Tour du Causse Méjean : Le Rozier - Les Vignes

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La seconde étape du Tour du Causse Méjean mène Philippe et Jacky 'des Roziers aux Vignes'. Deux lieux du Tarn que les beaux paysages séparent avec à la clé près de huit heures randonnée.



Jeudi 26 Mai 2016

7h20 et 830m de dénivelé


La longue descente, hier en fin de journée, avait été fastidieuse. Après 8h40 nous arrivions au Rozier. Nous trouvâmes rapidement notre gite du soir, le Gévaudan. Situé à 2 pas de l'église romane (XIe et XIIe s.), il ouvrait à 17h00. Il était 16h57 ! En attendant, un peu d'histoire. C'est en 1075 qu'un prieur et six moines de l'abbaye d'Aniane dans l'Hérault fondèrent un monastère bénédictin à la demande de l'évêque de Mende et avec l'appui des seigneurs locaux. Pratiquant la culture de rosiers importés d'Italie dans un champ appelé "campus rosarium", le lieu acquit rapidement le nom de Rosier. La révolution lui vola son "s" pour le remplacer par un "z" au motif qu'il fallait bien changer quelque chose. Déjà à la période gallo-romaine (-60 à -50 av. J.

C.) des ateliers de poterie "samiennes", annexes de la Graufresenque à Millau, occupaient le lieu de la confluence alors appelé "Entr'aygues".



Le bar s'ouvre et nous commandons nos rafraîchissements bien mérités. Le camelback est vide depuis le haut de la descente.
Nous dînerons en compagnie de trois savoyards qui comme nous, avec quelques variantes, font le tour du Causse Méjean. Ce matin au petit déjeuner les viennoiseries sont industrielles et emballées, le pain est "suédois" et les biscottes sont de mises. Il ne doit pas travailler avec le boulanger ! Déjà hier soir, le saucisson, la saucisse sèche, le jambon sec sans typicité nous avaient sustentés sans gourmandise. Le faux filet était moyen et les frites basiques. Nous avions touché le niveau zéro de la gastronomie mais avions mangé largement à notre faim. Et pourtant le patron, bluesman, motard, chasseur, à l'accueil sympathique, avait montré de réels talents de cuisinier en nous servant une terrine de sanglier et chevreuil absolument délicieuse. Comme quoi !!

A 8h15 nous quittons le Rozier et traversons le Tarn. A quelques mètres en amont, il ne reste qu'une arche du pont de la Muse emporté par la crue de septembre 1900.
Une passerelle métallique remplaça l'arche manquante car le bac ne pouvait absorber l'ensemble du trafic. Il fallut 7 ans pour achever la construction du pont sur lequel nous passons. On découvrira en montant le flanc du Sauveterre que l'arche restante a été transformée en potager !
Un monument à la gloire d'Édouard-Alfred Martel décore le rond-point de sortie de village. Ce passionné de géographie et de sciences naturelles, né à Pontoise en 1859 commença très tôt (en 1888) une carrière de spéléologue avec l'exploration de l'abîme de Bramabiau dans le Gard tout proche.
De 1888 à 1893, en six campagnes il visite et répertorie plus de 230 cavités et grottes, reconnaissant 250 kilomètres de galeries dont il a effectué des relevés et tracés précis. Il raconte ses explorations en compagnie notamment de Louis Armand (lui même au pied du monument) forgeron au Rozier dont il fera son contremaître.

Développant un matériel propre à l'activité, travaillant sur le parcours de l'eau en milieu karstique, c'est le père de la spéléologie moderne. Il sera à l'origine de la loi de 1902 interdisant le jet de cadavres et détritus dans les "abîmes" sources de pollution des eaux souterraines.
Le chemin commence par une lente ascension sur le flanc du Sauveterre. Bordé de murs en pierre sèche, il traverse les vergers et les anciennes terrasses cultivées. Une vue plus aérienne apparaît des villages du Rozier et de Peyreleau. Les rives du Tarn accueillent quelques campeurs pour un bivouac à même la plage de galets, leurs canoës bien rangés sur la berge. Le sentier assez ombragé suit le flanc des falaises et parcourt un premier cirque avec en face le hameau d'Eglazines.
Les maisons sont construites au pied des falaises sommitales mais, adossées à mi-pente au pan rocheux, une bergerie s'accroche dans un mimétisme parfait.


