Alta Via 1 : Refuge Ferraro - Refuge Grand Tournalin

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Avec cette nouvelle étape sur l'Alta Via 1, Philippe et Jacky arrivent à mi-parcours. Les paysages ne manquent pas d'être magnifiques et de faire le bonheur du photographe.



Lundi 29 août 2016

Refuge Ferraro - Refuge Grand Tournalin
8h25 - 11h15 soit 2h50 de "marche" (3h00 selon le topo) et 850 m de dénivelé+, + 420 m l'après-midi.

Voyez ici pour le Road Book Refuge Grand Tournalin

Lever à 7h30 pour un petit déjeuner tranquille. Sur le topo-guide l'étape ne fait aujourd'hui que trois heures. Et difficile de rallonger, car la situation des hébergements nous contraint. Cette brièveté me permettra, suite aux conseils de la gardienne du refuge Grand Tournalin de faire un aller retour au Col Croce.
Pour l'instant, je laisse partir Jacky avec un peu d'avance car j'aimerais prendre notre village-étape en photo au soleil. Aussi j'attends patiemment une bonne dizaine de minutes que ce dernier passe la crête pour éclairer Résy. Jacky sera rattrapé dans la descente par notre gardienne Fausta qui descend à la banque et faire quelques courses, marchant d'un très bon pas tout en sifflant. Sûr, il y a plus d'oxygène ici qu'en haut du Manaslu !


Une petite stèle est dédiée à Pier Giorgo Frassati, mort le 4 juillet 1925. Né d'une famille bourgeoise de Turin en 1901, il se mit rapidement au service de la foi et de la charité secourant les pauvres des taudis turinois sans même que sa famille le sache. Il mêle amitié spirituelle et plaisanteries au sein de la "Compagnie des types louches", crée par lui même, lors de nombreuses excursions dans les Alpes. Lors d'une de ses visites aux pauvres, il contracte la poliomyélite et meurt une semaine après, à 24 ans. Il sera béatifié par le pape Jean-Paul II en 1990.

Je rejoins Jacky à la Fonte degli Scoiattoli, la source des écureuils, entendant le son de mes bâtons il s'allouait une pause, bénéfique à ses genoux arthrosiques peu adeptes des fortes descentes. Une bonne dizaine de minutes après nous entrons dans le village de Saint Jacques, plus haut bourg du Val d'Ayas. On traverse le pont sur l'Evançon, torrent exutoire des différents glaciers de Veraz sous les sommets du Breithorn, de Roccia Nera et du Polluce.


Nous montons tout de suite dans une pessière une fois passées les maisons de Pelioz. Au soleil, l'une d'elles semble baigner dans un jus des années 50-60. Les maisons de Droles, c'est bien le nom du lieu-dit, sont posées sur une prairie fraîchement fauchée. Dans l'anfractuosité d'un mur de l'une d'elles, une banale "statue-flacon" de la Vierge signe la dévotion des propriétaires.

Un casse-noix moucheté se pose sur la branche d'un mélèze. Tout comme un écureuil, il se cache derrière le tronc à chaque tentative de photo. Je n'arriverai à déclencher qu'à son envol, et celle ci sera floue. On débouche sur les pâturages de l'alpage de Croués. Un petit oratoire a été bâti sur un rocher. Le bruit du torrent de Nana (ou Nannaz) se rapproche. Il sera notre fil conducteur ces deux prochaines heures.



Nous coupons plusieurs fois la piste forestière. Au niveau de l'alpage de Nana Dessous, elle est longée d'un petit canal à sec. C'est le rû Courtod, canal d'irrigation prenant sa source à 2080 m au pied du Mont-Rose. Long de 25 km, c'est le plus long du val d'Aoste. Les travaux furent autorisés en 1393 et se poursuivirent durant 40 ans jusqu'en 1433. Un consortium collectait l'impôt et organisait les corvées pour l'entretien du canal. Des gardiens contrôlaient l'écoulement des eaux et l'efficacité des travaux réalisés, disposant même de maisonnettes le long du rû. Il en reste une à Nana Dessous. Une centaine de famille, des "collines" ensoleillées et arides des communes de Saint Vincent, Emarèse et Challand Saint Anselme en Val d'Aoste, contrainte d'irriguer leurs terres, sont à l'origine de ce chef d'œuvre d'ingénierie hydraulique. Une grande partie du parcours est tubée et souterraine depuis les années 70. Voila pourquoi le petit canal est à sec !



