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Tour du Golfe antique en Narbonnaise - Narbonne - Ile Sainte Lucie - Port la Nouvelle

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La randonnée pédestre permet d'aller dans des coins insolites et de prendre le temps de faire des découvertes. Philippe nous raconte cela dans ce Tour du Golfe antique en Narbonnaise avec une lecture des paysages entre Narbonne et Port la Nouvelle.




Tour du Golfe antique en Narbonnaise
Du lundi 2 mai au vendredi 6 mai 2022

Lundi 2 mai 2022
Narbonne - Ile Sainte Lucie - Port la Nouvelle
8h00 - 15h05 soit 7h05 de trajet pour 24,3 km + 3,3 km (Ile Sainte Lucie)


Il est des trajets en train qui initient des voyages. Au printemps 2019, nous descendions sur Figueras en TGV pour randonner de Rosas à Collioure.
Entre Narbonne et Port la Nouvelle, le train emprunte une digue posée entre deux grandes étendues d'eau. D'un côté les 1500 hectares de l'étang de l'Ayrolle, de l'autre les 5500 de l'étang de Bages-Sigean.
J'avais l'impression de cheminer sur l'eau. La vision de ces lagunes, des villages perchés sur la rive occidentale, de flamants roses, me subjugua.
La chose était tellement exceptionnelle ! Il fallait que je revienne voir ce site où la voie ferrée, mais aussi un canal, traversaient ces étendues marines.
Trois ans après, la graine semée a germé. Nous partons pour faire le G.R.P. du Golfe antique au départ de Narbonne. Cinq jours d'itinérance entre mer et étangs, garrigues et villages catalans.

Arrivés en gare de Narbonne par le train de nuit, nous traversons la vieille ville pour gagner les quais du port fluvial. Nous allons suivre le canal de la Robine jusqu'à son embouchure à Port la Nouvelle et découvrir l'histoire de cette singulière en voie d'eau.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Le canal de la Robine, long d'environ 32 kilomètres, emprunte l'ancien lit de l'Aude. Pourquoi ancien ? Début octobre 1316 une crue millénaire entraîna un changement définitif du cours de l'Aude. Au lieu de passer par Narbonne et se jeter dans l'étang de Bages au niveau du Castelou, le fleuve entier filait désormais vers la mer en passant au nord du massif de la Clape.

Tout le commerce s'en trouva bouleversé. On finit, en 1352, par établir une passière (sorte de barrage à fleur d'eau) afin de détourner une partie des eaux de l'Aude et alimenter son ancien lit.
L'ouvrage fut régulièrement détruit. Il fallut le déplacer trois kilomètres en amont, à Moussoulens. Ces travaux débutèrent en 1406. La robine, terme occitan dérivé de "roubine", désignait alors le canal reliant la prise d'eau de Moussoulens au moulin de Raonel, où les eaux captées rejoignaient l'ancien lit de l'Aude.
Par la suite l'usage étendra le terme du robine jusqu'à Narbonne et la mer.

Le succès commercial du canal du Midi ouvert en 1681, était si important qu'il fut décidé de canaliser l'ancien cours de l'Aude jusqu'à Narbonne. Mais les difficultés s'accumulant à la fin du règne de Louis XIV, seules les trois premières écluses se firent avant 1700 :
- une au niveau de la métairie de Raonel
- une au niveau du moulin du Gua
- et une juste en amont du moulin de la ville de Narbonne.
Dès lors la Robine fut utilisée pour le transport des marchandises, principalement du sel. Un relais se faisait par charrettes de l'Aude au Somail sur le canal du Midi.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Ce sera sous l'impulsion de l'archevêque de Narbonne, président des États du Languedoc, que le canal de jonction entre la Robine et le canal du Midi verra le jour. Cette liaison fut effective en octobre 1787. On préconisa en 1788 :
- un recalibrage de la Robine avec un élargissement général, fixé à 16 mètres après quelques essais, afin de permettre aux bateaux de se croiser.
- La mise en place sur l'écluse de garde de Moussoulens d'un véritable système de barrage capable de contenir les crues de l'Aude.
- La construction d'une écluse à Mandirac et de son épanchoir exécutée en 1808.
- un redressement de la Robine aux endroits les plus tortueux faisant passer sa longueur de 39,3 kilomètres à 31,4.
Ces derniers travaux furent conduits de 1798 à 1805 et permirent à la Robine, de retrouver des conditions de navigation satisfaisantes.
Restait la question de l'embouchure de la Robine au nord-ouest de l'île Sainte-Lucie. Entre l'ensablement du chenal rejoignant le grau de la Nouvelle et les vents d'est ou d'ouest interdisant la navigation, l'ingénieur Ducros eut l'idée d'ouvrir un canal entre ces deux points. Le chantier, bien que lancé en août 1788, ne fut achevé que le 21 février 1818. Le canal de la Robine trouvera sa physionomie définitive avec la construction de l'écluse Sainte-Lucie en 1872, si on excepte la mise au gabarit de Freycinet des écluses en 1977.


