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Tour de France Randonneur Les routes de l'est

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Après une jolie traversée du sud, le Tour de France Randonneur se poursuit avec la route qui remonte au nord et traverse les Alpes, le Jura et l'Alsace pour entrer aux portes du grand nord.




Étape 7 La Turbie - Jausiers (183 km)

Départ le : 2021-08-02 à : 05:53:00 Arrivée le : 2021-08-02 à 22:07:00

Des gouttes de pluie tambourinent sur la bâche, c'est pas le moment de rester au lit. Je me dégage de ma couverture en plastique et me redresse. Pas de doute, il est en train de commencer à pleuvoir, c'est encore doux, mais le ciel est couvert et j'ai intérêt à quitter les lieux. J'ai plus de chance de trouver un abri une fois reparti qu'en restant ici. Je ne prends pas le temps de déjeuner, je lève le camp illico presto et me remet en route avant 6 heures du matin. Rien de mieux que la pluie pour démarrer un réveil musculaire. Mais ce n'est pas le bon jour pour la pluie. La route grimpe encore pour quitter les hauteurs de La Turbie. Le ciel est dégagé sur sa partie nord et le vent semble souffler du sud. J'ai peut-être un espoir de rouler au sec aujourd'hui et peut-être même avec un petit vent favorable.
Le programme du jour est chargé, mais comme a mon habitude, j'en ai oublié les détails. Je sais que dans l'immédiat je dois sortir de la Turbie par des petites routes puis rouler sur la route des Alpes. Soyons francs, la route des Alpes, ce n'est pas l'Espigoulier ou le Roc Trevezel breton, ni même le Ventoux, c'est disons autre chose.

La descente du village de Peille se fait par une série de virages en épingle à cheveux dignes des grands cols alpins. Sitôt la descente terminée, le réveil musculaire se poursuit sur une faible vitesse avec une seconde montée. L'altitude avoisine déjà les 1 000 mètres puis les dépasse pour indiquer 1 300. Il y a moins de 12 heures, j'étais en bord de la mer, altitude de zéro, il me semble que la journée n'est pas encore terminée.

Peu de voitures, une route étroite, la forêt de fait de plus en plus silencieuse, la côte est loin, il n'y a que des grands arbres dans les alentours et les cols s'enchainent entre les virages en épingle à cheveux.
La matinée commence lentement avec une vitesse adaptée au profil de la route, sa largeur, la faible longueur de ses lignes droites. Depuis la descente du joli village de Peille, je ne fais que monter et cela fait bientôt trois heures. Les cols se suivent, pas de l'Escous, baisse de la Cabanette et au dessus de 1 600 mètres, le voila enfin, ce col que j'aurais pu monter plus tôt si j'étais venu refaire le 1 000 du Sud, c'est le col de Turini.



Col de Turini

À l'intersection de plusieurs routes, la place est largement dégagée et tranche avec l'intimité précédente apportée par les conifères larges et majestueux bordant la route.

Après la belle mais exigeante montée, j'espère une belle et plaisante descente avec virages qui basculent dans la forêt et un peu de cette griserie qui monte au cerveau.
Passé Bollène-Vésubie et les virages en lacet comme au Rallye de Monté-Carlo, c'est la triste vallée de la Vésubie qui se présente.
Le petit cours d'eau qui ne fait pas plus que deux mètres de large dispose d'un lit qu'il n'est pas possible d'imaginer. La largeur est immense et insensée. Des monticules de pierres hauts de plusieurs mètres font place à des maisons éventrées d'où sortent la plomberie de la salle de bain ici, le circuit électrique de la chambre là ...

Je conserve les belles images de la pause que j'avais faite au cœur du village lors du 1 000 du Sud 2012.
La sortie de Saint-Martin-Vésubie se fait par les hauteurs du Col de la Colmiane où un virage surplombe la vallée et ses travaux de reconstruction.
Deuxième col de la journée, le col qui porte également le nom de Saint-Martin respire la vie et les animations estivales.

