Si le Lot a été traversé rapidement, Olivier découvre tranquillement la Provence. La région dont il est originaire présente quelques intérêts régionaux dont il ne manque pas d'apprécier les charmes gustatifs, géographiques voire sportifs.
Saint-Jean-du-Gard. Il est près de midi lorsque je découvre ce village hors du temps. Les premières ruelles sont aussi tortueuses que la rivière qui le traverse, un large torrent de 2 à 3 mètres qui chante une douce mélodie aux habitants.
La fontaine, tout droit sortie d'un film de Pagnol dont elle a adopté la générosité des formes, délivre une eau fraîche. Un écriteau habituel indique que l'eau n'est pas contrôlée, potable sans doute, mais non contrôlée. Cet écriteau me rappelle la fontaine de Saint-Zacharie dans le Var, où nous allions refaire le plein de nos bidons après 40 km. Là aussi, d'un dimanche à l'autre, l'eau claire et limpide devenait soudainement impropre à la consommation. Galéjade, baliverne, c'est une feinte.
Un peu pour me rassurer, un peu pour parler, je demande à une passante qui me rétorque: " - Je suis des Cévennes, l'eau est pure ici, c'est de l'eau de source, vous pouvez y aller."
Convaincu, je fais le plein d'eau et poursuis ma route au cœur du village.
En face du pont qui sépare la ville en deux en joignant les deux rives, une épicerie encore ouverte fait mon bonheur. Le jambon est du pays, le pain est frais, et la boutique est une véritable caverne d'Ali Baba alimentaire, regorgeant de trésors locaux. Les clients aussi sont locaux, et la proximité du langage réchauffe le cœur. Je suis rapidement identifié comme un touriste de passage parmi cette clientèle de gens qui se connaissent entre eux. Un des clients me laisse même passer devant lui, ayant besoin de temps pour passer en caisse.
Proche du pont, un banc offre la place, l'ombre, et la tranquillité recherchée pour un pique-nique en Provence.
À Uzès, une grande place toute en longueur et bordée de platanes, respire pleinement la Provence. Autant la petite place de Langon ressemblait à la Provence, autant celle-ci est la Provence. En plus des arbres majestueux, il y a des maisons de ville aux couleurs claires, peut-être en pierres du Lot, les trottoirs sont larges, les piétons les animent, et l'ombre habille les rues d'une fraîcheur relative. Je profite d'une boutique pour refaire le plein de victuailles et d'énergie ; j'ai encore de la route et des sites à voir.
Les Cévennes, c'est aussi le département du Gard et donc une attraction touristique que je suis venu chercher : voyager librement à vélo et m'offrir des moments d'émotion devant le patrimoine architectural.
Le Pont-du-Gard est la perle touristique de cette première journée en Provence. Accédé par la route nord, le site impose de traverser le parking, ce qui pour un cycliste n'est pas naturel. Sitôt le parking traversé, la densité de piétons se fait sentir et m'oblige à rouler au pas, voire à descendre de vélo pour me déplacer plus confortablement. Les touristes sont nombreux ; ils n'ont pas traversé Moissac il y a quelques jours. Quelques Chinois apportent un certain exotisme, puisque le site romain est vendu jusqu'à l'autre bout du monde. Sans aucune voûte, le pont est agréable à traverser. Des baigneurs profitent du Gardon, celui-là même qui passait à Saint-Jean-du-Gard. De grandes arches défient le temps et la gravité sur trois étages. Sur le dernier, un canal irriguait l'eau jusqu'à la ville voisine, en pente légère et continue.
Dès la sortie de ce magnifique ouvrage romain, je prends la direction de Beaucaire et Tarascon, villes déjà traversées lors du Tour de France Randonneur en 2021. Je repasse aussi devant la boulangerie qui m'avait servi un petit-déjeuner mémorable, avec un bon café et des pains aux raisins généreux.
Sur la piste cyclable, une aire de repos présente ses tables de pique-nique autour d'une maison abandonnée et protégée par des grillages. La route est éloignée, le sol est confortable une fois quelques cailloux enlevés. Il est encore tôt dans la soirée, profitons-en pour prendre le temps de dîner et tenter de comprendre ce qui se trame avec la dynamo : le téléphone semble avoir du mal à se charger, ce qui risque de rendre la suite du périple périlleuse.
