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Haute Traversée Belledonne - refuge de la Pra - refuge Jean Collet

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Riche matinée de randonnée sur le GR738 entre le refuge de la Pra et le refuge Jean Collet. La météo ne semble pas vouloir montrer les beautés de la montagne, aussi les randonneurs en profitent pour faire de belles rencontres et découvertes.





La Haute Traversée Belledonne

par le GR 738
du vendredi 30 juillet au dimanche 8 août 2021



Dimanche 1er août 2021
Refuge de la Pra - refuge Jean Collet
8h10 - 11h55 soit 3h45 de trajet pour 7,5 km avec 780 m de dénivelé positif et 950 m de dénivelé négatif

Voyez ici pour le Road Book Refuge de la Pra - refuge Jean Collet

Le fait de changer de mois n'a pas amélioré la situation météorologique. Il pleut au réveil et le départ à 8h10 se fait sous une bruine serrée. Au col de la Pra, le réseau téléphonique se connecte. Les SMS de la veille passent enfin ... dans un sens comme dans l'autre. Sorties et entrées se bousculent dans une succession de notifications. Nous descendons sous le parapluie, rejoignant le Vallon du Mercier et ses mares et gouilles. Deux amis étaient épris d'une même femme. Devenus colporteurs, ils tentaient de faire fortune pour conquérir la belle. L'un d'eux qui vendait les produits de son oncle mercier, avait amassé un petit pécule. Une discussion tourna mal entre les deux hommes, et, frappé au visage par une grosse pierre, le "mercier" se retrouva mort ... et enterré sur place. Le meurtrier n'eut pas le temps d'un profiter. Prêt à convoler en justes noces, une avalanche emporta une partie du cortège nuptial, tuant sur le coup la mariée. Si la tradition veut que l'on pose une pierre sur l'énorme cairn en bord de sentier, mon inattention ou la présence du brouillard me le rendirent invisible.
Le lac du Crozet apparait en partie tant les nuages sont denses. Les quatre jeunes randonneurs grenoblois qui dînaient hier soir à notre table poursuivent la descente. Ils rentrent directement sur la cité iséroise, nous tournons à droite.




Belledonne GR738 Chamrousse, lacs Robert

Émerge alors des nuées, la partie sommitale du barrage. Il fut construit en 1889 par Aristide Bergès, créateur de la papeterie de Lancey et pionnier de l'hydroélectricité. Son objectif était de réguler le débit du ruisseau Mercier alimentant 1 000 mètres plus bas l'usine et ses premières conduites forcées opérationnelles depuis 1869 et 1882 (une première mondiale avec des hauteurs de chute de 200 et 500 mètres). L'activité du défibrage du bois pouvait alors se poursuivre l'hiver lorsque les torrents sont à l'étiage du fait des précipitations neigeuses et de la glace. Toujours avide d'eau, Bergès imagine un projet reliant le lac Blanc, le lac de la Sitre au lac Crozet. Il ne sera jamais réalisé.
Aristide Bergès décède en 1904. Les Papeteries de France prennent la suite de l'usine Bergès en 1921, et, en 1956, font établir une conduite forcée dès la sortie du barrage. Longue de 2200 mètres et d'une hauteur de chute de 833 mètres, elle alimente l'une des neuf centrales qui fournissent en électricité la papeterie. Cette dernière cessera son activité en 2008. Désormais les neuf centrales appartiennent à une petite entreprise pyrénéenne d'énergie renouvelable, la "Compagnie des Hautes Chutes de Roques".



Belledonne GR738 la Combe de Lancey, col du Loup

Quittant nos voisins de table, nous entamons la rude grimpée vers le col du Loup. La première partie rend très mal. Les pieds glissent sur les petits cailloux. Stéphane abandonne le port du parapluie pour sa veste de pluie. Les deux bâtons lui sont nécessaires à la montée. À 2362 m d'altitude, un petit col donne accès à la tête du bassin du ruisseau de la Grande Sitre. Il reste quelques névés dans la descente exposée nord. On rejoint une famille, avec deux filles de 12 et 15 ans, qui dinait hier soir à la Pra sur la table voisine. Nous les doublons en passant les deux restes de neige bien tassée.




Belledonne GR738 la Combe de Lancey, sous le Rocher Boulon

Nous rattrapons aussi le groupe de 11 qui dormait à la Pra. Eux aussi retournent en vallée rejoindre leurs voitures. Rien n'invite à poursuivre la randonnée pour ce week-end. La visibilité est toujours aussi faible à l'abord du col de la Sitre, mais le basculement dans la haute vallée du Vors signe l'arrêt de la pluie fine mais serrée.




Belledonne GR738 Saint Mury Monteymond, col de la Sitre

Les sommets restent très couverts, mais on perçoit facilement les cascades du torrent descendant du lac Blanc. Quelques taches de vieille neige ponctuent le pied des parois les plus verticales. La descente sur terrain détrempé est piégeuse. Entre rares plaques de boue et tapis de petits cailloux roulant sous le pied, la vigilance s'impose. On se rattrapera une ou deux fois d'un déséquilibre soudain. Vive les bâtons !
Au fond du vallon, la bergerie de l'Habert du Mousset est active. Quelques moutons y stationnent encore dans les touffes de rumex. Les patous nous ont repérés et aboient. À l'abord du parc électrifié, les chiens donnent un peu plus de la voix.




