GR10 Chalets d'Iraty - Estérençuby
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Pour cette étape, le GR10 mène Philippe et Stéphane en Basse Navarre. Troupeaux de basco-béarnaises, cromlechs et sympathiques rencontres sont au menu d'une belle journée en Pays basque.
Mercredi 7 septembre 2022
Chalets d'Iraty - Estérençuby
7h55 - 15h30 soit 7h35 de trajet pour 746 m de dénivelé positif et 1833 m négatif
(Temps du topoguide donné pour 8h30 et 24,4km)
Ce matin, nous préparons notre petit déjeuner dans la cuisine très moderne du gîte. Ce dernier semble d'ailleurs refait à neuf. Le bar-restaurant du col où nous avons diné hier soir proposait un petit-déjeuner un peu tardif, 8h00 et cher, 9,50 Euros. Aussi, avions nous prévu nos sachets de thé et café et acheté un gros paquet de gâteaux à Logibar.

Départ à la fraiche ce matin. Un petit vent souffle sur les hauteurs. On gardera la polaire jusqu'à l'entrée de la forêt après le col d'Heguichouria. C'est ici, à l'accueil de cet ensemble locatif que Stéphane est venu hier en début d'après-midi prendre la clé de notre chambre. Une descente forestière nous mène au petit étang qui longe la D19 venant du col de Bagargi. La route traversée, on se hisse à la table d'orientation au dessus du torrent d'Iratiko Erreka. Fait surprenant, alors que nous sommes à moins de 70 kilomètres de l'Atlantique, ce ruisseau va se jeter en Méditerranée en alimentant le bassin de l'Ebre. D'ailleurs la forêt d'Iraty, plus vaste hêtraie d'Europe occidentale avec 17000 hectares est en grande partie espagnole puisque 14884 hectares sont en Navarre, alors qu'il n'y en a que 2310, en Basse Navarre et Soule, côté français.

Notre route descend jusqu'au Chalet Pedro, lieu possible d'étape. Mais le refuge semble clos. En lisière de forêt, c'est à une scène de chasse que l'on assiste. Un épervier d'Europe poursuit une bergeronnette grise. Le passereau file, vire à droite, à gauche et finit par échapper au rapace en rentrant sous le couvert des hêtres. Nous quittons ces quelques mètres de goudron. La piste forestière grimpe rudement dans le bois de Larreluche. Un écobuage a eu lieu sur une lande à fougères. Mais le feu a léché un peu trop fortement la hêtraie limitrophe. Sur une vingtaine de mètres de profondeur, les arbres semblent morts. Ils sont d'ailleurs tous marqués d'un point rouge. Abattage certain dans un futur proche !
La pente se radoucit à la sortie de la forêt. Les pâturages sont jaunis, l'herbe est sèche et la hauteur de quelques graminées non broutées accentue l'impression de steppe, d'immensité.

Un peu plus loin, à l'approche du sommet d'Okabé, les rochers qui parsèment ces anciennes landes confèrent au lieu une ambiance celtique me rappelant certains endroits des Monts d'Arrée. Il y a tellement peu de repères verticaux que le GR 10 est balisé de bornes de pierre gravées telles des montjoies orientant le marcheur lorsque le brouillard tombe.
Le sommet d'Okabé est atteint à 10h30. Des brebis basco-béarnaises y paissent. Le ciel, chargé de nuages, cache depuis ce matin le soleil. Mais le plafond reste très haut et la vue porte très loin, à plusieurs dizaines de kilomètres nous faisant découvrir les premières collines de la Basse Navarre, l'une des trois provinces basques françaises.

Sur une ligne de crête arrondie, nous gagnons les cromlechs d'Okabé.
Vingt-six cromlechs, monuments funéraires, ont été répertoriés sur ce plateau. Ce sont des cercles de pierres dressées d'une hauteur de quelques dizaines de centimètres. Ils se composent au maximum d'une quarantaine de pierres qui délimitent un cercle d'environ sept mètres de diamètre pour les plus grands. Les quelques datations confirment qu'une majorité de ces monuments a été construite à la fin de l'Âge du Bronze et à l'Âge du Fer, soit de 780 +/- 100 avant JC à 380 +/- 100 avant JC. Ce sont probablement les monuments funéraires de bergers basques semi-nomades de la Protohistoire.

Le différentes fouilles ont permis de réaliser un essai du rite funéraire organisé. L'incinération du défunt est réalisée sur une sole d'argile (existante ou après enlèvement de la terre végétale) sur laquelle le bûcher est édifié. Après la crémation, les cendres sont mises de côté. À quelque distance, on traçait un cercle de 7 mètres de diamètre, on décapait à l'intérieur du cercle la terre végétale qu'on rejetait de côté et on réalisait un fossé circulaire. Sur le sol préparé, on apportait une première épaisseur d'argile, celle ayant subi l'incinération du défunt. Au centre, étaient étalées les cendres du mort. On édifiait un petit bûcher qui était mis à feu et sitôt éteint, recouvert par un amas de pierres.
Une seconde couche d'argile recouvrait le tout puis on remettait sur l'ensemble la terre végétale qui avait été rejetée à l'extérieur du cercle. Dans le même temps, on disposait des pierres dressées dans le fossé circulaire.