Après la rapide descente, une longue ascension est en train de commencer. Durant la phase de préparation, j'avais noté de faire la randonnée jusqu'au bout des 180 km. Voyant le dénivelé, un commentaire avait été ajouté : passer la nuit à Saint-Étienne-de-Tinée.
Maintenant sur le terrain, j'ai effectivement le choix de dormir ici, mais en fin d'après midi, il est un peu tôt, aussi je ne me pose pas la question de savoir ou je dors, ce n'est pas ici, et pas maintenant.
La Bonette est un col, c'est le plus haut col de ce tour, c'est plus haut que le Mont-Ventoux, c'est plus haut que le Tourmalet. Je me rassure en me disant que c'est peut-être faisable en 2 heures et demie. Je pense à mon développement de 34 x 26 et m'encourage, car mon chargement est léger.

C'est en longeant la tumultueuse Tinée que je prends le rythme de l'ascension, le décor est encore vert et la route chemine en surplomb de la rivière. La voie est tantôt étroite entre les arbres, tantôt plus large et bordant le cours d'eau, véritable axe de circulation domestiqué par l'homme. La route se sépare en deux. La Bonette est à droite pour encore 22 km. Jausiers est désormais à 46 km, c'est là qu'un lit va enfin remplacer la bâche qui me sert de toit et de matelas. Je suis motivè à l'idée de dormir au sec pour cette nuit, surtout en montagne.
Le cadre est enchanteur pour y faire du vélo, le silence règne, seulement couvert par le torrent d'une cascade (Cascade de Vens) qui se jette de quelques mètres de hauteur et passe sous la route pour poursuivre sa fuite de l'autre côté pour finalement plonger dans le cours principal de la Tinée.

La Tinée joue avec la route et se situe tantôt à droite, tantôt à gauche. Le col se situe plein nord et permet de pénétrer droit dans les Alpes. Une série de deux virages en épingle vient animer le rythme cadencé de la montée. C'est l'occasion de profiter d'une vue différente des sommets alentours. Deux motards stoppent leurs machines près de moi, alors que je fais une pause alimentation simplement assis sur le bord de la route à m'enivrer du paysage. Ils sont italiens. Ils hésitent à poursuivre la route, ou à emprunter le sentier de pierre interdit à toute circulation et qui trace dans la montagne. Leur moto tout terrain leur permettait de passer, malgré leur chargement. Mais je comprends à leurs grands gestes qu'ils ne sont pas d'accord sur l'interdit et la sagesse prend le dessus. Je remonte sur mon vélo et les entends puis les voie avec plaisir me doubler. je poursuis également mes efforts dans ce décor magnifique. Quel plaisir de rouler ainsi dans ce paysage grandiose. Avec le gain en altitude, la vue est désormais à 360 degrés.



Col de la Bonette

La végétation haute n'est plus présente. Une autre série de virages en épingle se présente alors que le ciel se couvre. La météo est en train de changer et le vent vers le nord de ce matin me rejoint ici avec son lot de nuages venus de Nice. Le camp des Fourches avec ses anciens baraquements mi en ruine, mi-condamnés est traversé. Le sommet du col commence à se faire sentir malgré la grisaille. C'est couvert de l'imperméable que je termine les derniers kilomètres sans pouvoir apprécier le décor. La température est bien descendue depuis Saint-Étienne-de-Tinée. Avec pas loin de 2700 m d'altitude, sur un sommet couvert, je ne m'attarde pas trop. Une longue descente froide et brouillardeuse m'attends. Après Tourmalet dans les Pyrénées, c'est maintenant la Bonette qui se descend mains sur les freins. Que sera demain ?
Entre les virages serrés et qui méritent une attention particulière pour ne pas faire de tout droit, prendre un caillou fatidique ou un nid de poule mal venu, je me laisse descendre en essayant de ne pas prendre froid. Toutes les issues sont fermées, le col est serré haut, et si les jambes se mouillent je ne pédale pas fort lorsque je peux tourner les jambes. C'est ainsi une vingtaine de km qui me mènent jusqu'à Jausiers, mais ces km dans le froid ne sont pas les meilleurs.
La chambre d'hôtel ayant pu être réservée, je suis attendu malgré une arrivée relativement tardive. Ce soir c'est non seulement douche et nuit dans un lit, mais également repas chaud, le premier depuis une semaine. Le vélo passera la nuit au garage, au milieu de motos habituées à la route des Alpes.
Le kilométrage du jour me satisfait pour une journée de montagne. Il a respecté celui initialement calculé durant la phase de préparation.

