GR10 Lescun - Refuge de l'Abérouat
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Cette sixième étape sur le GR10 commence par un aller-retour au lac de Lhurs, afin de découvrir les Aiguilles d'Ansabère. Puis, en chemin vers le refuge de l'Abérouat, Philippe nous conte un peu de ces histoires locales qui font le charme de nos terroirs.
Samedi 3 septembre 2022
Lescun - Refuge de l'Abérouat
8h05 - 15h35 soit 7h30 de trajet pour 1586 m de dénivelé positif et 1058 m négatif
(Temps du topoguide donné pour 8h55 et 23km)
Petit déjeuner très copieux ce matin : croissants, brioches, yaourts maison, fromage de brebis, sans parler des ingrédients habituels. À 8h00, nous sommes dehors enjambant le chien affalé qui sert... de paillasson devant la porte de l'hôtel ?
Nous avons un bout de route à faire, non que l'étape soit longue, mais elle commence par une portion de bitume. Sans complexe, on lève le pouce à la première et seule voiture. Une fourgonnette s'arrête. On monte derrière et direction le parking de départ des randonnées. Voilà comment éviter deux kilomètres de goudron !
Nous partons pour un aller-retour au lac de Lhurs avec l'intention de monter sur la crête sud du cirque pour voir les Aiguilles d'Ansabère. La météo est donnée pour nuageuse pour toute la matinée. On verra bien ... ou pas. Cette rude montée emprunte, au début, une piste forestière, plutôt "roulante" dont quelques lacets sont coupés par le sentier. Il nous faudra une grosse heure et demie pour atteindre le lac.

Si la montée se fait aux trois quarts dans une splendide hêtraie, le dernier quart est une alternance de substrats rocheux de différentes origines. Au franchissement du torrent à sec de Landrosque, la rive nord est faite de calcaire aux couleurs grises, la rive sud est de couleur rouille, tant pour les roches que pour la terre. Quelques lacets plus haut, c'est un lapiaz que nous franchissons. Enfin en arrivant à l'entrée du cirque de Lhurs, la roche devient presque noire et se veine de blanc. Vraiment varié ce site sur le plan géologique.
Un rayon de soleil nous accueille au seuil de cet amphithéâtre pastoral. Chevaux, vaches et brebis occupent les différents flancs de la montagne. La Table des Trois Rois, les Pics de Pèneblanque sortent parfois des nuées, mais le plafond reste bas. Nous passons devant la bergerie. Le berger répond à mon interrogation sur la trace du sentier qui semble monter sur le flanc sud du cirque... Laconique !
Il me dit qu'il existe une trace se perdant plus ou moins dans les sentes à moutons et joignable au niveau de la caisse à traire de la cabane supérieure.

Nous poursuivons notre ascension et gagnons le parc de la bergerie du dessus. Le terrain est "miné", rempli de crottes de moutons, d'un mélange de terre, d'excréments et d'urine. La bergère nous renseigne bien plus gentiment. On doit viser le petit pin presqu'en ligne de crêtes et le sentier, légèrement cairné, ne se perd pas dans les traces d'animaux.
Une jeune chienne border vient à notre rencontre, accompagnée d'un labrit. Ce dernier restera près de sa maîtresse, mais l'autre nous accompagnera et nous guidera plus ou moins jusqu'au rebord de cet entonnoir.
À 10h45, à près de 2000 mètres d'altitude, nous sommes au point culminant de notre balade. La vue sur les falaises et Aiguilles d'Ansabère est complètement bouchée. Le fond de la vallée est légèrement visible, mais les parois sont enveloppées de ouate. Si quelques trouées éphémères apparaissent, le paysage, que j'avais vu en photo lors de la préparation du circuit, reste invisible, tout comme, au nord, le pic d'Anie. Ces sommets de calcaire, hauts lieux d'alpinisme ou de randonnée, nous échapperons. Seule la Table des Rois à 2421 mètres se laissera entrevoir. Située à la frontière avec l'Espagne, la Table doit son nom à sa localisation à la jonction des royaumes médiévaux de Navarre, d'Aragon et de France.

Le cirque de Lescun connut d'ailleurs le 4 septembre 1794 une bataille entre France et Espagne.
L'armée d'Aragon comptait dans ces rangs de nombreux officiers émigrés, partis les départements pyrénéens lors de la Révolution française. Nombreux étaient ceux qui voulaient reconquérir leurs terres confisquées. La guerre contre l'Espagne fut déclarée le 9 mars 1793. À l'été 1794, les troupes françaises avaient conquis quelques villes basques espagnoles. Le roi d'Espagne, Charles IV, ordonna une contre-offensive, qui, en franchissant les cols de Pau et de la Cuarde, devait attaquer Oloron-Sainte-Marie afin de couper les troupes françaises de leurs sources d'approvisionnement.
Les cols de montagne n'étaient surveillés que par des postes tenus par 8 à 25 hommes. Les Espagnols rassemblèrent 2000 hommes des troupes régulières, 1500 miliciens et 1000 "paysans", plutôt des maraudeurs et brigands. Malgré un franchissement de nuit, ils furent rapidement stoppés par la résistance acharnée d'un poste de garde. Les coups de feu s'entendirent jusqu'à Lescun où le capitaine demanda des renforts. Les Espagnols firent demi-tour pour chercher une autre voie de passage. Pendant ce temps, des miliciens réussirent à se faufiler et incendièrent des granges pour guider les troupes (il faisait toujours nuit). Les Espagnols débouchèrent ainsi sur Lescun par le terrain plat en partie basse du village.
Anticipant leur arrivée, le capitaine y déjà avait placé ses troupes. Les Espagnols subirent alors de lourdes pertes. L'endroit est depuis dénommé "Champ des morts". Les hommes de la Garde Wallone essayèrent de passer par un étroit sentier qui débouchait au Pont du Moulin où les Français les tirèrent comme des lapins. Les Espagnols tentèrent ensuite de contourner Lescun par la droite, mais se heurtèrent à une cascade qu'ils ne purent franchir. Deux compagnies arrivèrent de Bedous en fin de nuit et attaquèrent les flancs des Espagnols. Au matin, les Espagnols se replièrent laissant sur le terrain 900 morts et 450 prisonniers. Cinquante grenadiers, quatre compagnies de volontaires et quelques gardes nationaux, soit 600 hommes au total, avaient stoppé une attaque de 4500 hommes.

