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Traversée des Alpes du Nord Pralognan la Vanoise - refuge de la Leisse


Lundi 31 août 2020
Pralognan la Vanoise - refuge de la Leisse
8h20 - 14h55 soit 6h35 de trajet pour 18,5 km avec 1478 m de dénivelé positif et 435 m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 6h40

Voyez ici le carnet de route Pralognan la Vanoise - refuge de la Leisse

Petit-déjeuner à 7h30, le buffet est bien garni mais "cause Covid", la serveuse nous coupe le pain et nous sert tous les ingrédients désirés. On quitte notre douillet cocon à 8h20. Stéphane retrouve le chemin du village qu'il a joint hier après-midi pour acheter sa serviette. On traverse de jolies ruelles avec encore de vieux chalets. De ce que nous avons vu, le reste de la station est d'ailleurs bâti d'une manière plutôt raisonnable. Le GR 55 monte raide, longeant une piste de ski et ses canons à neige. Mais nous restons en forêt et le sentier est très bien agencé.


Pralognan la Vanoise, le Barioz

On traverse le joli hameau des Fontanettes malheureusement sous la grisaille. Rapidement j'enlève polaire et pantalon pour me mettre en short et tee-shirt, car il fait relativement doux en sous-bois. En 3/4 d'heure on gagne le refuge des Barnettes à la limite de la forêt. La fraicheur se fait plus sentir, mais nous continuons à grimper.

Nous franchissons le pont de la Glière.


Pralognan la Vanoise, Chalets de la Glière

Le sentier est bordé de murets, c'est l'ancienne route du sel et des tommes. Le sel est une denrée vitale pour l'homme et les animaux. C'est aussi un ingrédient essentiel pour la conservation des viandes et la fabrication du fromage. On ne se rend pas compte mais une vache consommait quatre kilos de sel par an, un mouton ou une chèvre une livre. Il fallait douze kilos de sel pour la salaison et la conservation d'un porc abattu. Or, en basse vallée de Tarentaise, on extrayait à Moûtiers du sel des eaux salantes de Salins. Source importante de revenus pour la Savoie, une partie du sel était exportée en Italie par le col de la Vanoise, sur des caravanes de mulets. Ce passage permettait de rejoindre le col du Mont-Cenis et d'éviter la Maurienne et ses nombreux péages. Dès le milieu du 17e siècle, on exporte aussi des meules de fromage vers le Piémont, mais aussi des cuirs tannés et du miel. En retour, remontaient d'Italie, du froment, du riz, du maïs, des pommes de terre et des épices, mais aussi des étoffes provenant de Gênes et de Venise.


Pralognan la Vanoise, Ruisseau du Vallonnet

De nombreux passereaux volètent de part et d'autres des murs : traquets motteux au croupion blanc, plusieurs rougequeues noirs mais aussi un minuscule troglodyte mignon qui se réfugie entre les pierres sèches des murets qui canalisaient autrefois les mulets. Une belle cascade, le ruisseau de Vallonnet, rejoint le torrent de la Glière. Un troupeau de moutons, sans patous, pâture sur la rive gauche du torrent. De nouveau nous traversons la rivière. Son débit est impétueux et le bruit de l'eau qui bondit de rocher en rocher résonne entre les parois des falaises.

Vers 2300 m d'altitude, la neige apparait sur l'herbe mais le sentier reste sec. Étonnement, un troupeau de génisses occupe cette pente herbeuse enneigée sans redescendre. Il reste le long du chemin quelques poteaux de bois de la ligne télégraphique, plantés en 1883-1884 à destination d'un poste militaire.


Pralognan la Vanoise, sous le Lac des Vaches
En quelques lacets nous arrivons au célèbre gué du lac des Vaches. Les dalles posées dans l'ancien lac sont par endroits couvertes de neige, alors que celles posées sur terre en sont exemptes. Ancien lac glaciaire terminal du glacier de la Grande Casse, il est désormais asséché par les alluvions et les boues qui le comblent. Si l'ancien chemin muletier le contournait en rive droite par le nord, ce dernier est délaissé au profit d'un passage dallé installé au travers de l'étendue d'eau à partir de 1949.


