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Collioure Cadaqués de Dali aux Fauves



Voyez ici pour le Road Book Cadaqués



Le célèbre "Collioure Cadaqués", création des fondateurs de "Randonades", dont les chemins furent en partie ré-ouverts en 1995 par leurs soins, a fortement inspiré cette itinérance. J'y ai apporté quelques modifications : l'ajout d'une étape entre Roses et Cadaqués (conseillé par mes amis Brigitte et Michel) et un sens opposé à celui proposé par le voyagiste pyrénéen, afin de commencer par la zone périurbaine de Roses, de bénéficier de deux points de vue lors des arrivées sur Cadaqués et Collioure et d'avoir le soleil dans le dos. S'il est un seul inconvénient à ce choix c'est d'avoir la tramontane de face, en cas de grand vent.


Ce matin le car nous conduit en une demi-heure de Figures, où nous avons dormi hier soir, à Roses (Rosas). Nous débutons notre périple en rejoignant la mer par le mail de la Carrer de la Riera Ginjolers. La première section du parcours se déroule dans un paysage fortement urbanisé. De longs filets verts et bleus sèchent sur les quais. Si Roses garde son premier rang en Catalogne pour les captures de pêche, c'est aussi une ville aux moult résidences secondaires. De nombreuses balustrades et escaliers jalonnent le tracé. Il a l'avantage de rester au plus près de la mer mais joue les "montagnes russes" ! Le GR 92 emprunte le "Chemin de Ronde". On le nommerait chez nous "Sentier des Douaniers". Nous suivrons, aujourd'hui, son balisage rouge et blanc jusqu'à Cadaqués.
A 9h45, Nicole, Jacky et moi quittons les dernières villas après avoir, un peu avant, fouler le sable de la plage d'Almadrava.

C'est d'ailleurs à la Pointe (Punta) de l'Almadrava que les pêcheurs de Roses établissaient leur principale base pour la pêche au thon. En raison des courants, les bancs de thons et de cétacés passent près de cette côte dans leur migration annuelle. De fait les pêcheurs de Roses ont été durant des siècles de véritables spécialistes de la pêche au thon.

Un petit cap rocheux se dessine. Une ancienne base militaire et ses bunkers dominent la Pointe Falconera. Les fleurs du liseron à feuille de guimauve tapissent le sommet de la falaise. Entre les pointes effilées du Cap Trencat et du Cap Blanc, le chemin conduit au sable de la Cala (crique) Murtra. De plage en cap, de crique en pointe, nous longeons des eaux tantôt azur tantôt turquoise. Chaque échappée entre les pins révèle une vue nouvelle.



En une bonne heure, sinuant au sommet des aplombs rocheux, nous gagnons une belle crique. La Casa Camprubi domine le site enchanteur de la petite plage del Calis, entrée de la Cala Montjoi. Ici les raquettes des figuiers de Barbarie sont gravées de nombreux prénoms. Une route asphaltée arrive de Roses et se termine à Montjoi. Un populaire centre de loisirs occupe la plage. Ce matin c'est canoë pour tout le monde. Le GR 92 par une sente quittant la piste file jusqu'à la Pointe de Ferrera qui ferme la baie de Montjoi. Un petit escalier nous descend au ras de l'eau. Nous déjeunons à l'ombre des falaises de la Cala Calitjar. L'endroit s'appelle El Salt del Matxo , le Saut du Mulet !


Il faut, à la reprise, préserver nos bras des épines des figuiers de Barbarie sur cet étroit chemin. Les "griffes de sorcières", beaucoup moins agressives, sont en fleurs. Le sentier du littoral évite les hautes falaises calcaires (130 m) aux nombreuses grottes marines du Cap de Norfeu et rejoint directement le Coll dell Canadell à 59 m d'altitude !
Le chemin traverse le ravin éponyme et s'élève parmi les anciennes terrasses descendant d'un plateau posé entre le Puig del Gall (123 m) et le Puig del Canadell (91 m). L'ombre est rare en ce début d'après-midi mais les 23°C et un peu de brise sont bien agréables. Nous descendons sur la Cala Joncols.
Un hôtel tranquille et fleuri occupe cette crique privilégiée. Parce qu'une source occupe la partie finale de la descente, le lieu était un point de rencontre entre les pêcheurs de Roses et de Cadaqués. Qui sait si les marins de l'ancienne colonie grecque fondée en 779 avant J.

C. à Roses n'y faisaient pas déjà relâche ?

Nous quittons dorénavant le bord de mer. Jacky prend un raccourci, coupant une large épingle du GR. Un petit moment de flottement, et, nous reformons notre petite caravane au virage suivant. Le chemin bordé d'anciennes murettes monte, en coupant les lacets de la piste en terre, au Coll de la Cruïlla (225m).



C'est par la piste retrouvée que nous finirons notre étape. Ici les murs des terrasses et les rigoles de drainage ont été restaurés et encadrent une oliveraie en réhabilitation. En 1716, le premier cadastre de Cadaqués donne une idée de l'importance du défrichement à l'époque médiévale. Pas un hectare de bois n'y figurait. En 1789, Francisco de Zamora s'étonne de l'étendue des vignobles qu'il traverse en descendant de Rodes (Roses) vers El Port de la Selva. Ce processus culmina au cours de la seconde moitié du 19è siècle. Lorsque le phylloxéra détruisit les vignes européennes, le prix du vin s'envola et le Cap de Creus se couvrit de terrasses. Mais en 1879, le phylloxéra touche ainsi l'Emporda (ce comté) entraînant la mort des ceps, et beaucoup de gens émigrèrent. Seuls restaient les oliviers. D'autres furent plantés dans quelques vignes mortes. Les oliveraies furent toutefois abandonnées progressivement à partir des gelées de 1956.

