Tour du Causse Méjean : Les Vignes - La Malène

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La troisième étape du Tour du Causse Méjean se fait par La Croze, le Roc des Hourtous, le Roc du Serre. Une bien belle journée racontée et photographiée par Philippe.



Vendredi 27 Mai 2016

7H30 et 830 m de dénivelé.


Nous avons parfaitement bien dormi. La literie de notre chambre d'hôtel avait été changée lorsqu'il y a peu, Fabrice Mendez, le patron avait repris l'hôtel restaurant du Grillon. Nous avions dîné de farçons, galettes de pomme de terre frites, de magret de canard et d'un plateau de fromages. Le pain à l'épeautre de boulanger était un délice à lui tout seul.

Ce matin aussi notre baguette est bonne, c'est le patron lui même qui l'a faite : délicieuse au petit-déjeuner. Qualité et quantité. Car il n'hésite pas à nous resservir thé ou chocolat et pain à volonté. La journée commence bien !
A 8h25 nous traversons le Tarn pour suivre la rive gauche orographique de la rivière. Un sentier balisé de jaune et vert, suit les gorges de Florac au Rozier, soit 53 km. Ce sera notre fil conducteur pour ces prochains jours. Il permet selon les envies, la flânerie au milieu du patrimoine d'un village, ou bien de tenter l'ascension du Causse Méjean vers un des nombreux belvédères.
Les dénivelés ne sont pas très importants si on le suit strictement. Prévoyance car, en dehors des villages, les points d'eau sont quasi-inexistants. A peine le pont franchi, nous dévions déjà du tracé pour contempler un petit joyau de l'art roman. Saint Préjet remonterait à l'époque mérovingienne (7e s.) comme le saint auquel elle doit son nom. Porche simple, arcatures et modillons, toiture de lauzes lui donnent une belle facture. Puis notre chemin prend de la hauteur laissant découvrir au sud le village des Vignes et les lacets de la route qui grimpe à Saint Rome de Dolan visité hier en début d'après midi.



Apparait sur la rive opposée, le monolithe de Roche Aiguille. Nous sommes à l'aplomb du Pas du Soucy. Cet amas d'énormes rochers décrochés de la falaise forme un barrage naturel où le Tarn se fraie un difficile passage. Le chaos aurait été provoqué par deux effondrements dont il tire son nom (soussitch : effondrement en occitan)
Le plus ancien remonte aux temps préhistoriques tandis que le plus récent serait dû au tremblement de terre de l'an 580. D'autres éboulements plus ou moins importants sont venus s'ajouter à ceux ci, dus soit à l'action des eaux, soit à des variations de température.
Mais que serait cette curiosité sans l'imaginaire des hommes. La légende la plus connue rapporte le combat entre le diable (le Drac) et Sainte Énimie. Établie près de la fontaine de Burle, après avoir lutté contre la lèpre, Sainte Enimie entreprend de fonder un monastère. Or cela contrarie fort l'esprit des lieux Le Drac. Chaque nuit il réduit à néant l'ouvrage en construction. Sainte Enimie décide d'en finir avec ce compagnon de Satan. Elle se poste une nuit dans l'attente de sa venue et fond sur lui au matin.
Mais celui ci s'échappe et fuit le long du Tarn soulevant écume et tourbillons pour aveugler la sainte. Le voyant fuir, elle implore la montagne de l'arrêter. Un pan de falaise s'abat sur lui. Il va pour plonger dans un gouffre lorsque l'énorme masse de la Roque Sourde lui tombe dessus.
La Roche Aiguille crie à mi-pente: "as-tu besoin de moi ma sœur"
La Sourde lui répond "inutile, je te tiens".
Tous les rocs s'immobilisèrent et c'est ainsi que le monolithe de l'Aiguille, haut de 82 m, semble pencher vers le vide...