Étape 8 Jausiers - Saint-Jean-de-Maurienne (173 km)

Départ le : 2021-08-03 à : 08:18:00 Arrivée le : 2021-08-03 à 21:10:00

Une nouvelle journée dans les Alpes se présente avec quelques cols dont la hauteur devrait avoisiner les 2000 mètres. Je me suis gardé d'étudier ces cols lorsque, sur la table à carte, j'ai dessiné mon itinéraire.

J'ai quelques doutes, pourtant, j'ai calculé le kilométrage de ce jour en prenant en compte ces cols et leur dénivelé.
C'est confiant qu'à 8 heures passées de 20 minutes, je quitte l'hôtel direction l'aventure sur deux roues.
Je laisse Jausiers derrière moi et file vers le nord, vers le cœur des Alpes. La route longe l'Ubaye dont le débit impressionnant est mieux canalisé que la Vésubie voisine. Condamine-Châtelard, un nom de montagne qui sonne doux à mes oreilles. La montagne attire, fait rêver, impressionne, j'en suis, heureux comme un enfant. La vallée devient plus encaissée, les montagnes plus hautes. Le Fort de Tournoux m'observe avec ma faible vitesse de plaine.
Arrivé à Saint-Paul-sur-Ubaye, je laisse la rivière sur la droite et prend à gauche en direction du col.
Serait-ce la pente ou le début de la journée, je me sens bien et je monte correctement. Après les cols des Pyrénées, la moindre bosse au-dessus 5 pour-cent me faisait alors mal aux jambes et l'alimentation ne faisait pas passer la douleur. Depuis la montagne, je veille à m'alimenter plus régulièrement. Je ne pense pas m'être reposé plus durant la plaine ou le bord de mer. Sans doute que de monter m'a fait faire des progrès dans ce domaine et que les Alpes seront alors plus faciles que les Pyrénées. Un virage en épingle, un second, les arbres qui disparaissent du décor puis une ligne droite avec dans le fond de nouvelles montagnes, le sommet du col de Vars est déjà là.
Je souris de plaisir à l'idée d'avoir déjà terminé ce col au-dessus de 2000 m d'altitude. Au loin de grands cèdres se dressent et attirent l'œil vers les sommets couverts de forêts ou dont la roche est nue.
Je me jette dans la descente avant que le brouillard, lancé à ma poursuite depuis le Tourmalet ne me rattrape.
La route a un revêtement sans défaut et j'en profite pour descendre rapidement, plaisir de cycliste. Les premiers immeubles de Vars-les-Claux émergent entre les sapins. De grosses bâtisses donnent l'illusion de chalets bordant les routes et dominant les collines. Enfin Vars et là, les rues sont animées avec des couleurs estivales. Un bar avec terrasse au soleil a ma faveur pour une pause petit-déjeuner.
Le vélo est posé contre une barrière en bois s'ouvrant sur un décor de montagnes, le massif des Écrins. Devant un café fumant, j'observe le temps s'écouler.

Un toboggan de bosses et de descentes mène à Guillestre, puis Arvieux où la tendance reste sur une côte qui ne cesse de monter. Ainsi l'Izoard, second col de la journée, débute, l'altitude est élevée et avoisine les 2000 mètres alors que les arbres bordent encore la route et habillent de vert d'abruptes parois.



Route du Col de l'Izoard

Un reposoir se présente et sur des centaines de mètres un panorama large et haut devient le décor devant lequel je reste bouche béé. Un immense pierrier descend du sommet de la montagne et se poursuit de l'autre côté de la route en plongeant, raide et abrupte au fond de la vallée. Des pics rocheux pointent vers le ciel, découpé au couteau par le temps, le ravinement, le vent et les saisons. Passé la Casse Déserte et son mémorial des cyclistes du Tour de France, l'ascension se poursuit vers un autre paysage.
Les changements de vitesses ne sont plus aussi précis qu'avant, le câble a dû se détendre, dans certains cas je dois réajuster la position de la chaîne.
À 2 360 mètres, le sommet du col est une large place dominée de monts arrondis, de pyramides de rocs et d'où arrivent des chemins de randonnées.

