Tour du Vieux Chaillol - village abandonné de Méollion

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Septembre 2015 Philippe est en randonnée autour du Vieux Chaillol. Il nous conte ici la première journée de sa randonnée avec une découverte, le village abandonné de Méollion. Les photos sont magnifiques.



Gîte d'étape des Gondoins
Mardi 1er septembre 2015
650 m dénivelé. 5H00


Voyez ici pour le road book : Carnet de route Les Gondoins - Méollion

La route, la veille, s'était déroulée sous un beau soleil, chaud même car à Grenoble, où nous étions invités à midi, il faisait 38 degrés au soleil et 28 degrés dans l'appartement situé sous les combles au pied de la Bastille grenobloise. Puis par la route Napoléon, nous avions rallié les Gondoins, petit hameau de Champoléon dans le Haut-Champsaur en bordure du parc national des Ecrins.

Ce matin, le ciel est gris, très gris. Quelques gouttes sont tombées sur la fenêtre de toit de notre chambre durant la nuit. A 8h00, nous prenons quand même le départ. C'est une randonnée à la journée qui était au programme. Mais hier soir, la décision de remplacer l'aller retour aux lacs de Crupillouse (8h30 et 1.400 m de dénivelé) par une petite boucle au village abandonné de Méollion n'avait reçu aucune résistance, vu les prévisions météorologiques défavorables. Inutile de revenir trempé dés le premier jour.

Nous montons par un beau chemin aux Fermonds, petit hameau au débouché du vallon du Tourond. Quelques gouttes tombent mais cessent aussi rapidement. Nous descendons en rive gauche du Drac Blanc, passons à gué le torrent du Tourond dans un immense cône de déjection et arrivons aux Borels. Depuis quelques minutes la pluie s'est remise à tomber. J'ai sorti le parapluie car j'ai pris, cette année à la vue des prévisions, le parti d'emmener un parapluie pliable. C'est un essai, entraînant un léger surpoids de 330 g. A voir.



Pas d'abris, pas d'auvent, la porte de l'église est close. Nous poursuivons à la sortie du village sur un sentier bien couvert par les frondaisons. Mais la prudence et surtout notre absence totale de contraintes nous conduisent sous les tôles d'un petit abri à bois à la lisière d'un champ. Nous y regarderons tomber la pluie, évaluant les possibilités de répit en fonction de l'intensité de la couverture nuageuse et des brèches visuelles sur les sommets environnants.


A 9h40 la pluie s'arrête. Nous levons le camp. Le chemin monte de plus en plus, se redresse, et vient surplomber le cours du torrent de Méollion. Sur la rive opposée, les falaises dessinent, au gré du plissement alpin, des strates ondulantes. Par endroits, de grandes dalles polies signent l'écoulement d'eau de fonte ou de fortes précipitations. Après 30 minutes de fort dénivelé, nous parvenons dans une zone de pâturage et le sentier devient presque horizontal. La bergerie de Méollion fume. La lumière brille à l'intérieur et la cheminée crache ses volutes. La montée était, par endroits, caladée, mais là ce sont même des murs de soutènements qui bordent le chemin.

Devant la traversée à gué de la cascade de Méollion, la bergère a peint sur la roche sa rage face aux attaques de loups. Le 'Dauphiné libéré' du samedi 29 août titrait : "Le loup a attaqué dans le village". Et suivait la description du carnage. 5 brebis éventrées dont une gestante et 8 agneaux d'une quinzaine de jours, trois retrouvés à quelques mètres des maisons de la Baume, à 6 heures du matin.
La barrière franchie et refermée, une ânesse, véritable gardienne du troupeau, vient à notre rencontre.



Elle nous suivra toute la durée de notre présence. Nous traversons le village ruiné. La vie, au début du 20e siècle était encore bien présente. Perché à 1.666 m ce hameau compta jusqu'à 16 foyers au 19e s, encore 13 au début du 20e. Avec sa chapelle Notre Dame des Neiges, un prêtre à demeure, une école et son institutrice, la vie y était difficile. Beaucoup émigrèrent aux Etats-Unis. La Grande Guerre provoqua aussi une terrible saignée dans les rangs de la population masculine. Des avalanches meurtrières et des crues emportant des terres à pâturages eurent finalement raison des derniers habitants qui abandonnèrent leur village en 1921. On distingue encore les ruines d'un grande maison à l'entrée de l'ancien village qui donne une idée de ce qu'il devait être avec une vingtaine de bâtisses. Les autres ruines sont étouffées par la végétation, quelques murs et quelques caves sont visibles mais l'essentiel du village a disparu.


Seuls un abri pour les randonneurs et un logement pastoral perpétuent l'ancienne occupation des lieux.