Le village dont l'entrée est marquée par une source au pied de la falaise, fut construit au 12e siècle et servit de vigie à l'entrée des gorges du Tarn. Bâti contre le roc, ses maisons sont semi-troglodytiques (elles n'ont souvent que 3 murs adossés à la falaise). La plupart des toits sont effondrés, pas de fondations, mais au contraire une architecture qui utilise les anfractuosités, et grottes pour élargir le lieu de vie et épouse les blocs rocheux pour asseoir les murs prolongés de murets qui enclosent une courette ou un jardin.
Nous y croisons le propriétaire qui remonte un mur de façade. Pas question de faire venir ici le maçon. C'est grâce à l'installation d'un câble mû par le treuil du tracteur d'un paysan qu'il monte ici le ciment et le sable nécessaire à la réfection. C'est son père qui a acheté presque tout le hameau et malgré les difficultés, il se sent redevable de maintenir ce patrimoine. Le retour du mouflon et sa venue en falaises, une partie de l'année, lui cause de forts soucis. En effet, surplombant les toitures de lauzes, leur passage en bordure précipite quelques pierres qui chutent et brisent les couvertures.
Sous le hameau, la pente, pourtant raide, était autrefois cultivée. On devine les anciennes terrasses où les vestiges de murets quadrillent des espaces à l'aspect aride encore relativement ouverts.


Jusque dans les années 60 une vieille dame de 80 ans vivait encore seule ici et "correspondait" avec la vallée à l'aide d'un drap qu'elle pendait à sa fenêtre en cas de besoin ... mythe ou réalité ? Visible sur le web, un film tourné en 8mm de Francisque Boudillon (1950) montre à l'écran un couple âgé avec leurs canards, moutons, chèvres et bien sûr leur chien sur ce lieu escarpé.






Nous quittons ce lieu intemporel non sans avoir jeté un coup d'œil sur le hameau de Plaisance situé en fond de vallée. A son pied quelques canoës glissent sur le Tarn, dans les bois au dessus un chevreuil aboie.

Nous avons perdu, derrière les nuages, le soleil et passons au pied d'un superbe monolithe de dolomie. Les fleurs abondent au bord du chemin ajoutant un attrait supplémentaire à un parcours aux vues panoramiques. Un patient travail d'identification m'attendra au retour afin d'en nommer un maximum.


Le cirque de Saint-Marcellin est beaucoup plus vaste que le premier. Il constituait une des oasis des Gorges du Tarn par la richesse de sa production. L'ensemble de ce méandre de la rivière était couvert de terrasses cultivées et plantées de vergers et de vignes. En face le rocher du Cinglegros est détaché du Causse Méjean, la dolomie a résisté aux assauts de l'érosion et obligé la rivière à creuser ce cirque dans les falaises du Causse de Sauveterre.


Saint Marcellin, village semi-troglodytique est en cours de restauration. On y entre par la fin de son histoire : dans un petit enclos de pierres sèches, à côté d'une dalle rectangulaire, une stèle indique que "Ci-gît Séverac Henri, décédé le 24 Mars 1927, à l'âge de 74 ans".
La chapelle avec son clocher a été restaurée par l'association "les Adralhans". Elle a même retrouvé de nouveaux vitraux conçus par l'artiste Claude Baillon. Mais la grille d'accès est fermée à clé. Chaque année le premier dimanche de juin on y venait en pèlerinage, implorer la pluie.
L'ensemble du hameau est superbement restauré. Même les murs de soutènement en pierres sèches ont fait l'objet d'un projet de reconstruction suite à un gros travail de débroussaillage. A la sortie du village en surplomb du sentier une baume bâtie sur plusieurs niveaux constitue les remarquables ruines d'un château rupestre. Sommairement fortifié, il n'était accessible que par une échelle retirée en cas d'urgence et possédait une cuve recueillant les eaux pluviales. Le tout est en cours de réfection et inaccessible.



Le chemin entame une ascension vers les falaises du Causse. Accidenté, il gagne rapidement de la hauteur et offre de beaux points de vue sur les Gorges. Au pied du Cinglegros, 370 mètres plus bas, les 11 maisons typiques de la Sablière forment un ensemble architectural remarquable. Ancien couvent du 11e siècle, il a été complètement rénové dans les années 30. Edouard Alfred Martel y possédait une chambre. De la rive droite, l'accès au hameau se fait en barque pour les personnes, les bagages et le ravitaillement eux transitent à l'aide d'une benne câblée.
Le GR de pays suit un nouveau tracé, absent de la carte pourtant récente. Un peu d'orientation nous permet de trouver la grotte et la fontaine de Paillasses où s'abritaient et s'abreuvaient les troupeaux de brebis. Nous rejoignons par un chemin en courbe de niveau le tracé du Tour de Sauveterre.



