Traversée des Alpes du Nord - Refuge de Trébentaz - refuge de Bise
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Le refuge de Bise, occasion de nouvelles rencontres, est atteint après quinze kilomètres de marche. Sur le chemin du GR5, Philippe nous conte de belles histoires, imagées de photos magnifiques.
Jeudi 10 septembre 2020
Refuge de Trébentaz - refuge de Bise
8h00 - 13h05 soit 5h05 de trajet pour 14,6 km avec 922 m de dénivelé positif et 1295 m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 5h50
Voyez ici le carnet de route Refuge de Trébentaz - refuge de Bise
Ce matin lever à 7h00, l'étape est courte. À 7h15 Norbert est sur le pas de la porte pour nous montrer les trois chamois en contrebas du chalet. On sent le plaisir qu'il a à partager "sa montagne" avec ses hôtes. Le petit-déjeuner est bien servi puis on part à 8h00. Nous descendons vers la Chapelle d'Abondance.

Nous sommes à peine engagés dans la combe de la Lovennaz que les trois chamois sont là. Si deux d'entre eux disparaissent rapidement de notre vue, le troisième jouera la pose pour quelques difficiles photos au téléobjectif numérique du compact de Stéphane. L'optique de mon réflex étant un classique trans-standard, impossible de les photographier correctement.
À l'orée de la forêt, au terminus de la piste montant du fond de la vallée, est implanté le bloc de béton fixant le câble à lait et marchandises du refuge. Un dernier coup d'œil sur les Chalets de Trébentaz et son couple d'hôtes si accueillant. Nous entrons dans le sous-bois. Nous retrouvons la trace du GR 5 qui descend directement des Mattes et quittons notre variante. On atteint le pied de la cascade Sur-Bayard, jolie chute d'eau en forêt.
Un pont traverse la Dranse d'Abondance au lieu dit "Le Moulin". Par rapport à la carte Top 25, comme sur le site Géoportail, l'IGN n'est pas à jour. Le GR 5 a changé de rive et se situe désormais en rive droite sur une sorte d'agréable voie verte. Il longe prairies et torrent et offre une belle vue sur le flanc nord de la vallée.

Nous traversons la route départementale, et nous détournons de la trace vers Chez les Thoules pour voir les anciennes fermes typiques de la vallée.
Cet habitat frappe d'abord par ses vastes proportions, comportant parfois deux logements symétriques. Deux galeries courent sur la façade. Le balcon de premier étage correspond à l'habitation, le balcon du second, à l'étage du fenil, servait au séchage des récoltes. Le soutènement en pierre abritait les caves. À l'arrière de la ferme, une pente permettait un accès direct à l'étable située au premier étage en arrière des logements.
On rejoint la route principale à l'entrée de la Chapelle d'Abondance. La petite chapelle Notre-Dame de la Compassion, datant du 17e siècle, est ouverte. À une époque où la relation cultuelle aux saints et à Notre-Dame avait une grande importance, son appellation d'origine était Notre-Dame-de-la-Pitié, de Saint-Félix, de Saint-André et de tous les saints, on n'est jamais trop prudent !
Dans la rue des Chevennes, face au magasin d'articles de sports, une superbe ferme présente une façade fleurie de toute beauté. Elle représente l'archétype de la ferme de la vallée d'Abondance. Les abords sont soignés et un très grand bachal de pierre (abreuvoir), superbe monolithe trône devant l'escalier d'entrée. On apprendra le soir même qu'elle appartient à l'hôtel des Cornettes de Bise et sert de salle de réception pour les mariages ou les séminaires. La Ferme de Papy Gaby a désormais une histoire familiale sur cinq générations d'hôteliers restaurateurs.
On quittera ce joli lieu pour grimper le long du ruisseau de Séchet, dédié anciennement au fonctionnement des moulins. Nous rejoignons les Chalets de Chevenne et quittons cette vallée, prenant la direction des Chalets de La Cheneau vers le Pas de la Bosse, dernière ascension de la journée. Les paysages sont magnifiques, pointes rocheuses, pâturages d'altitude, sapinières, c'est un bonheur pour l'œil.

