Traversée des Alpes du Sud Refuge de Larche Maljasset

  1. Articles sport
  2. Publications Randonnee

Longue étape que celle qui relie Larche à Maljasset. Des cols sont au programme et au dessus de 2500 m. Les paysages y sont aussi magnifiques que l'adaptation à la montagne de l'homme, son habitat et son mode de vie.



Samedi 7 septembre 2019
Larche - Maljasset
7h30 - 15h30, soit 8h00 pour 23,8 km de trajet avec un dénivelé positif de 1287 m et un dénivelé négatif de 1197 m

Voyez ici le Road Book du Refuge de Larche à Maljaset et la trace GPS du Refuge de Larche à Maljaset.

La nuit fut calme. Nous montons déjeuner à 7h00. On charge en muesli, yaourt, pain, beurre, miel, confiture et gâteau car dès le départ il y a 800 m de dénivelé positif à grimper pour atteindre le col de Mallemort. Cinq ans avant c'était en descente avec Jacky, descente que nous avions entrecoupé par le pique-nique. L'étape est longue, près de 24 km, et donnée pour 10h10 de marche. On part à 7h30 couvert de polaire. Nous sommes encore à l'ombre des sommets. On se découvrira dès que le soleil pointera son nez.



On distingue au fur et à mesure de notre ascension la vallée du Lauzanier et le Pas de la Cavale parcourus hier. Le ciel se couvre à l'approche du col. Le fort ou plutôt la batterie de Viraysse est juste au dessus de nous. Édifiée de 1885 à 1886, ce fut, à 2772 m, l'ouvrage le plus élevé des fortifications françaises du 19è siècle. Les poteaux électriques en bois et leurs isolateurs en verre sont encore en place. A 9h05 nous prenons un large chemin qui descend aux baraquements de Viraysse. L'ancienne caserne construite de 1887 à 1893 accueillait un casernement défensif de 450 hommes.


Le GR 5 descend sous la Meyna jusqu'à la cote 2361 puis pique vers le col du Vallonnet. On croise déjà du monde tant les hébergements sont variés et puis nous sommes samedi avec son lot de randonneurs à la journée. Le lac du Vallonnet est à sec. En me retournant je reconnais le col de la Portiolette, souvenir d'un passage en raquettes fort pentu où le guide nous avait fait serrer la paroi lors de son ascension. À 10h00 nous sommes à 2524 m, dernier col de la journée. On enfile la polaire, discutons quelques minutes avec un couple parti de Briançon et se rendant à Menton, puis prenons sans tarder le chemin de la vallée. L'étape est longue plus de 10 heures de temps topo. Peu à peu, dès le début de la descente le ciel se découvre. À la hauteur du vallon menant au Pas de la Couletta, le soleil revient.


La belle falaise bordant le flanc occidental du vallon accroche la lumière ; splendide. On rejoint, puis traverse le lit du torrent du Riou du Vallon. Un petit blockhaus de la ligne Maginot est enterré. Le fort de Plate Lombarde fut aussi un des forts de défense contre l'Italie, tout comme celui entrevu lors de la montée au Col de Mallemort. La passerelle franchie, le GR 5 reste sur le flanc oriental du vallon.

À la bergerie la fumée sort de la cheminée, le chien aboie. Un âne est resté dans le parc à moutons. Peu à peu le mélezin nous capture de ses charmes. Rarement un sous bois a été aussi lumineux et la lumière, filtrée par les aiguilles, aussi douce. Très difficile de rendre en photo cette ambiance. Je renonce et file rejoindre Stéphane. La vue vers les crêtes de Vars s'élargit et les sommets vers Font Sancte, plus à l'est, sont poudrés de blanc.



On arrive à Fouillouse à 11h20. Soit, nous avons bien monté et pas traîné dans la descente mais chacun a pris le temps de faire des photos. Le topoguide donnait 5h45 pour y arriver, nous avons mis 3h50. Deux heures de gagnées... Quand on voit les délais serrés du GR 52, on pourrait sourire tant ceux-ci sont larges. On prendra 20 minutes pour fureter et profiter de ce joli hameau de montagne. Le village fut très cher à l'Abbé Pierre car ces ancêtres en sont originaires. Joseph Grouès, berger de Fouillouse, fut le père d'Henri Grouès dit l'Abbé Pierre. Joseph Grouès venant vendre la laine de son troupeau, à Lyon, devint drapier et vendeur de tissus et s'y installe définitivement. Antoine Grouès, grand-père de l'Abbé Pierre habitait déjà Fouillouse.
On visite le petit cimetière à la porte duquel trône la maxime "Souvenez-vous que nous avons été ce que vous êtes, et que vous serez ce que nous sommes".
Je découvre la tombe de Jean Baptiste Bourillon, aubergiste et guide, natif de Fouillouse, dernier habitant permanent et encore présent à l'hiver 2006. Il avait alors 82 ans.