La piste conduit au Mas d'en Baltre. De là, la vue embrasse les paysages qui s'étendent du phare de Calanans à celui du Cap de Creus. Cette superbe propriété, ferme familiale du 16è siècle, aux allures de petite hacienda domine la baie de Cadaqués. Un petit motif de fer décoratif situé au sommet du pignon représente une sorte de "quadrident" (4 branches). Il était destiné à effrayer les sorcières et mauvais esprit selon la tradition populaire. Les meules, vestiges d'un ancien moulin à vent, dorment désormais en bordure de piste. Elles prouvent que la culture du blé était présente sur ces terres.



La descente sur la baie de Cadaqués aux eaux cristallines est panoramique. Les couleurs s'entremêlent : le mauve des lavandes à toupet, le jaune des ajoncs, le bleu du ciel, de la mer et la blancheur éclatante des maisons forment le plus joli tableau de cette fin d'étape. Pas étonnant que le petit port de Cadaqués, ce havre, soit devenu un lieu d'inspiration artistique si prisé !



Ici le gratin des artistes cubistes et surréalistes du 20è siècle s'est réuni. Si Salvador Dali fut le principal chantre de Cadaqués, Pablo Picasso, René Magritte, André Dérain, Marcel Duchamp mais aussi Luis Bunuel le cinéaste ou l'éclectique Man Ray et bien d'autres sont venus ici. Plusieurs panneaux représentant des tableaux d'artistes sont placés sur les lieux mêmes de leur inspiration.
Nous retrouvons la mer à la plage de Llane Petit. Pas de faubourgs par cet accès, Cadaqués se livre en toute beauté et nous fait tomber immédiatement sous son charme. L'eau est transparente. La Carrer del Doctor Bartomeus nous conduit à la petite plage de Portdoguer. Coque beige et plat-bord rouge, un vieux voilier à l'ancre attire l'attention. Le Saint Isidre est un" Llaüt", emblématique bateau de pêche à voile latine des îles Baléares, construit en 1925. Restauré dans les années 90, il assure désormais des visites marines du Cap de Creus. Les 3073 hectares en milieu marin du parc naturel attirent de nombreux visiteurs et plongeurs.



La statue de Dali trône sur la platja Gran. En plein centre, sur la place del Passeig, les opinions s'affichent au balcon des catalans : drapeau pour les indépendantistes, mais aussi le ruban jaune pour la lutte contre les agressions sexuelles. La veille, devant l'hôtel de ville de Figueres, une manifestation exprimait son indignation contre le verdict d'un viol, commis par cinq hommes, en le requalifiant d'abus sexuel. Une femme, comprenant que nous étions touristes, nous avait expliqué en français la cause de leur révolte. L'"Octavia", notre hôtel, est à quelques pas, dans une rue qui est l'exutoire, la plupart du temps à sec, du fleuve côtier local. La chambre est spacieuse et calme. La douche prise, j'irai déambuler sur les quais et dans les ruelles, appareil photo en main.

Cadaqués, au sud de la presqu'île du Cap de Creus, est encaissée au fond d'une crique profonde, excellent port naturel. La vieille ville protégée côté mer par la fortification d' Es Baluard et dominée par l'église, fait une lumineuse tâche blanche au milieu des sombres coteaux. Au dessus de ma tête, les silhouettes blanches et bruyantes des goélands traversent le ciel bleu. Une des possibilités de la toponymie de Cadaqués est que son nom soit composé de deux mots d'origine grecque Kata Karius port occasionnel (soit pour le commerce soit par mauvais temps). Cependant l'hypothèse la plus admise dérive de "cadaquer" ou "cadaquers" forêt de genévriers, cet arbuste existant partout sur cette zone côtière.



Après le côté marin, enfonçons nous dans le lacis de ruelles que forme la vieille ville. La Casa Serinyana ou Casa Blaua (maison bleue) fut construite de 1913 à 1915 par l'un de ces "Indianos", émigré en Amérique, qui fortune faite, revint au pays afficher sa réussite par cet édifice. La façade est décorée de faïence bleue et de fer forgé. Dans la vieille ville, ancienne enceinte fortifiée d'origine médiévale, on déambule sur les "rastell", ces anciens pavés, dalles de schiste disposées verticalement afin de drainer les eaux et éviter les glissades. Fins talons féminins s'abstenir ! Les ruelles blanches, tortueuses à souhait, escarpées, forment un véritable labyrinthe destiné à l'origine à semer et perdre les assaillants. S'y perdre dorénavant est un plaisir.



Édifiée entre le 16è et le 17è siècle Santa Maria abrite à l'intérieur un immense retable baroque de 23 m de hauteur. Cette église fut reconstruite, en partie grâce aux dons des pêcheurs qui sortirent en mer les jours chômés, après sa destruction en 1543 par le célèbre pirate turc Barberousse.

En sortant de l'église, dominant le vieux village, le voyageur admire au premier plan les toits serrés les uns contre les autres et cette mer aux reflets d'azur.
Loin de me lasser, je poursuis mon exploration, découvrant ici le Portal del Mar, seul vestige des quatre portes fermant la cité médiévale, là, la Carrer des Call aux "rastell" posés en épis où vécut durant des siècles la communauté juive de Cadaqués et un peu plus haut Sa Plaça, où les habitants débattaient des affaires municipales.


Sur le chemin du retour, entre escaliers et ruelles, entre gouttières vernissées et bougainvillées, on tombe au détour d'une placette sur un portrait, en graffiti de la figure tutélaire de Cadaqués : Dali !

Noyé dans le vert des feuilles, ponctué des touches rouges des géraniums et des pétunias, le tableau est presque ... surréaliste.




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