Pralognan la Vanoise, Lac des Vaches

Je me couvre avant l'assaut final à la pente bien raisonnable. On atteint le sommet du verrou bloquant le lac Long. La chance est avec nous. Alors que le ciel était gris depuis notre départ, il se déchire et le soleil perce. La Grande Casse et son glacier apparaissent entre les nuages mais restent en partie cachés, pareil pour la pointe de la Grande Glière et l'aiguille de l'Épena. Avec ses 3855 mètres d'altitude, la Grande Casse constitue le point culminant du massif de la Vanoise. Sa première ascension (que Stéphane a faite) a été réalisée le 18 août 1860 par William Mathews, Michel Croz et Etienne Favre. En septembre 1859, William Mathews se rend dans la Tarentaise à la recherche du Mont Iseran, un sommet de plus de 4000 m indiqué sur les cartes d'état-major sardes. Rapidement il découvre que les habitants disent "Mont Iseran" pour parler du col entre Tarentaise et Maurienne. Il revient en 1860. Son ancien guide, Jean-Baptiste Croz, étant déjà retenu, il engage son frère Michel et un porteur. Le 5 août, ils feront l'ascension de la Grande Sassière, découvrant au sommet un cairn et une croix ; l'ascension ayant été faite par un habitant de Tignes une cinquantaine d'années auparavant. Le 8 août, ils réussissent avec Étienne Favre, un chasseur de chamois de Pralognan, la première ascension de la Grande Casse, où Croz dût tailler 1100 marches dont 800 à la hache !

Avec le lac, les sommets enneigés, le soleil et le ciel bleu, la montagne nous offre un magnifique tableau.


Pralognan la Vanoise, la Grande Casse et  la Pointe Mathews
Un groupe d'amis fait sa pause. Stéphane les prend en photo et ils nous rendent la pareille. Nous gagnons par un sentier très légèrement enneigé le col de la Vanoise situé à 2517 m. C'est une neige fondante qui s'écrase sous nos pas et l'eau de fonte forme de nombreuses flaques.
À 11h30 on arrive au refuge Félix Faure ou refuge du col de la Vanoise. Le vieux refuge est à droite. Devant l'essor de l'alpinisme, avec particulièrement l'attrait pour le glacier de la Grande Casse et la pointe de la Grande Glière, un refuge fut construit de 1876 à 1879 par le Club Alpin Français à côté du lac des Assiettes. Le col reçut la visite du président Félix Faure en 1887 pour assister à des manœuvres de Chasseurs alpins. On construit ensuite un refuge de pierre sur deux étages, baptisé en 1902 : "Félix Faure". Une extension avec deux bâtiments modulaires fut édifiée en 1970. Enfin un nouveau refuge fut inauguré en 2014.
On décide de déjeuner sur les tables de pique-nique du nouveau bâtiment. On sera plus à l'aise que les fesses dans la neige fondante. On y retrouve un jeune couple qui dinait hier soir à l'Épicéa Lodge et logeait sur le camping adjacent. Durant le déjeuner le glacier et le sommet de la Grande Casse se dévoilent. Stéphane se rappelle avoir fait le sommet, avec guide, en passant par la moraine puis en grimpant sur le glacier.


Pralognan la Vanoise, Lac Long
On quitte à midi le refuge et descendons un long vallon. Les lacs Rond puis du col de la Vanoise s'enchainent. Sur les flancs droits, quelques ruisseaux coulent des barres rocheuses. À gauche ce sont d'immenses pierriers, signes de l'érosion et du délitement des sommets.
Le gel, la neige, les avalanches et leur souffle ont eu raison des rares poteaux télégraphiques restant sur ce versant. Seuls quelques moignons de bois, tels des souches sont encore visibles.

ermignon, le Mollard de la Loza
Peu à peu le torrent s'élargit, il traverse le replat du Mollard de la Loza. Un lac intermittent doit occuper cette zone marécageuse lors de la fonte des neiges. Dans l'axe du vallon apparait la masse sombre de Pierre Brune émergeant des nuées.


Termignon, le Mollard de la Loza
C'est à la sortie du vallon du col de la Vanoise que nous découvrons celui de la Leisse, que nous allons remonter. Un blockhaus verrouille l'accès à ces deux vallées.
On descend par un sentier panoramique vers le cours du torrent de la Leisse. Au loin le hameau d'Entre Deux Eaux me rappelle notre petit tour de la Vanoise avec Jacky en 2013. Nous y avions fait un aller-retour pour voir une petite chapelle et occuper un après-midi.


