Tour du Causse Méjean : La Malène - Castelbouc

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Quatrième étape sur le Tour du Causse Méjean en rive gauche du Tarn via Hauterives, Pougnadoires, Saint Chély et Saint Enimie avant d'atteindre Castelbouc après une vingtaine de kilomètres de randonnée.



Samedi 28 Mai 2016

8h10 et 545 m de dénivelé


Discussion hier soir sur les marches du perron devant le gîte. Les parcours se décrivent et se comparent, les souvenirs de randonnées se content, les projets se dévoilent et donnent des idées pour les prochaines années. Il a dû pleuvoir cette nuit car la route est bien mouillée. Nous achetons nos viennoiseries à la boulangerie et attendons 8h00 l'ouverture du café pour prendre une boisson chaude. Un jeune espagnol vivant à Genève vient prendre un café. Il voyage à vélo et dort en camping. Nous sympathisons, parlons kilométrage, étapes, poids des bagages. Les annéciens arrivent prendre leur petit déjeuner alors que nous partons. Ils vont à Castelbouc et font la même étape que nous. Pour eux, c'est la dernière. Nous traversons le pont pour suivre ensuite la rive. Les herbes sont hautes et mouillées. Les chaussures ruissellent.
Le sentier traverse 2 exurgences (et non résurgence car ce n'est pas une rivière qui disparaît puis resurgit mais le débouché d'un réseau hydrologique qui s'est constitué sous terre). Le débit de la seconde source est si fort qu'il en trouble la surface du Tarn. Car c'est un "planiol" que nous longeons, terme local pour désigner l'étendue d'eau très calme qui sépare deux rapides ou "ratchs".


Le soleil éclaire déjà le moulin de la Malène assis à l'extrémité droite de sa chaussée. Le côté amont a une forme de proue pour résister aux crues. Depuis 1968 une petite turbine permet de produire de l'électricité. Car depuis le début du 20e siècle on n'y produit plus de farine. Ce fut le cas durant les 7 siècles précédents. Une roue horizontale actionnait les meules. Les habitants des Causses, qui tous cultivaient du blé, descendaient régulièrement moudre leur grain. Les chaussées des moulins étaient un obstacle à la navigation des bateliers. Aussi, entre Sainte Enimie et les Détroits, les passagers devaient changer d'embarcations aux moulins de Pougnadoires, Hauterives et la Maléne. Ceci des années 1880 à 1905, date d'ouverture de la route des Gorges qui changea alors la manière de visiter la vallée.


Seul le chant des oiseaux trouble le silence. Car même l'eau ici est muette. A l'ombre et en forêt, les parois de la rive droite accrochant les premiers rayons de soleil nous flottons dans une ambiance de "matin du monde". De nombreuses traces de castors occupent le lieu : coulées descendant de la berge à l'eau, traces de pattes sur les petites plages de boue à fleurs d'eau, arbres rongés à leur base. Dès 1988 le Parc national des Cévennes avait introduit 13 castors sur le bassin du Tarn et de la Jonte. En 1988, c'était 12 nouveaux castors qui venaient peupler la Dourbie. Depuis l'ensemble du bassin est de nouveau colonisé. Il se nourrit de jeunes pousses, d'écorce, de plantes aquatiques ou du feuillage en bord de rivière, régulant le boisement des berges. Ici point de barrage, l'animal vit dans un terrier dont l'entrée est sous l'eau.
Sous la Couronne, le sentier, par une sorte de rampe en bois, remonte de quelques dizaines de mètres au dessus de la rivière. Une courte mais raide côte grimpe dans un talweg pour accéder à un chemin en balcon. Au détour d'un virage apparaît Hauterives. Le village est encore à l'ombre. J'ai dans l'idée de le photographier au moment où il s'éclairera lorsque le soleil passera la crête du Méjean. Mais la demi-heure passée à attendre ne donnera qu'un résultat médiocre. Désolé Jacky.


