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Traversée des Alpes du Nord - refuge de Chésery - refuge de Trébentaz


Mercredi 9 septembre 2020
Refuge de Chésery - refuge de Trébentaz
8h10 - 12h50 soit 4h40 de trajet pour 13,5 km avec 499 m de dénivelé positif et 608 m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 4h30

Voyez ici le carnet de route Refuge de Chésery - refuge de Trébentaz


Val d'Illiez, Refuge de Chésery-Lac Vert
Lever 7h20, l'étape est courte alors on prend notre temps ; 4h30 de temps topo et peu de dénivelé. Le col frontalier de Chésery est à cinq minutes du refuge, aussi rebasculons nous en France très rapidement. La vue est malheureusement gâchée par l'ensemble des poteaux, pylônes, câbles et pistes où roche et terre sont à nu. Quelques immeubles d'Avoriaz aux façades d'essendoles de mélèze sont visibles. Mais les équipements d'hiver ne suffisent plus, la station a créé des pistes de VTT pour l'été. Tout est strié, balafré !
La vue sur le lac de Montriond donne un répit à cette horreur.

Saint Jean d'Aulps, Lac de Montriond
Heureusement, quelques minutes plus tard, le col de Bassachaux offre un bien meilleur paysage. Nous quittons la piste et la route menant au col pour un sentier. Le gîte d'étape du col a disparu, c'est n'est plus qu'un bar-restaurant d'altitude. Cela m'obligea, lors de la préparation de notre périple, à remanier nos étapes dans cette partie des Alpes.

Abondance, Col de Bassachaux

De nombreuses sources traversent les arcosses, ces fourrés d'aulnes verts. Gare à la glissade ou au pied dans l'eau ! Rapidement on regagne la terre ferme. Nous avons face à nous la masse du mont de Grange. J'ai l'impression de changer de saison ce matin. Ici les myrtilles ont déjà des feuilles rouge-orangé. Il reste bien-sûr quelques baies. Les fruits du sorbier des oiseleurs sont bien formés et régulièrement nous voyons des crottes avec ces baies orange vif. Le renard est probablement passé par là et a marqué son territoire.

Abondance, Col de Bassachaux Nord

Une piste, passant par la forêt, gagne le hameau des Covagnes. Perchés sur le toit de leur Land-Rover, des Fribourgeois ont bivouaqué ici. Il est 10h10 et ils prennent le petit-déjeuner à deux pas des épilobes. Leur fleuraison est terminée et elles sèment au vent leurs petites graines entourées d'un cotonneux duvet. À contre-jour, on a l'impression qu'il neige.


épilobe

Nous franchissons la crête du Coicon. Le GR 5 suit la piste tandis qu'à droite un sentier grimpe vers les 2432 mètres du sommet du mont de Grange. Nous dormirons ce soir sur son flanc septentrional. On perd quelques mètres de dénivelé jusqu'à l'Etrye où flotte le drapeau savoyard.
Un joli papillon morio boit dans le torrent. Nous quittons enfin la piste et remontons le lit à sec du ruisseau de l'Etrye.


papillon morio

On grimpe vers les chalets du Pron. Ici les toitures sont encore couvertes en ardoises de Morzine.
J'avais découvert cette production locale lors de deux séjours estivaux dans cette station alpine. Les premiers écrits qui en faisaient mention dataient de 1732 et parlaient de la couverture de l'église de Morzine. Mais la véritable exploitation des carrières d'ardoises eut lieu à partir de 1830. Il y eut alors jusqu'à 70 carrières exploitées, employant 250 personnes principalement de novembre à avril, l'activité agricole étant en sommeil à cette période. Il ne reste que quatre carrières en exploitation et le prix des ardoises ne permettrait plus d'en couvrir une simple grange.
La couleur grise des ardoises de Morzine résulte d'une composition totalement différente des habituels schistes ardoisiers. En un mot, ce n'est pas de l'ardoise, mais du calcaire (pas un schiste) et les oxydes de fer y sont absents. Par contre, il se délite en plaques et offre des propriétés de dureté, de solidité et de non gélivité similaires.