Termignon, le Mollard de la Loza
Par de nombreux lacets, nous dévalons les 300 mètres de dénivelé nous séparant du pont de Croé-Vie. Un aigle longe le flanc de la montagne passant en dessous de nous. Nous croisons un jeune couple de randonneurs. Je les interpelle, ils arrivent du col du Palet et nous annoncent que le col de la Leisse à plus de 2750 m d'altitude est praticable sans aucune difficulté.

On traverse à 13h30 le pont de Croé-Vie refait dans les anciennes règles de l'art en 2003. Littéralement "mauvais chemin" en patois, le pont daterait du 17e siècle. D'une seule arche, il est fait de pierres hourdées à la chaux et d'une chaussée pavée. Sa présence signe l'importance stratégique de la route du sel, passage historique, commercial et militaire. Le col de la Vanoise était le seul passage franchissable au départ de Pralognan vers la Maurienne sans devoir traverser un glacier contrairement aux cols de Chavière et d'Aussois avant la fonte et le recul des glaces. Il nous reste à remonter ce long vallon de la Leisse pour gagner notre refuge.


Termignon, Pont de Croé Vie
Les flancs méridionaux de la Grande Casse s'effondrent régulièrement dans le vallon en immenses pierriers. L'eau d'une belle cascade, déversoir du ruisseau de la Vanoise suivi une heure plus tôt, chute vers le cours de la Leisse. Trois vaches occupent un replat herbeux, elles me servent de premier plan pour photographier les sommets enneigés de la Grande Motte. Un troupeau d'une vingtaine de tarines et abondances broute un petit kilomètre plus loin. Le taureau nous toise alors que nous quittons les lieux.


Termignon, sous les Côtes de la Leisse

Sous le Plan du Bin, c'est un troupeau de moutons qui pâture. Un berger donne, par de grands gestes, les consignes à son chien. Quatre ou cinq patous veillent sur le cheptel, mais notre passage ne déclenchera même pas un aboiement.

Au loin apparaissent deux des trois cabanes du refuge de la Leisse. Nous mettrons 3/4 d'heure pour les atteindre. Le vent se renforce mais continue à nous pousser. Il n'est pas froid et d'ailleurs le vallon de la Leisse est totalement exempt de neige alors que nous sommes sur des altitudes similaires au col de la Vanoise.


Termignon, sous le Plan du Bin
Trois des chalets forment le refuge : celui de la cuisine et du gardien, celui du réfectoire et celui des dortoirs. Ils furent construits dans les années 1970.
On nous attribue les quatre places inférieures d'un bat-flanc ; parfait pour s'étaler. La toilette au gant sera rapide, car la douche froide est condamnée pour cause de restriction d'eau en cette fin d'été sec.
Un peu de lessive car le vent sèchera le linge rapidement tant il souffle. Malheureusement la pluie arrivera vers 18h00.


Termignon, Refuge de la Leisse

Nous irons nous installer dans le réfectoire où un trio de jeunes randonneurs allumera le poêle à bois. Le poêle mettra longtemps à chauffer la pièce mais vers 19h00 la température devient agréable. Sauf lorsque la gardienne vient poser les couverts en laissant à chaque fois la porte ouverte, ce qui a le don d'énerver Stéphane. Un simple oeil avisé lui aurait montré que les treize convives de ce soir ont tous coupe-vent, polaire, voire bonnet.
Une étonnante jeune femme est aussi présente. Grande, fortement tatouée, une coupe de cheveux punk, elle est canadienne. Elle est partie du Léman et fait la GTA. Si d'autres cherchent à raccourcir leur parcours ou leurs étapes, elle cherche des idées, des options pour le rallonger et ne pas arriver trop vite à la Méditerranée. Découvrant que nous marchons sur le sentier en sens inverse, elle discutera un bon moment avec nous sur les options d'extension du parcours. Au menu ce soir, c'est soupe, risotto au Beaufort et potimarron, fromage blanc à la myrtille.

À suivre, Refuge de la Leisse - refuge de Rosuel

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