Tour du vieux Chaillol - Gîte le Chamois - les Marrons - refuge du Tourond

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Ultime étape pour ce Tour du Vieux Chaillol avec la visite des impressionnants ouvrages du canal de Malcros.



Vendredi 11 septembre 2015
1580 m. de dénivelé
7h30 de marche

Voyez ici pour le road book : Carnet de route les Marrons - refuge du Tourond

Lever 6h20 pour un petit déjeuner à 6h30 comme le trio qui rejoint les Paris et finit son Tour du Vieux Chaillol. Les deux autres messieurs descendent plus tard. Arrivés en fin d'après-midi ils ont essuyé la pluie pendant plusieurs heures et même la grêle en altitude. Pour nous ce jour sera une étape marquante.

En février 2013 au cours d'un reportage de l'émission "des racines et des ailes" je découvrais le canal de Malcros. Une association ( http://www.canaldemalcros.com/ ) se consacrait à réhabiliter les ouvrages majeurs de ce canal d'irrigation long de 61 kilomètres toutes rigoles de distribution confondues. La qualité des constructions, l'enthousiasme des bénévoles et la beauté rude et sauvage du site m'avait conquis. Ce fut une des motivations de cette circumduction.


La pluie d'hier soir a bien mouillé la végétation, les chaussures bien étanches ruissellent. Toujours aussi peu d'animaux si ce ne sont les oiseaux. Nous sommes pourtant discrets, matinaux, en lisière de forêt, ce pourrait être propice à l'observation d'un chevreuil par exemple. Que nenni !

Par contre nous jouons les pâtres car un troupeau de jeunes bovins occupent la piste forestière. Ils avancent devant nous pendant un bon moment jusqu'au..... fil électrique. Nous nous garons sur le flanc amont du chemin et eux font dans une certaine mêlée, demi-tour.

A 8h30, nous quittons le sentier pour aller découvrir les ouvrages du canal de Malcros réhabilités au niveau du Sellaret. Au terme des 55 mètres de la rigole principale, maçonnée en grès sur trois faces et supportant ainsi le courant sans ravinement ni sédimentation, un profond mais étroit bassin recevait les eaux qui y abandonnaient sable et graviers issus du ravinement du Col de la Pisse.
Elles se calmaient aussi avant de poursuivre leur chemin aujourd'hui disparu dans des buses de béton.
Comme les autres martelières (bassins) de ce type, elle comporte une vanne qui commande la décharge vers le torrent par une courte rigole perpendiculaire, elle aussi maçonnée en grès.

Au 19e s. la population est nombreuse. Dans cette partie des Hautes-Alpes au climat méditerranéen, les terres sont très sèches en été. Si divers canaux d'adduction d'eau irriguent déjà la vallée du Champsaur, les cinq communes exposées plein Sud le sont bien trop peu. Ainsi germe l'idée de détourner les eaux de fonte du glacier de Malcros, alors appelé du Touron, vaste de cinq hectares pour cinq mètres d'épaisseur.

Si le premier projet finalisé date de 1851, les différentes études, tergiversations, expropriations retarderont le début du chantier jusqu'en 1873. L'année 1874 verra la réception des travaux de construction de la branche principale. En 1881 s'achèvera la totalité des branches du canal soit en tout 61 kilomètres. Le canal fonctionnera tant bien que mal jusqu'en 1905. Quelques travaux d'entretien et de réfection seront exécutés en 1906, 1915 et 1920 mais le très faible rendement signera son abandon en 1923. L'entretien considérable et la perméabilité des sols eurent raison de ce projet dont les montagnards avaient de longue date prédit le capotage. Sur ce versant les eaux du canal de Malcros dévalaient les pentes du col de la Pisse sur près de 500 mètres de dénivelé, empruntant des ravines creusées par les hommes. Le tracé évitait de croiser les torrents naturels. Au printemps 2013, alors que les ouvrages du Sellaret sont enfouis sous la végétation et invisibles, l'association Malcros 2818 les restaure.