Nous cheminons en forêt assez clairsemée pour laisser le regard fouiller les falaises et les rives opposées. Le soleil chauffe et l'ombre est fort appréciable. De nombreuses fleurs agrémentent nos pas... mais "pas de soucis" !
Nous approchons de l'amphithéâtre du Cirque des Baumes, hérissé de dents et de flèches de dolomie. La beauté du site est à l'aune de ses dimensions : 3 km de long le long du Tarn et 5 km sur les crêtes du Causse. Au pied des falaises surplombant la route, le village semi-troglodytique des Baumes-Basses à l'architecture caussenarde s'est installé au pied d'une source. En retrait du surplomb des 120 à 140 mètres de falaises, le hameau est protégé d'éventuelles chutes de pierres. Il est historiquement le lien entre le plateau et les gorges pour échanger le vin des Baumes contre le grain de Sauveterre. Des portions encore caladées du chemin en témoignent.

En peu en amont, le hameau de Saint Hilaire est surplombé par un petit balcon portant une chapelle et une baume protégeant une statue du saint éponyme. L'eau de source, dite miraculeuse, aurait des vertus pour guérir les maladies des yeux. C'est un lieu de pèlerinage ancestral.
A travers les frondaisons on distingue à peine le Rocher du Champignon ou de l'Escayou au bord de la route. Autrefois magnifique arche, il est devenu ce "moignon" au percement de la route. A son aplomb, se trouvait le gouffre le plus profond du Tarn (22 m). Il fut comblé jusqu'à 9 mètres par les déblais du creusement de la route. Edouard Alfred Martel s'en offusca, parlant déjà à l'époque (1900) des dégâts sur la nature du tourisme de masse ! J'imagine la masse !!

A l'approche de la Croze, connaissant l'existence de ce village et sachant que le sentier balisé passait à l'écart de ce lieu privé, je convie Jacky à emprunter la sente qui descend vers la rivière. Les propriétaires sont absents, l'herbe n'est pas coupée, nous ne dérangerons personne. Ce seront 25 minutes de pur bonheur de déambulation dans ce lieu magnifiquement restauré.


Au coeur des Détroits, ce village bâti entre le 11e et le 17e siècle est peut-être la carte postale la plus célèbre des Gorges. Cet ensemble de maisons est blotti dans un écrin de verdure dominé par un rocher, la Dame à l'ombrelle. Si des écrits rapportent qu'au 13e s le domaine appartenait à l'abbaye Saint Victor de Marseille, deux des maisons actuelles portent les dates de 1655 et 1670. Ces dates rapprochées ainsi que quelques détails architecturaux donnent une indication sur la prospérité de la Croze à cette époque.
C'est en 1931 qu'André Monestier et son épouse foulèrent pour la première fois la terre de la Croze. Seule une famille de 9 enfants y vivait encore : la famille Gal habitait une maison au milieu du hameau et sa présence fidèle assura le trait d'union entre le passé et les nouveaux habitants. Les maisons étaient abandonnées, certaines depuis plus de 60 ans. Pour les Monestier la séduction fut immédiate. Fiers de leurs origines locales depuis des siècles, ils ont su prolonger l'oeuvre des générations précédentes.


Au fil du temps et selon l'évolution des techniques et des nécessités, ils aménagèrent la Croze sans rupture, sans bouleversement, dans une sage prolongation du travail des anciens. La Croze a été sauvée de la ruine. Par d'habiles créations d'ouvertures et par la démolition de quelques murs et voûtes abîmés, elle a pris un caractère particulièrement riant, unique et unanimement apprécié. Aujourd'hui ce sont quatre générations de descendants qui essaient de préserver ce patrimoine unique, dans la lignée des bâtisseurs.
Quittant à regrets ce bijou architectural, nous grimpons plus d'une centaine de mètres de dénivelé pour passer à l'aplomb des Détroits, la partie la plus resserrée de gorges. Le canyon fait une trentaine de mètres de large et les parois verticales plus de 100 mètres de haut. Mais le sentier, tout comme la route en face, ne fait que les surplomber. Les Détroits ne se découvrent réellement que par la rivière. Son étroitesse est telle qu'en période de crue la rivière peut s'élever de plus de 15 mètres très brutalement.
Il est presque midi lorsque se présente la bifurcation permettant d'accéder au Roc des Hourtous. D'un commun accord nous grimperons les 400 mètres de dénivelé nous menant sur le sommet des falaises du Méjean avant de déjeuner. La pente est rude mais la chaleur est largement contenue par le couvert des chênes. Ici aussi la flore explose : campanules, méringies fausse mousse, aphyllanthes de Montpellier, et même du muguet encore en clochettes !


