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GR10 Sainte Engrâce - Logibar


Lundi 5 septembre 2022
Sainte Engrâce - Logibar
8h05 - 16h05 soit 8h00 de trajet pour 936 m de dénivelé positif et 1170 m négatif
(Temps du topoguide donné pour 8h30 et 25,3 km)

Petit déjeuner au bar du gîte. L'auberge Burguburu est une histoire de famille. La mère de la patronne est toujours derrière le comptoir. Notre hôtesse, elle, est heureuse d'apprendre que l'an prochain le projet de gîte est en bonne voie chez Mireille. Ici, elle veut arrêter. Le patron de l'auberge Berriex, avec qui je discutais hier soir de son projet, était content de voir sa fille revenir de l'école hôtelière et assurer la confection des repas chez eux. Vingt places et une aire pour les campeurs avec le restaurant à côté... le top !

Le patron, lui, repère mes chaussures, des Meindl. Il a les mêmes pour la chasse qui ouvre dimanche prochain. Six bracelets pour les isards, six pour les biches, une dizaine pour les chevreuils et pas de limite pour les sangliers. Comme hier à l'Abérouat, il y a un cageot de cèpes sur la table. Il est destiné, avec les quatre quarts de tome de brebis, à leurs invités d'un soir dont le frère de la patronne. Cette année est aux dires des cueilleurs, exceptionnelle par la quantité de champignons.


GR10 du Béarn au Pays basque

On "décolle" à 8h05, descendant la vallée jusqu'à l'entrée des gorges de Kakuetta.

Contrairement à ce qu'indique le topoguide, le GR10 évite la portion de D113 et ne la rejoint qu'à quelques dizaines de mètres du Pont d'Enfer. On entame une longue montée, tantôt sur sentier, mais la plupart du temps sur le bitume de petites routes. Le fond de la vallée est occupé par de multiples fermes éparpillées sur les collines environnantes. Un tracteur est en train de faucher l'herbe. Sûr qu'avec le soleil et la chaleur, l'herbe va vite sécher. Qu'elle est verte ici ! C'est tellement inhabituel après cet été sec et caniculaire !


GR10 du Béarn au Pays basque

Xüta, le goudron s'arrête ici. Un petit sentier entre les buis, plus ou moins dévorés par les pyrales, poursuit la montée. La trace emprunte un chemin creux, véritable tunnel végétal. Il fait bon à l'ombre ! Mais ce goulet doit devenir ruisseau voire torrent lorsqu'il pleut, tant le substrat y est à nu.

Nous quittons le couvert des noisetiers et gagnons les landes à fougères. Aux granges d'Izeychiloa, un apiculteur a déposé une vingtaine de ruches et les planches d'envol présentent une belle activité. Que butinent-elles en cette fin d'été où la plupart des fleurs sont fanées, voire sèches ?


GR10 du Béarn au Pays basque

Dans un virage de la piste pastorale, une cabane, le cayolar d'Anhau ou Anhaou, est ouverte. Un mobilier sommaire permet d'y passer la nuit et la soirée, ou de s'y abriter en cas de mauvais temps. Nous y jetons un œil. Deux sources proches permettent même d'y refaire provision d'eau. Pour la fin de cette ascension, nous terminons sur une piste entièrement goudronnée ou bétonnée suivant les passages. Le col passé, nous basculons sur le bassin versant du torrent d'Olhadübi.

Un sentier nous redescend vers les cayolars d'Igueloua. Un gros rassemblement de vautours me fait sortir les jumelles. Il y a en contrebas une curée.


GR10 du Béarn au Pays basque

Le cadavre d'une brebis est en train de se faire dévorer. De temps en temps, le chien de la ferme voisine vient faire décoller tout ce monde. Plus facile à compter à leur retour sur la carcasse. Je stoppe à 32. Il en viendra encore une bonne dizaine sans compter ceux qui tournent dans le ciel, mais ne descendent pas. En 20 minutes, tout est nettoyé.

Nous déjeunons, nous aussi, devant ce spectacle naturaliste certes un peu macabre.

Puis les vautours fauves quittent peu à peu le site. Une bonne séance de toilettage va, sans doute, suivre. Comme la tête, le cou est recouvert d'un duvet blanc, ras, qui au contraire des plumes, reste facile à nettoyer après l'avoir plongé dans la carcasse d'un animal. La collerette à la base du cou sert aussi à protéger le plumage des souillures. Une autre source de fascination, pour moi, est le rôle de "cul-de-sac épidémiologique" de ces oiseaux. Leurs sucs gastriques très acides (pH < 1) détruisent virus et bactéries.


GR10 du Béarn au Pays basque

À 12h30, sous les coups de vent et les rafales descendant régulièrement de la vallée, nous entamons une longue voie pastorale en courbe de niveau. Une heure de piste, certes un peu monotone, mais en balcon sur les gorges d'Olhadübi. Nous distinguons même le chemin qui nous mène à la passerelle d'Holzarte et apercevons celle-ci quelques instants.


GR10 du Béarn au Pays basque

Un très long détour est nécessaire pour gagner le niveau du torrent et passer en rive gauche. Au cayolar d'Abarakia, le GR descend la ligne de crête d'une lande riche en callunes et ajoncs. C'est une multitude de papillons qui s'envole ; des blancs, des jaunes, des orange, des marron. On se croirait dans une serre de lépidoptériste.


