Philippe et Stéphane entament leur journée depuis le Gîte les Arias au Désert en Valjouffrey, partageant un petit déjeuner énergétique préparé par la dynamique gardienne, Samia. La randonnée les mène vers le Gîte du Béranger à Valsenestre, offrant des paysages montagneux époustouflants et des rencontres insolites avec d'autres marcheurs, tout en découvrant l'histoire fascinante de ce village autrefois abandonné. La journée se clôture par un dîner convivial en plein air, où les délices culinaires préparés par William Boussière et servis par Edwige leur promettent une soirée gourmande.
Mardi 5 septembre 2023 Gîte d'étape, les Arias, le Désert en Valjouffrey - Gîte d'étape, le Béranger, Valsenestre 8h00 - 13h05 soit 5h05 de trajet pour 10,9 km, D+ 1017m, D- 993m Temps du topoguide donné pour 5h45
Réveil à 6h00 du matin au chant du coq, le vrai, le gallinacé ! Je repique pour une heure, enfonçant un peu plus les boules Quies. Le petit déjeuner est pris à 7h00. Samia la gardienne est déjà "à fond", volubile, une "pile". Elle assure sa dernière saison de gérante. Directive, mais avec peu de diplomatie, elle pondère peu ses propos. Je comprends que la gestion d'un gîte, et surtout celle des différents profils des hôtes lui ait posé quelques soucis.
Nous avons fait hier soir un excellent repas. La douceur de la soirée, nous ne sommes qu'à 1250 mètres d'altitude, a permis de dîner à l'extérieur. Samia, de retour de quelques jours de congés, avait concocté une délicieuse assiette : salade verte, chou rouge, saucisse du Valbonnais, petites Monalisa sautées à l'huile d'olive portugaise. Qualitatif et quantitatif ! Et un petit sucre au génépi pour digérer.
Nous sommes les premiers des sept convives à prendre le départ. Nous quittons cette ancienne école reconvertie en gîte d'étape pour en gagner une autre cet après-midi. La température est déjà très douce et rapidement après les 150 mètres de plat pour traverser le village, nous attaquons la pente.
Encore un peu de fraicheur le long du torrent de la Laisse. Du côté gauche du chemin, le col est indiqué pour 3h15, à droite le panneau annonce 3h00... je serre à droite.
Nous grimpons en deux heures pile les 1050 mètres de dénivelé du col de Côte Belle, étant à l'ombre les trois quarts de l'ascension. La vue, au sommet, plonge sur le Valsenestre, vallon se branchant sur la gauche en remontant le torrent de la Bonne. Là aussi, la vallée est resserrée et les sommets la bordant au nord et au sud montent entre 2600 et 2900 mètres d'altitude. Fermant le vallon à l'est, la barrière rocheuse culmine à 3200 mètres. L'impression de resserrement, de vallée étroite, est la même que sur le "haut" Valjouffrey.
L'étape étant aussi courte qu'hier, nous optons pour une descente "en touriste". Les photos sont nombreuses tant pour les paysages que pour quelques points d'intérêt naturalistes. Comment ne pas s'arrêter et s'émerveiller devant le phénomène géologique que forment "les grandes orgues" appelées aussi "la grande bibliothèque".
De minces feuilles de calcaire gris bleu et de marnes schisteuses tendres, plus érodées, ont formé sous les poussées tectoniques cet enchevêtrement de dalles plus ou moins verticales. Un magnifique millefeuille de roches dont l'une d'elles, en pointe effilée, surplombe notre sentier telle une lame d'épée.
Entre bouleaux et aulnes, mélèzes et quelques cépées de frênes nous poursuivons notre descente, s'arrêtant un moment devant deux superbes fleurs d'aconit, jolis "casques de Jupiter" au bleu intense.
Les inflorescences cotonneuses des épilobes forment encore de fort beaux toupets. Bientôt le vent emportera leurs graines duveteuses. Sortant des bois, le panorama s'élargit.
Apparait alors devant nous le raide final du col de la Muzelle. Comment le GR passe-t-il ce sombre mur ? Ce sera pour demain.