Nous rejoignons la route pastorale au col d'Irau, parcourue à vélo lors d'une mémorable ascension cycliste d'Arnostéguy. Chevaux et brebis broutent sur les flancs d'Iraukotuturru. Un milan royal les survole et fouille de la vue les pâturages. Au loin, les vautours cerclent dans le ciel sans agitation particulière.

Nous quittons ces quelques centaines de mètres de bitume pour reprendre une sente descendante. Il est midi lorsque nous trouvons deux vieux chênes déracinés où poser nos fesses. Une odeur pestilentielle me parvient aux narines. Une brebis morte, dépecée, est sous l'une des souches. Je ferai une photo de la boucle en me disant que je pourrai toujours avertir quelqu'un au village.
Raide descente sur les Bordes d'Intzarazki. Nous retrouvons un paysage de campagne avec granges et prairies. Le GR 10 franchit le petit torrent de Lapurdiko. Deux béliers divaguent sur le chemin. Durant notre déjeuner, aux jumelles, nous avions observé le travail d'un berger et son chien sur le versant opposé. Son 4x4 blanc descend la piste juste au dessus de nous.
Je siffle, il s'arrête. On entame la discussion. Je lui indique l'emplacement de la brebis morte et il note le numéro de la boucle, sans savoir si c'est une des brebis qu'il garde. Il nous expliquera que la cause la plus probable, de la mort de cette brebis, est qu'elle se soit avancée sous la souche pour se mettre à l'ombre, peut-être même profondément engagée car poussée par ses congénères. Mais la conformation des pattes arrières des ovins ne leur permet pas de reculer. Alors coincée sous la souche elle serait morte de soif.
S'il a quelques bêtes à lui, il garde deux autres troupeaux. Des Manech à tête noire et à tête rousse. Il nous explique qu'à cette altitude, la basco-béarnaise que nous voyions jusqu'à présent, ne résiste pas. Elle aime les hauteurs et l'herbe bien verte, ce qu'il faudra lui fournir à la redescente en vallée, pour qu'elle mène à bien la gestation des agneaux. Sans cela, avec une herbe de qualité fourragère médiocre, elle est susceptible d'avorter. Les Manech sont elles moins exigeantes en nourriture, tout en nécessitant une redescente un ou deux mois avant l'agnelage. Tout en discutant avec le berger, nous apprenons que les chevaux que nous croisons ne sont pas spécialement destinés à la boucherie ou au travail. Ils participent au maintien ouvert du milieu. Celui-ci non pâturé, ni écobué est capable de se refermer, pour un accès humain, en l'espace de deux ans. Les écobuages se font avec autorisation préfectorale et mise en place de panneaux sur chaque balise de GR. Les chevaux sont alors déplacés avant de mettre le feu à la lande. L'année d'après l'herbe repousse, bien aidée en cela par l'apport de la neige... l'engrais du pauvre. Les fougères reviendront ensuite et faneront à l'automne. Il parle du dernier accident catastrophique de 2010 avec cinq morts et deux brûlés. Des gens de l'enseignement de Saint-Jean-Pied-de-Port, pas des touristes. Là, sa mémoire lui fait défaut, c'est si loin. Le 10 février 2000 à Estérençuby sur les flancs de col d'Errozate, un feu d'écobuage illégal avait été allumé sur le flanc de la montagne où passe le GR 10. Un groupe de huit randonneurs du CAF de Bayonne avait été piégé par les flammes. Cinq d'entre eux sont morts, deux furent grièvement brûlés.
Seul un d'entre eux réussit à échapper au brasier et avait prévenu les secours. J'ai, pour m'en être personnellement occupé, bien connu Pierre Renard, cet ingénieur forestier pris au piège de l'incendie. Sa femme avait été brûlée vive devant ses yeux. Lui, durant cette année 2000, tentait de se reconstruire et de retrouver un usage normal de ses mains, ses bras.
On quittera ce berger, allergique au lait et fromage, très heureux de cet échange.