Nous redescendons avec notre compagne canine. Elle nous suivra jusqu'au lapiaz, endroit où nous commençons à vouloir lui faire comprendre qu'il faut qu'elle rentre. Une bonne dizaine d'essais en insistant de la voix pour lui faire faire demi-tour. Ce qu'elle finit par donner l'impression de comprendre. À la sortie de cette zone fracturaire, nous nous apercevons qu'elle est revenue. La chance de croiser un couple de randonneurs montants nous permettra de faire le relais et d'avoir la conscience tranquille sur son retour auprès de sa propriétaire.

Un peu avant l'entrée de la forêt, nous déjeunons les fesses au sec. Déjà une petite averse nous avait surpris à la descente au bord du lac de Lhurs. À peine le repas fini, la pluie sonne un rapide repli. Nous sortons les parapluies un peu à contrecœur car les deux bâtons s'avéreraient bien efficaces dans cette descente un peu glissante. À 13h30, nous retrouvons notre point de départ et le soleil !

L'hôtelier, hier soir devant ma demande de renseignements pour cette ascension, nous avait suggéré de monter au plateau de Sanchèse, pour aller voir la cascade et gagner par la forêt le refuge de l'Abérouat. Nous suivons son conseil. Deux kilomètres plus haut, un joli pâturage occupe le lieu. Si le lac de Lhurs était bien bas, la cascade est encore en eau.

Nous rejoignons par un GR transfrontalier, le GRT13, la trace du GR10. Les premiers hectomètres sont faciles. Le balisage est exceptionnellement serré et très visible. Par contre rapidement le terrain devient très spongieux, boueux, marécageux et l'ascension nécessitera un sérieux renfort des bâtons ; appuis solidement ancrés indispensables sur ce versant truffé de sources. Le GR10 rejoint, il faudra encore régulièrement éviter les zones de boue profonde où les vaches empirent encore la situation en s'enfonçant profondément lors de leurs passages.
À l'arrivée au refuge, immense bâtiment aux 85 couchages, nous repérons le bac dédié au lavage des chaussures. Sûr que les gestionnaires connaissent, de longue date, le caractère boueux des environs.
Grâce à notre réservation faite en juin, et en arrivant les premiers, alors que le refuge est annoncé plein, nous aurons la chance de bénéficier d'une chambre à deux lits avec douche privative ... Le luxe !
S'il fut un temps, dans la seconde moitié du XIXème siècle, un établissement thermal grâce aux sources locales, il devient dès 1919 un refuge de montagne. Je m'étais étonné que celui-ci soit géré par la Fédération des Œuvres Laïques. C'est qu'à partir de 1946, sur l'impulsion d'Henri Barrio, instituteur, mais aussi guide de haute montagne, se crée un vrai centre de montagne où les enfants, été comme hiver, découvrent ce monde. Jean Dutech et Henri Barrio l'avaient initié dans leur classe respective dès 1934. Ils font sortir les enfants de l'école : promenade botanique, recherche de traces et d'indices animaliers, randonnées, initiation au ski, gymnastique en plein air... Tout à fait dans la mouvance sociale et politique de 1936.

Barrio avec l'aide d'un autre instituteur, Joseph Darrière, ouvrira l'hiver 47-48 la première classe de neige. Les vestiges des deux remonte-pentes sont encore là, dans le pré, à côté.
Nous discutons avec la gérante qui se plaint de relations trop éphémères avec les randonneurs pensionnaires d'un soir. Elle aimerait garder un refuge, mais nous l'avertissons que le problème sera le même. Nous lui conseillons plutôt un gite d'étape en vallée où le séjour est souvent plus long... mais elle préfère les hauteurs, pas facile de trouver la bonne formule.
À table, nous côtoyons une Anglaise, mais surtout un Espagnol. Ce randonneur féru de montagne, la tête bien faite, nous expliqua qu'il avait emmené ses enfants sur le Skyway Monte Bianco, le téléphérique reliant la Pointe Helbronner et la station de Courmayeur et les avait fait marcher sur le glacier ... histoire de toucher du doigt ce que le changement climatique va induire.
Étape suivante : Refuge de l'Abérouat - Sainte Engrâce
Samedi 3 septembre 2022
8h00, 23 km,
D+ 1586 m, D- 1058 m
https://www.openrunner.com/r/14826926
Refuge de l'Abérouat
4920 route de l'Abérouat, 64490 Lescun
Tél: 05 59 34 71 67, port: 06 30 93 24 72
Site: http://aberouat.fr/
Email: aberouat@laligue64.org
demi-pension: 37,30 euros
Refuge Jeandel
Anthony Hourticq, La Pierre-Saint-Martin, 64570 Arette
Tél: 05 59 66 14 46, port: 06 73 14 97 23
Site: https://www.refugejeandel.com/
Email: refugejeandel@orange.fr
demi-pension: 38,50 euros
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