Traversée des Alpes du Sud refuge de la Madone de Fenestre au gîte d'étape du Boréon

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Courte étape d'environ 10km pour cette cinquième journée dans la traversée des Alpes du sud. Mais cela suffit pour faire un détour non prévu et profiter de l'aubaine de rencontres surprises. Philippe nous gratifie de surcroit de magnifiques photos de ces rencontres ainsi que du cadre historique de ces lieux hors du temps.



Samedi 31 août 2019
Madone de Fenestre Boréon

7h40 - 13h00, soit 5h20 de trajet avec un dénivelé positif de 626 m et un dénivelé négatif de 970 m

Voyez ici le Road Book du Refuge de la Madone de Fenestre au gîte d'étape du Boréon et la trace GPS Madone de Fenestre Boréon.

Les anglais de notre dortoir partent de bonne heure, ils déjeunent à 6h30. Aujourd'hui, pour nous l'étape est courte aussi nous ne descendons qu'à 7h00. Toute la nuit le vent a soufflé et la compensation ce matin est un ciel bien dégagé au lever du jour. Nous partons à 7h40 et prenons le chemin du Pas des Ladres. Le sentier est large, bien dallé et même parfois bordé d'une rangée de pierres. Nous suivons les marques rouges et blanches du GR. A la balise 368, le GR 52 part à droite et nous aussi. Ce n'est qu'une vingtaine de minutes plus tard, en voyant un chemin grimper à flanc de l'Agnellière, sur ma gauche, avec deux randonneurs que je commence à me poser des questions. Je consulte ma carte et ne vois pas de chemin à gauche de la trace du GR.

Un examen plus attentif de la topographie des lieux m'indique que nous sommes sur la montée du col de Fenestre. En effet, peu de temps après, apparaît le lac éponyme. Deux pêcheurs y ont bivouaqué et sont déjà en action.




Nous décidons de poursuivre notre ascension car un sentier relie le col de Fenestre au Pas des Ladres. Le GR a été déplacé et ni la dernière édition du topoguide, ni la version même en ligne de l'IGN ne prennent en compte cette modification. J'aurais dû faire un point topo à la balise. Très pratique d'ailleurs ce système de repère mis au point par le département des Alpes Maritimes. Il permet de se situer bien plus assurément car les balises sont repérées sur la carte au 1:25000 ème. Encore faut-il regarder la carte !

Quelques blockhaus terminent leur vie à plus de 2400 m d'altitude. La frontière italienne est à quelques décamètres ... depuis 1947. En septembre 1943, le col servit de route d'exil pour la communauté juive niçoise fuyant l'arrivée des troupes allemandes qui remplacèrent les troupes d'occupation italiennes. Capturés par les SS, ils furent (349) déportés vers Auschwitz. Seuls neuf survécurent. Le flanc piémontais de ce col fut ainsi le témoin du martyre de Saint Dalmas mort en 254. Légionnaire romain devenu évêque de Pavie, des brigands l'auraient décapité sur les bords du torrent descendant du col. Il aurait alors traversé la rivière, la tête sous bras pour mourir sur l'autre rive. Terrifiés les brigands auraient ramené son corps à Pédona où, quelques siècles plus tard, la reine des Lombards, découvrant ses restes, y fonda en 610 l'abbaye de Saint Dalmas ...



Mon égarement est récompensé par la présence de deux femelles bouquetins, des étagnes, suivies de leurs jeunes cabris. Elles nous passent devant et vont se pencher sur le sommet d'une falaise. Nous resterons un petit moment jumelles et appareil photo en main à les observer.

A la balise 369, quelques mètres avant le col frontalier de Fenestre nous bifurquons sur la gauche. Je vérifie sur mon téléphone, grâce à sa puce GPS et une carte téléchargée, notre situation; pratique ce mode pour vérifier sa position. J'ai juste, pour quelques instants, enlevé le mode "avion" pour nous situer, car sans cela la batterie s'épuise rapidement dans ces lieux loin des réseaux. On rejoint par un beau sentier le Pas des Ladres, toujours en suivant le balisage du GR 52. Le chemin est large et a été taillé pour le passage des mulets mais la montagne fait son œuvre et parfois nous sommes réduits à parcourir une sente étroite et aérienne. Une rouge queue s'envole au détour d'un ressaut. L'arrivée légèrement surplombante sur le Pas des Lardes à 2448 m avec la trace en lacets du chemin vaut le détour...


Deux allemands se reposent de leur montée dans l'ensellure du col. Ce sont les deux randonneurs entrevus sur le flanc opposé du vallon lors de notre ascension. Sur le versant occidental, la descente est facile et toute en lacets mais le sol "fuyant" appelle à la prudence. On verra d'ailleurs, un peu plus bas, un panneau annonçant la fermeture du sentier le 4 septembre pour dépose de matériaux héliportés avant réfection du chemin,
Un chamois traverse notre trace en contrebas, surveillant alternativement les deux randonneurs montant et nous qui dévalons. Il part tranquillement sur le flanc nord.