Quelques lacets sans végétation nous offrent de fort belles échappées visuelles sur la rivière et ses bancs de sable.
Arrivés au sommet des falaises la vue se fait de plus en plus panoramique laissant le regard filer vers les Détroits et découvrant, minuscules, les maisons du hameau de la Croze où nous étions il y a 2 heures. Il est temps de manger. Pieds à l'air, chaussettes et tee-shirt séchant sur les pins ce pique-nique a de sérieux airs de pause estivale !
Nous négligeons le belvédère du Roc des Hourtous, payant, pour faire un aller retour à celui du Roc de Serre. La piste qui y accède est bordée de fleurs. Le bleu du ciel, le vert sombre des pins et le vert tendre des pelouses du Causse ou du feuillage des chênes m'enchantent.
De la rambarde du Roc de Serre, la vue plonge sur le village de la Maléne notre étape du soir.


Dans une alternance de forêts et de pâturages de pelouses sèches typiques de la région, nous rejoignons le hameau caussenard de Rieisse.
Déambulant avec délectation dans le village, Jacky sera d'une patience d'ange avec moi me laissant explorer et photographier les moindres recoins de ce village typique: toits de lauzes, perrons, arches de pierre, cheminées coiffées de leur "coucut", cour dallée...


Nous empruntons l'ancienne "Draille de l'Esperelle" chemin pour la transhumance des troupeaux vers l'Aubrac. En partie caladé, il descend vers la Maléne. Devenu plus simplement celui du facteur, ce dernier confiait le reste de sa sacoche à courrier et son vélo à une des charrettes qui se rendait du fond de la vallée sur le Méjean et grimpait, à pied, distribuer le courrier à Rieisse avant de poursuivre sa tournée sur le plateau.

Notre descente s'agrémente de nombreux points de vue sur le village de la Malène, le château de Hauterives et les ruines du château du Planiol dominant une courbe de la rivière. Premier château de la famille Montesquiou, il fut démoli par ordre royal au début du 17e siècle. Une légende s'attache aux ruines. Au-dessous du château du Planiol, à la sortie d'un éboulis de rochers, une source du nom de la Galène jaillissait claire et limpide. Elle servait de halte aux bergers et à leurs troupeaux fatigués de leurs longues marches de la transhumance. Un jour un berger s'arrêta ici, se désaltéra, et fit reposer son troupeau. Survinrent les hommes d'armes du sire du Planiol, qui lui demandèrent de payer l'eau qu'il buvait avec ses brebis. N'ayant point d'écus à leur donner, ils le battirent et le laissèrent inanimé. A son réveil, il compta son troupeau et s'aperçut qu'il manquait dix bêtes. Se signant d'une croix, il lança en direction du château ces mots "Dix siècles de malheur sur vous, habitants du Planiol et que l'eau de cette source vous soit mauvaise". Le seigneur et sa femme moururent d'une forte fièvre quelques temps après, le château fut pris par son ennemi, et la source de la Galène donna une mauvaise eau...