On remonte la piste jusqu'au col d'Ithurranburu, une Fiat Panda 4x4 est arrêtée coffre ouvert. Le couple est allé aux cèpes, et quelques cagettes bien remplies reposent à l'arrière de la voiture.
Dorénavant, notre profil ne sera que descendant. De petites routes désertes nous mènent vers le fond de la vallée, le GR 10 coupant de temps en temps les lacets.
Les fermes, aux murs blancs et volets rouge sang de bœuf sont éparpillées dans la campagne. Ici les prairies bien vertes sont protégées par six rangs de fil barbelé cloués sur les poteaux espacés d'environ un mètre. Sangliers interdits de labourage apparemment. On apprendra le soir même que c'est la coutume locale, les rangs du bas étant nécessaires à la garde des moutons et le faible écartement des pieux dû à la présence parfois importante de neige même à ces altitudes.
Nous croisions sur les autres étapes les randonneurs vers 11h00 11h20. Aujourd'hui c'est à toute heure. On voit que Saint-Jean-Pied-de-Port est proche et que les départs et hébergements sont multiples et disséminés.

15h30, Estérençuby est atteint. Un petit tour dans l'église pour aller voir les galeries de bois, typiques du Pays basque, où les chorales de chanteurs officient. Puis nous ferons le détour par le fronton avant de gagner notre auberge... qui semble fermée. En effet, elle l'est en partie. Mais un coup à boire et un rappel de notre réservation nous ouvrent les portes au propre comme au figuré.

L'hôtel est vieillot, mais la chambre est spacieuse, la salle d'eau refaite à neuf et le balcon donne sur le torrent l'Estérenguibel à quelques mètres de son confluent avec la Nive de Béhérobie. Douche prise, je descendrai au bar avec la ferme idée de manger, pour notre dernier repas, une omelette aux cèpes. De fil en aiguille, le patron me racontera sa montée à Paris comme serveur sur une brasserie des Champs-Élysées puis au café le Grand Corona, place de l'Alma durant sept ans. Il fera 20 ans sur l'exploitation de ses beaux-parents avant de reprendre l'auberge il y a 25 ans. Son fils et son gendre s'apprêtent à faire de même après de lourds travaux d'agencement à venir.
De discussion en discussion, Madame Carricaburu accepte de me faire une omelette garnie ce soir, lui laissant l'initiative pour le reste du menu : un axoa de veau avec piperade et pommes de terre en robe des champs, fromage de brebis et confiture maison de poire Williams et une crème caramel confectionnée par la patronne.
En début de soirée, la nouvelle tombe. Le TER de 12h26 devant nous amener vers Bayonne au départ de Saint-Jean-Pied-de-Port est supprimé. Stéphane a l'annonce sur son téléphone, moi pas ! Le seul train permettant d'attraper notre TGV est à 8h40. Les taxis que nous recommande le patron sont indisponibles pour l'horaire demandé. On finira par décider de faire la route à pied et de gagner ainsi Saint-Jean-Pied-de-Port situé à dix kilomètres.
On apprendra, à la gare le lendemain matin, qu'un car de remplacement était prévu à 12h26 et que seuls les premiers réservataires pouvaient y monter, comprenant pourquoi je n'avais pas reçu le message d'annulation de ma réservation. En effet Stéphane avait fait la sienne lors de notre traversée, moi bien avant.
Jeudi matin, lever 5h20 et départ 6h00... car le patron a absolument tenu à nous servir le petit-déjeuner à 5h30. Son épouse viendra nous saluer avant notre départ nocturne. Un couple exceptionnel par sa gentillesse, son sens de l'accueil, son savoir vivre. Que du bonheur... dirait-on maintenant !
Mercredi 7 septembre 2022
8h30, 24,4 km,
D+ 746 m, D- 1833 m
https://www.openrunner.com/r/14828226
Gîte d'étape d'Estérençuby FERMÉ pour défaut de personnel
Hôtel-restaurant Andreinia, Le Bourg, 64220 Estérençuby
Tél: 05 59 37 09 70
Site: https://www.hotel-andreinia.com/fr/
Email: hotel-andreinia@wanadoo.fr
Auberge Carricaburu
le Bourg, 64220 Estérençuby
Tél: 05 59 37 09 77
demi-pension: 52 euros en chambre double
Bibliographie
Les cartes IGN top 25
N 1547 OT Ossau Aspe
N 1446 ET Tardets, Arrette
N 1346 ET Ferêt d'Iraty
N 1346 OT Saint-Jean-Pied-de-Port
Le topo Guide
La traversée des Pyrénées. Pyrénées occidentale Ref 1086
Les livres
Randos d'étapes dans les Pyrénées
J.P. Siréjol, B Valck
Rando Editions
Guide Libris Pyrénées Tome 4
Béarn et Pays basque
Edition Libris
Etonnantes Pyrénées
Gérard Caubet
Rando Editions
Aspe, Ossau
Georges Véron
Rando Editions
Pays basque
Georges Véron
Rando Editions
Les plus beaux treks des Pyrénées
David Serano-Crocq
Edition Glénat
La traversée des Pyrénées
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