Tour du Golfe antique en NarbonnaiseNous quittons l'ancien port marchand de Narbonne. Les platanes ombragent encore les berges du bief de Mandirac, long de 8802 mètres. Par endroits, quelques trouées rappellent que le chancre coloré (un champignon) a, ici aussi, fait des ravages. D'ailleurs la plupart des arbres sont numérotés avec un petit rond métallique ... cloué sur le tronc ! Ne dit-on pas que chaque blessure peut être une voie d'entrée du champignon ? Si les arbres meurent, les humains ne sont pas éternels. Posée au bord du chemin de halage, une stèle est dressée. Elle rappelle que le 10 août 1841, Louise Gautier âgée de 26 ans et son jeune frère Maurice Berlen sont morts noyés ici même.


Quelques pêcheurs sont en action... ou plutôt en attente. L'iris des marais, aux jolies fleurs jaunes colonise les rives. Mais n'oublions pas, que pendant des siècles, elles étaient plantées au pied des berges pour éviter leur érosion, maintenant les terres grâce à leurs rhizomes tout en cassant les vaguelettes provoquées par l'avancée des bateaux ou le vent.

De nombreux chants d'oiseaux égaient ce secteur de Craboules et me mettent en joie malgré un ciel désespérément gris. Au loin derrière les roseaux on distingue encore la cathédrale de Narbonne. À 10h nous arrivons au domaine de la Carbonnelle. Une équipe de V.N.F. (Voies Navigables de France) y pose des palplanches pour consolider les berges. Malheur aux animaux qui descendraient dans l'eau pour traverser, ils ne pourraient remonter sur la rive opposée ! Une barge surmontée d'une pelleteuse, dont le godet a été remplacé par une pince, enfonce par à-coups les épaisses plaques de tôle.
À quelques centaines de mètres se dévoile la charpenterie de marine " les Ateliers de Mémoire". Dirigé par Yann Pajot, ce chantier d'insertion professionnelle œuvre à la conservation, la restauration du patrimoine maritime fluvial.

"L'Espérance", voilier d'une quinzaine de mètres de long, date de 1881 et repose sur la berge. Les membrures sont quasiment a nu. En me renseignant j'appris que c'était l'un des derniers bateaux-bœufs existant. Je découvris que sous ce vocable se cachaient les plus grands voiliers de pêche du littoral méditerranéen remorquant un chalut en couple, comme une paire de bœufs tirant une charrue. Construite en 1880 - 1881 avec des chênes du XIVème siècle, propulsé par 140 à 200 mètres carrés de voiles, cette pièce patrimoniale tirait derrière elle (si l'on peut s'exprimer ainsi) une histoire qui aurait pu être riche d'enseignements pour notre époque moderne.