Des cyclistes, des motards, des 4L participant à un rallye, des randonneurs à pied, il y a du monde au sommet alors que le soleil brille. Cela contraste avec le col de la Bonette gravi et apprécié dans une froide solitude.
Il est bientôt 15 heures lorsque j'entame la descente vers les deux derniers cols de la journée. Au cœur des Alpes, les ascensions se poursuivent, après Izoard, c'est Lautaret.
Auparavant, c'est Briançon qui m'accueille et me permet de faire les courses. J'ai un besoin de m'alimenter et tel une locomotive à vapeur, je me charge en calories à bruler, en eau à éliminer.
Une nouvelle fois, les nuages de Nice me rattrapent avec ce petit vent de dos qui dans la vallée me pousse.
Le ciel se couvre dans la montée de Lautaret, au sommet je fais un arrêt à une boutique qui vends de bonnes choses pour les randonneurs. 8 km d'une route humide et froide m'attendent, c'est ainsi que je découvre le col du Galibier. Un cours d'eau m'accompagne dans l'ascension, sous l'indifférence des vaches qui en contrebas peignent des taches marron dans un décor large de montagnes. Le tunnel qui transperce la montagne est réservé aux véhicules, je poursuis mes efforts dans la côte qui gagne encore en altitude, un lacet et puis deux. Une rampe se présente, puis un virage sur la droite s'ouvre sur un immense décor de montagnes qui au loin semblent être à la même altitude. Le sommet du col est bien là avec ses 2642 mètres. Les parois qui bordent la route ne sont que roches, rien ne pousse. De grande perches délimitent le bord de la chaussée avant le ravin qui se termine des centaines de mètres plus bas.



Col du Galibier

La descente serpente de courbes en virages à flanc de montagne. Dans la verte vallée, la route passe en contrebas et s'éloigne au loin sur les monts d'en face. Près de 20 km de descente commencée à deux degrés et dans le froid se termine à 7 degrés.
Je passe Saint-Jean-de-Maurienne pour rejoindre l'hôtel de ce soir.
Il est 21 heures 10 lorsque j'éteins le compteur de cette grande journée de cols au cœur des Alpes où 170 km ont été effectués. Demain la sortie des Alpes est au programme, je ne me souviens pas s'il y a aussi trois cols au- dessus de 2000 mètres d'altitude. Ce n'est pas ce soir que je vais m'enquérir de cela, je préfère aller faire des beaux rêves sur la journée de ce jour, demain est un autre jour.

Étape 9 Saint-Jean-de-Maurienne - Albertville (80 km)

Départ le : 2021-08-04 à : 10:31:00 Arrivée le : 2021-08-04 à 16:01:00

Avec la nuit à l'hôtel, le petit-déjeuner permet de se requinquer sur le plan moral. Mais un rapide coup d'œil par la fenêtre confirme les mauvaises informations diffusées la veille par le réseau familial. Ce sera une journée de repos.
Après un réveil juste à l'heure pour le petit-déjeuner, je vais me sustenter plus qu'il n'en faut. Il est un fait que je n'ai pas besoin d'énergie pour une journée sans vélo, il est aussi indéniable que j'ai perdu du poids, le cuissard qui en principe me colle à la peau, commence à faire des plis. Sur les cuisses le réseau des veines est de plus en plus visible, ce n'est pas le soleil qui a fait fondre le peu de gras qui s'y trouvait.
Une fois remonté dans la chambre, et alors que le ciel ne m'est pas encore tombé sur la tête, ni en bloc ni en gouttelettes, je consulte la météo à la télé puis sur mon cellulaire.
Il est 10 heures et demie lorsque je ralume mon compteur dans un grand sourire.
Le parcours sera 100 pour cent col, 100 pour cent montagne, je suis heureux, excité de pédaler.

La vallée est large entre les montagnes de calcaire, roulante sur un revêtement de qualité, j'en profite pour m'échauffer à 30, 35, 40 km/h comme un enfant à qui on vient d'offrir un vélo tout neuf. Au village de La Chambre, je quitte l'Arc et sa compagnie pour quelques lacets sur une route mouillée. Un panneau de signalisation indique que le col de la Madeleine est à 20 km.

