Entre Moustiers-Sainte-Marie et le pied des Pyrénées, il y a des belles étapes. C'est ce que pense notre aventurier à vélo qui cumule les nuits en bivouac, mais il lui arrive aussi de connaître des déconvenues. C'est ce qui se présente sur sa route entre Provence et Pyrénées.
Ce matin c'est le grand jour, les gorges du Verdon. C'est ce que je me dis lorsque le réveil sonne, hélas un coup d'œil vers le ciel permet de constater que le ciel est couvert. Le vent est même en train de se lever. Le lac présente des couleurs bien différentes de la veille. Je regarde vite la météo sur mon téléphone afin d'être fixé. Pluie, orages à 11h et orages tout l'après-midi. Aoutch ! Je remballe tout mon barda et file sur le village prendre le petit déjeuner tout en regardant le ciel du coin de l'œil. En prenant de la hauteur, on voit que le ciel est obscurci par endroits, clair à d'autres. Soit je m'engage dans la boucle qui fait le tour des gorges, soit je poursuis mon périple sans cette boucle spéciale et file vers la mer. Je me dis que je peux tenter la découverte et garde l'espoir.
Je prend la route vers la Palud-sur-Verdon et commence les premières ascensions au dessus du lac de Sainte-Croix. Je ne doutais pas que la vue sur le pont du Galetas enjambant le Verdon a l'extrémité du lac était formidable, elle est magnifique.
Le canyon présente des parois verticales et offre des points de vue uniques pour les contemplatifs de beaux paysages. Rapidement le ciel s'assombrit, et l'orage gronde au loin, la pluie commence à tomber. À mi-chemin sur la route de la Palud-sur-Verdon, je fais demi-tour sans aucune envie d'aller tenter le table dans cette région-là. Dans la descente je croise des motards bien a l'abri dans une cavité rocheuse, ils sont pourtant équipé de cirés et autres vêtements de pluie. L'averse s'arrête, je tente alors de voir si je peux faire le tour dans l'autre sens et grimpe vers Aiguines. Sur les bords du lac le soleil est même de retour, si bien que je peux m'offrir un bain dans le lac depuis une plage encore peu fréquentée.
Aiguines est sur une belle colline et sa situation offre une jolie vue sur la région, sauf que dés l'entrée dans le village et une fois le sandwich de ce midi acheté et rangé dans la sacoche, la pluie revient et fortement. Je décide alors de mettre un terme à cette boucle dans le Verdon, le ciel ne s'y prête vraiment pas. Au bout de 15 à 20 minute, une éclaircie permet de prendre le temps de déguster le sandwich jambon-gruyère. Pour le coup, je trouve une place sur des marches d'escalier avec un abris-bus en plan B au cas où.
Sans regrets et en pensant à la Méditerranée, je reprends la route. Entre Aups et Rians, la pluie me rattrape. Le temps de rejoindre un sous bois tout proche pour me mettre à l'abri, la pluie redouble d'intensité, j'extirpe la bâche de son emplacement et la déplie par-dessus ma tète en me mettant accroupi. Rapidement l'orage montre qu'il est arrivé sur la zone, la pluie est intense. Je veille à bien déplier ma protection de toile plastifiée autour de moi et que des poches d'eau ne se créent pas. Je lève un coté de la toile pour observer un peu le spectacle et vérifier l'intensité de la pluie. Lorsque tout à coup, le ciel se déchire au-dessus de ma tête dans un éclair blanchissant le ciel dans un grand vacarme. Je n'ai pas d'autre choix que de patienter en espérant que cela ne dure pas deux heures. Petit à petit l'orage s'éloigne, quelques temps après , la pluie cesse, est ce que j'ai intérêt à rester sous ma protection de fortune ? Allez ! Direction Rians !
Mon optimisme de circonstance se fait rattraper par la patrouille pluie et sous un dernier abri je patience encore de ce qui sera la dernière pluie de la journée. Ce mauvais temps a un seul avantage, mais il est de taille, le vent. Celui-ci souffle dans le dos et rend les kilomètres plus faciles, en plus d'accélérer le séchage du cuissard sur le bonhomme. Le parcours me fait éviter les grandes villes comme Aix-en-Provence.
C'est à Pélissanne que je me pose pour le repas du soir. Un restaurant propose des pizzas en terrasse, je m'y installe malgré le temps d'attente de trente minutes. Un tel plat chaud fait du bien, autant par la pause sociale que par la chaleur du plat. La gérante et le pizzaiolo sont à l'œuvre et les commandes au comptoir ou par téléphone sont nombreuses, toutes par livraison. La terrasse ne compte que deux tables. L'ambiance de la place est également apportée par la terrasse du bar adjacent car c'est l'heure de l'apéro. Toutes les 15 a 30 minutes, la voiture au logo de l'établissement vient chercher les pizza sorties du four et repart faire sa livraison.
Le bivouac sera trouvé quelques kilomètres après Pélissanne, au fond d'un champ de culture éloigné de la route. Le sol est herbeux sur la bordure du champ, la nuit sera belle, étoilée, avec des rêves de plages. Les 170 km depuis le Verdon ont été éprouvants mentalement, ce devait être une journée grandiose, elle a été pluvieuse et en fin de compte je dors au sec. Physiquement, après 7 jours de vélo, je me sens bien.