Saint Mury Monteymond, Habert du Mousset

Le berger nous montre le contournement du parc, hors sentier. Chose faite, nous entamons la discussion avec lui : la météo pluvieuse, le peu de randonneurs sur les refuges contrairement à l'an passé... Il s'apprête à sortir son troupeau. Certaines de ses brebis ne sont pas rentrées hier-soir. Ce sont celles qu'on voyait lors de la descente au pied des cascades. Il n'aime pas les voir rester ainsi la nuit. "Les grandes oreilles" rodent. C'est sa manière de parler du loup. D'après lui, une cinquantaine de loups occuperaient le massif de Belledonne, y compris les zones forestières du nord. En poste ici depuis 2018 avec 600 bêtes, il a observé leur progression. Une trentaine de mouflons occupaient les environs de sa commune de résidence. Les loups les ont totalement décimés. Il est vrai que le mouflon a un comportement très ovin contrairement aux chamois et bouquetins qui se réfugient dans les barres rocheuses.




Belledonne GR738 Saint Mury Monteymond, Habert du Mousset

Les chevreuils aussi paient un lourd tribut au prédateur. Mais n'est-ce pas nécessaire pour leur régulation alors que leur population a explosé ces dernières décennies et que les forestiers voient les dégâts sur la régénération des arbres.
Ce matin il a reçu un SMS l'avisant d'une attaque de loups. Elle a eu lieu vendredi soir ou samedi matin sur le troupeau stationnant sous le refuge de la Pra. Les loups ont profité comme souvent de l'absence de visibilité.

Nous quittons la bergerie et traversons le remuant torrent sur une passerelle de bois. Le Vors bouillonne mais rien à voir en comparaison du lundi 22 août 2005. Les précipitations, ce jour-là, sur Belledonne furent croissantes avec l'altitude : 32 mm à 220 m au niveau de l'Isère, 66 mm à 700m, 109 mm à 950m et jusqu'à 278 mm au refuge de la Pra à 2019 m soit près de 280 litres d'eau au mètre carré ! Le torrent du Vors (ou Vorz) s'est transformé en véritable fleuve de boue, d'un débit de 50 m3 par seconde, charriant rochers et troncs d'arbres. Ces embâcles, sautant régulièrement sous la pression de l'eau, créèrent de véritables vagues déferlant sur la plaine du Grésivaudan. 140 maisons furent fortement touchées et une partie de l'activité économique impactée (industries papetières, centrales hydroélectriques inondées, nombreuses routes et la voie ferrée Grenoble Chambery coupées)




Belledonne GR738 Saint Mury Monteymond, Habert du Mousset

Je quitte la veste pour faire l'ascension vers le refuge Jean Collet et ne pas avoir trop chaud sur les 300 mètres de dénivelé qu'il nous reste. Nous parvenons au refuge à midi.
Chantal, la gardienne, nous accueille avec gentillesse. Nous déjeunons dans la salle à manger du refuge. La décision de rester ici cet après-midi est prise. Pas d'aller-retour au lac Blanc comme prévu si la météo avait été favorable. C'est l'avantage de ces petites étapes et de leurs extensions.
Le refuge est un petit refuge à l'ancienne. Des sanitaires très succincts (un WC turc et deux bacs éviers) en extérieur pour la toilette. Pas de sanitaires dans le refuge construit en 1910 par la société des touristes du Dauphiné sur un éperon rocheux dominant le cirque du Boulor et plus largement le Grésivaudan, il était une étape sur le chemin du Grand Pic de Belledonne. En 1926, une tempête d'une rare violence détruit la petite bâtisse. Il est alors reconstruit avec une ossature métallique en 1928, agrandit en 1967, reconfiguré en 1987 pour faciliter le gardiennage... la vie d'un refuge centenaire !
Une équipe technique des Sept Laux placarde les affiches des anciens et du prochain trail de Belledonne. L'échappée Belle, un ultra-trail dont le record passe sous la barre des 24 heures (23h55) pour 144 km et 11.000 m de dénivelé... comme nous ... non ? Une jeune couple viendra d'ailleurs se présenter comme bénévoles auprès de Chantal. Elle remplace le poste tenu habituellement par sa mère et lui est un ami par connaissance de Pauline, la fille de la gardienne.




Belledonne GR738 Sainte Agnés, refuge Jean Collet

Le poêle à bois, au centre de la pièce, est allumé. L'après-midi va pouvoir s'étirer entre tarte aux myrtilles et chocolat, la rédaction du carnet de route et surtout lecture. J'avais beaucoup aimé la bande-dessinée de Jean-Marc Rochette intitulée "Le loup". Un grand loup blanc et un berger vont s'affronter passionnément jusqu'à leurs dernières limites avant de pactiser et de trouver le moyen de cohabiter. Je lorgnais depuis un moment sur son ouvrage antérieur relatant d'une manière autobiographique la fin de son adolescence et le début de sa vie d'adulte. Il y raconte sa passion de jeunesse pour la montagne et l'alpinisme, son apprentissage, l'enchainement des courses ... jusqu'à l'accident qui lui fera perdre l'envie de devenir guide. Et ici en cet après-midi brumeux, pluvieux, froid, "Ailefroide, altitude 3954" me tend les bras dans la bibliothèque du refuge. 284 pages de passion, de parois, de voies mythiques, de fatigue, de risques, de renoncement ! Deux heures exceptionnelles.

Étape suivante : refuge Jean Collet - refuge de l'Habert d'Aiguebelle

Carte du parcours pour GPS :




Article mis à jour par Philippe Chopin
30/01/2022
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Catégorie : Publication Randonnee

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