Je profite de l'ascension, de vivre le moment présent comme il est dit dans les grandes sphères qui tentent de diriger nos vies. Le ciel n'a pas l'air de vouloir s'éclaircir ni d'ailleurs s'assombrir. Je reste en cuissard court afin de garder mes jambières au sec. Je me dis que les jambes sécheront plus vite après l'averse que si elles étaient couvertes.

Au bout d'une heure, je n'ai fait que 9 kilomètres et cela fait 2 heures que j'ai quitté l'hôtel et son nid douillet.
Au kilomètre 35 de ma journée, j'aperçois le sommet du col matérialisé par une sculpture de marbre représentant le profil du col par les deux routes qui montent au sommet.
La route vers la vallée de La Léchère est noyée dans un brouillard qui ne semble pas vouloir monter.

Je range mon vélo contre le mur en bois du premier restaurant que j'aperçois, puis y pénètre et me sens aussitôt bien.
Face à quelques tables, une cheminée avec insert réchauffe l'atmosphère.
Je m'installe à la table la plus proche de l'âtre, d'autres clients sont attablés près de la fenêtre, espérant que le soleil va se lever et illuminer le décor.

Pour ce dernier col des Alpes, il n'est pas envisageable d'espérer une descente au soleil. Par ce versant qui mène à La Lèchère, il y a moins de lacets, ce qui permet des vitesses plus élevées. Une grande courbe permet de taquiner les 55 km/h gentiment.
Une dernière série de lacets débouche sur l'Isére et la plaine. Mon itinéraire sera sur la droite où à Albertville un hôtel m'attends. Je ne veux pas prendre de risque avec une nuit à la belle étoile et hypothéquer la réussite de mon tour en jouant les aventuriers. Je ne cours pas après le record du Tour de France Randonneur, seulement après le plaisir personnel de le terminer proprement.
Je dois attendre un petit moment car l'accueil n'est pas encore ouvert. Je cherche, en attendant la chambre, où se trouve la supérette la plus proche, il est à peine 16 heures, j'ai donc largement le temps de prendre une douche avant d'aller faire les courses pour ce soir. Je trouve une boutique à moins de 500 mètres, ce sera royal de refaire le plein de sucres lents, de fruits et d'eau. La soirée est ainsi passée à se remplumer et à se reposer. Les Alpes sont passées avec ce dernier col de la Madeleine à exactement 2000 mètres d'altitude, le Jura est moins haut. Certainement que le plus dur est fait, même s'il reste encore beaucoup de kilomètres. Tout peut seulement arriver, les difficultés majeures font désormais partie des souvenirs et ne représentent plus un risque ou une incertitude. Le développement de 34 x 25 est passé par tous les cols de plus de 2000 mètres et a demandé de l'énergie. Je ne suis pas épuisé et sort des Alpes avec de bien meilleures sensations qu'à la sortie des Pyrénées. Je suis en train de prendre la mesure de ce qu'est le Tour de France Randonneur et m'adapte tranquillement a ses exigences physiques, morales.
La bâche restera pliée encore une nuit, cela aide à faire de doux rêves.


Étape 10 Albertville - Pontarlier (252 km)

Départ le : 2021-08-05 à : 08:04:00 Arrivée le : 2021-08-05 à 23:05:00

Une grande borne kilométrique trône en face de la Mairie d'Albertville. Une sympathique piste cyclable le long de l'Isère relie Albertville à Ugine. Quelques lacets dominant la ville offrent un joli panorama sur l'habitat local, plus loin ce sont les chalets de Mégève qui bordant la route principale offrent un décor unique avec une vue sur les montagnes de Passy et l'Aiguille de Varan dans le lointain.

Après Combloux où je valide ma carte de route, j'entre dans Sallanches. Je profite d'une boulangerie pour faire le plein de sucreries ainsi qu'un point topo car l'itinéraire proposé par le GPS ne me convainc pas et je préfère rester sur la départementale actuelle.
Je vais ainsi aller chercher le col de Saxel afin de respecter le contrôle. La petite route monte en restant sous les 1 000 mètres.