Ce petit village en rive gauche du Tarn n'a pas d'accès routier. La liaison se fait par une benne à câble installée en 1997 pour acheminer marchandises, courrier et matériaux pour ce village poursuivant sa restauration. Pour les personnes c'est en barque que l'on passe le Tarn ou comme nous par les sentiers venant de la Malène, de Saint Chély mais aussi descendant du Causse. Un ancien moulin emporté par la crue de 1900 et les restes de sa chaussée en partie détruite à l'explosif pour le passage des barques, sont visibles sur le bas du village. Ce dernier est dominé par un ensemble de maisons de maître et par les ruines d'un château détruit début 17e s. Afin de mettre les maisons à l'abri des crues et d'économiser au maximum les terres cultivables, les maisons sont pour la plupart construites perpendiculairement aux courbes de niveau et bâties selon le même principe : rez de chaussée avec une voûte en plein cintre assise à même le roc pour les étables et la cave à vin puis une voûte en arc brisé accueille humains au premier étage, et les récoltes au grenier. Elles ont toutes une superbe toiture de pierres. Jean Vernhet, artisan de la Viale (St Pierre des Tripiers), recevra en 1998 le grand prix national des métiers d'art pour le travail accompli sur la restauration des toits de lauzes à Hauterives.

La proximité du Tarn fait que seules 3 maisons sur 13 ont une citerne recueillant les eaux pluviales. A ce jour Hauterives n'a toujours pas d'adduction d'eau ni d'assainissement ! Tout le paysage porte la marque du travail de l'homme. Les terrasses avec leurs murs de pierre sèche recevaient de modestes cultures : des arbres fruitiers, cerisiers, figuiers, amandiers, noyers, cognassiers ou encore la vigne. Y poussaient également quelques céréales : orge, avoine, épeautre et seigle fauchées à la main. Mais aussi des vesces, fèves, pois, lentilles, topinambours ou pommes de terre. De petits troupeaux de chèvres et de brebis parcouraient les pentes plus abruptes.
Nous quittons le village, alors que le soleil commence à atteindre ce côté des gorges, ignorant le sentier qui monte au Castellas. Une belle croix monolithique marque le carrefour. C'est par ce chemin que les habitants du Causse descendaient à moudre leur céréales jusqu'à la fin du 19 e siècle. Les 3 savoyards nous ont rejoints et nous faisons chemin commun jusqu'au château de la Caze. Jacky et moi descendons sur les bancs de graviers admirer le site.
Construit en 1489 par Soubeyrane Alamand, le château de La Caze ne fut jamais qu'un château d'agrément.
Son apparence médiévale avec fossés, tours d'angle, créneaux et autres mâchicoulis n'est que décor. Une exurgence alimente les douves. La tour sud qui nous fait face est ornée sur de grands panneaux des portraits des huit demoiselles de la Caze, belles et intrépides amazones attirant ici la noblesse élégante du Rouergue et du Gévaudan ... selon la légende !
Aujourd'hui le château est reconverti en hostellerie de luxe.



Etant remontés au sommet du front de falaises dominant directement le Tarn, nous abordons le cirque de Pougnadoires. Nichée au creux d'une large voûte une maison occupe la Baume Saint Germain. Au dessus d'elle on devine les restes des "bancels" (terrasses) anciennement cultivées autour de cette ferme. Le village de Pougnadoires lui fait suite. Les maisons en partie troglodytiques sont situées entre la route et la falaise du Sauveterre aux formations dolomitiques. Un ancien moulin, dont la chaussée fut détruite par la crue de 1900 se trouve en amont du village.

Le sentier contourne un large méandre au pied du cirque de Saint Chély laissant apparaître le village et son pont.
Par une ancienne voie charretière ayant conservé son superbe mur de soutènement et ses pierres "chasse-roues" nous arrivons à Saint Chély. Il est quasiment midi et nous nous installons à l'ombre, à l'entrée du village, pour y déjeuner. Le repas fini, je guiderai Jacky dans la visite de ce village, site d'un séjour l'automne précédent.

Saint Chély tire son nom de l'évêque du Gévaudan vivant au 6e siècle, Saint Hilaire (Ilère. Yler, Eli) par déformation de "Sanch Ely". Joliment entourée du cimetière, son église romane des 11 e s, 12 e s, dépendait du monastère de Saint Enimie. La situation et la conformation de son clocher latéral à la nef reste surprenante.
A l'écart de la place centrale où trône un magnifique four à pain, je le conduis à la chapelle romane troglodytique Notre Dame de Cénaret (ou de la Cénarette). Elle accueille sur le côté gauche du chœur, plein de petits papiers (des intentions) signe de la dévotion actuelle. Mais la chapelle masque une rivière souterraine et un petit lac sous voûte (30 m de diamètre et 7 à 8 de haut). On peut voir son exutoire sous le magasin de souvenirs tout proche, un second accès pouvant se faire par l'intérieur de ce commerce. De belles demeures du 16e et 17e siècle bordent la ruelle. Si le village présente les signes d'une belle prospérité, c'est qu'une draille y passait.