Ouvrage remarquable, le plus en amont de ce site, le tunnel du Sellaret permettait aux eaux du canal de traverser l'affluent le plus à l'Ouest du torrent de Buissard sans mélange des eaux. À cet endroit, cet affluent coule sur une longue dalle de grès compacte. Cette dalle a été entaillée assez profondément pour ménager un passage en tunnel sous le torrent. Le choix était osé quand on connaît la force de l'eau et de la neige sur ces pentes parfaitement lisses. Il ne restait d'ailleurs que sa magnifique voûte de sortie, en rive droite lors de sa mise à jour au printemps 2013.

Après une demi-heure de visite nous reprenons notre ascension toujours forestière. Là encore les champignons poussent à foison et les variétés sont multiples.


Nous traversons le torrent de Fontfroide et par des vires naturelles rejoignons le soleil. L'astre du jour vient de passer par dessus la Pointe Sud de la Vénasque.
Les moutons ont déserté la montagne et les filets des parcs sont roulés au bord du sentier.

Début octobre ce sera la foire aux agneaux à la Chapelle en Valgaudemar ou aux Borels, fêtes connues certainement car plusieurs restaurants dont celui de notre étape à Saint Firmin proposent des repas "chèvre". La caravane et son auvent situé sur le pâturage du Grand Selloir ne sont pas encore redescendus dans la vallée, mais cela ne saurait tarder.


Le col de la Pisse, à 2354 m. d'altitude, nous donne accès à la partie minérale du parcours.
Jusque là l'herbe était encore largement présente, à partir du col ce sera du "caillou". Mais l'intérêt ne réside pas dans ce décor désertique. Ce sont les ouvrages franchissant le col de la Pisse qui nous attirent.

Sur une centaine de mètres un tunnel aqueduc couvert de dalles de grès à des allures de chaussée de géant tout en lui évitant d'être comblé par les éboulis descendant du Pic du Tourond. De ce col et jusqu'à l'altitude 1850 m l'eau suivait le cours du torrent. On distingue le tracé du canal sur les flancs du Vaccivier encore lisible parmi l'amoncellement de roches dû à la pluie, au gel, à la neige. Sur cette portion un second aqueduc, celui de Vaccivier, est aussi couvert de lourdes dalles de grès. Le sentier monte raide dans cet univers minéral, coupant les courbes de niveau inscrites sur la carte sous le Pic du Tourond.

De lourds nuages commencent à s'amonceler sur les sommets les plus élevés. A l'approche du col de Côte Longue une femelle chamois et son petit s'échappent par la crête sur le versant oriental.
Le col passé de quelques dizaines de mètres nous découvrons des laissées de chamois. En effet ces crottes en grain n'ont pas un contour régulier mais plutôt cabossé présentant des aplatissements car comprimés au moment de l'expulsion.


Vers 2700 m. à l'approche du col de Riou Beyrou un magnifique mur de retenue est entièrement restauré. Il retenait l'eau sur ce dévers et permettait à l'eau de franchir la tête de ce vallon. Quittant le grès pour le gneiss, une mince couche de calcaire sépare les deux roches. Sous l'action du gel et de la pluie le calcaire se délite en minuscules bâtonnets ressemblant aux copeaux de bois qu'arrache un pic sur un tronc d'arbre.

Le col de Riou Beyrou apparaît avec la célèbre Cabane des Parisiens. Nous y reviendrons déjeuner poursuivant cette passionnante découverte d'un ouvrage qualifié en 1873 de "plus haut chantier de France" !


Nous abordons maintenant un passage en falaise. Il a fallu aux ouvriers élargir la cuvette dans cette traversée à coups de marteau, de barres à mine et d'explosifs. Tout cela au dessus du vide et sous l'aplomb de la falaise.
Une source en descend d'ailleurs, jetant une eau vite absorbée par les fissures du terrain.

A la sortie de ce passage aérien apparaît l'entrée du tunnel supérieur. Longue de 114 m, haute d'1,60 m, cette galerie construite en 1873 est un remarquable ouvrage.
Je m'y engagerai, frontale à la main (1,60 m de haut, il faut un peu courber l'échine) pour la parcourir en entier et admirer la magnifique restauration de sa voûte.

Le jour apparaît après une légère courbure et je débouche dans une belle rigole d'1,20 m. de profondeur déblayée de ses blocs de délitement.

Nous explorons ces quelques décamètres qui conduisent à l'ancien glacier de Malcros aujourd'hui disparu. Quelques mètres au dessus, le lac de Malcros occupe la partie inférieure de cet ancien cirque glaciaire.