L'horizon dans la plaine permet de profiter du coucher de soleil et de se mettre au lit sitôt la pénombre faite. Proche de Cavaillon, la route du matin traverse des champs de culture où les entassements de cagettes témoignent que la récolte de pêches est proche. Arrivé à Cavaillon, un détour par la gare permet de recharger la batterie de secours et le téléphone durant une heure. Le câble d'alimentation semble défectueux pour le branchement sur le téléphone, ou alors la prise USB connaît des soucis avec le pilote, car un coup sur deux le chargement ne se fait pas. Ce point est un soulagement, car l'autonomie énergétique apporte de la liberté ; sinon, il faut trouver une gare SNCF, un bar ouvert ou un lieu offrant une prise électrique. La route des cols ne présente que trop peu ces facilités ; il est important que le câble fonctionne, ce que le chargement actuel confirme. Trouver un magasin d'électronique est une autre possibilité que les villes permettent.
Puisque l'on est en Provence, on ne peut manquer la capitale du fruit confit, Apt. C'est jour de marché dans le centre-ville, et je ne manque pas d'y faire un tour, l'heure de midi approchant. Avocats mûrs pour manger sur le champ, abricots du pays, un vrai régal avant de faire un petit tour de la ville, le vélo à la main, et de respirer cet air de Provence, cher à mon enfance passée dans la métropole voisine aux 2.000 ans d'histoire.
Avant d'entrer dans Manosque et de passer le col de Montfuron, je fais un petit détour en hauteur vers le Moulin Saint-Elzéar de Montfuron. Ce sera le second site de moulins du périple après ceux du Quercy, et avant un dernier, plus célèbre, dans quelques jours. La descente vers Manosque est rapide, de même que la traversée de la Durance et de Gréoux-les-Bains, où le bruit du trafic automobile m'invite à accélérer afin de découvrir au plus vite des voies de circulation plus tranquilles.
La montée sur le plateau de Valensole offre ce calme recherché, entre roches calcaires et champs de lavande. Allemagne-en-Provence, Riez... Les noms de villages s'enchaînent au fil des kilomètres. Une photo d'un champ de lavande par-ci, des voitures de jeunes influenceurs qui font de même par-là, puis la descente du plateau se fait avant d'arriver au village, perle du jour et sans doute du périple à ce moment du voyage : Moustiers-Sainte-Marie.
Le village perché à flanc de montagne et traversé par un torrent appelé le Riou, est décrit comme ressemblant à une crèche provençale tant le village est resserré sur lui-même. Les maisons d'un même style sont parcourues de ruelles, certaines pentues. Le Riou prend sa source dans le vallon de l'Adoux et descend à travers le village, créant plusieurs petites cascades et ruisseaux avant de rejoindre la rivière plus en aval. Ce village est dominé par une église, elle-même située entre deux pics rocheux. Une chaîne avec une étoile de plus d'un mètre de haut relie les deux parois rocheuses. Une légende, dite de Frédéric Mistral, raconte que l'étoile est un ex-voto dédié à la Vierge Marie, installé selon le vœu du chevalier Blacas, un croisé emprisonné par les Sarrasins en 1210. Il avait promis que s'il revenait dans son village, il y suspendrait une étoile et sa chaîne en hommage à Marie.
Après une promenade dans les rues, en piéton, vélo à la main, direction le lac à la recherche d'un coin pour le bivouac de cette seconde nuit en Provence. Du cœur du village jusqu'au lac, il faut descendre, mais pas trop, et c'est tant mieux, car le site abrite la boulangerie et le bistrot pour le café matinal du lendemain.
La première plage sera la bonne. Un parking accueille déjà des camping-cars, et le bord du lac est occupé en partie par des pêcheurs nocturnes ainsi que des familles.
Une place un peu en retrait est vite trouvée, et sitôt le vélo posé et les affaires déballées, la température de l'eau est testée et approuvée dans un bain relaxant et appréciable. Le lac est propre, entouré de montagnes, et le soleil est en train de disparaître dans une ambiance feutrée des grands espaces. La nuit se passera là, confortablement dans le sable, après un dîner pique-nique habituel, froid.
" - Bonsoir, police de l'environnement." Échange courtois avec la brigade à pied des gens de l'environnement qui font le tour des bivouacs et camping-cars. Ils sont là pour rappeler que le lac doit rester propre, et que le bivouac est permis dans ce cadre-là. " - Merci de votre visite, bonne nuit messieurs !" Sur ces belles paroles, je trouve le sommeil en me remémorant ces heures passées à vélo sous le soleil de Provence. Demain sera une autre journée.