Le Tour de France Randonneur est comme son homologue cycliste, il lui arrive de passer à l'étranger. La piste cyclable à double sens est ainsi l'axe où je circule, il y a un peu de cyclistes avec lesquels je partage ma route. Le revêtement change de couleur et passe de bitume à asphalte rouge et sans marquage au sol. Plus loin, je rencontre un passage piéton avec les bandes blanches très rapprochées, les ilots directionnels sont des poteaux rayés de noir et d'orange, je prends un virage à droite et aperçois au bout du boulevard un énorme jet d'eau qui s'élève dans le ciel. Je regarde autour de moi, les plaques d'immatriculation, puis le nom des rues et arrive enfin sur les rives ... du Lac Léman.

Je joue les touristes en Suisse et me plonge dans la foule sur les bords du lac et à vélo. C'est un rare moment de tourisme en plein après-midi. Le jet d'eau attire les foules et les larges trottoirs invitent à la promenade.
En longeant une partie du lac, je poursuis mon parcours et par une route perpendiculaire me dirige plein ouest vers Gex. Si les pourcentages au dessus de 10 pour cent sont rudes à monter, les pentes autour de 5 pour cent sont ludiques lorsque le braquet est adapté à la pente et que le cycliste arrive à pédaler rond, sans s'essouffler. Arrivé au sommet, je vais faire tamponner mon carnet de route. Je cherche des signes me disant que mon alimentation est suffisante, que si l'arrivée est encore loin je ne suis pas en train de la compromettre.
La météo n'étant pas stable, la nuit sera encore en hôtel et de telle sorte que je roule jusqu'à rejoindre Pontarlier et boucle ainsi 250 km. L'idée est de rattraper la demi-journée de pluie perdue du côté d'Alberville, et par conséquence de tester mes possibilités de reprendre du temps. Suis-je capable de rouler beaucoup et de dormir peu, où est ma limite sur de la distance au long cours ?
Avant de rejoindre Pontarlier, je goûte aux routes du plateau du Jura. Si le col de la Faucille a été monté, il n'a pas été descendu avec un dénivelé identique si bien que la progression est restée au-dessus de 1 000 m d'altitude. Un crédit descente est à percevoir !

Étape 11 Pontarlier - Vieux-Brisach (223 km)

Départ le : 2021-08-06 à : 09:05:00 Arrivée le : 2021-08-06 à 21:36:00

Difficile ce matin de partir tôt, non pas qu'une envie de grasse matinée se soit faite ressentir, mais plutôt que le buffet du petit-déjeuner avait de la conversation. C'est à 9 heures passées que j'allume enfin le compteur direction Delle.
Les petites routes qui se faufilent vers Montbenoit, Vaufrey, sont sans circulation et agréables. Elles passent au travers de villages typiques, ici, un bassin avec fontaine, là, un moulin avec sa meule en pierre, ailleurs un troupeau de chèvres.

En fin de journée, j'emprunte une piste cyclable qui traverse la forêt de part en part et arrive sur le magnifique canal Rhin-rhone. Un peu plus loin, un mémorial, un canon de 155 mm, un char rappellent les conflits qui ont eu lieu en 1945.

La nuit est tombée lorsque j'entre dans la ville fortifiée de Neuf-Brisach. C'est encore une œuvre de Vauban, peut-être pas la dernière sur ce Tour de France. L'hôtel est au cœur de la ville. Un garage permet de ranger le vélo pour la nuit et je pénètre ainsi dans une vieille bâtisse. De grosses poutres en bois constituent l'armature du toit alors que le sol est en pavés posés de manière irrégulière et que le temps a façonné. Il y a plusieurs véhicules garés dans l'immense espace que viennent compartimenter de larges poteaux. Je range mon vélo avec d'autres deux roues, récupère mes deux sacoches, mes bidons et mon compteur.
Plus de 220 km ont été couverts aujourd'hui, c'est relativement peu au regard de la difficulté, mais les petites routes ont un charme qui ne supporte pas la vitesse. Il y aura, espérons-le, d'autres étapes avec un décor commun et qui se feront sur des départementales roulantes.

Étape 12 Vieux-Brisach - Monswiller (149 km)

Départ le : 2021-08-07 à : 09:11:00 Arrivée le : 2021-08-07 à 17:52:00

La sortie de Neuf-Brisach se fait par une porte et les remparts se montrent à la lumière d'un jour naissant. De larges douves à sec entourent la ville dans une forme géométrique que l'on devinerait jolie vue du ciel depuis un drone. Construite à partir de rien et depuis un point central, la ville a la symétrie d'un diamant ou d'une fleur avec plusieurs couches de pétales.

