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GR 10 Refuge d'Ayous - Gîte la Garbure à Etsaut

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Troisième jour de randonnée sur le GR10 du Béarn au Pays basque, après une montée au Pic d'Ayous, 1500 mètres de dénivelé se présentent avant d'atteindre Etsaut. La journée sera spectaculaire en paysages et chargée d'histoires locales.




Mercredi 31 août 2022
Refuge d'Ayous - Gîte la Garbure à Etsaut
8h00 - 15h00 soit 7h00 de trajet pour 220 m (+ 75 m pic d'Ayous) de dénivelé positif et 1587m (+ 75 m) de dénivelé négatif
(Temps du topoguide donné pour 5h05, 14,3 km)

La vue, dès le lever, sur le lac et le Pic d'Ossau est splendide. Des teintes violette et roses colorent les nuages. Nous reprenons, pour le petit-déjeuner, nos places de privilégiés face à la baie vitrée. Les prévisions météo annoncent une petite perturbation pour la fin de la matinée, puis une amélioration dès le début de l'après-midi. Aussi profitons nous du ciel, bien qu'ennuagé, pour monter au Pic d'Ayous. L'écart prendra une petite heure, mais la vue devrait compenser cette petite extension.


GR10 du Béarn au Pays basque

On est d'emblée frappé par cette falaise rougeâtre qui domine le lac où les couches géologiques se superposent horizontalement. Le sentier grimpe sur les pentes herbeuses. Un jeune couple de trailers nous suit, nous rattrape, nous double lors des pauses photos, et finit par faire route avec nous. De gros blocs rocheux semblent s'être détachés de la falaise. Il s'agit d'un grès grossier où des galets anguleux se retrouvent cimentés entre eux par une pierre couleur lie-de-vin. On appelle cela des grès conglomératiques. Plus on monte vers le col d'Ayous, moins les galets se font abondants.

Nous quittons momentanément le GR10. Plusieurs sentes se présentent, mais toutes filent vers le sommet. En bord de falaise, les sédiments continentaux, couleur lie-de-vin signent, sans nul doute, une cimentation dans un milieu riche en oxygène et non sous la mer, et bien sûr la présence de minéraux contenant du fer. On se rappelle que le volcan d'Ossau avait formé, en s'effondrant, une énorme caldeira de 6 à 7 kilomètres de diamètre. Nous sommes ici sur les restes de cet anneau volcanique désormais dissimulé sous une énorme masse sédimentaire.


GR10 du Béarn au Pays basque

Du sommet, à 2288 m d'altitude, nous dominons de plus de 300 m les lacs de Gentau, Miey et Roumassot. La vue est magnifique, grandiose et l'Ossau nous offre pour cet au revoir, un des plus beaux panoramas de ce périple. De retour au col d'Ayous, nous basculerons sur la vallée d'Aspe. Une ombre passe à quelques mètres devant nous. Nous levons la tête, un vautour nous survole. Son cou crème est caractéristique du vautour fauve, le plus répandu de tous ici. Déjà dans la montée du col d'Ayous, nous avions croisé le squelette d'un cheval "nettoyé" par ses congénères. Pour l'instant les chevaux qui occupent les crêtes herbeuses ont l'air en forme.


GR10 du Béarn au Pays basque

Il est 9h20, retour sur le GR10, et nous allons désormais descendre 1500 mètres de dénivelé négatif pour atteindre Etsaut, l'étape du soir. Nous rattrapons la maman et ses deux filles qui bâtaient leur âne au refuge d'Ayous ce matin. Elles finissent en bas de la vallée au gîte d'étape La Garbure, propriétaire de l'animal. Nous nous reverrons alors !