Jacky parcourra la galerie au retour, tous deux nous félicitant de cette partie du parcours, imaginant le travail accompli à l'origine et saluant sincèrement celui des bénévoles de l'association Malcros 2818. Nous retrouvons, sur 300 mètres, le passage en corniche. Jacky verra juste devant lui passer un caillou descendant de la falaise.



Vidéo tournée pour l'association Mal-cros 2818


C'est avec quelques rayons de soleil que nous rejoignons la Cabane des Parisiens pour y déjeuner à l'abri du vent. Vent frais, car nous avions déjà revêtu le coupe vent et les gants en soie.


Si il est un édifice emblématique sur ce versant du Champsaur, c'est bien la Cabane des Parisiens. Elle fut construite en 1893 au col de Riou Beyrou (2635 m), ultérieurement à la mise en service du canal, faisant suite à un abri que réalisèrent dans ce secteur, dit-on, un groupe de parisiens en difficulté lors de l'ascension du Vieux Chaillol. Sa vocation fut de servir de cabane de chantier pour le long et fastidieux entretien du canal jusqu'à son abandon en 1923.

Le déjeuner sera rapide. Malgré notre invitation un couple préférera manger à l'extérieur (à l'abri du vent tout de même). A 13h05 nous reprenons le chemin pour le col de Côte Longue. La descente débute dans les éboulis du versant oriental du col.


Dominés par le Pic du Tourond, les Pointes Nord et Sud de la Vénasque, le Pic du Clot, nous suivons les cairns qui balisent le sentier de ce vaste cirque où l'on distingue parfaitement les couches géologiques des sommets environnants.

Un faucon crécerelle anime le ciel à la recherche de petits rongeurs ou de sauterelles.


Nous contribuons à l'édifice de quelques cairns et rejoignons le mélézin.

Les vues sur le ravin de Malcros et ses cascades émaillent notre descente tout comme la couleur rougeâtre des pierriers descendant du Puy des Pourroys. Nous rejoignons le sentier du Tour de la Planure et ses alpages à moutons. Dans un lacet nous hésitons, le sentier est aussi bien tracé à droite qu'à gauche. Nous optons logiquement pour la descente. Ce sera la bonne car l'autre voie mène au Jas des Pierres, cabane du berger officiant sur le vallon. Le refuge est en vue.

Au pied de la cascade de la Pisse le troupeau pâture. Quelques marmottes ont décidé d'animer la partie finale de notre descente de 1.000 m. de dénivelé.


Nous surplombons les cascades du torrent de la Muande et dans une ambiance népalaise arrivons au refuge de Tourond avec drapeaux de prières, chorten et statues.

Autrefois des familles habitaient sur place en été pour garder vaches et brebis. Ils vivaient dans plusieurs chalets. Durant la seconde guerre mondiale, les anciens chalets du Clot de la Selle, alors fréquentés par les maquisards, furent détruits par les troupes allemandes. Après la guerre, en 1949, deux d'entre eux furent reconstruits. Ils sont aujourd'hui aménagés en refuge.


Nous sommes seuls ce soir et Stéphane, le gardien, nous montre notre dortoir et la douche chaude. Tout est parfait. Il est 15h20 nous avons fait une étape de 1580 m de dénivelé ascendant et plus de 1.000 en négatif en 8h00 pauses comprises. Et surtout nous avons évité la pluie. Elle tombera à partir de 19h00.

La météo de samedi s'annonce très mauvaise. Stéphane a d'ailleurs dû annuler de nombreuses réservations ce soir et pour le lendemain. Nous avions, depuis plusieurs jours, modifié notre parcours. Ce dernier, initialement, devait passer par le col de la Vénasque et descendre par le sentier sud du Tour de la Planure. Ce n'était que le samedi que nous montions voir les ouvrages du canal de Malcros. Cette version, à posteriori, était moins bonne que l'option effectuée car elle évitait le col de la Pisse, où certains ouvrages, les aqueducs couverts, nous ont impressionnés. Il nous restera à faire samedi moins d'une heure de descente pour rejoindre notre voiture aux Gondoins, notre hôtesse ayant été prévenue depuis jeudi.





Article mis à jour par Philippe Chopin
le 04/02/2016
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