Le lendemain matin, je sais que je me dirige désormais vers la mer. La Méditerranée fait partie de ces lieux mythiques, sans doute cela est lié à l'enfance, certainement aussi à l'éloignement du Canada résidentiel actuel. Eyguières est un des premiers villages traversés, puis ce sont les lignes droites des plaines au piémont de la chaine des Alpilles. À Mouriès, et à l'aide du GPS, je dégote une boulangerie, le village est constitué de maison provençales ayant du cachet, mais les boulangeries semblent se faire rare, à moins que le GPS ne les ait pas toutes géolocalisées. Les routes bordées de platanes sont nombreuses et apportent ainsi une touche de confort, ces alignement d'arbre me rappelant les villages provençaux traversés dans ma jeunesse.
Le GPS indique un virage à droite, que je ne veux pas manquer. La route file sous les pins, en montée et avec quelques virages. Je reconnais désormais le site, pour y être déjà venu lors du Tour de France Randonneur.
Il est perché au sommet d'une colline, il est chaleureux bien que construit de pierre, il est en plein vent et respire la Provence : Le moulin de Daudet. Ce sera le troisième moulin du périple, après ceux du Quercy et celui de Montfuron avant d'arriver sur Manosque. Tout proche de ce magnifique moulin aux ailes figées dans le temps se situe Arles.
La ville présente bien des vestiges romains et ce sera les Arènes pour cette fois-ci. Le site est connu des touristes qui en cette heure encore matinale sont peu nombreux. Je suis heureux de passer ici, la première fois je devais être haut comme trois-pommes.
Après la traversée du Rhône, je file vers Aigues-Mortes et son village encastré dans des remparts. Il est bon de déambuler dans ces vieilles rues au cachet médiéval, il y a une atmosphère apaisante et toute différente des autres villes.
À la sortie d'Aigues-Mortes, le tourisme de bord de mer prend le dessus avec la traversée du Grau-du-Roi. La pause de midi est organisée ici à la faveur d'une épicerie permettant de garer le vélo en toute sécurité vu que le gérant attend les clients sur le trottoir. Il faut dire que la forte chaleur incite peu à aller faire les courses, les habitués préférant les premières heures. Dans l'après-midi la montée des température invite peu à pédaler, aussi les plages étant proches, l'air marin apporte une fraicheur confortable et le tourisme balnéaire complète le tourisme des sites provençaux de la matinée. Ainsi seulement 150 km seront effectués en cette journée. Le bivouac sera trouvé à la sortie d'une zone commerciale, au bord d'un champ de vignes. La nuit sera confortable.
Le bord de mer aura raison de l'envie de pédaler, le tourisme marin invite à se balader sur différents site dont celui dédié aux véliplanchistes et autres adeptes de kite-surf avec ou sans foil. Les techniques de navigation et de changements de direction sont aussi impressionnantes que les vitesses atteintes. Le monde est petit, c'est ce que je me dit lorsque je reconnais le magasin et le parking dans lequel j'avais fait mes courses. J'ai de nouveau choisi cette boutique au hasard... Le bivouac se fera également non pas en bord de plage, mais sur la plage. En périphérie de Vendres, une plage encore en fin d'après-midi fréquentée ne le sera plus du tout en soirée. La pied de la dune séparant la plage de la zone protégée sera ainsi le site idéal pour un bivouac reposant et confortable.
Les étoiles m'accompagneront de leurs lumières dans cette connexion avec la nature. Cette expérience est très positive avec notamment le réveil avec le soleil se levant coté mer et offrant une luminosité toute particulière.
Le réveil se fera en douceur de même que pour lever le camp. Au loin les machines pour nettoyer la plage sont à l'œuvre, dans un décor de rêve. Pour la dernière étape avant la traversée des Pyrénées, la route longeant la Méditerranée se poursuit. Gruissan se présente et offre de par son port une jolie place pour prendre le café du matin en terrasse. La gérante me permet de recharger téléphone et recharge de batterie, le pilote USB ne doit pas apprécier les embruns... Cela permet de rester en peu plus et de prendre un second café en compensation de l'énergie offerte avec le sourire.
À Grau de Leucate, je découvre des cabanes du village ostréicole en bordure de canal, ces établissements sont des producteur / restaurants de produits de la mer et où oursin, coquillages, huitres et moules sont dégustés dans un cadre authentique. À la vue des lampions et des décorations des différentes terrasse sur pilotis et donnant sur le canal, on imagine que l'ambiance en soirée doit y être chaleureuse. Il est facile de penser cela lorsqu'on y passe devant à vélo, une histoire de manque qui embellit le paysage découvert. Les kilomètres qui suivent se font le long du bord de mer, il est aménagé avec une large plage, de larges trottoirs de part et d'autre de la route et enfin les bâtiments du bord de mer avec la Méditerranée en face. Si la côte est ici bétonnée, elle fait suite à des kilomètres de zone sauvage ou d'exploitations de marais salants. Saint Cyprien et Argelès-sur-Mer sont ainsi les deux dernières villes traversées. Toutes deux sont en bord de mer mais possèdent des plages au cœur de la ville et donc non recommandées pour un bivouac.
Après le diner sur la plage d'Argelès-sur-Mer, je filerai dans les terres pour y déplier mon couchage. En attendant je profite de la vue sur les Pyrénées. Quelques tours de guet médiévales se profilent sur les sommets, et dans un recoin, la ville de Collioure se distingue par la couleur de ses habitations.