À l'approche de la cabane de Baigt de Saint Cours, une passerelle nous permet de changer de rive. Les coups de tonnerre commencent à résonner. Déjà lors de notre ascension, nous en avions entendu, mais ils semblaient très éloignés. La basse vallée était sous une mer de nuages et ceux-ci coulaient le long des parois comme dans une piscine à débordement. Nous prenons les premières gouttes, couvrons les sacs et sortons le parapluie. L'orage nous arrive dessus. Sous la protection d'un vieux hêtre, nous attendons que le gros de l'averse passe. Nous patienterons une quinzaine de minutes puis reprendrons, parapluie en main, notre descente. Les pierres sont devenues glissantes et la boue n'améliore pas l'assurance de nos pas.


GR10 du Béarn au Pays basque

Nous longeons le flanc du Bois de Pacq, splendide hêtraie sapinière. C'est de cette forêt que la Marine royale sous Louis XV descendit des troncs de vieux sapins de plus de 30 mètres destinés à devenir des mâts. Les arbres s'égouttent. Nous profitons d'un couvert dense pour déjeuner au sec. Le temps du repas, le soleil revient. L'après-midi sera sèche.

Nous gagnons, après un court aller-retour au pont de Trungas, le chemin de la Mâture. La rivière s'enfonce de plus en plus dans une gorge profonde au point que le bruit du torrent devient imperceptible. Les pentes de l'ubac se redresse. On distingue tout juste l'ensellure du col de Couret. C'est là que le 1er novembre 2004, un chasseur d'Urdos a abattu Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne, laissant orphelin Cannellito, qui survivra.

Les membres du Réseau Ours Brun (ROB) avaient connaissance par de nombreux indices de la présence de l'ourse et de l'ourson dans cette zone. Bien qu'avertis, les chasseurs ont tout de même organisé une battue au sanglier. L'un d'eux, chargé par l'ourse, la tuera d'une balle. En octobre 2018, deux ourses seront relâchées, dont une sur la commune d'Etsaut. Cette dernière vit désormais dans les Pyrénées espagnoles. À ce jour c'est un mâle, le plus vieil ours des Pyrénées, qui vit sur les flancs de la vallée d'Aspe.


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Quatorze ans après la mort de Canelle, à l'occasion de cette réintroduction, le récit qu'en faisait Thomas Baïetto sur France-Info, garde encore toute son intensité.

Francis Claverie, l'un des dix chasseurs, était traqueur, celui qui rabat les bêtes. " Je suis parti du bas avec les chiens". Les autres, des "postiers", attendent le gibier sur la crête. "Un des chiens a aboyé, je me suis approché en pensant que c'était un sanglier. C'était un ours. Il a attrapé le chien avec ses pattes et il l'a mis dans sa gueule", poursuit-il. Francis Claverie crie, tire en l'air. L'ourse relâche le fox-terrier, puis revient à la charge. "Elle s'est mise sur ses pattes arrière. Elle était à trois ou quatre mètres. J'ai enlevé ma veste et je lui ai lancé pour lui donner l'odeur", se souvient le chasseur. Il tire à nouveau en l'air. Cannelle s'enfuit. Le chasseur grimpe la pente en courant. "Un peu blanc", il remonte un à un les postes de chasse pour prévenir ses collègues. "J'ai retrouvé tout le monde sauf René Marquèze", explique-t-il. Ce dernier a bien entendu les cris et les coups de fusil. Il pense aussi à un sanglier. Près du couloir où il se trouve, le chasseur aperçoit une ombre. Il se lève. "J'ai vu l'ourse longer la falaise. L'ourson était à 15 mètres. Milou, mon chien, s'est approché du petit. Il a aboyé, puis il est remonté aussi sec", raconte-t-il, en décembre 2004, à La République des Pyrénées. Pour protéger l'ourson, Cannelle s'en prend au chien. Le chasseur de 62 ans s'enfuit. Sur ce terrain accidenté, il tombe, perd sa casquette et son fusil. Des ronces et des buis retiennent sa chute. Coincé sur une "niche en terrasse", il parvient après de longues minutes à joindre par téléphone l'un de ses camarades, qui lui promet de venir à la rescousse. Après avoir constaté que Cannelle est partie, René Marquèze s'extrait du précipice sans attendre, récupère son fusil et remonte. "Il y a un couloir que les sangliers empruntent et c'est là que je l'aperçois, à 40 mètres, les oreilles dressées, ses yeux comme des billes. Là, je me dis, ça y est, c'est fini pour toi. Pour moi, elle m'attendait", poursuit le chasseur. L'ourse charge à nouveau. "Elle a bondi en grondant à une vitesse effroyable, comme un cheval au galop", assure René Marquèze. Alors qu'il sent l'animal se rapprocher dans son dos, il se retourne, le fusil calé contre la hanche et ouvre le feu. Cannelle s'écroule !

