Tour du Vieux Chaillol - Refuge des Souffles - Saint Firmin

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Etape champêtre que celle reliant le Refuge des Souffles à Saint Firmin. Philippe en profite pour enrichir sa déjà belle randonnée par des éclairages sur l'habitat traditionnel des villages de montagne. Le Valgaudemar a des méandres qui valent le détour ... le voici en photo jusqu'à Saint Firmin.



Mardi 8 Septembre 2015
305 m de dénivelé
6h50


Voyez ici pour le road book : Carnet de route Souffles - Saint Firmin

Au lever à 6h30, bien que seuls dans le dortoir j'entends la radio ! A 7h00, en tout cas, Jean Claude Armand a préparé le petit déjeuner. Si la soupe avait été un peu claire hier soir, le petit déjeuner est copieux : pain en quantité, biscottes et surtout confiture de myrtilles maison. Nous retrouvons notre bavarde de la veille. Ce matin c'est beaucoup plus calme, à tel point que l'on s'en étonne....


La descente est aisée et le vallon du torrent de Villar est dominé sur la rive opposé par les Arraches, orgues gigantesque découpés dans le schiste et résultant de l'érosion. Le plissement alpin leur a donné une presque verticalité d'où ces aiguilles à lames accolées. Nous croisons un peu avant Villar-Loubière, deux gardes du Parc puis un ouvrier montant sur le chantier d'un nouveau sentier en balcon sur la rive droite de la Séveraisse.
La descente s'achève. Le village est animé d'une riche activité agricole. Un berger mène son troupeau de moutons vers le hameau ruiné des Peines, le fanage des foins bat son plein et quelques jardiniers s'activent dans les nombreux jardins potagers.

Nous allons voir le moulin de Villar. Restauré en 1979, le toit refait en chaume en 2000, c'est le témoignage de ces nombreux moulins alpins présents au milieu du 19e siècle. 23 moulins sur cette petite vallée en 1880 ! C'est un dénommé Jean Rostaing, dit Pic, qui décida de bâtir ce moulin à eau en 1838. Équipé de trois roues horizontales alimentées par des chenaux en bois depuis le canal provenant du torrent de Villar, il fonctionna normalement jusqu'en 1938. Les roues hydrauliques équipées chacune de 24 pales métalliques entraînaient chacune une meule. La première à huile était destinée aux noix et noisettes écalées à la veillée et au colza, la seconde pour l'alimentation du bétail, la troisième pour la farine (seigle, blé, orge, avoine). Une quatrième roue actionnait le blutoir (criblage des matières broyées). La meule à huile verticale pivotant dans son cuvier de granit porte encore la date de 1838. Il fallait 45 minutes pour moudre 16 kilos de blé.

Jean-Pierre Bellon, à peine retraité du parc (garde moniteur) a réalisé la toiture en chaume selon les techniques qu'il tenait d'un ancien du village.

Près de la chapelle, au soleil, un petit panneau destiné aux randonneurs indique la direction du hameau des Andrieux situé juste en amont de Villar-Loubière. Si le village de Villar est plongé durant soixante jours dans l'ombre, c'est pendant 100 jours que celui des Andrieux est privé de soleil, le soleil ne réapparaissant que le 10 février comme le veut la coutume des omelettes solaires !
En 1820 Charles François baron de Ladoucette, préfet des Hautes-Alpes de 1802 à 1809, décrit dans un ouvrage, une cérémonie liée au culte du soleil "l'omelette des Andrieux" d'après laquelle les Andrevins, le 10 février, faisaient frire une omelette bien ronde et bien dorée comme l'astre solaire, et allaient en cortège au pont sur la Séveraisse fêter le retour de l'astre solaire. Mais cette fête solaire n'est que pure invention de la part d'un certain Maigre, percepteur à St Firmin (et/ou secrétaire général de la préfecture des Hautes-Alpes de l'époque) qui désireux de se faire bien voir du préfet très amateur de folklore s'empressa de lui faire plaisir en lui contant cette histoire.


Je propose à une vieille dame qui puise, avec son arrosoir en plastique, l'eau de ses bidons, de l'aide. Elle me remercie et curieuse me demande ce que je fais, d'où je viens, son jardin est splendide, poireaux et potirons de belle taille.
Bel échange entre un randonneur peu pressé et une habitante réjouie de ce moment de distraction. Nous quittons la rive droite de la Séveraisse juste en dessous d'un barrage destiné à l'alimentation de la conduite forcée des usines hydro-électriques de St Firmin. En 2007 l'Etat a fait un appel d'offres pour confier l'exploitation des barrages du Valgaudemar. Les journaux titraient "La Séveraisse risque de passer d'EDF au privé". En 2011 c'est la société Forces hydrauliques de la Séveraisse" qui emporte le contrat. Géré par Franck Adisson, médaillé d'or en canoë aux jeux d'Atlanta en 1996, et son oncle, la jeune société a rapidement investi dans des travaux destinés à créer une seconde unité de production électrique à Saint Firmin, unité déjà prévue par EDF en 1928... et jamais réalisée. A terme c'est une augmentation de 23 % de la quantité d'énergie électrique produite qui est attendue. Avec la Séveraisse, c'est la première fois qu'EDF voyait échapper une concession. A l'ombre d'un massif à la pente très raide culminant à plus de 2600 m. nous longeons le torrent. Le chemin, mis à part le passage de quelques pierriers, est plat.