Le pont domine la cascade de l'exurgence principale. On devine en arrière plan, la chute d'eau provenant de la rivière sortant de la Cénarette.
Il est un peu plus de 13h00 lorsque nous quittons Saint Chély non sans avoir fait le plein du Camelback. Le soleil tape fort et la petite ascension pour sortir du village en rajoute. Nous n'aurons que peu d'ombre jusqu'à Sainte Enimie. Heureusement un léger vent apaise la chaleur. Inutile de dire que ce n'est pas au plus fort de l'été qu'il faut faire ce circuit.



Il nous faudra 1h15 pour rallier Sainte Enimie. Lieu de passage d'une importante draille passant du Causse Méjean à celui du Sauveterre. On y entre par un magnifique pont du 19e s faisant suite à un premier pont daté pour certains du 13e s, pour d'autres de 1665 ? Ici aussi la crue de 1900 (dont on voit le niveau sur une plaque apposée au sommet de la maison qui lui fait place) emporta l'arche médiane. Des pans de l'échafaudage du pont de Montbrun alors en construction se sont plaqués contre elle bloquant les arbres déracinés, formant ainsi barrage. Le niveau augmenta de 18 mètres.

Vers la fin du 6 e siècle, Clotaire II est roi des Francs. Il a deux enfants : Enimie et Dagobert.
L'éclatante beauté de la jeune princesse mérovingienne suscite bien des convoitises, mais elle refuse les prétendants et se "marie à Dieu". Elle implore le divin de conserver sa pureté. Dans sa grande bonté, Dieu l'exauce en lui infligeant la lèpre, terrible maladie défigurante.
Priant pour en guérir, un ange la convie à se rendre en Gévaudan en un lieu nommé Burlatis où une source guérira son corps.
Après un long périple un premier bain dans la source la délivre du mal mais celui ci revient dès qu'elle s'éloigne du lieu. Au troisième bain, elle décide de fonder un couvent au village. Après sa mort vers 628, son frère Dagobert devenu roi ramène ses reliques à Saint Denis mais ce sont celles de sa filleule, elle aussi appelée Enimie qu'il rapporte. Les reliques seront conservées dans l'Ermitage jusqu'à leur vol en 1970. Le bourg reprend son essor lorsqu'en 951 les bénédictins édifient un nouveau monastère. Le prieur du village commande à son troubadour un poème vantant la vie de Sainte Enimie. Déclamé dans toute la région les pèlerins et les dons affluent. La révolution chassera les moines en 1793. Il reste de ce monastère , la salle capitulaire, la chapelle et le réfectoire.
La source de la Burle est une exurgence karstique du Causse de Sauveterre. La vasque ovale a un diamètre de 25 et de 15 m et une profondeur de 27 m. Les plongeurs l'ont explorée sur 250 mètres.

D'allure médiévale, Sainte Enimie est toute en vieilles ruelles pavées et en passages voûtés parsemés d'escaliers et de jolies placettes qui participent généreusement à son charme. De nombreuses façades du 14 e s. sont en encorbellement permettant de gagner de la surface sur la rue tout en payant l'impôt que sur l'emprise au sol. L'ancienne halle a conservé sa mesure à grains avec crochets pour le sac récepteur (5 l) et gonds pour la porte libérant la mesure.
Notre sentier emprunte l'ancienne voie muletière qui, longeant le Tarn reliait les Cévennes au Bas Languedoc et au Rouergue. La présence de nombreuses calades et marches atteste de sa fonction de voie officielle de communication.
Le chemin surplombant, puis longeant la rivière, s'insinue à travers la ripisylve. Les chênes envahis de lierre font place à une sorte de forêt aux arbres longilignes et variés. De par leur enracinement, ils sont parfaitement adaptés aux crues. Sur les galets, se développent surtout les saules. Plus en retrait, on trouve le chêne, l'érable, l'aulne, le frêne, le hêtre aussi et le peuplier. Ainsi, la ripisylve assure la fixation des berges, limite l'érosion. Quelques hérons décollent à notre approche. L'éclair bleuté d'un martin-pêcheur me surprend.
Nous passons à côté du pont submersible de la base de loisirs puis nous prendrons un peu de hauteur avant de redescendre à l'approche de Prades. La chaussée de son ancien moulin impose aux canoës de gagner la rive pour un portage de quelques mètres.

