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par le GR 738
du vendredi 30 juillet au dimanche 8 août 2021
Pour relier la Savoie (73) à l'Isère (38), un nom de baptême tel que GR73-38 ou GR738 était une évidence. La Haute Traversée de Belledonne repose avant tout sur les trames reliant les espaces pastoraux du massif. Le projet initié en 2009 s'intitulait "Les sentiers des Bergers en Belledonne". Il sera homologué le 1er mars 2017 et inauguré le 22 juin 2018.
Avec ses 130 km et 11.000 m de dénivelé, il est réparti en 11 étapes (nous le ferons en 10) et s'invite dans le cercle très fermé des grandes traversées sportives, aux côtés du GR20 (Corse) ou du GR54 (Écrins). Par comparaison avec notre traversée des Alpes du sud entre Menton et Briançon, le dénivelé moyen pour 10 kilomètres s'élevait à 600 mètres, alors qu'il est de 800 mètres sur la traversée de Belledonne. Quand on dit sportif ! Après, le découpage en 10 ou 11 étapes le rend très abordable.
Naviguant presque exclusivement sur le versant occidental de la chaine, le GR738 flotte littéralement sur les moutonnements et les replis de ses puissants balcons. Des montagnes rêches et rocailleuses où les cols ne sont jamais très loin de ses plus hauts points. Aussi forêts, estives, bergeries d'alpage, pierriers et névés émaillent cette traversée ... que ponctuent de nombreux lacs.
Bienvenue sur le dernier né des grands GR, le 738 !
Vendredi 30 juillet 2021
Vizille - Chamrousse
7h45 - 14h15 soit 6h30 de trajet pour 17,2 km avec 1785 m de dénivelé positif et 131m de dénivelé négatif
Temps du topoguide donné pour 6h20
Voyez ici pour le Road Book Vizille - Chamrousse
Je prends le bus à 6h50 à la gare routière de Grenoble. J'ai acheté mon billet hier en arrivant en train car, pour cause COVID, il n'y a pas de vente auprès du chauffeur. Le bureau de vente n'ouvre qu'à 7h00, mais il y a des distributeurs automatiques. Par contre, aucune fiche horaire pour confirmer ceux trouvés sur le net... sur une fiche datant de 2020 ! Idem pour les autres lignes de bus. Le tout numérique a encore frappé ! Tu n'as pas de smartphone (j'en ai un), pas de réseau, tu es étranger ou avec un petit forfait ... tant pis pour toi. Que coûteraient quelques vitrines d'affichage avec les horaires de chaque ligne ... que l'on trouve sur le net.
Il pleut à Vizille où Stéphane m'attend à l'arrêt du car "Château". Il a dormi à l'hôtel tout proche alors que j'avais passé la soirée sur Grenoble, profitant de mon passage pour visiter des amis. Jacques, Marie-France et Aurélia m'avaient chaleureusement accueilli une fois de plus.
Les nuages bas déversent leurs dernières gouttes, l'amélioration étant prévue en milieu de matinée. Stéphane a, comme moi, adopté le parapluie. Pas trop chaud, protection du dessus du sac à dos, même si le sur-sac est mis. C'est autre chose que la moiteur ou l'humidité régnant sous les vestes de pluie, voire pire sous les capes de pluie, véritables "cocottes-minute" !
Le parcours est aujourd'hui très forestier. Un 4x4 Lada Niva nous double dans la montée de cette piste. Son homologue Land-Rover le croisera. Tous deux ont leur pied-à-terre au hameau de Montjean. Une prairie et sa fontaine marquent un changement de direction. Ce sera plein sud pour l'heure qui suit. Dernières échappées visuelles sur la vallée du Grésivaudan et le château de Vizille. C'est le 21 juillet 1788 que Claude Perier, banquier et industriel, propriétaire du château, accepte de recevoir l'assemblée des Etats Généraux du Dauphiné. Composée de 540 personnes, interdite de réunion sur Grenoble suite à la "Journée des Tuiles", émeute où les insurgés affrontèrent la troupe à coups de tuiles, cette assemblée redemanda au Roi Louis XVI d'abroger la réforme visant à annuler les pouvoirs rendus aux parlements au début de son régime. Cette réunion allait engendrer, parmi d'autres évènements, la Révolution Française.