Le premier hameau rencontré, les Garrets, nous donne quelque aperçu de l'architecture locale. On y retrouve bien sur les tounes, ces voûtes formant des porches, mais aussi des pignons à redents, dits sauts de moineaux. Cette technique permettait d'éviter les infiltrations d'eau entre mur et toiture. Ils ne servaient ni à déneiger, ni à ramoner comme parfois on peut le lire. Sur la dalle la plus élevée est fichée une pierre dressée à la verticale. Elle ne protège la maison ni du vent ni de la pluie mais des diables, sorcières et autres maléfices. C'est aussi un symbole de fertilité.
Nous retrouvons aussi cette technique agricole de l'arrosage par gravité. De petites rigoles suivent les courbes de niveau et irriguent champs et prés. Dans un champ, huit personnes se sont réunies pour ramasser les pommes de terre. Quelques moutons broutent dans la prairie. S'écartant du balisage GRP nous descendons voir la prise d'eau du Canal des Herbeys. Ce canal d'irrigation puise son eau au confluent de la Séveraisse et de torrent de Prentiq. Rien de bien joli car ses flancs sont bétonnés.

Nous empruntons un ancien chemin remontant vers les vieilles fermes du village.
A la Chaup nous déjeunons en "squattant" le temps de la pause la table et les bancs d'une résidence close.
Chose rare, la chapelle est ouverte. Lumineuse, simplement meublée, elle est fort bien tenue.

Nous reprenons le sentier qui longe le canal. Deux itinéraires l'empruntait : le sentier du Tour du Vieux Chaillol mais aussi celui de la Valgaude parcours faisant le tour de cette vallée fort encaissée, à tel point que Gaston Rebuffat emploie le terme d"Himalaya français" et que Lionel Terray la qualifie de " la plus himalayenne des vallées alpines".

La famille Duport de Poncharra des Herbeys possède un domaine agricole sur le plateau d'Aubessagne, très sec, où se rejoignent le Drac et la Séveraisse. Pierre Jacques y passe la belle saison chaque année et avance l'idée d'un canal de 28 km en 1754 pour irriguer les terres. Son fils Louis François Duport de Poncharra reprend le projet. Habitant à l'année sur place, apprécié des habitants, il fédère les propriétaires autour du projet. D'une cinquantaine de personnes initialement engagées, les tracasseries, un procès, l'opposition des habitants de la Chaup que le canal traverse sans pouvoir en bénéficier, ne laissent finalement que 8 associés en 1772. En 8 mois l'ébauche du canal est terminée, le 4 octobre 1773 l'eau arrive au château des Herbeys. Deux jours après Louis François se marie. Il faudra des mois pour l'élargir et attendre 1811 pour que les riverains puissent irriguer véritablement leurs cultures. Ce mode d'irrigation est aujourd'hui toujours en activité grâce à la réalisation de corvées d'entretien nécessaires à un bon fonctionnement.
Au Séchier, la physionomie du paysage change. La vallée s'élargit et le Dévoluy apparaît bien plus large sur l'horizon. Les toitures sont couvertes de tuiles en écaille et quelques génoises persistent sur les vieux bâtis. Ici aussi quelques maisons ont gardé leurs pignons à redents, évitant au vent de soulever le chaume remplacé depuis par la tôle et à la pluie de s'infiltrer le long des murs.
Sur son trajet initial, pour obtenir un bon niveau, les sinuosités du canal étaient tour à tour saillantes et rentrantes des flancs de la montagne. Sur plusieurs points le tracé était en corniche. Pour traverser les éboulis, essentiellement perméables, Louis François des Herbeys eut recours au savoir faire d'un paysan du Champsaur, un certain Masse, qui lui apprend à calfater le canal avec un mélange de terre et de feuilles de hêtre, mélange imputrescible. Il employa alors une centaine de femmes à ramasser les feuilles de hêtre dans les bois voisins. Grâce à ce procédé, l'eau put passer les éboulis sans difficulté.

A Saint Jacques nous faisons le tour de l'église perchée sur son promontoire. Deux agents départementaux font des relevés sur le bâti caractéristique du village.
Nous "volons" une pomme pour la soif car elles sont encore peu sucrées. Puis c'est, pour aujourd'hui, le dernier hameau de la rive droite. Lallée a vu aussi sa chapelle restaurée. Le pont métallique à voie unique saute la Séveraisse. De son tablier on a un point de vue sur les ruines du château de Saint Firmin ; la France est plongée dans la guerre de cent ans. Quand elles ne guerroient pas, les bandes mercenaires pillent la population. On édifie alors en 1377 une tour carrée prémices d'une future forteresse.
Je jette un coup d'œil sur une filature de laine. Un des employés m'explique qu'ils font aussi de la laine de verre pour les isolants fins (ceux entre deux couches d'aluminium entre autres).


La vielle maison de maître est implantée à côté de l'ancien moulin-filature me fait penser aux maisons des domaines de Louisiane.
Nous remontons sur Saint Firmin. Notre hôtel est situé sur la place centrale. Nous croisons un canal d'amenée fort pourvu en eau. C'est un canal destiné à l'usine hydroélectrique située en contrebas du village. Ici l'habitat a perdu son caractère montagnard, les balcons et ferronneries apparaissent, les génoises décorent le sommet des façades. L'hôtel est contigu et gère aussi la maison de retraite. Nous y dînerons copieusement : salade, jambon sec, 2 ravioles 2 tourtons en entrée, une énorme assiette de spaghettis carbonara (chacun un plat pour deux personnes). Aussi il a bien fallu choisir la faisselle en dessert pour faire glisser !





Article mis à jour par Philippe Chopin
le 29/01/2016
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