Ce type de bateau apparaît à l'orée des années 1720 sur les côtes languedociennes, importé par les pêcheurs catalans du delta de l'Ebre. Si les premiers filets sont achetés aux Espagnols par des gruissanais, la petite communauté des pêcheurs de Gruissan les reproduit et équipe rapidement une douzaine de barques pour la pratique de cette nouvelle technique de pêche, rapidement imitée par les pêcheurs d'Agde, Sérignan, Marseillan.
Mais très vite des tensions naissent. Les autres pêcheurs reprochent à ce nouveau procédé son caractère destructeur. En effet, le filet lesté d'une mâchoire de fer, laboure le fond, arrache les algues, détruit les creux dans lesquels les poissons ont l'habitude de frayer. La puissance développée par la traction en couple décuple l'effet dévastateur. Cette pêche est rapidement frappée d'interdiction. Mais malgré plusieurs décrets, le texte ne serra jamais réellement appliqué. Les officiers locaux ne veulent pas froisser cette communauté et les manœuvres fréquentes que nécessite "la pêche aux bœufs" constituent une excellente école de navigation permettant de fournir au pouvoir royal, des équipages de qualité pour sa flotte militaire... jusqu'au 23 août 1770 où le Secrétaire d'État de la Marine exige l'application de la loi. Sous la menace, la contrainte, les pêcheurs sont obligés de détruire eux-mêmes leurs bateaux. Ainsi du mercredi 5 septembre au lundi 29 octobre 1770, l'ensemble des 26 bateaux-bœufs de Gruissan est détruit.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Le même processus de destruction eut lieu à Agde avec 43 bateaux démantelés. On proposa une aide financière aux pêcheurs pour acheter des tartanes. Mais ces bateaux, plus gros, pêchant bien plus au large, étaient d'un coût plus élevé, nécessitant de se mettre à plusieurs pour créer une société.
250 ans plus tard, on trouve toujours dans certaines vieilles maisons de pêcheurs de Gruissan, des poutres faites à partir de mâts et d'antennes des bateaux-bœufs démantelés.

Quittant la vue du chantier naval, nous gagnons en une dizaine de minutes l'écluse de Mandirac par une ligne droite ombragée. Entre 1798 et 1805, on rectifia le tracé sinueux de la Robine, coupant ici le grand contour de Mandirac. Une péniche habitée, le Leiden, est amarrée. Ses occupants ont quitté les Pays-Bas, il y a deux ans, dégoûtés par l'excès de touristes... On ne peut parler plus à propos ! Nicole et Jacky y étaient en famille il y a quinze jours pour y voir les moulins et les champs de tulipes.
Jusqu'en 1805 la dernière écluse de la Robine se situait à Narbonne et la décantation des eaux de l'Aude était d'autant plus gênante qu'elle s'opérait dans une section de faible pente, sinueuse soumise aux variations du niveau de la mer et qui ne pouvait être mise à sec facilement. On eut l'idée de construire une écluse capable d'arrêter les eaux troubles de l'Aude, tout en les dirigeant vers les étangs. L'écluse de Mandirac et son épanchoir furent construits entre 1806 et 1809. En cas d'apport d'eaux troubles, l'éclusier fermait les portes de garde et ouvrait les vannes de l'épanchoir situé en rive droite pour envoyer les eaux limoneuses dans une rigole de fuite, le Canelou, jusqu'à l'étang de Bages.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Comme la totalité des écluses du canal du Midi et de la Robine, celle de Madirac présente un bassin ovale même si lors du passage au gabarit Freycinet, celui-ci fut allongé.
Sous la porte aval, un pêcheur alsacien vient de sortir un beau mulet, qu'il remettra à l'eau. On entame à 10h10 le bief de Sainte-Lucie long de 10 203 mètres. La plaque de la maison éclusière annonce, elle, une distance de 13 038 mètres, époque où ce bief allait, sans coupure, au grau de la Nouvelle. Les platanes portent de nouveau une petite plaque numérotée. Sur la rive gauche du canal nous découvrons quelques rizières.

Des martelières, petites vannes, permettent d'alimenter les champs en eau douce. Car la Robine n'est pas qu'un canal de navigation, elle permet aussi d'irriguer les champs, les jardins et d'endiguer la rémanence du sel marin autour des zones lagunaires.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Régulièrement le bruit des trains signe la proximité de la voie ferrée descendant depuis 1858 vers la côte catalane.
Les anciens bassins des salins de Campignol apparaissent. Ceux-ci, abandonnés en 1963, remonteraient à 1506, date d'un baillage des terres archiépiscopales à un bourgeois de Narbonne pour y établir des salines. Une réserve naturelle occupe désormais les lieux. Les anciennes tables se craquellent, les digues et les levées de terre s'ensauvagent. La soude maritime et les autres plantes maritimes prospèrent.
Ces bassins abandonnés avec leurs eaux saumâtres balisent le terrain de leur dessin géométrique jusqu'aux falaises de la Barre de l'Evêque sur l'île Saint-Martin. Ils accueillent de multiples espèces d'oiseaux qui s'y mettent à l'abri, s'y reposent lors des migrations, y nichent, s'y nourrissent. Avocette élégante, sterne pierregarin, gravelot à collier interrompu sont parmi les espèces les plus sensibles.
L'ancienne douane, maison posée entre la Robine et les marais, rappelle un temps où le sel valait son ... pesant d'or et l'impôt gabelle en rapportait autant.
Aussi les gabelous veillaient !


