C'est une nouvelle randonnée pédestre que nous propose Philippe avec le Tour de l'Oisans et des Écrins sur le GR54. Cette courte étape permet, avec déjà des paysages au cœur de la montagne, de rallier le refuge des Clots.
Lundi 28 août 2023 Barrage du Chambon - Refuge des Clots 13h35 - 16h20 soit 2h45 de trajet pour 6,3 km, D+ 548m, D- 99m Temps du topoguide donné pour 2h30
Le réveil avait sonné à 4h30 pour attraper le premier train pour Grenoble et y retrouver Stéphane. Six heures plus tard, à la sortie de la gare SNCF, la prise des tickets pour les cars isérois est toujours aussi longue et fastidieuse ; pas de distributeurs et presque 30 minutes de queue ! Comme en 2021, le tableau des départs est inexistant et les indications sur les quais non exhaustives. À quelques minutes du départ, ne trouvant aucun affichage pour le T73, on se présente au chauffeur du T75, lui aussi pour le Bourg d'Oisans. Dans un très mauvais français, il nous baragouine que la correspondance se fait au terminus. Surprenant, ce n'est pas ce qu'indique la fiche horaire. En arrivant au Bourg d'Oisans, nous aurons la désagréable surprise de voir, devant nous, le T73 partir pour les Deux Alpes. Il nous file sous le nez ! Car le T73, ce bus semi-direct existait bien à la gare routière de Grenoble, nous confirme au autre chauffeur. Il partait 5 minutes après le nôtre, du même quai, d'où l'absence d'affichage sur la plateforme. Bon, rien de catastrophique, le prochain est dans une heure et demie à 13h55. Nous pique-niquons à l'abri de la pluie qui a débuté dès l'entrée de la vallée de la Romanche. Mais à quelque chose malheur est bon. Sur le quai de la gare routière, deux jeunes femmes attendent le car redescendant à Grenoble. Le père de l'une d'elle est venu les accompagner. Après leur départ, à tout hasard, je lui demande s'il ne monte pas sur les Deux-Alpes et le barrage du Chambon. Ce n'est pas son chemin, mais il ne trouve pas le détour excessif. Qui ne tente rien, n'a rien... Nous voilà avec un metteur en scène de théâtre lyonnais qui est venu pour la saison estivale monter une pièce avec une troupe locale d'amateurs. Il assure l'encadrement, la formation des acteurs et surtout l'écriture de la pièce et sa mise en scène. Le thème concerne l'usage de la montagne, son exploitation parfois excessive et la future reconversion nécessaire de l'industrie du ski, voire plus largement du tourisme. À 13h30, il nous dépose à l'extrémité orientale de la crête du barrage du Chambon. On remercie chaleureusement notre bon samaritain.
Un petit œil côté aval, la chaussée domine de 135 mètres l'exutoire de la Romanche avant qu'elle n'emprunte les gorges de l'Infernet. Il est 13h35, nous sommes à pied d'œuvre. Direct dans le talus ! Ça grimpe fortement dès le barrage quitté. La pluie rend glissant le sentier et les schistes ne facilitent pas l'accroche. Parapluie dans une main, bâton dans l'autre nous montons à Mizoën. Je me remémore l'épisode d'une étape d'un de mes amis cycliste engagé sur l'Hannibal Rider, une "course" de 2.500 kilomètres comptant 40.000 mètres de dénivelé et 160 kilomètres de gravel. Ah j'oubliais, il fallait mettre moins de 300 heures pour le réaliser. Je me suis contenté de lire le livre... Sous quelques gouttes, nous ferons le détour vers le centre de ce village et son église.
Finis les raides lacets, le GR50 monte désormais par une pente plus raisonnable sur le flanc des falaises surplombant le lac du Chambon. Trois hameaux de cette plaine (le Chambon, le Dauphin, et le Parizet) furent engloutis, noyés en 1935 sous 51 millions de mètres cubes d'eau. La construction du barrage lui même avait débuté en septembre 1929. Un téléphérique provisoire fut installé sur les 10 kilomètres du Bourg d'Oisans au Chambon afin de transporter du ciment et d'autres matériaux. 62 pylônes métalliques furent implantés pour supporter les 22,5 km du câble d'acier et les 193 bennes pouvant transporter chacune 250 kg de ciment. Construit pour réguler le cours de la Romanche et de ses affluents, et mettre un terme aux grandes inondations que connut la plaine du Bourg d'Oisans, il n'en produit pas moins d'environ 210 GWh par an dans l'usine hydroélectrique, désormais souterraine de Saint-Guillerme, située 6 kilomètres en aval sous une hauteur de chute de 296 mètres. Nous poursuivons notre ascension, accrochés au travers de la pente. Les torrents coupent le chemin et charrient les plaquettes de schiste rendant par endroits le passage difficile, glissant et légèrement dangereux tant l'à-pic est proche.
C'est ici, sous le village des Aymes, qu'une partie de la montagne a glissé vers le bas de la vallée en 2015, entraînant de sévères dégâts structurels sur le tunnel emprunté en contrebas par l'ancienne nationale N91, reliant Grenoble à Briançon par le col du Lautaret. La route fut fermée le 15 avril 2015, et la vallée, dans sa partie amont, se retrouva inaccessible du côté isérois. Un service de navettes fluviales fut mis en place jusqu'à l'ouverture d'une route de secours en novembre 2015 sur la rive opposée. Le 19 juin, la préfecture de l'Isère annonçait que le glissement de terrain, de 600 000 à 1 000 000 de mètres cubes, se déplaçant de 10 à 15 centimètres par jour, menaçait de tomber dans le lac. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2015, ce sont 400 000 mètres cubes de roches qui glissèrent dans le lac, laissant une masse instable de 200 000 mètres cubes. Les chiffres paraissent énormes, mais la partie instable est étalée sur 280 mètres de pente avec un front de 100 mètres et sur une vingtaine de mètres d'épaisseur.