Un beau papillon azuré de la croisette butine une grande astrance. Les chenilles de ce papillon se font "adopter" par les colonies de fourmis qui les nourrissent. On pensait que l'échange de retour était la production d'un petit exsudat sucré par la chenille. Mais des chercheurs ont démontré que la chenille produit des sons imitant le chant de la reine. La chenille acquiert ainsi un statut social élevé dans la fourmilière au point qu'en cas d'agression les fourmis protègent les chenilles au détriment de leurs propres larves. Mieux encore, si la nourriture se fait rare, les ouvrières nourrices iront jusqu'à tuer les larves de leur propre espèce pour nourrir le parasite.
À midi, nous pique-niquons à quelques mètres du col en regardant deux alpinistes escalader l'une des parois équipées des Cornettes de Bise. Stéphane restera une bonne heure après le repas à les regarder enchainer les différentes sections de la paroi.

En une petite demi-heure, je suis au refuge de Bise, véritable ferme et exploitation d'élevage. Charlotte Tréboux m'accueille, je lui passe le bonjour de nos hôtes de la veille. Il est rare que cela arrive car très peu de gens montent vers le nord, elle en est ravie. Je boirai un coup en attendant Stéphane puis nous prenons place dans un dortoir ... pour nous seuls.
Deux exploitations laitières se partagent l'alpage. À côté de ces dernières, un papi a converti sa ferme en un petit écomusée. Stéphane y fera un tour pendant, qu'appareil photo en main, je fais le tour des fermes. Les poules se baladent en liberté et picorent sous les tables extérieures. Les petits veaux allongés dans leur boxe sur un lit de paille tètent leur seau de lait en fin d'après-midi. Cinq cochons bénéficient du petit lait de la fabrication du fromage. Il est mélangé à de l'orge et du maïs écrasé. Les porcelets sont achetés au moment de l'emmontagnée à 20-25 kilos et finiront à Noël avec 150 à 200 kilos.

L'exploitation de Charlotte a 62 vaches dont 50 productrices de lait. À 17h00, le troupeau redescend vers l'étable, chaque vache s'installe en salle de traite. Elles se ruent sur les granulés bien plus que sur le foin, piquant même une part de la ration voisine si celle-ci n'est pas encore arrivée. Certaines Abondances produisent jusqu'à 12000 litres annuels, quand la moyenne est à 7200 avec des taux butyrique et de protéines importants. Les Holsteins n'ont qu'à bien se tenir !

La traite durera environ une heure. Un flux d'eau permanent coule dans la rigole centrale pour évacuer les déjections. Les trayeuses électriques indiquent le débit instantané puis le litrage total fourni par la vache. Ici les vaches ont toutes un nom et les génisses attendent trois ans pour leur premier vêlage. Pour le fromage d'Abondance, le prix du litre de lait est de 60 centimes d'euro, pour le Beaufort 80 centimes avec une contrainte estivale d'altitude supérieure à 1500 mètres. En plaine, le prix du lait voisine avec les 30 centimes. Il y a un quota de production, pour le Beaufort, en litres pas pour les vaches, aussi, Charlotte peut-elle avoir des vaches moins productives.
Un troisième fermier exploite un troupeau de chèvres. Il en a 43. Ils sont deux à les traire manuellement ce soir.
Charlotte viendra discuter un peu avec nous le soir à table après le repas. Elle nous racontera les taquineries entre savoyards et haut-savoyards, ces derniers arguant que la différence serait la même qu'entre couture et haute-couture ; ou bien celle entre Tarentaise et Haute-Maurienne. Les Mauriennois auraient de grandes oreilles, car on prenait par les oreilles les enfants pour leur montrer par-dessus les cols la beauté de la Tarentaise...
Elle nous offrira une très agréable liqueur de sapin (40 bourgeons de sapin, 40 sucres et un litre d'alcool ou de gnole). Mais plus sérieusement, nous parlerons de son métier, de son amour des bêtes. Passionnant !
Fin octobre, elle devrait prendre une semaine de repos et désire se rendre dans le Queyras. Je lui ferai parvenir au retour mes plus belles traces dans ce beau "jardin" montagnard des Alpes du sud. Mais demain, la traite est à 5 heures du matin, alors dodo !
À suivre Refuge de Bise - Saint-Gingolph
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