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Désormais l'air iodé des eaux salées s'impose à l'odorat. Les quelques pins bordant le chemin de halage sont façonnés par le vent auquel ils sont exposés de plein fouet. À l'extrémité sud de l'ancienne saline, le canal touche littéralement l'étang de l'Ayrolle. Un mur de soutènement et des perrés protègent le talus des attaques des vagues. Des plantations de tamaris furent employées pour consolider l'ensemble.
L'horizon s'élargit. Au loin, vers l'est, un mince liseré posé entre ciel et mer, limite l'étang. Cette fine ligne de terre est seulement ponctuée verticalement par l'ancienne redoute de la Vieille Nouvelle. Cette ancienne tour à signaux de 1742 fut, un temps, posée sur une embouchure de l'Aude.
La voie ferrée touche désormais le canal. Les T.E.R., T.G.V. et trains de marchandises se succèdent. À l'ouest un tombolo relie, apparemment, l'île d'Aute aux terres marécageuses jouxtant les salins de Campignol.
C'est d'ailleurs suite aux atterrissements de l'Aude que cette partie du canal fut crée, car elle représente, elle aussi, un tombolo qui sépara en des temps anciens les étangs de Bages et de l'Ayrolle. Cette portion de la Robine est, tout comme la plus récente voie ferrée, posée entre ces deux lagunes.
Elle donne une étrange impression, comme une sustentation maritime.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

La maison cantonnière de l'Ardillon, dans un état de dégradation important, signe la séparation du canal de la voie ferrée. Étonnant cet état lorsque l'on sait que c'est l'ensemble canal du Midi et Robine qui fut classé en 1996 au patrimoine mondial de l'UNESCO. Normalement tout le domaine est classé, y compris les bâtiments d'exploitation ! L'Ardillon était une ancienne auberge construite pour abriter les bateliers qui se trouvaient immobilisés par le vent sur le bief de Sainte-Lucie. En effet, en sortie de virage, la tramontane plaquait les bateaux contre la berge, contraignant les mariniers à attendre des conditions météorologiques plus clémentes.
Le cantonnier logé sur ce site isolé avait à sa disposition une petite chaloupe pour aller chercher l'eau potable à la métairie de Sainte-Lucie.
Nous pique-niquons assis sur le mur de protection maintenant le talus du côté de l'étang de l'Ayrolle. Un pêcheur navigue sur l'étang. Il vient vérifier ses filets et planter quelques piquets pour les maintenir, l'étang n'ayant qu'un mètre cinquante de profondeur. Au loin, on distingue les cabanes de pêcheurs de l'Ayrolle.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Le ciel gris et laiteux qui nous accompagnait ce matin se déchire. Le soleil et le ciel bleu vont faire plaisir au photographe. Les falaises de l'île Sainte-Lucie apparaissent au-dessus de l'étang du Charlot qui borde maintenant la rive droite du canal. Jusqu'à l'ouverture du contournement de l'île Sainte-Lucie, la Robine débouchait dans l'étang au nord-ouest de l'île par le réemploi d'un canal appelé des Romains. Initialement les étangs Bages-Sigean d'un côté et Ayrolle de l'autre, formaient une seule et même lagune. Puis petit à petit, probablement à cause des sédiments apportés par l'Aude s'est formée une langue de terre (dite de l'Ardillon), qui a partagé en deux le grand lac marin. Un canal permit donc d'ouvrir un passage, évitant un long détour, pour aller d'un étang à l'autre.
La Robine s'écoule, approximativement, dans l'axe nord-sud jusqu'au nord de l'île Sainte-Lucie. Elle décrivait, dès le XVIème siècle, alors une boucle, "le caragol" (l'escargot) pour s'orienter est-ouest. Les bateaux suivaient ensuite à travers l'étang, un chenal appelé canal du Closque pour gagner le grau de la Nouvelle. Le canal dit "des Romains" servait à endiguer l'eau de la Robine et à prolonger son embouchure. Les fouilles ont permis de dater celui-ci ... de l'époque de Louis XIII. Le canal daterait donc du XVIIème siècle. On est loin des Romains. Invisible pour nous piétons, la partie la plus remarquable de ce canal se situe à l'ouest de la voie ferrée et comporte deux jetées (290 mètres pour le quai sud, 175 pour la jetée nord) terminées par des plates-formes circulaires d'environ 3 mètres de diamètre. Le chenal, d'une petite vingtaine de mètres de largeur avait 2,40 mètres de profondeur. Au XVIème siècle ou au XVIIème siècle, les dates de conception s'enchevêtrant un peu, l'utilisation de ce canal comme embouchure de la Robine condamna la liaison entre les étangs.