L'eau, nous la retrouvons dès le torrent franchi. Le sentier remonte le vallon de Nana et suit le cours chantant et limpide de la rivière éponyme. C'est un ravissement tant pour l'œil que pour l'oreille. Un cincle plongeur ne s'y trompe pas. Il remonte à notre rythme le cours d'eau, se posant régulièrement sur des galets émergés. Nul doute que les eaux cristallines abritent larves et insectes aquatiques nécessaires à la pitance de ce merle d'eau au plastron blanc.
Nous quittons la rive droite par un petit pont de bois et entrons dans l'alpage de Tournalin.



Les vaches sont à la pâture. De nouveaux nous croisons la piste montant au refuge. Quelques coureurs nous doublent. Peu à peu le ciel se voile et de gros nuages font leur apparition. C'en est fini de la limpidité des jours précédents et la chaleur devient plus supportable. Nous retrouvons, la zone de combat franchie, ces paysages de haute montagne mélange d'herbe maigre et de sommets rocheux.

D'ailleurs à l'alpage Tournalin Dessus, les bovins ont laissé la place aux chèvres et aux moutons avec leurs longues oreilles pendantes. A 11h15 nous entrons dans le refuge Grand Tournalin. Posé à 2535 m et ouvert depuis 1994 il possède 3 étages et 80 couchages ... Nous serons 2 ce soir.

En attendant, nous négligeons pour un midi nos lyophilisés et nous attablons devant une assiette de pâtes à la sauce tomate et une panna cotta à la confiture de pêche. Jacky restera au refuge et j'irai, sur les conseils de la gardienne, aux lacs Croce.



A 13h30, sac à dos fortement allégé, je sors à l'arrière du refuge par le sentier numéro 4. Des deux lacs de Croce seul celui du haut est en eau. Je m'alloue l'ascension du petit col séparant le Mont Croce du Palon du Nana, et surplombe alors de près de 1000 m le village de Saint Jacques, m'offrant en prime la vue sur le massif du Mont-Rose et ses glaciers malheureusement dans les nuages. Redescendu aux lacs, je monte vers le col de Croce. Un bouquetin se détache dans l'ensellure sur fond de ciel gris. Au col ce seront 14 bouquetins que je compterai : femelles, jeunes de l'année et jeunes de l'année précédente. Ils garderont une distance de sécurité mais ne fuiront pas. La vue sur le massif du Cervin (Matterhorn) est large, mais la pyramide mythique a la tête dans les nuages. Sur la frontière suisse, les nuées sont bien plus présentes et bien plus sombres qu'ici.



Je rentre vers 15h. Jacky dort. Prenant mes affaires, je vaque à mes occupations dans le dortoir adjacent. A 17h00, le courant est établi et la douche chaude (à jetons) possible.
Nous finirons l'après-midi avec un chocolat chaud en écrivant chacun notre carnet de route. Je profite d'un livre sur la flore alpine pour nommer et légender une partie des fleurs prises en photo sur cette première semaine.
Au dîner : une petite part de quiche aux lardons, penne sauce tomate et parmesan, bœuf mijoté avec fondue de carottes et poivrons, polenta avec fontine gratinée sur le dessus et crème panna cotta ! Le berger de l'alpage Tournalin Dessus viendra boire un coup et discuter avec le couple de gardiens.
Vers 20h15 le ciel rougeoie. De lourdes volutes de nuages accrochent la lumière du soleil couchant passant du rose pâle au rouge le plus sombre.
Sombre prévision d'ailleurs. La pluie arrive demain !



A suivre Refuge Grand Tournalin - Refuge Barmasse





Article mis à jour par Philippe Chopin
le 09/02/2017
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Catégorie : Publication Randonnee


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