GR10 du Béarn au Pays basque

Nous poursuivons notre descente, obliquant à 180 degrés et revoyons, désormais bien au-dessus de nous, la piste pastorale parcourue. Nous sommes plein sud, soleil pleine face. Heureusement, on descend. Un cueilleur de cèpes remontant des gorges fait d'ailleurs une pause à l'ombre d'un hêtre solitaire. Il a le sac à dos rempli et deux grands sacs plastiques. Lui aussi dit que l'abondance est de mise. Nous touchons le fond de la vallée et le pont en bois d'Olhadübi permet de changer de rive.


GR10 du Béarn au Pays basque

Une piste forestière bien à l'ombre et quasiment horizontale traverse le bois d'Holzarte dans une belle ambiance de futaie. D'immenses troncs sont parfois couchés, déracinés. Tous les organismes se nourrissant de bois mort sont à la fête. Un chemin tout en lacets, quitte la piste et gagne en descente la passerelle iconique.

La passerelle d'Holzarte domine de 140 m le canyon d'Olhadübi et non celui d'Holzarte situé quelques centaines de mètres en aval. Ce dernier toponyme signifie en basque "entre les parois" "Holtzearte". Remontons l'histoire !

Aldo Lombardi, fils de scieur du Tessin suisse (province italophone) intègre l'école Polytechnique de Zurich juste avant la Première Guerre mondiale. Il s'y lie à son condisciple Morello, jeune Sicilien de Palerme. En 1916, tous deux travaillent à Paris dans un bureau d'études sur la résistance des matériaux. Ils sont amenés à visiter, à Villefranche-de-Conflent dans les Pyrénées-Orientales, une scierie descendant ses troncs abattus par un système de câbles mené par des Italiens du Nord, alors seuls possesseurs de cette technique.

Après un passage dans les Hautes-Pyrénées, Lombardi et Morello s'installent à Arudy puis à Tardets avec leurs équipes d'Italiens, câblistes ou scieurs, fortes de dizaines d'hommes.


GR10 du Béarn au Pays basque

La passerelle sera construite afin de permettre aux hommes, aux animaux et au matériel d'accéder rapidement à l'exploitation des versants restés ignorés, car difficiles d'approche.

Longue de 67 mètres, c'est une travée suspendue unique. Suite à la tempête Xynthia, on changea les câbles porteurs, les ancrages furent rénovés et consolidés. On posa des filets latéraux en acier inoxydable et un platelage de bois. Ce dernier présenta 10 ans plus tard des signes de faiblesse, il est désormais remplacé par un platelage en acier galvanisé ajouré... effet garanti sur le vide ! Une date m'interpelle, 1920 (MCMXX) est gravée sur l'arche reliant les deux piliers sud de la passerelle. Or, il semble, d'après la très sérieuse revue "La Forêt Française" que Lombardi et Morello n'auraient acquis les coupes locales qu'en 1923 ... il me manque un petit bout de l'histoire !


GR10 du Béarn au Pays basque

La passerelle balance légèrement sous nos pas. Le treillage métallique latéral et le platelage ajouré accentuent l'impression de vide, mais comment de pas succomber à l'immense envie d'immortaliser ce passage. Bien sûr, nous ferons de nombreuses photos du site tellement il est impressionnant et spectaculaire.

Il nous reste à descendre au fond des gorges par un chemin plutôt fréquenté par les promeneurs (un parking est situé à moins d'une heure du site). Malgré un profil descendant, nous prenons, en ce milieu d'après-midi, une bonne suée sur ce flanc de falaise exposé au sud.

Au fond de gorges, le torrent est en eau. L'ambiance végétale est moins "tropicale" que dans le canyon d'Ehüjarre, descendu hier, et les parois bien moins resserrées.


GR10 du Béarn au Pays basque

À 16h05, nous arrivons au gîte d'étape de Logibar. La terrasse est remplie de touristes venus à moto, en voiture, à pied. Douche prise, nous retrouvons notre perpignanais d'hier soir alors que nous buvons un coup. Il s'installera sur l'aire des campeurs située un peu en amont à l'écart de la route. Notre dortoir est occupé par une jeune femme partant avec l'idée de faire la traversée complète jusqu'à la Méditerranée, et par un Normand. Ce dernier semble mécontent du tracé, des chemins, de la monotonie des étapes du côté de Saint-Jean-Pied-de-Port, du poids de son sac à dos pourtant léger. Étonné, je pensais que c'était son premier trek. Que nenni, il a déjà parcouru le GR20, mais avait dû alors faire une pause de cinq jours sur blessure de ses pieds et tendons. Il finira par reconnaitre, ne pas se préparer et ne faire aucun sport en cours d'année. Sans pouvoir juger des paysages et du tracé du GR10 entre Logibar et l'Atlantique, la variété des étapes, des milieux parcourus jusqu'à présent m'a enchanté. Vraiment jolie la diversité des décors traversés dans ce département des Pyrénées-Atlantiques depuis huit jours !

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Lundi 5 septembre 2022
8h30, 25,3 km,
D+ 936 m, D- 1170 m

https://www.openrunner.com/r/14828067

Gîte d'étape de Logibar
Christine Quihilliry, Logibar, 64560 Larrau
Tél: 05 59 28 61 14
Site: https://auberge-logibar.com/
Email: contact@auberge-logibar.com
demi-pension: 45 euros, taxe de séjour 0,75 euro

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