La route serpente entre les vignobles puis entre dans la forêt en gagnant de l'altitude. J'ai ainsi 500 mètres de dénivelé à franchir avant de me faufiler entre les voitures garées de part et d'autre du dernier kilomètre. La circulation aux abords du château est simple, une route fait le tour de l'édifice avec un seul sens de circulation, partagé avec des places de stationnement. Sortis de leur véhicule, les automobilistes se croient encore en voiture et circulent au milieu de la chaussée. Je tousse, je fais du bruit pour attirer leur attention et les dépasser sans les renverser. Certains sursautent, surpris qu'un cycliste arrive à leur hauteur et les dépasse.
Le château est haut et large. Située sur une route elle-même en montée, il présente plusieurs niveaux. Les hauts murs sont de couleur ocre et surmontés d'un petit toit en tuiles brunes. Cette forteresse du moyen- âge mériterait bien une visite d'autant que la pluie est en train de tomber.

Une fois le tour du château effectué, je reprends en descente la route qui m'a permis d'arriver là et file ensuite sur Kintzheim, puis Sélestat. La route est en descente et avec la pluie redoublant de force, je suis en partie mouillé. L'imperméable me garde bien au sec sur le buste, les gardes-boues protègent les pieds des éclaboussures des roues, mais l'ensemble n'empêche pas la pluie de tomber et de rendre la descente inconfortable, dangereuse dans les virages. Heureusement, le mauvais temps ne dure pas et la pause à l'abri à la sortie de Sélestat n'a pas eu besoin de s'éterniser.
C'est la jolie construction rectiligne du canal Rhin-Rhône qui me permet via la piste cyclable sur les berges de rentrer au cœur de Strasbourg. Le centre-ville est trop dense pour que je fasse un détour vers la cathédrale et je contourne la ville afin de poursuivre désormais vers le nord-ouest.

Les longues lignes droites, un départ tardif, un hôtel trouvé, je valide le choix du coach et arrête le compteur pour la journée au bout de 150 km.
Je récupère la chambre et file en ville ou le GPS a repéré un petit magasin.
Je parcours rapidement les allées et prends directement ce dont j'ai besoin. Nous sommes deux dans la boutique, le gérant et moi.

150 km ont été parcourus ce jour, je suis en train de mettre mon Tour de France en danger, étant donné que la moyenne que je dois suivre pour terminer dans les temps de mon objectif est de 220 km par jour. Je crois que j'ai besoin de rentrer dans ma bulle, de me concentrer sur mes priorités, ma pyramide de Maslow

Étape 13 Monswiller - Fromy (227 km)

Départ le : 2021-08-08 à : 08:21:00 Arrivée le : 2021-08-08 à 22:56:00

Le départ de l'hôtel se fait après huit heures et un bon petit-déjeuner, le gain de temps avec un arrêt en moins compense-t-il le départ tardif ?

Rouler sur des routes de campagne a du bon avec la tranquillité que cela apporte, mais cela fait un moment que je cherche une supérette et les différents villages en sont dépourvus. Il est 13 heures passées, lorsque je passe devant une maison avec un panneau artisanal annonçant un menu et que l'établissement est ouvert.
Je m'arrête aussitôt et vais négocier un sandwich avec le gérant. 10 minutes après je déguste en terrasse un hamburger-frites maison avec fromage et tranches de bacon.

Fort d'une énergie nouvelle, je roule trois heures d'affilée jusqu'à entrer dans la ville de Metz. Cherchant un coin pour faire une pause, je poursuis la voie piétonne qui mène directement sur la place où la Cathédrale de Metz trône.
C'est un magnifique édifice gothique que le soleil de fin d'après-midi vient éclairer chaleureusement.

Le hamburger me semble plus faire effet et il me faut trouver de quoi me restaurer.

À la sortie d'un village et 15 km plus loin, un hôtel-restaurant animant la rue avec des gens attablés sur la petite terrasse me fait stopper net. Le sandwich est là.