René Marquèze sera finalement condamné à 10 000 euros d'amende, l'association de chasse agréée à 53 000 euros.


GR10 du Béarn au Pays basque

À l'approche de Perry, nous quittons la hêtraie. Une buxaie d'une impressionnante obscurité, fait la transition avec une végétation qui s'annonce plus xérophile. Peu à peu, nous approchons des falaises de la Pène de l'Amounédére. La paroi est entaillée pour y faire passer le chemin. Il nous faudra atteindre le vis-à-vis du fort du Portalet pour trouver le passage le plus spectaculaire et aérien où la falaise est creusée d'une encoche semi-circulaire permettant le passage.


GR10 du Béarn au Pays basque

Nous sommes en 1763, au lendemain du traité de Paris qui mit fin à la désastreuse guerre de Sept Ans opposant la France alliée à l'Autriche et la Grande-Bretagne alliée à la Prusse. La monarchie française de Louis XV entreprit, sous les ordres de Choiseul, la construction d'une flotte de qualité, capable de rivaliser avec la marine britannique. L'ingénieur des ports et arsenaux de la Marine, Paul-Marie Leroy, après avoir terminé l'exploitation, à la fin de 1773, des forêts d'Issaux pour la grande mâture, et du Bénou, pour la petite mâture, décida d'entreprendre l'exploitation de la forêt du Pacq, au-dessus d'Etsaut. Exploitable, mais très difficile d'accès, il était impossible pour des bœufs de tracter des troncs de 30 m de long et de les faire passer par le col d'Arras. Il faut pouvoir faire franchir aux troncs un ravin étroit et à pic connu sous le nom de "Gorges d'Enfer". Des hommes vont alors creuser sur 1200 m, à flanc de la falaise abrupte, un passage suffisamment large et haut pour des bœufs tirant des troncs. La partie la plus remarquable du chemin de la Mâture emprunte la falaise de 400 m de hauteur qui surplombe le ruisseau du Sescoué à sa confluence avec le gave de d'Aspe. La construction du chemin débuta en 1771 et dura jusqu'en 1773. La traversée de la falaise se fit à mi-hauteur, 200 m au-dessus du torrent, par le creusement d'une tranchée large de 4 m et haute de 4 m. La tranchée fait 900 m de longueur et présente une pente de 11 % (la partie la plus spectaculaire fait un peu plus de 200 m de long). Elle fut creusée à partir des deux extrémités par des hommes accrochés par des cordes à la falaise. À l'aide de barres à mine et de fleurets (longue mèche métallique), ils foraient des trous qu'ils remplissaient ensuite avec de la poudre noire. Ces hommes étaient guidés par des ingénieurs qui se trouvaient sur la rive opposée des Gorges d'Enfer. Le long du chemin, des murs de pierre sèche et des troncs boulonnés à la paroi rocheuse assuraient une largeur constante (le temps a depuis fait son œuvre et disparaitre cette régularité). Plus de deux ans d'un travail herculéen pour créer les 1200 m de longueur de l'ensemble du chemin de la Mâture !