La fin du 12e siècle voit la construction du château (seule reste de cette époque la tour carrée) afin de sécuriser l'accès des Gorges et de protéger l'abbaye de Sainte Enimie. En 1581 le capitaine Merle, protestant, convoitant les trésors du monastère se heurte à la résistance d'une douzaine de soldats. Merle devra décrocher, mais ne pouvant remonter ses canons sur Mende, il les fera scier à Quézac.

L'étape tire à sa fin, mais une dernière perle nous attend. Castelbouc est un superbe village et à cette heure le soleil lui donne tout son éclat. On y entre en franchissant un petit pont surplombant le lit d'une exurgence. Un petit cimetière occupe, légèrement en aval, la rive droite. Le village dominé par les ruines de son château s'étage sur le flanc rocheux de cette petite vallée.
C'est en période de crue que le bolet (lit de l'exurgence temporaire) transforme le village en presqu'île.

Ce château fut en partie détruit en 1588 lors des guerres de Religion afin d'enlever aux protestants des Cévennes une retraite inexpugnable. Sa destruction fut achevée en 1592. Les ruines devinrent alors une carrière de pierres pour la construction des maisons du village.

Si la prononciation occitane de "Castel banc", signifiant le château sur le rocher, a donné aujourd'hui Castelbouc la légende s'est emparée du lieu. "Un vieux seigneur, Raymond de Castelbouc, au temps des croisades était resté le seul homme parmi ses sujets. Malheureusement, la Croisade dura si longtemps que ce brave seigneur à force de tendres attention envers les dames esseulées du village, finit par rendre l'âme ... On vit alors planer sur la tour du castel un énorme bouc".

Quittant les petites ruelles nous gagnons la place du village. Le côté de l'église est inhabituel. En effet en 1844 les habitants du village achetèrent une maison et en firent leur église. Deux autres maisons attenantes furent achetées, une par un ancien curé de Castelbouc en 1865, l'autre en 1873 avec les fonds de la fabrique pour l'agrandir.
Face à l'église au pied du rocher, un joli four banal côtoie un calvaire avec sur une plaque les photos surannées mais émouvantes des 9 castelbounels tombés au combat lors de la première guerre mondiale. Castelbouc ne retrouvera aucun de ses hommes partis à la guerre.
Pour mémoire ce sont 13.545 lozériens qui furent mobilisés, 3976 sont morts au champ d'honneur. 122.000 habitants peuplaient la Lozère en 1911. Ils sont 76.000 aujourd'hui.

Nous quittons le village par son accès côté Tarn. Les maisons s'adossent à la falaise. La chapelle Saint-Jean Baptiste vient de retrouver une belle toiture de lauzes, grâce aux travaux de l'entreprise Jean Vernhet. Elle date de 1382.

Une grosse exurgence marque l'entrée du village au pont submersible. Elle possède 4 exutoires dont celle au pied du village. Ces bouches d'où surgit l'eau en période de fortes pluies, pourraient aussi être à l'origine du nom de Castelbouc. Nous revoyons une dernière fois les 3 annéciens. Ils viennent reprendre leur combi VW laissé au camping. Nous, nous montons au gîte d'étape. Une belle chambre et une immense salle de séjour pour nous seuls nous y attendent.
C'est la fille d'Anne Marie Morin qui nous accueille. Nous profitons des derniers rayons du soleil pour faire un peu de lessive car la pluie est annoncée pour demain. Nous dînons ce soir dans un petit restaurant à 100 m du gîte. Un groupe de 6 personnes a réservé le dîner aussi nous profitons de l'ouverture exceptionnelle. Salade au bleu de brebis, un peu d'agneau, saucisse et truffade avec lardons délicieuse, fondant au chocolat, muffin aux châtaignes et chantilly pour 17 euros vin compris. Nous en sortons rassasiés juste au moment où quelques gouttes tombent. Vite le linge...!




Voyez ici la cinquième étape Castelbouc - Florac.







Article mis à jour par Janol
le 08/09/2016
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Catégorie : Publication Randonnee


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