Peu avant le lac de Trécolpas, sur une belle pelouse, j'avertis Stéphane de la présence d'un autre chamois. Lui aussi s'éloigne sans précipitation. La vue sur le lac est superbe. Une petite île a l'air d'être accessible par une série de pierres posées là, les unes à la suite des autres et à fleur d'eau. Mais le soleil se voile et les nuages gris prennent le dessus. Nous quittons ce joli lieu pour emprunter une descente superbement empierrée.


Des séries de marches très larges se succèdent. Régulièrement une rigole dévie les eaux pluviales vers l'aval, les écartant du sentier. La bifurcation vers le refuge de la Cougourde est en vue. Sur le panneau, le GR 52 y mène. Ici aussi, le GR a été dévié et fait une boucle. Nous ne serons pas piégés une seconde fois.

Mais le soleil revient. Je propose à Stéphane de descendre tranquillement et n'hésite pas à remonter faire des photos ensoleillées de ce joli site encore désert à cette heure-ci. L'effort valait la peine, et j'y passe une vingtaine de minutes, puis redescend à nouveau sur le chemin caladé.



La forêt atteinte est magnifique. Des mélèzes aux troncs énormes me gratifient de leur ombre. Quelques pins cembro parsèment le flanc du Haut Boréon. Plusieurs cônes jonchent le sol entre les racines apparentes. Toutes les alvéoles des graines ont été vidées. Sûr que le cassenoix moucheté est à l'œuvre dans cette cembraie - mélezaie. Mais étonnement, pas de cris d'alarme si caractéristiques de cet oiseau. A la balise 425, je retrouve le sentier revenant du refuge de la Cougourde et ... la trace du GR 52. Là aussi, ni la carte Top 25, ni le site de l'IGN ne sont à jour. La carte de la dernière édition du topoguide indique même le chemin vers le refuge "Hors GR" ! Je croise de nombreux promeneurs en ce samedi matin, familles, couples, enfants, grands parents et petits-enfants, solitaire, groupe d'amis, il y a de tout.

Le sentier suit le torrent. La rivière donne d'ailleurs une belle ambiance sonore à cette descente où la forêt est lumineuse. Les genévriers et les myrtilles aux feuilles encore bien vertes tapissent le sous-bois au dessus des mousses. Au Pont de Peïrastrèche, on change de rive. L'ancien GR restait en rive droite, mais, là, la mise à jour est effective. Un cincle plongeur file, à mon passage, en aval du torrent. Il se pose sur un rocher entouré d'eau et dévoile son joli plastron blanc, puis se balance de haut en bas avec la queue. Tout à coup, le petit merle d'eau plonge dans l'eau vive et disparaît de ma vue. Je sais qu'il peut agripper au fond grâce à ses doigts puissants. Larves, petits poissons, impossible de voir ce qu'il a dans le bec lorsqu'il émerge en contrebas. Je le vois juste s'ébrouer.




Le chemin s'élargit et gagne une piste forestière. Fort heureusement notre trace tourne immédiatement à droite, descend en sous bois et regagne la rive droite. Stéphane m'attend sur le pont. Nous poursuivons dans une forêt mêlant feuillus et résineux presqu'en courbes de niveau. On traverse deux couloirs rocheux quasiment dépourvus d'arbres signant les fréquentes avalanches descendant du Mont Pélago situé mille mètres au dessus. Midi, nous déjeunons à l'aplomb du torrent descendant le vallon des Erps.




Il reste à peine trente minutes pour atteindre le gite. Celui ci n'ouvre qu'à 15h00 et on s'active à l'intérieur au nettoyage et au ménage. Nous allons patienter sur la terrasse. Les premiers "nordistes" ne tardent pas à arriver. Nous discutons avec eux, les renseignant sur l'option visite des gravures de la Vallée des Merveilles, sur le chemin de Camp d'Argent, sur l'option trace directe entre Merveilles et Sospel par le versant oriental de l'Authion. On nous ouvrira à 14h30. La surprise viendra d'une erreur de ma part. Nous logeons ce soir sous tente, soit, sur un lit avec une bonne couette, mais je m'interroge encore sur la mauvaise manipulation faite en juin lors de ma réservation. Comme dit Stéphane ... "Cela fera quelque chose à raconter" !


Le repas du soir se fait dehors sur la terrasse car la salle est complète. Toute une famille et des amis y fêtent un cinquantenaire. On est à la limite de la définition d'un gîte d'étape et, d'après les avis vus sur le net, ce n'est pas une première... Hier soir c'était, à la Madone de Fenestre, une trentenaire.

Après notre repas, je devrai patienter un bon moment, à cause de l'activité dû au service de l'anniversaire, pour honorer ma facture. J'aurai droit à une part de tarte aux pommes et chantilly en récompense, que je partagerai avec Stéphane sur le coin d'une table. C'est meilleur que la tisane ... en fin de repas.
Nous regagnons notre dortoir de plein-air. Tout compte fait, le hasard du couchage sous tente nous éloigne des bruits de cette joyeuse troupe. A toute chose malheur est bon... !



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Article mis à jour par Janol
le 20/03/2020
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Catégorie : Publication Randonnee


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(Écrit le 17/03/2020 - lu 250 fois)