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Le lieu de bivouac de cette nuit à la périphérie d'Argelès-sur-Mer est finalement tranquille. Sur une petite route, un terrain avec des arbres et des herbes folles a permis de trouver un lieu confortable et silencieux. La nature a encore joué le rôle du réveil, entre luminosité et champs d'oiseaux. Le ciel est limpide, la journée devrait être belle.
Au programme ce jour, la redoutée montée vers Mont-Louis, redoutée car il fait chaud, quoique l'on s'acclimate à la forte chaleur, et aussi car de mémoire il y a des kilomètres de montée jusqu'aux fortifications. Il faut compter environ une centaine de kilomètres pour passer du niveau de la mer à l'altitude de 1500 mètres puis celle de 1900 mètres. J'ai bien fait de ne pas noter ces chiffres lorsque j'ai quitté mon bivouac, je sais seulement que je vais monter avec en fin de journée le col de Puymorens dans les 2.000 m. Une sorte de déni de défi sportif afin de se protéger et de garder l'espoir.
C'est par Thuir que l'étape pyrénéenne commence et rapidement la rivière de La Têt vient me tenir compagnie et apporter un peu de fraicheur. Ce cours d'eau est rare dans ce département où la sècheresse frappe fortement avec très peu de précipitations durant ces dernières années.
La route est large, une quatre voies avec séparateur central. Sur la droite, la paroi rocheuse est équipée de blocs de pierres, la chaleur est ainsi restituée puisqu'aucun végétal ne vient absorber les rayons du soleil. La chaleur est supérieure à 30 degrés. Je découvre un petit sentier qui file dans la montagne et longe un canal alimenté en eau. Je stoppe ma progression et à pied m'engage dans cet havre de fraicheur.

La couverture végétale des arbres est suffisamment dense pour que les rayons du soleil ne pénètrent pas. Le chemin n'est pas plus large que 70 cm, sur la gauche un ravin et sur la droite le canal au pied de la paroi rocheuse. Je m'engage dans la voie étroite en pensant bien à ne rien faire tomber de mon vélo, ni d'un coté ni de l'autre. Puisqu'il est proche de midi, je fais ici ma pause.
L'eau est fraiche, aussi j'y coince mes deux bidons d'eau. Je profite de l'instant pour faire un bain de pied et faire redescendre la chaleur corporelle. Au moment de repartir, le thermomètre du GPS annonce 24 degrés.
Passé Olette, le pourcentage forcit et la chaleur se fait toujours aussi intense.

Dans le paysage, la voie ferrée du petit train jaune apparait puis la route passe sous le pont aux hautes arches, le Pont Séjourné.
Quelques grands virages s'enchainent puis la route passe devant le fort Mont-Louis. Étant donné qu'une voie pénètre dans l'enceinte, je l'emprunte. Les remparts m'impressionnent autant par leur hauteur que par la porte d'entrée (Porte de France). Je fais un tour dans la petite ville, entre ruelles et piétons venus visiter les lieux.

Une fontaine est bienvenue afin de refaire le plein d'eau et de se rafraichir. Les randonneurs profitent également de ce lieu. Une petite épicerie permet de refaire le plein d'énergie et de marquer une pause avant la prochaine difficulté, le col de Puymorens.
Le parcours fait entrer en Espagne via Llivia, petite enclave espagnole en terre française, je passe ainsi en Espagne et c'est seulement la différence de forme des panneaux de signalisation qui marque cette entrée en terre étrangère.
À Latour-de-Carol, l'ascension vers le col commence.

La chaleur est encore forte, si bien que sur la gauche je repère un pré qui donne accès au Riu de Querol, rivière repérée il y a quelques kilomètres en empruntant un pont qui l'enjambe. Ce cours d'eau sera idéal pour se rafraichir avant de reprendre la montée.

Après Porté Puymorens, le pourcentage avoisine les 5 pour cent, mais l'ascension reste roulante dans un paysage montagneux de plus en plus présent avec des versants au loin bien détachés démesurément grands. La sensation d'être dans un décor de montagne prend le dessus et l'effort se double de plaisir. La pente permet de profiter de la vue immense entre les sommets.