La pluie cesse à 9h30 peu avant les premières maisons de Mont-Sec. Quelques brebis pâturent aux alentours d'une ferme et les jeunes agneaux bêlent pour garder le contact avec leur mère. Nous traversons un joli pâturage au col de la Madeleine, petit col à 1166 m d'altitude, homonyme du célèbre col reliant la Maurienne et la Tarentaise et ratant à un mètre près l'altitude 2000 m. Cette ouverture paysagère permet de voir les falaises de Chartreuse, celles du Vercors, tout en bénéficiant d'une vue plongeante sur la vallée de la Romanche, celle qui mène à Bourg d'Oisans puis au Lautaret. Le chemin quittant le col de la Madeleine coupe les courbes de niveau perpendiculairement et donc grimpe fortement jusqu'à Rochassier.
On rencontrera une jeune randonneuse, Claire, enchantée de ses 11 jours sur le 738, ébahie, ravie par les paysages. Ses compagnons de route ont préféré descendre par le car de Chamrousse sur Vizille. Elle voulait finir le GR quitte à affronter les 1200 mètres de descente un peu raide.
C'est en descente que nous gagnons à 1250 m d'altitude, la réserve naturelle du lac Luitel, première créée en France. Le lac doit son existence aux grands glaciers du Quaternaire occupant une dépression engendrée jadis par le glacier de la Romanche. Tous les stades écologiques d'une tourbière à sphaignes (milieu scandinave assez atypique en France) sont présents. Les zones d'eau libres tendent à se réduire par progression des radeaux végétaux en périphérie. Les sphaignes avancent ainsi vers le centre du lac, puis la matière organique s'accumule et forme un sol flottant où les arbres implantent. Lors de leur développement, ils finissent par basculer ou s'enfoncer lorsque le système aérien exerce trop de pression sur le sol. Cette évolution tend vers une fermeture naturelle du plan d'eau. On y trouve des végétaux adaptés à ce milieu acide et humide : mousses, plantes aquatiques (sphaignes) et plantes carnivores (drosera, petite urticaire et grassette vulgaire) se développent dans une tourbière âgée de plus de 12000 ans où virevoltent plus de 150 espèces de papillons ! Ce paysage nordique constitue un refuge pour des espèces reliques des périodes glaciaires.
Nous déjeunons au soleil sur les rives du lac.
Toujours en forêt, mais souvent sur des pistes d'exploitation, nous gagnons en moins de deux heures le Recoin, partie inférieure de la station de ski de Chamrousse. Toujours aussi laides, ces stations de ski en période estivale. Le bâti vieillit mal, les parkings sont immenses, vides, les commerces sans vie ou presque !
À l'arrivée au gite de Fanfoué, Jean-François Masson nous accueille. Moniteur de ski et de parapente, il nous éclaire sur la météorologie des jours à venir et nous installera dans notre chambre. Son épouse reviendra les bras chargés de légumes, salades, tomates, persil ... C'est dans la vallée du Grésivaudan que Cécile se fournit auprès d'une maraichère. Notre hôtesse confectionne quelques spécialités avec des plantes : huile d'ortie, d'achillée millefeuille, confit d'épilobe, de jonquille, délice de gentiane, confiture de rumex alpin... La réglementation est très stricte sur l'appellation "confiture", obligatoirement appliquée à un fruit m'explique-t-elle. C'est elle qui nous apprend par ailleurs, que Claire, la randonneuse rencontrée près du col de la Madeleine, a dormi ici hier soir avec ses amis. La conversation m'apprendra que le grand-père de Cécile était ouvrier chaudronnier-riveteur à l'intérieur des tuyaux des conduites forcées, que son arrière-grand-père fut l'un des premiers guides de Chamrousse. Ce soir au menu : vin de noix en apéritif, gaspacho concombre basilic-citron-ail-menthe, pesto d'ortie et rouleau de printemps, gratin de ravioles, fromage et dessert.
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