Tour du Causse Méjean : Castelbouc - Florac

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Cinquième étape du Tour du Causse Méjean via Montbrun, Quézac, Ispagnac. Etape de transition entre les Gorges et le Causse Méjean, contée par Philippe, lequel nous régale encore avec ses prises de vues.



Dimanche 29 Mai 2016

7h35 et 405 m de dénivelé


Il a plu et tonné une bonne partie de la nuit. Jacky a peu fermé l'œil et moi avec les boules Quies, rien entendu. A 6h30 je n'ai plus envie de dormir aussi discrètement je vais griller le pain, préparer l'eau chaude pour les thermos.
La cuisine est fort bien équipée et Anne-Marie nous a mis tous les ingrédients nécessaires sur la table pour le petit déjeuner.

A 8h00 le départ se fait sous la pluie. Pantalon Goretex et parapluie pour moi car la température est douce et j'ai peur d'être "en nage" avec la veste de pluie.


Nous quittons la partie la plus belle des Gorges en ayant eu une très belle météo pour nos 4 premiers jours de randonnée. Nous descendons traverser le Tarn en passant devant le camping.
Les savoyards sont levés et remontent aujourd'hui sur Annecy. Castelbouc est dans les nuages et le château prend des allures fantomatiques.

La pluie est faible, s'interrompt vers 9h00. Ce sera ensuite des averses fort légères d'une vingtaine de minutes.
C'est par des petites routes que le balisage nous conduit. Cela enlève un peu de charme à la randonnée.
Des toits de Montbrun, ici en schiste, luisent.
Un superbe cheval de trait, curieux, vient à notre rencontre.

Nous retrouvons un sentier jusqu'au Pontet puis ce sera de nouveau le bitume. Nous entrons dans Quézac, village rue et descendons découvrir l'église et sa vierge sujet de dévotion.

Un laboureur Jacques Deleuze, creusant ses sillons fut intrigué par l'attitude de ses bœufs qui refusaient d'avancer.
Délaissant son labour, il courut chercher de l'aide.
Ils découvrirent, en fouillant la terre, une statue de Vierge à l'enfant en bois de noyer.
Elle fut portée à l'église paroissiale, mais le lendemain elle avait disparu et était revenue à l'endroit de sa découverte. Et cela une deuxième fois.
Les villageois comprirent que la Vierge voulait être honorée en cet endroit et c'est ainsi que fut bâti en plein champ, le premier oratoire à Notre Dame de Quézac en 1052.
Devenu lieu de pèlerinage, le pape Urbain V fit construire une collégiale au 14e s. On bâtit un hôpital pour les malades et on fortifia la ville.

Jusqu'à la révolution l'afflux de pèlerins fut massif. Beaucoup se rendant à Saint Jacques de Compostelle détournaient leur chemin par ici.
L'église fut pillée par les révolutionnaires, tout disparu sauf la statue de la Vierge cachée par un enfant de Quézac.
Mais déjà la statue primitive avait été brûlée par les protestants lors de l'invasion de Mathieu Merle. Celle actuelle est probablement du 17e s.
Vêtue de vêtements richement brodés, elle porte une très belle couronne depuis septembre 1904.
A l'occasion de son couronnement le Pape Pie X fit don d'un calice d'argent et vermeil.
Six évêques officiaient devant 6000 pèlerins.
Un pèlerinage annuel se poursuit toujours, même si, ces dernières années, il tombe un peu en désuétude. Il a lieu le 8 septembre à la fête de la Nativité de la Vierge.


Urbain V prit la décision de construire un pont pour éviter aux pèlerins le passage risqué du Tarn en période de hautes eaux, du gué de Molines.
L'ouvrage ne débutera qu'en 1395 (après la mort d'Urbain V) suite à l'appel aux dons du pape Benoit XIII.
Les travaux avanceront avec lenteur puisque le pont de 6 arches ne sera achevé qu'en 1450. Il souffrit plusieurs fois des crues du Tarn notamment en 1606.
A partir de là, la seconde voûte s'effondrera régulièrement et sera reconstruite dans des délais plus ou moins longs. 1657, 1689, 1705, 1726, 1728 où à chaque fois les réparations sont faites par les mêmes entrepreneurs.
Un procès qui durera 8 ans condamnera ces derniers pour faute professionnelle.

L'ingénieur de la province posera les fondations sur le rocher en 1738. Une année après on ajouta sur la troisième pile une petite chapelle dédiée à Saint Joseph dont il ne reste qu'un arceau. C'est le pont le plus ancien des Gorges du Tarn.

Nous changeons de rive pour gagner le village d'Ispagnac.
Le temps se maintient au gris sans goutte depuis près de 2 heures. Nous y entrons par la rue des Barrys, ancienne voie principale où hôtels, restaurants, cafés mais aussi forgerons, charrons, bourreliers et relais pour chevaux avaient pignon sur rue.
Sur la place centrale, il faudra faire moult contorsion pour cadrer l'église sans avoir l'énorme tente plantée devant pour les festivités.