Après le passage du col, j'enfile ma veste a manches longue et entame les 30 kilomètres de descente. Un camping car a la mauvaise idée de me doubler, gâchant un peu le plaisir de la descente, car il ne va pas vraiment plus vite et je le rattrape à chaque virage. Après quelques kilomètres, il bifurque et me laisse la voie libre.
Ax-les-Thermes se présente alors. Je fait une halte dans la ville touristique et me pause en terrasse déguster ... une pizza.
L'été sent bon au milieu des touristes déambulant, profitant de l'ambiance décontractée des bars et des ruelles piétonnes. C'est émouvant de se retrouver dans une petite foule après ce grand silence à 2.000 mètres d'altitude. L'effort de l'ascension apporte des bienfaits lorsque, ensuite, on fait une pause et que l'on regarde la vie autour de soi, l'esprit totalement vidé et nourri de l'instant présent.
C'est à Tarascon-sur-Ariège que le bivouac sera trouvé quelques 30 km plus loin. Le site est dans un des jardins bordant un édifice religieux. Le calme du coin permettra de passer une bonne nuit avant l'étape de demain encore dans les Pyrénées.
Le petit déjeuner se déroule au cœur de la ville et en terrasse du café. Le lieu est fréquenté par des gens de passage, entre touristes en famille et qui ont leur temps et d'autres personnes pressées durant leurs heures de travail, le week-end ne commence que demain.
C'est par le col de Port que commence la série de cols de la journée, 15 km d'ascension sur une route au milieu de la forêt. Le ruisseau apporte une note bucolique au paysage où quelques maisons ouvrent la porte des rêves de part leur situation dans une région silencieuse au cœur de la nature.
70 km plus loin, le col du Portet d'Aspet m'enchante une fois de plus, ce col n'est pas haut mais il est difficile.

Le versant est rigoureux et dégagé en partie de végétation, alors que le versant vers l'ouest est en sous bois et en partie très pentu. La rivière du Ger est impressionnante de beauté lorsque les rayons du soleil viennent éclairer une eau claire et limpide, laissant voir un fond beige que la lumière vient embellir.
Impressionnant aussi de voir le mémorial de Fabio Casertelli, coureur italien décédé dans cette descente lors d'une étape du Tour de France cycliste.
10 km plus loin, la descente se termine et après le col des Ares, Bagnères de Luchon se présente.
La ville est grande, agrémentée des couleurs de l'été. C'est ici que je fait une pause casse-croute avant la dernière difficulté du jour. Je serais heureux de passer ce cap là et de commencer à entrer au cœur des Pyrénées, au cœur des difficultés. Le cerveau tranquillement se prépare à l'effort et la confiance s'installe.

Long de 10 km par ce versant est, le col de Peyresourde est sympathique à gravir. La route file tout droit vers le sommet avec deux séries de virages en épingle à cheveux. La dernière série se situe au bout d'une grande courbe, invitant le cycliste à se projeter vers le final, d'où il peut ensuite admirer la vallée.
La longue descente m'avale vers le splendide village d'Arreau.

Un orchestre anime la ville sous les arches du bâtiment de la Mairie, la rivière de la Neste coule tranquillement apportant fraicheur et apaisement. Les rues de la ville ont un esprit montagne de par leur étroitesse et la hauteur de leur maisons de ville, mansardées aux volets en bois colorés et toit d'ardoise.
C'est au cœur de la ville que le repas du soir est pris, sous le chant de la Neste du Louron.
Le prochain col est le col d'Aspin, mais je ne sais quoi faire, il est à peine 20 heures, j'ai roulé un quota de km suffisants. Soit je trouve un coin bivouac en sortie de la ville, soit je passe Aspin, distant d'une quinzaine de kilomètres. Je file vers le sommet qui débute rapidement après la sortie de la ville et commence l'ascension alors que un léger brouillard est de la partie. Je n'ai pas les jambes ni la motivation pour rouler longtemps après la belle journée à vélo, aussi dans un replat offert par le col, je trouve un coin suffisamment à l'écart et confortable pour y installer le bivouac. Je croise simplement les doigts de ne pas prendre la pluie durant mon sommeil, je me prépare mentalement à devoir repartir au milieu de la nuit, branche mon phare sur la dynamo et veille à ne pas sortir trop d'affaires pour cette fois.
Le réveil est doux et au milieu de quelques nappes d'humidité. Je prend des forces avant d'attaquer le restant d'ascension et me voila sur le vélo en commençant la journée par une ascension.

Quel plaisir que celui là. La route domine la vallée endormie sous une couche de brouillard matinal. Du coton semble se dégager et entourer les monts alentour. C'est la première fois, il me semble, que je vis ce décor là, bucolique à souhait.