GR10 du Béarn au Pays basqueUne fois les sapins abattus, les hommes, à la force des bras, des palans et des cordes, les descendaient dans des glissoires jusqu'aux chemins où ils étaient pris en charge par des chariots à bœufs. Le tronc de 30 m de long était chargé sur un chariot nommé trinqueballe. Celui-ci était tiré par une paire de bœufs et freiné à l'arrière par sept ou huit paires de bœufs. Le gave d'Aspe atteint, les arbres étaient rassemblés en radeaux de 8 troncs (30 m sur 4) dans le port d'Athas créé sur le gave 13 km en aval; un bassin de 96 m de long, 32 m de large, 1,60 de profondeur. Le radeau était convoyé par une équipe de 10 à 12 radeleurs sur le gave d'Aspe en crue (à la fonte des neiges). Trois équipes se relayaient pour convoyer le radeau jusqu'à Bayonne. Durant les années fastes, jusqu'à 300 radeaux étaient acheminés. Les sapins extraits de cette forêt allaient devenir des mâts de bateaux, les hêtres furent utilisés pour les avirons et les poutres, les buis servirent à la confection de poulies et d'essieux. L'exploitation des arbres pour la Marine en vallée d'Aspe s'acheva finalement en 1778, seulement six ans plus tard par épuisement de la ressource, tant l'exploitation avait été intensive.


GR10 du Béarn au Pays basque

Nous passerons un bon moment à admirer ce spectaculaire chemin, ses coups de pic et de barre à mine encore marqués dans la falaise. Il semblerait que M. Leroy, en publiant en 1776 son mémoire sur les travaux liés à l'exploitation de la Mâture en Pyrénées, se soit attribué l'entière paternité de ces opérations en omettant ses prédécesseurs, en particulier l'Intendant d'Étigny, administrateur de Gascogne, Béarn et Navarre. Un livret anonyme de 26 pages sorti deux ans après, en 1778, le lui reprochait. Certains vous parleront pour ce chemin de Louis XIV et Colbert, qui bien que débutant pour la Marine l'exploitation des forêts pyrénéennes n'ont jamais été à la genèse de cet extraordinaire ouvrage. On est juste un siècle plus tard !


GR10 du Béarn au Pays basque

Il reste 45 minutes pour finir l'étape. Un dernier coup d'œil au fort de Portalet, solide bâtisse voulue par le roi Louis-Philippe, afin de maitriser la route du col du Somport en cas de guerre avec le voisin espagnol. Il n'affrontera jamais la moindre balle, le moindre boulet de canon, la moindre guerre ! Par contre, il servira, sous le Régime de Vichy, de prison politique pour des personnes de la Troisième République (Daladier, Reynaud, Blum, Mandel ou le général Gamelin) de 1941 à 1943. Ironie du sort, le Maréchal Pétain y sera détenu trois mois au lendemain de son procès le 15 août 1945 jusqu'à son transfert à la forteresse de l'ile d'Yeu le 16 novembre.


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Une petite route permet de gagner le village d'Etsaut et son gîte d'étape, la Garbure. L'équipée asine arrive peu de temps après nous. Elles ont remis l'âne au pré et puis en voiture sont venues déposer bât, sacoches et longe au gite. La passion des ânes n'est ici pas récente au regard du nombre de plaques de récompenses de comices et concours, allant jusqu'au Concours Général du Salon de l'Agriculture. Avec sa cour joliment caladée de galets du gave, son imposant portail couvert d'un petit toit, notre gîte a su garder tout le cachet de l'architecture d'une ferme de village aspois.

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Mercredi 31 août 2022
5h05, 14,3 km, D+ 220 m, D- 1587 m
+ AR Pic d'Ayous 0h50, 1,3 km, D+ D- 75 m
https://www.openrunner.com/r/14824757
Gîte-auberge la Garbure
Pierre-Yves Pose, Le Bourg 64490 Etsaut
Tél: 05 59 34 88 98, port: 06 80 10 65 73
Site: https://garbure.net/
Email: l@garbure.net
demi-pension: 34 euros, taxe de séjour 0,60 euro incluse



Article mis à jour par Philippe Chopin
09/03/2023
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Catégorie : Publication Randonnee

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