La matinée est déjà bien avancée et dans le ciel bleu des corneilles attirent notre attention. Une dizaine de vautours planent. L'espèce avait disparu en 1945. La chasse, la disparition de nourriture car les cadavres de brebis étaient amenés à l'équarrissage, l'empoisonnement par ingestion d'appâts destinés à tuer les renards avaient eu raison des derniers vautours fauves. De 1972 à 1981 après un premier échec, une colonie captive de vautours fauves est formée afin de l'acclimater au secteur. Les premiers lâchers (5 couples formés) auront lieu le 15 décembre 1981 et le premier poussin naît le 16 mai 1982. Fort de cette première expérience, en 1992, le vautour moine est lui aussi réintroduit dans la région. La population s'établit aujourd'hui à plus de 700 vautours fauves et 80 couples de vautours moines. Depuis 2012 on tente de réintroduire la gypaète barbu, le fameux casseur d'os.
Nous retrouvons les balises rouges et jaunes du GRP à l'aplomb de Saint Peyre del Bouys. Mais une fois de plus la carte est défectueuse. Une longue piste pourtant peu récente suit la corniche sur plus de deux kilomètres.
Nous décidons de l'emprunter, l'erreur d'orientation était impossible avec les gorges à notre droite.
Ce sera un festival de couleurs tant les fleurs jaunes, bleues, violettes, roses, rouges parfois seront nombreuses.
Même sous les pins, là où encore jeunes ils laissent passer la lumière les tapis de busseroles, les genêts, les lotiers, les polygales du calcaire, les céphalanthères à longues feuilles et de lin campanulé colorent le sol.


Déjeuner sous l'ombre des pins, le soleil étant revenu. La piste nous mène au ruisseau de Poudounies où nous retrouvons le GR de pays. Nous le suivons jusqu'à Saint Rome de Dolan où, là aussi, le tracé balisé ne correspond plus aux données de l'IGN. Dans le village nous admirons, quelques voûtes en pierre sous lesquelles passent des ruelles, des maisons à cour intérieure, des escaliers de pierre et surtout la vue imprenable et impressionnante sur le Tarn !



L'histoire du village est marquée par la famille Monestier. On peut voir sur la porte de l'ancienne maison Monestier, la date de 1687 gravée sur un cœur qui atteste que cette famille était au village depuis bien longtemps. Jean Monestier fut maire de Saint Rome, conseiller général, député de Florac, sénateur de la Lozère pendant plusieurs mandats. Il fut aussi ministre des Travaux Publics en 1899. C'est là qu'il fit voter le projet de la route des Gorges du Tarn afin de favoriser le tourisme.

Jean Monestier avait des opinions républicaines. Il approuva toutes les lois laïques et mourut en 1925 dans les sentiments antireligieux qui furent les siens sa vie durant. Sa fille Maria entra en religion, contre la volonté de ses parents en 1922 chez les Soeurs Servantes du Sacré-Cœur de Versailles. Elle avait 25 ans. Rejetée par sa famille, elle fut déshéritée. Son frère Pierre, décédé en 1936, la rétablit par testament dans ses droits. Par elle, la congrégation devint propriétaire du domaine de Saint Rome. En 1936, une communauté s'y établit et Maria, devenue sœur Jeanne, y résida jusqu'à sa mort en 1955.


Notre hébergement du soir étant aux Vignes nous empruntons quelques centaines de mètres la route qui y descend. Les parois rocheuses qui la surplombent sont couvertes de corbeilles d'argent et de saponaires profitant de fissures pour s'enraciner.
Nous retrouvons le GR 6 qui coupe les nombreux lacets de la route départementale. En 55 minutes nous sommes aux Vignes. Le village s'est construit à la sortie de la partie la plus étroite des Gorges dans une partie de la vallée plus large, bien ensoleillée et favorable à la culture de la vigne en terrasses au 18e s. Il en tire son nom.
Nous profitons de la fin de l'après-midi pour faire un peu de lessive, le vent et le soleil sécheront rapidement même les chaussettes. Puis boissons, glaces, lecture et rédaction des notes de voyage feront doucement s'écouler le temps.




Voyez ici la troisième étape les Vignes la Malène.







Article mis à jour par Janol
le 15/08/2016
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