À 21 h 00 je franchis le cap du 200e kilomètre de la journée puis arrête le compteur vers 23h heures.
Cette fois-ci et la première fois depuis un certain temps, je déplie la bâche et m'équipe en long pour passer la nuit dehors. Aucune pluie n'est annoncée en regardant le ciel alors que la température est de 13 degrés.

Étape 14 Fromy - Villeneuve-d'Ascq (243 km)

Départ le : 2021-08-09 à : 06:05:00 Arrivée le : 2021-08-09 à 21:48:00

La nuit a été bonne. Je prends la route vers Signy-l'Abbaye. C'est là que le premier contrôle de la journée se situe.
Le petit village est dominé par une église de grande taille et comme la Cathédrale Saint-Étienne de Metz est de style gothique avec portail et rosace mais dans un mouvement moins flamboyant.

Valenciennes est contournée pour éviter le cœur de la cité, la sortie de la ville se fait par une piste cyclable dont l'entretien négligé oblige à éviter les branches d'arbre qui retombent sur la voie. Les routes se font de moins en moins larges et durent des kilomètres jusqu'à ce qu'aux pavés de Paris-Roubaix. Les spectateurs ont au fil du temps créé un sentier de part et d'autre de la voie pavée et avec mon chargement, plus l'envie de ne pas avoir de crevaison, je suis satisfait de ces faibles vibrations sur ces traces de 50 cm de large. Le village de Gruson arrive enfin avec son revêtement d'asphalte, je souffle et rigole de mon faible courage du moment.

À Villeneuve-d'Ascq, l'hôtel est trouvé après être passé devant l'immense Stade Pierre Mauroy.
Il est presque 22 heures lorsque le compteur est arrêté. Ce fut une bonne journée avec plus de kilomètres que la moyenne prévue.



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Article mis à jour par Janol
15/09/2021
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Catégorie : Publication Cyclisme

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Tour de la France randonneur en 61 contrôles et 4.800 km

Publications

Cyclo livres - Partir le chemin qui ne menait nulle part

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La revue Cyclotourisme, éditée par la FFVélo, mentionne dans son numéro de décembre 2024 la parution de Partir le chemin qui ne menait nulle part. Ce livre captivant relate les périple de trois passionnés de vélo longue distance, mêlant exploits sportifs, introspection et quête de liberté, dans un récit empreint d'humanité et de réflexion sur le voyage en solitaire.


Sous les étoiles la liberté du bivouac en itinérance

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Dormir sous un ciel étoilé, loin de l’agitation des villes, bercé par les bruits de la nature... Le bivouac promet une aventure à la fois simple et extraordinaire. Pourtant, cette liberté a un prix : celui de l’inconfort, des imprévus, et d’une organisation sans faille. Alors pourquoi, malgré tout, tant de voyageurs choisissent-ils de bivouaquer, parfois sur plusieurs nuits d'affilée ?


Partir Le chemin qui ne menait nulle part - Le livre

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"Partir Le chemin qui ne menait nulle part" est un récit qui explore l'aventure de trois individus - Gabriel, Marie et Olivier - qui décident de suivre le chemin de la longue distance à vélo sans destination précise. Chacun d'eux entreprend ce voyage pour des raisons personnelles, cherchant à découvrir quelque chose de nouveau et à se connecter avec eux-mêmes. Alors qu'ils pédalent à travers des paysages variés, du Pays basque aux lacs des Alpes, chaque coup de pédale les rapproche de rencontres inattendues et de découvertes surprenantes. Le récit interroge sur la nature de l'aventure et de l'exploration, suggérant que le véritable voyage réside dans le processus lui-même, dans la façon dont chaque moment éclaire l'inconnu et offre des opportunités de croissance personnelle.


Randonnée des 2000 savoyards

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La randonnée des 2000 savoyards est une randonnée de cyclotourisme organisée par les Cyclos d'Albertville. Sa particularité tient à sa situation montagneuse puisque le parcours emprunte les cols à plus de 2000 mètres d'altitude. Voyons quels sont les attraits de cette randonnée permanente de montagne.


Carte papier ou application de navigation

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Éternel débat entre les cyclistes, il y a ceux qui utilisent une carte ou un itinéraire sur papier, et ceux qui utilisent un GPS voire une application de navigation sur leur téléphone. Voyons quelques cas exemples illustrant cette réalité.




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