Cette belle église du 12e s., faisait partie d'un monastère bénédictin détruit par un violent incendie en 1760.
En 1580, entouré de ses remparts et forte de 90 hommes en armes, Ispagnac semblait inexpugnable. Le capitaine Merle, chef protestant, avait fait fondre la "Non Pareille", cloche de la cathédrale de Mende (25 tonnes, 2.75 m de hauteur et 33 cm d'épaisseur), pour fabriquer 2 gros canons qu'il fit descendre par le ravin de Molines, dirigés par une paire de bœufs mais surtout retenus par 20 paires de bœufs pour éviter l'emballement de la charge. Après une journée de bombardements, il pénétra dans la ville. La troupe et les habitants s'enfuirent par la Portette vers le Tarn. Ce sont ces fameux canons qu'il ne put remonter après l'échec de l'attaque de Prades.

Nous pique-niquons devant l'église mais finirons notre repas à l'abri de la pluie sur l'estrade couverte face à la mairie à quelques mètres de là.
Nous retrouvons la rive gauche en franchissant le pont construit entre 1742 et 1745 juste après la reprise des fondations de celui de Quézac.
Gageons que la mésaventure servit de leçon.

Brutalement en quelques hectomètres nous avons quitté la chênaie pour les châtaigniers.
La pierre n'est plus le calcaire de ces derniers jours mais c'est le schiste bien plus sombre.

Nous entrons dans les Cévennes.
La pluie nous reprend au village ou plutôt hameau de Bieissette.
Notre balisage se poursuit sur la route vers Bieisses. Ils étaient situés tous les deux sur l'ancien chemin reliant Ispagnac à Florac avant que la route ne soit construite sur la rive opposée.

C'est sous le parapluie que nous déambulons dans les ruelles de Bieisse.

Ici l'IGN comme souvent a légèrement modifié le nom du village en lui rajoutant un i. L'original est Biesse. De nombreuses maisons portent le témoignage d'anciennes activités agricoles : cours dallées, four banal, granges et porche charretier. La plupart des ouvertures sont encadrées par de la pierre de taille en calcaire. Seule la proximité de ce matériau pouvait justifier ici un tel emploi. Nous sommes vraiment à la jonction de deux aires géologiques.
A la sortie du village, les habitants ont replanté quelques vignes. Le site défensif, sur son éperon rocheux dominant le Tarn de Bieisse apparaît alors évident.

Une piste puis de nouveau une petite route nous amène au Fayet.
Ce sera le principal défaut de cette étape bien trop goudronnée à mon goût et au goût des genoux de Jacky. Mais la tranquillité est de mise sur ces vicinales.

Le hameau dont le nom vient de fagus (fayard ici) nom latin du hêtre groupe ses maisons anciennes autour d'étroites rues.
L'école est devenue un gite rural et les maisons se restaurent.

Nous entrons dans Florac par le bon côté. Point de zone artisanale, de zone d'activités, de rond-point. Nous sommes sur la bonne rive. Un petit rayon de soleil fait son apparition. Elle sera de courte durée.

Nous visitons la vieille ville, parcourons le mail central et les ruelles du quartier ancien, admirons la façade de la maison de la Porte des Templiers.
Les revirements de l'histoire ont fait que l'église reconstruite en 1833 a gardé la façade du temple protestant qui l'avait précédé, lui même ayant pris en 1501 la place de l'église primitive !

Nous visitons le château construit en 1622 sur les bases d'une ancienne forteresse. Grenier à sel à la révolution, prison en 1810 lors de son rachat par l'état il est depuis 1976 le siège du Parc National des Cévennes. Nous y visitons l'exposition permanente présentant les grands axes de la politique du parc.

Robert Louis Stevenson, le fameux écrivain de "L'Île au Trésor" et de "L'étrange cas du Docteur Jekyll et Mister Hyde" passa à Florac le 30 septembre 1878 lors des se traversée des Cévennes avec son ânesse Modestine.

L'eau qui sort d'un gros éboulis par plusieurs venues d'eau, les "griffons", provient des eaux drainées par la surface du Causse Méjean. C'est le jeu des failles qui rend possible l'alimentation de la source du Pêcher. Les débits sont d'ailleurs irréguliers allant de 80 à 200 litres en période d'étiage à 7.000 litres à la seconde en hautes eaux. La température est, elle, constante de 10 à 10.2 degrés C. Longue de quelques centaines de mètres la rivière se jette dans le Tarnon.
Le Vibron alimentait les fontaines de la ville en eau potable, le vivier à poissons et faisait tourner les moulins.
Nous montons voir la source du Pêcher. En occitan, "pesquié", signifie vivier. Une pisciculture à sec occupe l'aval de l'exurgence. Les lieux sont en réfection pour une réouverture prochaine après un arrêt depuis 2011. Elle existe depuis 1952. Nous grimpons vers la source.

Nous rejoignons notre hébergement. Le centre d'accueil des Cévennes, de gestion communale, (d'ailleurs il était en passe d'être cédé lors de notre passage) nous gratifia d'une chambre à 3 lits pour nous deux.

Le dîner fut fort copieux et bien cuisiné.

Lieu de convergence de plusieurs sentiers et GR, la majorité des clients étaient randonneurs, mis à part un groupe de pompiers en stage au centre de secours de Florac.






Voyez ici la sixième étape Florac - l'Hom.



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Article mis à jour par Janol
le 13/09/2016
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Catégorie : Publication Randonnee

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(Écrit le 07/08/2016 - lu 1.377 fois)