Tour du Golfe antique en Narbonnaise Bages - Narbonne
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Dernière étape du tour du Golfe antique en Narbonnaise avec une arrivée sur Narbonne. Cette longue étape clôture cinq jours de randonnée entre étangs, salines, Robine et ancien cours de l'Aude.
Tour du Golfe antique en Narbonnaise
Bages - Narbonne
Vendredi 6 mai 2022
7h30 - 13h45 soit 6h15 de trajet pour 25,4 km

Vendredi, dernier jour. La bouilloire chauffe l'eau des thés et du café et fait le plein des thermos pour les lyophilisés de midi. À 7h30 nous quittons notre hébergement. L'étape est longue, un peu plus de 25 kilomètres, et le train de retour est à 16h00 à Narbonne. Jacky optera pour un petit raccourci de 4 kilomètres et nous retrouvera à l'heure du repas. Je descends côté port pour capter la belle lumière sur les sansouires couvertes de touffes de soude maritime, de salicorne, d'obione.

Nous contournons Bages par le pied des remparts et retrouvons notre chemin, balisé de jaune et rouge, dans les vignes.

Un petit sentier grimpe les flancs de l'Aiguille et rejoint la voie verte. Les coquelicots égaient les bas-côtés, mais aussi les champs de céréales. Les genêts fleurissent de jaune le bord des parcelles.
Nous étions passés hier, à l'aplomb du Roc du Salin, près d'un lieu dit "les Palombières". Nous découvrons, dominant les marais, un poste de tir aux pigeons ramiers. Il se cache derrière des branches de pins et les fourrés. De cet emplacement la vue s'offre sur l'embouchure du ruisseau de la Plaine et, au loin, le village de Bages barre l'horizon. Superbe de ce côté ... mais nous cheminerons, durant un bon kilomètre et demi, le long de l'autoroute A9.

Pas mécontent de quitter ce brouhaha à l'abord de l'Anse de Galère. Le terme n'est pas hasardeux. En 1319 furent construites, sur la demande de Jean XXII, pape en Avignon, cinq galères. Le récit de cet épisode fut retrouvé dans un livre de comptes des archives du Vatican. Ici l'Aude, dont le cours se jetait alors à Mandirac, pouvait transporter le bois et Narbonne avec son statut de port disposait de corps de métiers précieux pour ce type de projet.
La piste, que suit le GRP du Golfe antique, est régulièrement inondée. Mais les contournements existent. On ne se mouille pas les pieds. Sur les rives de Sainte-Cécile, les flamants roses sont relativement proches. Ce seront les seuls que nous pourrons photographier avec nos modestes objectifs. Mais les jumelles sont bien sûr aussi de sortie et permettent un grossissement bien meilleur.

Le parking de la Pointe de Brunet est occupé par plusieurs camping-cars. Nombreux sont les kite-surfeurs à venir ici. Depuis hier, un vent de 50 km/h anime le Golfe et fait leur bonheur. Une butte de terre permet d'avoir la seule vue dominante des environs. Je pensais aux restes de quelconques travaux de terrassement, j'appris que c'est une ancienne butte de tirs d'entrainement du XIXème siècle. Comme quoi un vulgaire tas de terre peut réserver quelques surprises.

C'est d'ailleurs ce que pourrait se dire la grande échasse, élégant oiseau aux jolies pattes rouges, qui cherche sa pitance dans la mare voisine. Elle est juste sur l'emplacement du "Lac de Capelle".
Cette dépression circulaire marécageuse d'environ 80 mètres de diamètre n'est autre qu'un vivarium daté de 30 avant J.C. et détruit dans les années 10 après J.C. Il appartenait à une villa maritima de grand luxe et de grande dimension ; 160 m de long, un minimum de 2 étages et des hauteurs de plafond de près de 3 mètres. Ce vivier était un bassin d'agrément caractéristique de ces résidences où le statut social du propriétaire devait s'afficher. Au centre du vivier, une salle à manger de 20 mètres de long et de 12 mètres de large avec une vue panoramique permettait aux invités du haut-dignitaire, propriétaire des lieux, de déguster du poisson frais choisi sur place.
Avec ses 67 mètres de diamètre intérieur, un périmètre de 210,4 mètres, une superficie de 3 524 mètres carrés, une profondeur de 2,80 mètres et un volume de 9 867 mètres cubes, il était le plus grand vivarium répertorié du monde romain. Des amphores fichées horizontalement dans les murs circulaires servaient de caches aux poissons. Le bassin étant divisé en trois tiers dans sa moitié nord, des ouvertures dans ses parois permettaient un contrôle des apports en eau douce ou saumâtre et séparaient les poissons carnassiers des autres. On retrouvera, bien sûr, au fond du bassin, de nombreux restes de poissons de différentes espèces ... mais aussi ceux d'une loutre !
Un banal tas de terre ou une mare plus ou moins asséchée peuvent cacher une histoire, un trésor.
Un conseil, préparez vos voyages, fouillez les livres et le Net. Vous y trouverez les futures pépites que nombre de randonneurs rateront lors de leur passage, mais qu'il serait dommage d'ignorer. Quelle richesse pour notre culture personnelle.