Pierre nous rattrape en bas de la descente. Ses pieds ont l'air d'aller mieux. Il faut dire que Samia lui a fait des cataplasmes à l'argile, asséchant ses ampoules. Pas de guérison miraculeuse, mais un meilleur confort ou plutôt une moindre gène. Il nous apprend que les frères Billy sont passés au gîte à 8h10 et se sont fait éjecter par la gardienne qui a refusé de leur fournir leurs petits-déjeuners et pique-niques pourtant prépayés par l'agence. Franchement, même s'ils ne sont pas venus hier soir, elle a été prévenue vers 16h00 de leur défection et 8h15 pour le petit-déjeuner n'est pas un horaire indécent ! Pierre nous raconte qu'ils sont, suite à un arrêt café aux Souffles, redescendus sur Villar-Loubière... ne s'apercevant de leur erreur qu'en bas. Ils remonteront les 940 mètres de dénivelé et dormiront aux Souffles, ne pouvant atteindre Valjouffrey le soir même.
Au carrefour des chemins menant vers la Muzelle ou descendant sur Valsenestre, la jeune femme qui était avec nous hier, arrive de la vallée. Elle a dû dévier de sa trace pour retrouver un réseau téléphonique pour nécessité professionnelle : la montagne est très loin d'être couverte par les opérateurs.
Nous les saluons tous les deux, ils poursuivent le GR54. Une dizaine de minutes après la reprise de notre descente, nous franchissons le torrent de la Combe des Écharennes. On s'y installe pour pique-niquer. Jean-Pierre Billy nous rejoint. Il a fait la descente à fond et va attendre ses deux frères les pieds au frais dans le torrent. Nous aurons le temps de manger sans les voir passer. En repartant, on blague Jean-Pierre en lui annonçant que ses frangins sont partis sur la Muzelle !
Vers 13h00, on arrive à Valsenestre. Le hameau, terminus de la route, est bien plus coquet que celui du Désert. Le gîte du Béranger est fort agréable, lumineux avec une belle terrasse ombragée par un gros tilleul. Il occupe l'ancienne école fermée en 1936. Réhabilité en gîte par le Club Alpin Français de la Mure dans les années 70, il fut transformé en gîte municipal et restauré par la commune de Valjouffrey en 2001.
Contrairement au Désert, Valsenestre n'est plus habité à l'année. Les cinq kilomètres de route, barrés de plusieurs couloirs d'avalanche, ne sont pas déneigés l'hiver.
À l'abandon après la Seconde Guerre mondiale, c'est au début des années 60 que les ruines sont peu à peu achetées par des citadins. On redresse, on remonte, on restaure les vieilles maisons afin d'en faire des résidences secondaires. Les habitants réhabiliteront le patrimoine commun : chapelle, four banal, fontaines et lavoirs.
On créera même un petit jardin alpin au centre du village. On pourrait regretter de n'y voir aucun signe d'activité paysanne. Mais ce joli village fleuri aurait-il été si bien restauré s'il n'avait pas été abandonné ?
Fort d'une centaine d'habitants au XIXème siècle, l'activité principale demeurait l'élevage. L'ouverture, en 1840, d'une carrière de marbre exploitée jusqu'en 1905 apporta un peu de diversité et un travail complémentaire autre que celui du colportage. Mais la Première Guerre mondiale fut impitoyable pour les hommes du village. Puis, comme si le sang versé ne suffisait pas, la grippe espagnole emporta sept familles entières en 1919.
Pour remédier au manque criant de main d'œuvre, Valsenestre devint un lieu d'accueil des pupilles de l'Assistance Publique. C'est à cette époque qu'une bonne dizaine de tilleuls furent plantés dans le village, en guise de paratonnerres !
À l'ombre de l'un d'eux, nous passons un agréable après-midi de farniente, de discussions à bâtons rompus avec les trois frères Billy, de coups à boire. Le maire de la commune de Valjouffrey, Valsenestre n'en est qu'un village, est présent. Il nous parlera du départ Samia, la gardienne du Désert car la commune est propriétaire des deux gîtes. Il pourra désormais faire coïncider la même année, le renouvellement des baux, celui du Béranger arrivant à terme cette année.
Ce soir nous sommes neuf convives à dîner dehors, sous le "paratonnerre", William Boussière aux fourneaux et Edwige en terrasse nous serviront un repas pantagruélique. Je vais reprendre quelques grammes laissés en chemin !
Mardi 5 septembre 2023 5h45, 10,9 km, D+ 1017 m, D- 993 m