barrière pour aller se battre. Alors que si c'est un fil électrique, ils grattent le sol chacun d'un côté, soufflent, mais restent à distance des fils et ne passent jamais. Moins souriant, il nous explique que la foudre, lorsqu'elle tombe sur les clôtures électriques ou barbelées, peut tuer les vaches qui sont trop proches. L'arc électrique passant du fil métallique à l'animal pour une mise à la terre...

A 12h10, nous reprenons notre douce ascension. Une grande draille traverse la montagne du Jacquet jusqu'au col de la Chèvre, pas de chamois en vue. Au franchissement d'un petit col nous basculons sur un versant où de nombreuses anémones soufrées sont encore fleuries. Tout le versant sous le puy de la Cède en est garni. Un peu plus haut au bord du chemin, les pensées sauvages, les épis des raiponces et les myosotis donnent le contrepoint bleu aux anémones et autres renouées.

À 1690 m d'altitude, le col de la Pourtoune offre une belle vue sur le vallon de Grandval et ses vacheries. C'est ici que le Via Celtica filait vers l'est et rejoignait le col de la Tombe du Père. Le GR 400 poursuit vers le nord sur le flanc occidental du puy Brunet et gagne un petit col à 1816 m juste sous le sommet arrondi du Plomb du Cantal. Point culminant du Cantal avec ses 1855 m d'altitude, son sommet est le vestige d'un lac de lave formé il y a 2,9 millions d'années. Son profil lui valut son nom : "Pom" était le nom en ancien français de pommeau.

Le ciel s'est chargé et le vent s'est levé. Je me couvre d'une polaire et fais un petit point "topo". Le GR 400 a beau aller vers le nord et être barré vers l'est, c'est la direction que nous devons prendre pour rejoindre notre gîte. Mais Nicole a déjà filé. J'ai beau siffler, appeler, elle ne m'entend pas avec le vent et continue vers le nord. Je presse le pas pour la rattraper et sors le sifflet. Nous contournerons le sommet des téléskis et télésièges, suivrons une piste de ski et retrouverons entre câbles et pylônes la trace du GR 400. Ce n'est pas là que je vais sortir l'appareil photo! Le chemin est un sentier très dégradé. Il nous faudra une bonne heure pour gagner par des chemins très creusés, aux multiples traces, le col de Prat de Bouc. Les sources, 13 selon le patron du gîte, inondent par endroit le passage. C'est la glissade assurée si on est inattentif. Notre descente sera animée par deux rapaces marron clair à la queue noire triangulaire et au bout des ailes noires. Une première buse tournoie dans le ciel puis une seconde vient la défier ou parader et s'en retourne.
Un beau troupeau de vaches Aubrac et leurs veaux ruminent. Avec beaucoup de patience et de lenteur, j'arrive à les cadrer toujours couchées et à faire une photo en gros plan d'une mère. Nicole m'aidera en me contournant, car la vache suit son mouvement et finit par ne plus regarder l'objectif. Nous quittons le champ, non sans voir Nicole découvrir, dans ces prairies humides de nouveau, un petit orvet.

L'environnement du col est un peu moins laid que le haut de la station du Lioran. À 14 h 45, nous touchons au but. Nicole, si on déduit les 25 minutes du repas, a mis 6h45 pour un parcours donné pour 7h35. 50 minutes de bonus. Contente de sa journée, elle m'invite à boire un diabolo-menthe et à manger une part de pachade à la myrtille ; une belle couche de fruits est entourée de deux très épaisses crêpes (2cm) ; délicieux et roboratif. Nous sommes attablés au "Buron". Ce bar-restaurant fut au 19e siècle un relais de diligence entre le bassin d'Aurillac et le pays de Saint-Flour. Au 20e siècle, le relais se transformera en ferme d'altitude que les paysans occupaient durant l'estive jusque dans les années 1970 où il prit la destination actuelle de restaurant d'altitude.
Nous gagnons le gîte d'étape, et retrouvons Jacky monté de Murat avec sa voiture. Nous avons une chambre de trois lits et sommes seuls ce soir à dormir dans le gîte. Notre jeune campeuse arrive vers 17h00, fourbue, éreintée, à la limite de ses forces. Elle plante sa tente à l'abri du vent sur les conseils de notre hôtesse et vient nous rejoindre dans le jardin où nous prenons le soleil. On invite Astrid pour le dernier repas. Nous dinons ensemble de terrine de campagne, de chou farci, de salade et d'un cornet de Murat, (épaisse tuile moelleuse garnie de glace à la vanille et de chantilly).

La discussion va bon train, et la soirée s'allonge lorsque la serveuse et gérante du gîte nous rejoint. C'est son compagnon qui a vendu la structure à son nouveau patron, le propriétaire du bar-restaurant "Le Buron" où nous avons fêté avec Nicole notre étape. Il y a deux ans, ce dernier a rafraichi l'intérieur et modifié le cloisonnement. Il a créé des structures annexes pour ne pas avoir un effectif d'accueil par bâtiment supérieur à 15 personnes, sinon la loi change nous dira-t-il le lendemain matin. Car c'est lui qui nous servira le petit-déjeuner à 7h30. Je lui ferai part de ma déception sur ce passage à travers la station de ski et surtout l'état du chemin. Jean-François Roches est dépité car depuis presque 10 ans il réclame le changement de tracé du GR en le faisant basculer vers le vallon de Grandval et le col de la Tombe du Père. La cause première de la dégradation des sentiers est la surfréquentation du lieu et l'attrait qu'exerce sur les foules le sommet du Cantal et sa table d'orientation, à moins de 4 km d'un accès routier et d'un grand parking ; une balade de deux heures et 400 mètres de dénivelé. Quant au passage dans le vallon de Grandval, il éviterait aussi, dit-il, les nombreuses sources jaillissant au pied du Plomb du Cantal.
Au fait, n'était-ce pas le chemin emprunté par les romains et leur Via Celtica !
À suivre, Gîte d'étape de Prat de Bouc - Murat
Carte du parcours pour GPS :
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