Chatel, vallon de la Torrens

Nous croisons dans l'ascension un jeune couple de "bivouaqueurs". La jeunesse s'est emparée de la randonnée ces dernières années. Là où on voyait plutôt une population bien plus âgée, il semble que l'attrait de la marche, de la vie au grand air et du bivouac soit de retour pour la jeune génération. La difficulté de voyager hors frontières y est aussi pour quelque chose.
On sortira des derniers arbres pour gagner une jolie lande à myrtilles et à callunes. La vue sur les flancs orientaux du Mont de Grange est superbe. On débouche aux Mattes sur un joli plateau d'altitude. Sur le bord nord de celui-ci le panorama est vaste. Deux jeunes hommes montent par le GR 5 de la Chapelle d'Abondance. Ils désirent l'effectuer en entier en campant. Arrivée prévue pour le 15 octobre. Espérons que la météo leur sera favorable. La fin par les Alpes du sud peut être alors une bonne option.
Nous, nous quittons le GR, notre hébergement est sur une variante. Nous déjeunons, assis sur l'herbe de la pente au petit col sous la Pointe des Mattes, les pâturages du mont de Grange face à nous. Quelques chocards et un faucon crècerelle animeront le paysage durant le repas.

la Chapelle d'Abondance, Chalets de TrébentazLa descente qui suit est très raide, à l'ombre,
humide et couverte d'une boue noire et de plaquettes de schiste. Il faut être très, très prudent. Les bâtons sont alors d'une très grande utilité. Il faut assurer chaque pas, chaque appui. J'imagine ce passage par un temps de pluie ou après celle-ci. Il y a même sur les deux ou trois premiers lacets une rambarde de bois pour parer à la chute.
On arrive à 12h50. La terrasse est pleine de convives, les parasols sont ouverts, les assiettes bien garnies et le service bat son plein. Nous patienterons quelques minutes, puis ce sera lessive complète, douche et préparation de sacs pour le lendemain. Nous descendons en contrebas, voir le troupeau ... de yacks. Nos hôtes en sont les propriétaires et une affiche au comptoir du refuge en propose la viande au prix de 20 euros le kilo.

la Chapelle d'Abondance, Chalets de Trébentaz

Deux jeunes campeurs arrivent vers 16 heures. Le service terminé, Marie-Pierre Thoule discutera longuement avec moi. Elle adore son métier de restauratrice ici en altitude, lui trouvant une réelle différence avec celui qu'elle fit en vallée à la ferme dans les premières années. Elle préfère la mentalité plus simple des randonneurs. Les gens qui viennent manger ici sont plutôt des habitués même s'ils ne viennent qu'une à deux fois par an. Son mari, Norbert, est fils d'agriculteur. N'ayant pas assez "d'herbe" en bas, il achète un alpage, plutôt pentu et sans source à un particulier. En 1991, ils installent un câble à lait, tracent les chemins d'accès et construisent le chalet d'alpage et de restauration. S'ajoute en 1995 une laiterie-fromagerie où se transforme le lait de leurs brebis et des chèvres. Il y a quelques années, ils changent "leur fusil d'épaule" délaissant l'activité laitière. Ils gardent les moutons pour la viande, quelques chèvres taries et surtout prennent des yacks. Leur pied est moins lourd et plus sûr que celui des vaches et bien adapté à cet alpage escarpé.

la Chapelle d'Abondance, Chalets de Trébentaz, le Petit Chatel

Le diner est excellent : soupe, puis saucisse au chou fumée, pommes de terre à la crème, plateau de fromages avec tomme de Savoie, reblochon et un excellent Abondance d'une ferme plusieurs fois primée. C'est avec le Beaufort, le seul fromage à pâte pressée cuite avec un talon concave. Les meules sont bien moins grosses que celles de Beaufort. Elles ne pèsent qu'une dizaine de kilos (6-12) au lieu des 40 kilos (20-70) pour le "prince des gruyères". Ici aussi les meules s'affinent sur des planches d'épicéa brutes non rabotées et naturellement aseptisées. En effet, on a tenté d'y inoculer des bactéries Listéria, mais elles ne sont pas développées. Les planches ne sont d'ailleurs nettoyées que par un vigoureux brossage à l'eau claire puis sèchent au soleil.
Après le fromage, c'est tarte aux myrtilles ou aux noisettes (que je prendrai). Puis Norbert Thoule nous offrira un peu d'alcool de pommes, fruits de la basse vallée d'Abondance. On dégustera aussi une gentiane maison; goût de terre, de bois et en note finale de fruits. Du vrai terroir !

la Chapelle d'Abondance, Refuge de Trébentaz

Norbert nous parlera de la rude vie durant la période de guerre où la contrebande était active mais où les douaniers n'hésitaient pas à tirer à vue. J'ai beaucoup aimé l'anecdote où les petits cochons convoyés étaient légèrement saoulés pour éviter les grognements plus ou moins aigus lors du transport.
La fin du repas se fera à la lueur des lampes à pétrole. Nous ne serons que trois dans le dortoir dont une jeune femme, chirurgien, qui marche jusqu'à Landry et dort comme nous en refuge.

À suivre Refuge de Trébentaz - refuge de Bise

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