Le sommet du col d'Aspin est impressionnant, il offre une vue sur le pic du Midi d'Ossau, pic au pied duquel se situe de col du Tourmalet...
La descente du col d'Aspin débouche sur une route noyée par le brouillard, ce qui était prévisible et justifie la veste de pluie. Dans le sens inverse des cyclistes locaux font leur sortie vélo hebdomadaire, ce qui rassure, le brouillard fait ici partie du décor.
Sainte-Marie-de-Campan est enfin là, les choses sérieuses vont pouvoir commencer puisque le col du Tourmalet commence ici. Avant tout, petit déjeuner dans le bar du coin, avec une brioche suisse achetée dans l'épicerie attenante. Peut-être que le brouillard ne sera pas de la partie avec le sommet à venir. Je repense alors au col d'Aubisque qui avait fermé les portes de mon périple de l'an passé avec un brouillard de nuit épais et démoralisant. Les choses se présentent sous de meilleurs auspices même si l'effort sera exigeant.
Après les plaisirs de la table, viennent les plaisirs de la montagne et de l'altitude. Le col est particulièrement long et je ne connais pas du tout ce versant. Je commence mon ascension sans savoir dans quoi je m'engage en termes d'intensité d'effort. Je suis confiant que mon braquet va passer, malgré mon chargement. Toutefois je monte tranquillement, préférant l'endurance maitrisée à l'effort inconsidéré. Un cycliste me double et me sert de point de mire. Avant d'entrer dans le village de La Mongie je parviens à le doubler et me motive grâce à deux autres cyclistes qui progressent à la même vitesse. Dans le paysage, la montagne s'est faite belle, le ciel est sans nuage et la luminosité révèle de belles couleurs. Si les montagnes des Alpes durant le brevet fédéral d'Hannibal Rider présentaient des teintes dans un dégradé de marrons, ici le vert est de rigueur.
Après La Mongie, il reste deux kilomètres et les cyclistes devant moi restent devant moi, tant et si bien que je les oublie et vis les derniers kilomètres pleinement, d'autant que la pente demande de l'énergie.

Le décor final offre une vue plongeante sur la vallée vers La Mongie et sur le sommet la route trace son chemin entre deux murs de pierre. En face la vue s'ouvre sur la vallée de Barèges et les lacets de la descente. Beaucoup de cyclistes occupent la route, nous sommes samedi en fin de matinée, ce doit être l'heure de pointe. La statue d'Octave Lapize a été descendue du muret et figure désormais sur le plancher des vaches, à la même hauteur que les cyclistes venus faire des selfies.
Après un arrêt afin autant de me restaurer que de profiter du moment présent à cette altitude et sur ce lieu, j'entame la longue descente vers Barèges puis file immédiatement vers Luz-Saint-Sauveur.
La question que je me pose alors est simple, soit je poursuis ma route vers Argelès-Gazost et grimpe Soulor, l'Aubisque et Marie-Blanque, soit je reste sur cette belle impression du col et termine mon périple vers Lourdes, Pau Orthez et le pays Basque.
Je progresse vers Argelès-Gazost, qui sera le lieu de bifurcation et profite des kilomètres à venir pour trouver les bonnes réponses. Le col du Tourmalet a été une très belle ascension, réalisée en début de matinée et offrant, peut-être par chance, de bonnes conditions météorologiques. La cerise sur le gâteau a ainsi été posée, voire avec un soupçon de chantilly sur la cerise, car le moral est au beau fixe depuis plusieurs jours déjà. Seulement la météo est en train de tourner et le côté montagne est gris, alors que le côté vallée est dégagé. Je me dis que j'ai la chance de pouvoir revenir dans le coin et de découvrir cet enchainement de cols que sont Soulor, Aubisque et Marie-Blanque une prochaine fois.
Je me dirige alors vers Lourdes, faire un peu de tourisme et rentrerait sur Bayonne le long du gave du Pau et les jolies villes que sont Pau et Orthez. Une dernière nuit en bivouac sera passée sur Peyrehorade, cette journée avec Aspin et Tourmalet a permis de couvrir 200 km et de franchir les 2.000 mètres de dénivelé. Que les étapes le long de la Méditerranée sont loin.
Avec une dernière étape d'une quarantaine de kilomètres se termine ce périple de 2200 km entre Pays basque et Provence via les Pyrénées sur le retour. 14 jours de plaisirs et de déconnexion totale, 14 jours entre espoir et découverte.
Toutes les étapes :
Du Pays basque à la vallée de la Garonne
La vallée du Lot
Du Lot à la belle Provence
Entre Provence et Méditerranée
Traversée des cols pyrénéens
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dans Une Marche Plus Haut.