Nous suivons à présent la dernière portion historique de la Robine. L'envasement du chenal du Closque et les difficultés à gérer les entrées et sorties par grand vent entrainèrent la création du prolongement de la Robine et sa mise en eau le 21 février 1812.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Sur la rive opposée, nous longeons l'île Sainte-Lucie, propriété du Conservatoire du Littoral depuis 1983. Le domaine, ancien domaine agricole, est en cours de restauration. Les 250 hectares de l'île furent dès le premier siècle avant J.C. et durant plusieurs siècles, une carrière de pierres. Un monastère s'y établit au IXème siècle et les bénédictins y créèrent une exploitation viticole. L'île prit le nom de Sainte-Lucie en 1614. À la révolution, elle devint une exploitation agricole pour la culture et la pâture, et ce, jusqu'au début du XXème siècle. C'est à cette époque que le domaine fut à son apogée. Puis l'abandon de la vigne, du pâturage par les moutons, et l'élevage du gibier laissèrent la place à une exploitation de pins d'Alep. À partir de la seconde Guerre mondiale, l'île se boisa progressivement et devient un domaine de chasse. Le 2 mai 1983, le conseil municipal de Port la Nouvelle émit un avis favorable au projet d'achat de l'île par le Conservatoire du Littoral.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Au milieu du chemin, un pin déformé par le vent, semble résister et pousse presque à l'horizontale. Deux grosses mares sont coincées entre les falaises de l'île et le canal. Trois flamants roses occupent la seconde. Ce pourrait bien être les vestiges des anciens salins de Cauquenne, ancien nom de l'île, mentionnés en 844. La localisation exacte des salines n'est pas connue. Plusieurs possibilités existent à proximité d'anciennes occupations de l'anse de Cauquenne (au sud-ouest de l'île) et du rivage nord (emplacement du Salin Jules et à l'aplomb des anciennes carrières).
C'est sous le soleil que l'écluse Sainte-Lucie est atteinte à 13h30. Dès 1867, le problème de l'ensablement de ce nouveau tracé se posa de façon pressante car la profondeur du canal était alors bien souvent inférieure à un mètre. Vers 1815, l'ingénieur en chef Clausade avait émis l'idée de construire une nouvelle écluse près de la colline de Sainte-Lucie. Libérée brutalement par une levée rapide des vannes de l'écluse, l'eau emmagasinée dans ce nouveau bief produirait un courant capable d'emporter les sables. Cet effet de chasse empêcherait ainsi la formation de la barre de sable qui gênait tant la navigation au grau de la Nouvelle.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

L'écluse de Sainte-Lucie est la dernière et cinquième (si on excepte l'écluse de garde de Moussoulens) écluse du canal de la Robine. Elle fut construite entre le 8 juillet et le 4 novembre 1872 en un lieu dénommé "la Cantine" situé à cette époque à 2841 mètres de l'embouchure du grau. C'est la seule écluse à avoir des bajoyers droits.