Le sentier traverse dans ses derniers lacets les anciennes terrasses cultivées où murets en pierre sèche et caselles plus ou moins ruinés sont envahis par la végétation. Nous retrouvons une large piste plate et le balisage jaune et vert du sentier du Tarn. Elle nous mène au pont. Construit en 1854, en partie détruit en 1875 par une énorme crue qui emporta une arche, il fut reconstruit grâce à l'implantation d'un péage pendant 10 ans. En 1900, une autre crue emporta la maison du péage à son tour.
Nous traversons et admirons, de la rive opposée, les spectaculaires lacets de la route descendant du Méjean.
Deux drailles convergeaient ici à l'époque des transhumances et la route actuelle était l'une d'elles. Un gué permettait de passer le Tarn en basses eaux ou alors les bêtes, grâce aux services des bateliers, traversaient sur les barques pour remonter le lendemain sur le Sauveterre en direction de la vallée du Lot. Mais cette route étroite, escarpée, pouvait se révéler dangereuse. Poussées par la masse, certaines bêtes pouvaient dégringoler d'une faïsse (terrasse) à l'autre et s'y briser les pattes. Cela aurait bien suffi à la peine des bergers s'il n'y avait pas un lourd droit de passage perçu sur les troupeaux transhumants, droit qui fut longtemps l'objet de disputes entre les seigneurs riverains et les propriétaires de troupeaux remontant vers les prairies des montagnes de Haute Lozère. Pour tout cela le village méritait au yeux de tous le surnom de "Maltrou" ou Maléne en vieux patois.
Face au pont un hôtel de caractère occupe l'ancien manoir de Montesquiou. Ce petit castel à tourelles dont l'une est fort récente fut construit vers 1600 suite à la destruction du château du Planiol. Georges de Montesquoiu conserva cette fois-ci son château pour avoir en 1627 battu le Duc de Rohan, chef de la résistance protestante qui dès 1621 mit à feu les Cévennes.


Mais à la révolution, le village paie son allégeance au roi. 47 (ou 35 ou 21) malènais rejoignant les troupes royalistes sont capturés et guillotinés en place publique de Florac le 11 juin 1793, jour de foire. Le 31 octobre de cette même année, les 70 maisons de la Malène furent livrées aux flammes par les Sans-culottes. La falaise de la Barre, en mur de fond, porte encore les traces du gigantesque incendie, noircie par la combustion des récoltes de noix entreposées dans les greniers. Ce furent par contre bien 21 malènais qui furent exhumés de Florac le 5 juin 1859 pour rejoindre dans un tombeau "des vaillants défenseurs de la cause royale et de la religion de Jésus Christ" une chapelle expiatoire rajoutée au collatéral nord de l'église Saint Jean Baptiste.
La visite du village faite, nous nous attablons à la terrasse de l'auberge de l'Embarcadère. En effet juste à côté trône une ancienne barque des bateliers en bois destinée à la visite des gorges et dirigée à l'époque par une perche. Depuis la coopérative des bateliers (crée en 1952) possède des barques en aluminium à moteur mais perpétue toujours la descente entre la Malène et le Cirque des Baumes.
Il est prés de 17h lorsque nous quittons notre table.

Je monte à l'église pour trouver le gite d'étape ouvert. Ce dernier occupe l'ancien presbytère. L'église d'un pur style roman fut certainement bâtie au 12e siècle. La nef est soutenue par 4 imposants piliers, flanquée de collatéraux. Dans une absidiole trône une barque de procession surmontée d'une vierge, La Madone des Gorges du Tarn. Chaque année, en mai, une procession rassemble des pèlerins grimpant jusqu'à la statue de Notre Dame de la Malène, côté Méjean. A côté de la barque de procession, la plaque des 21 malènais exhumés à Florac fait face à celle des 48 morts entre 1914 et 1918 !

Je laisse Jacky avec les sacs, devant l'entrée du gite car il faut voir le régisseur du camping municipal pour s'acquitter de son écot. J'y retrouve les trois savoyards du Rozier qui arrivent juste de la descente du Sauveterre. Nous occuperons le même dortoir, un groupe occupant celui côté entrée. Le soir, l'auberge nous servira un délicieux aligot avec saucisse fabriquée par le boucher du village. Une coupe de fraises clôturera notre dîner en terrasse. Elle est belle la vie !



Voyez ici la quatrième étape La Malène - Castelbouc.







Article mis à jour par Janol
le 19/08/2016
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Catégorie : Publication Randonnee


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