Nous traversons Port la Nautique, village sans intérêt architectural et siège d'un port de plaisance de 230 anneaux. Là aussi de nombreux vestiges romains furent mis à jour. Pour fixer les idées, Narbonne fut créée par les Romains en 118 avant J.C. La lagune était bien plus étendue et profonde. L'Aude débouchait au niveau de Mandirac, aussi les conditions étaient réunies pour en faire un grand port. Il fonctionnera de 30 avant J.C. à 70 après.
Puis il fut victime d'un envasement dû aux apports sédimentaires de l'Aude et aux pièges que créèrent les infrastructures portuaires. Les archéologues mirent à jour, dans les années 90, des entrepôts de 150 mètres de long, une digue perpendiculaire au littoral et les structures de la villa maritima déjà citée. Dans le port, la pièce la plus monumentale découverte fut une ancre en bois de chêne de 3,65 m et 366 kg !
Durant ces 100 ans d'activité, les bateaux de haute mer venaient décharger leur cargaison sur des allèges, ces bateaux à fond plat qui remontaient ensuite jusqu'à Narbonne. Avec l'envasement du port, les bateaux prirent peu à peu l'habitude d'aller directement à l'embouchure de l'Aude située à 2 km de là au niveau de Mandirac. Deux jetées monumentales, longues d'1,9 kilomètre, furent construites pour stabiliser l'embouchure du fleuve large de 50 mètres. Les emprises de 17 mètres permettaient le débarquement et le transbordement des marchandises. Ces jetées antiques assurèrent le fonctionnement du port durant cinq siècles. Elles existent toujours cachées sous une épaisse couche de sédiments.

Deux passerelles permettent de franchir le cours du ruisseau du Veyret et d'un fossé de drainage adjacent, tous deux corsetés de digues. Jacky nous quitte au centre équestre et prend la direction de Mandirac pour gagner une heure de marche. Avec Nicole, nous filons vers le sud, longeant les minuscules hameaux de Saint-Joseph, Saint-Raphaël, Gutenberg, mais aussi au nom plus léger ... comme Bikini.
Nous quittons la route pour contourner l'ancienne saline de Mandirac et gagner le domaine du Grand Castelou. Nous croisons, enfouies sous nos pieds, à quelques mètres de la route, les deux digues qui corsetèrent durant cinq cents ans l'embouchure de l'Aude.
Rien n'apparait, à notre œil, de ce que révélèrent, il y a quelques années les photos aériennes. Depuis 1984, le domaine du Grand Castelou appartient au Conservatoire du littoral. Exploité en marais salants jusqu'au début du XIXème, il deviendra au début du XXème siècle grâce à des travaux de drainage un vignoble submersible résistant au phylloxéra. Ses grands bâtiments sont représentatifs de l'architecture des grands domaines viticoles de cette époque. Si les dernières vignes disparurent récemment, des rizières avaient été aussi présentes sur le site entre 1940 et 1960. Mais l'accès au domaine nous sera refusé pour cause de travaux. Le détour ne nous rallonge pas et nous fait découvrir un observatoire d'oiseaux posé en bordure de marais. Le bâtiment de bois doit faire la joie des hirondelles, car elles l'ont adopté comme résidence estivale. Nous ne dérangerons pas longtemps ces parents affairés.

Entre roseaux et canaux de drainage nous retrouvons la trace de notre sentier à l'approche de Saint-Louis. Un couple de cigognes nous survole. Elles filent vers la haie de saules du domaine où elles nichent.
C'est dans les roselières et les prairies inondées en hiver et au printemps pour lutter contre la remontée du sel, qu'elles trouvent leur pitance. Alimenté en eau douce provenant de la Robine voisine, chaque propriétaire riverain dispose d'un droit d'eau. Les prairies humides naturelles sont un habitat remarquable et rare en région méditerranéenne permettant aux oiseaux d'eau douce de se reposer lors des migrations, de se nourrir, voire de s'y reproduire.

Un pont franchit le Canelou (petit canal en occitan). Une partie des eaux de la Robine s'évacue dans l'étang de Bages depuis le déversoir de Mandirac juste en amont de l'écluse. Rappelez-vous, c'était celui construit pour évacuer les eaux limoneuses en cas de fortes précipitations. Pour signaler que ce canalet fait partie du même domaine public que la Robine, il est lui aussi borné.
Dernières sansouires, dernières anciennes salines, nous quittons les marais sur l'image d'une huitaine de hérons cendrés posés au bord d'une grosse mare.
Au Grand Tournebelle, nous croisons la voie ferrée où passent trains de marchandises, TER et TGV, à l'origine de l'idée de ce périple. De belles valérianes roses fleurissent le ballast. Après cinq jours de circumduction nous retrouvons les rives du canal de la Robine. Contrairement à lundi dernier, c'est sous un beau soleil, mais un fort vent, que nous rejoignons la rive gauche. À l'écluse de Mandirac, je n'avais pas remarqué cette ancienne école "plantée" en plein champ. Il devait y en avoir des enfants dans le coin pour construire ce bâtiment, désormais siège d'un club d'aviron narbonnais.
Au chantier naval, la rénovation de l'Espérance 1881, le fameux bateau-bœuf, avance sur les berges du chemin de halage, les ouvriers continuent d'enfoncer des palplanches métalliques face au domaine de la Carbonnelle. La silhouette de la cathédrale de Narbonne réapparait au-dessus des roseaux. Nous retrouvons Jacky et déjeunons à l'abri du vent dans l'allée de platanes menant à Craboules. Le retour en milieu urbain est un peu atténué par cette arrivée le long de la voie d'eau où de superbes rosiers blancs bordent le quai des Barques.

Nous irons voir le pont des Marchands, rare pont habité de France. D'origine romaine, il avait à l'époque sept arches, ce qui laisse imaginer la largeur du fleuve Aude avant son changement de cours.
Puis nous traverserons le Palais des archevêques, visiterons la cathédrale et son cloitre avant de retrouver les quais de la gare de Narbonne.
Carnet de route
Bages - Gare SNCF de Narbonne
25,4 km
(raccourci possible de 4,4 km)
https://www.openrunner.com/r/14040934
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