Lors de la préparation de ce périple, j'avais coché l'éventualité d'allonger notre parcours par un tour sur l'île Sainte-Lucie. La météo est bonne, l'heure n'est pas tardive, aussi franchissons nous, Nicole et moi, le pont-levis qui mène sur l'île. Jacky ne vient pas, il ne veut pas en rajouter. Il ne reste pas longtemps à nous attendre, car les moustiques viennent prélever leur part du butin. Aussi file-t-il directement vers notre hôtel à Port la Nouvelle.
Sur l'île, nous découvrons d'anciennes carrières de pierres et surtout un joli belvédère surplombant le canal de la Robine d'une quinzaine de mètres.
Un couple y est présent. Elle, dessine à l'aquarelle le paysage, lui, avec un fort téléobjectif, photographie les oiseaux. J'ai emmené les jumelles et peux sans problème voir arriver deux grandes aigrettes sur les grosses mares côtoyées il y a une heure.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Après une soixantaine de minutes, de circumduction, nous retrouvons le pont-levis.

Il nous reste trois kilomètres à faire au soleil le long du rectiligne dernier bief. Une large piste poussiéreuse mène à Port la Nouvelle. Une irrésistible envie de lever le pouce, pour écourter ce monotone final, me prend. L'absence de véhicule aura raison de ma faiblesse !
Le Vieux Salin (1828) est situé sur la rive droite de la Robine. Il est abandonné, tout comme le salin de Sainte-Lucie (1848) accessible en rive gauche. J'y jette d'ailleurs un œil, traversant les bosquets de tamaris et les sagnes.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Au loin, citernes et silos annoncent l'arrivée au port.

À l'approche de la ville, les pompiers nageurs sauveteurs sont en plein test de recrutement. Ils mettent à l'épreuve une trentaine de candidats palmant dans le canal. Certains ont vraiment du mal à avancer !
En quelques circonvolutions, rond-point, rocade et pont franchis, nous arrivons à 15h00 à l'hôtel du Port où Jacky nous attend... en faisant la sieste. L'accueil hôtelier est agréable et la chambre au calme. Une bonne douche, un coup à boire en terrasse, et j'irai en seconde partie d'après-midi, sillonner les quais et les ruelles de cette petite cité balnéaire et son port.


Tour du Golfe antique en Narbonnaise

Port la Nouvelle est le troisième port français de Méditerranée, le second pour l'importation des produits pétroliers, le premier pour l'exportation des céréales. Environ 350 navires y font escale. On devine, du quai sud, les travaux d'agrandissement destinés à recevoir de plus gros bateaux, et à mettre en place le parc d'éoliennes flottantes prévu au large. Un vraquier décharge sa cargaison de cailloux. Un chalutier suivi de son escorte de goélands rentre au port. La ville, aux rues perpendiculaires, ne présente pas grand intérêt. Je serai juste intrigué par la pancarte "Seamen's club" à la porte latérale de l'église. Point de boite de nuit en ce lieu mais une mission de la mer dûment inscrite sur le linteau. Ce foyer du marin date de 2012 et répond, en fait, à un arrêté qui impose la présence, dans chaque port de commerce, d'un point d'accueil pour les marins en escale. Celui de Port la Nouvelle est rattaché à la Mission de la mer, organisme d'assistance lié à l'Église catholique. Ouvert tous les jours de 16h30 à 20h00 on y trouve des ordinateurs, un accès à internet, la possibilité de changer des devises, des boissons, un billard, permettant, pendant quelques heures, de se changer les idées à terre.
Ce soir au menu de la table de l'hôtel du Port c'est pour moi : salade de poulpe, civet de sanglier et polenta et un fondant chocolat.

À Suivre Port La Nouvelle - Sigean



Carnet de route

Gare SNCF de Narbonne - Port la Nouvelle
24,3 km

https://www.openrunner.com/r/14041303
https://www.openrunner.com/r/14123070 + Ile Sainte Lucie 7 km

Hôtel du Port
44 quai du Port, 11210 Port-la-Nouvelle
Tél: 04 68 48 65 59
E-mail: hotelduportpln@gmail.com

Site: https://www.hotelduport-11.fr/hotel
Chambre triple côté rue 70eur, demi-pension 22 eur/pers, petit-déjeuner 7 eur, taxes de séjour 1,50 eur/pers




Article mis à jour par Janol
10/01/2023
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Catégorie : Publication Randonnee

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