A 11h00 nous quittons ce lieu pastoral pour reprendre quelques minutes le sentier à rebours. Puis au Haut des Poas nous bifurquons en direction du Champet, petites ruines blotties dans un cirque sauvage. A part dix mètres d'un passage un peu difficile, le sentier n'est qu'un paisible chemin aux lacets bien espacés. Les champignons abondent, russules charbonnières, lactaires, hypholomes. Leur odeur embaume le sous bois. C'est par la forêt que nous rejoignons, au Pied des Champets, le chemin de retour vers les Borels



Il est midi, le même abri à bois nous recevra pour déjeuner. Dans le ciel quelques traces bleues font leur apparition. Le "bistrot de pays" du village nous accueillera pour un petit café et une part de tarte aux myrtilles garnie d'une boule de glace et d'une meringue au génépi, cadeau de bienvenue de mon binôme.

L'une des vielles maisons du haut des Borels est devenue la Maison du Berger. Ouverte le 9 juin 2007 et inauguré le 27 octobre de la même année, son histoire remonte à 1991 au décès de Pierre Mélet, assistant berger, écrivain et ancien maire d'Antonaves, qui légua ses biens à la commune de Champoléon afin que soit réalisée une Maison du Berger. Avec ce legs, la commune achète une ancienne ferme, la maison Pourray, et en fait ce lieu de mémoire, de connaissances et d'expositions. L'élevage ovin est resté vivace et donne lieu à l'événement de l'année, en principe le 4 octobre. la foire au tardons, ces agneaux nés au printemps et qui passent l'été aux alpages. Au delà des transactions discrètes, c'est un moment convivial de retrouvailles des champsaurins et gapençais qui barulent (errent) à travers le village et aiment à goûter l'agneau cuit au feu de bois.
Cette foire date de moins d'une centaine d'années. Autrefois, elle avait lieu à Vallouise le 4 octobre de chaque année. Les éleveurs de Champoléon y amenaient leurs troupeaux par le Pas de la Cavale et le Col de l'Aup Martin, où l'armée s'employait à maintenir un sentier muletier en état au cas où. Mais une année, une poussée de fièvre aphteuse provoqua l'interdiction du déplacement par le préfet. Les éleveurs champoléards revendiquèrent donc et obtinrent l'autorisation d'avoir une foire également le 4 octobre, en concurrence donc avec celle de Vallouise qui finit par disparaître après la seconde guerre mondiale.

Celle de Champoléon cessa aussi au milieu des années 1950. Elle fut remise au goût du jour en 1996 par Maryline Moynier, éleveuse à Champoléon, après quarante années de sommeil.
Depuis les années 50, la plupart des troupeaux sont à la rage. Stationnant dans de petits alpages délimités par des barrières naturelles, ils ne sont plus gardés à demeure par un berger mais juste surveillés ponctuellement par les éleveurs qui montent régulièrement les soigner et leur donner du sel. Seul l'alpage de Méollion est gardé pendant 4 mois par un berger (en l'occurrence une bergère). En 2015 dans le vallon du Tourond, aujourd'hui le vallon pastoral le plus important de la commune avec 800 brebis emmontagnées pour une centaine de jours d'alpage, nous y avons aussi vu un berger.



Le passage devant le petit monument aux morts rappelle combien cette première guerre mondiale mit fin à la vie de nombreuses exploitations. Mais ici l'exode avait débuté 40 ou 50 ans plus tôt. Conséquence de la déforestation des montagnes et de la fragilisation des terrains mis à nu, l'exploitation excessive des terres pour le bétail entraînait des éboulements et glissements de terrain, des crues dévastatrices et l'hiver des avalanches. L'habitat est dispersé en plusieurs hameaux : 11 sur les 16 sont encore habités. Les plus éloignés et difficiles d'accès ont été abandonnés. Il n'y a pas de village principal. D'ailleurs, aucun ne porte le nom de la commune, Champoléon, et le chef-lieu, les Borels, n'est qu'un hameau parmi d'autres, siège de la mairie et de l'église.

Construit entre les cônes de déjection des Torrents du Tourond, toujours très actif, et de Méollion, l'histoire du village garde encore le souvenir de la destruction de l'ancienne église Saint-Vincent et du cimetière dans la nuit de la Toussaint 1790 par les eaux du Drac et aujourd'hui les habitants redoutent la répétition des terribles événements d'octobre 2006.



Nous revenons par le même chemin passant à nouveau à gué le torrent du Tourond dont les eaux mêlées à celle du Drac Blanc entraînèrent maints dégâts il y a 9 ans.


Etape suivante : Les Gondoins - Pré de la Chaumette





Article mis à jour par Philippe Chopin
le 05/01/2016
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Catégorie : Publication Randonnee


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