Au terme des études techniques, la solution d'un tunnel de dérivation sera retenue. D'une longueur de 966 mètres, le tunnel partira au milieu du tunnel existant côté Bourg d'Oisans, s'enfoncera dans le versant pour s'affranchir de la zone de glissement et se raccordera à la route après le petit tunnel du Chambon, côté la Grave. 20 mois après sa fermeture, une version provisoire du tunnel est ouverte à la circulation le 16 décembre 2016, au grand soulagement des habitants de la Haute-Romanche. Durant quelques mois, le GR50 que nous empruntons cet après-midi fut fermé.
À 15h30, on aborde le lac Lovitel (celui avec un O) ou plutôt sa tourbière. Le milieu se referme et la passerelle, ou ponton de cheminement est interdite pour cause de vétusté. Mais le site est joli. C'est l'une des rares zones humides d'altitude de la Haute-Romanche. Elle a la particularité de s'assécher partiellement au cours de l'été pour se transformer en marais. Elle devient alors le lieu idéal pour le développement des amphibiens qui bénéficient de l'absence de poissons, leurs prédateurs. On fera le tour, égrenant les différentes stations informatives sur ce milieu naturel classé. Mais ces aménagements, principalement les passerelles et leurs poteaux de soutien ne sont-ils pas excessifs et contraires à la préservation du site ? L'équilibre est difficile à faire avec l'éducation du plus grand nombre. On abîme en partie un patrimoine alors qu'on cherche à sensibiliser les visiteurs sur sa rareté et sa fragilité !
Nous quittons ce marais lové dans les courbes d'un replat montagneux et gagnons un belvédère. Les nuages continuent d'accrocher le haut des falaises d'Emparis, et, côté de la Meije, quelques trouées laissent apparaître un voile de neige sur les flancs du Pic de la Grave. Les points de vue sur la cascade pétrifiante se font de plus en plus proches et beaux. La paroi de tuf dévale une bonne trentaine de mètres. Magnifique, même sous ce ciel très couvert et en l'absence de soleil.
En quelques mètres, nous rejoignons le hameau des Clots. Difficile de s'imaginer que 17 maisons (il en reste 3 ou 4) furent habitées dans ce lieu-dit éloigné à une époque où la moindre parcelle était mise en culture. On distingue au-dessus du hameau les anciennes terrasses crées de main de paysan où il fallait chaque année remonter la terre arable. À 16h15, nous entrons au refuge des Clots. Le très jeune fils du gardien assure gentiment l'accueil durant la sieste de son père. Celui-ci ne tardera pas à descendre. Il nous conviera à choisir nos places dans le dortoir étant les premiers arrivés. Mais point de bousculade ce soir, nous se sommes que 4 d'après lui.
Ce ne sont pas 2 mais 3 randonneurs qui dinent avec nous. Trois frères, qui pour la première fois, partent ensemble faire de la randonnée. Deux d'entre eux sont poitevins, l'autre est grenoblois. Ils ont déposé une voiture dans la vallée du Vénéon près de Vénosc et font comme nous le tour des Écrins. Le plus jeune, Laurent, éleveur bovin, vient d'être à la retraite. Son épouse, avec la complicité de son frère ainé, lui offre ce tour de 10 jours pour l'évènement. Jean-Pierre a souscrit auprès d'une agence une formule "liberté". Le voyagiste assure l'ensemble des réservations (hébergements, repas), des transferts et fournit cartes, topoguides et traces GPS aux participants qui se chargent eux-mêmes de leur navigation. Les prestations sont payées d'avance et les clients règlent par l'intermédiaire de vouchers. Un troisième frère, grenoblois, s'est joint à eux au dernier moment et n'a fait aucune réservation, comptant sur la fin des vacances scolaires pour trouver de la place. Didier Grillet nous servira une soupe, un excellent gratin de crozets et lardons et la traditionnelle tarte aux myrtilles. À table, la soirée se prolongera, les discussions sur l'état de notre société allant bon train, avant que nous regagnions nos couchages respectifs. Il pleut toujours sur les velux du dortoir.
Lundi 28 août 2023 SNCF : Paris Lyon - Grenoble TGV 6905 7h14 - 10h13 Bus T73 Grenoble SNCF 11h05 - barrage du Chambon 12h20 ou 13h05 - 14h20 Bus T75 Grenoble SNCF 11h00 - Bourg d'Oisans 12h08 Bus T73 Bourg d'Oisans 14h00 - barrage du Chambon 14h20
Refuge des Clots 2h30, 6,3 km, D+ 548 m, D- 99 m Grillet Didier, le Clos des Saules, 05480 Villar d'Arène Port: 06 41 66 40 80 Site: http://www.lerefugedesclots.fr/ E-mail: grilletdidier@yahoo.fr demi-pension: 51 euros
Refuge des Mouterres, Stéphanie Thomasson et Raphael Uliana Port: 06 67 39 48 07 Site: https://www.refugelesmouterres.com/ E-mail: refugelesmouterres@orange.fr demi-pension: 50 euros, douche froide, pas de CB