La petite église Saint Jean Baptiste est close. Son clocher-mur, de belle taille, abrite trois cloches. Il avait été endommagé tout comme la voûte lors de tremblement de terre au printemps 1959.

Le café Bourillon a gardé la même enseigne et au commerce des boissons s'est adjoint une petite épicerie. Sûr que plusieurs randonneurs sont contents de trouver du ravitaillement ici, leur évitant une longue redescente en vallée. C'est Odilon et sa compagne Inès que j'avais connu sur le refuge CAF de Maljasset qui ont repris le gîte d'étape. La terrasse s'est agrandie, les abords sont plus riants et les lapins dans leur clapier font le bonheur des petits ... et des grands... Entre oratoire, fontaine en pierre dont le bassin est fait dans un seul bloc et les maisons parfois soutenues au rez-de-chaussée par des contreforts, le village offre un joli patrimoine vernaculaire. Les prises de vues se succèdent.



On reprend le GR 5 qui gravit le flanc des Vistes. C'est de ce point de vue, la toponymie en atteste, qu''on surveillait l'ancien chemin muletier, montant de Serenne avant l'ouverture de la route. Rapidement on gagne la forêt. C'est alors une longue descente à l'ombre fraîche. Ici aussi, il reste des framboises. Une maison, récemment rénovée, jouxte encore quelques ruines posées dans l'ensellure d'un petit col à la Meire et laisse entrevoir la haute vallée de l'Ubaye. On débouche sur la route, unique point de passage. Un petit tunnel précède le pont du Châtelet. En ce samedi, motards et automobilistes viennent voir cet ouvrage exceptionnel par son emplacement.


Posé au sommet d'une gorge étroite de 27 mètres et très profonde, le pont du Châtelet surplombe la rivière Ubaye de 108 mètres. L'écrin montagneux, la roche aux tons ocre-gris, l'étroitesse, comme l'enchaînement immédiat avec un petit tunnel de roche à voie unique, rendent le site vraiment marquant. Pour faciliter l'accès permanent au hameau de Fouillouse, un projet de tracé d'une nouvelle route avec franchissement de l'Ubaye par un pont au verrou de Châtelet est proposé en août 1875.
Le conseil municipal approuve ce projet en 1878 mais en retenant une solution de pont en bois moins onéreuse. Le conseil municipal prend finalement en juillet 1879 la décision de construire un pont en maçonnerie, plus durable. Les autorités militaires donnèrent leur accord pour cette voie stratégique. Le pont est terminé en 1882. Deux ans plus tard, on perce un tunnel de 28 mètres de long. La route donnant accès à Fouillouse n'est carrossable qu'en 1888. En 1944 le pont a été miné, seule la chaussée a été détruite, l'arche ayant résisté. Le pont fut restauré en 1945.



On déjeune à l'ombre des érables dans un champ où les colchiques voisinent avec les marmottes. A partir du pont, la route et le bitume sont le lot de tout randonneur qui veut rejoindre Maljasset par le GR 5. Pas d'alternative pour le moment. Hubert Longeron, le propriétaire du gîte de la Cure nous expliquera que peu à peu, par les chemins communaux, le parcours sera plus bucolique. Pour nous pas de soucis, chaussés de baskets légères nous profitons des superbes vues sur les sommets de part et d'autre de la route et sur la rivière Ubaye.

A Saint Antoine la chapelle présente un clocher-tour totalement indépendant de petit édicule. Cette chapelle du 18è siècle fut construite par les habitants du hameau et son clocher campanile date de 1819. Sur la fresque en pignon, Saint Antoine de Padoue intercède auprès de la Vierge pour les âmes du purgatoire. Le thème était déjà traité à l'intérieur sur une toile de facture populaire. Joseph-André Signoret, cultivateur à Serenne et colporteur à Lyon l'a copiée en 1811 en façade pour placer le Saint en vue des passants.


On quitte ce hameau un peu écrasé par les barres rocheuses du Nid d'Aigle et de la Combe de l'Ours à l'ubac. Les kilomètres (nous en avons neuf à faire depuis le pont de Châtelet) passeront rapidement et nous nous étonnons même d'apprécier ce tronçon. Contrairement aux "nordistes" qui n'avaient pas aimé cette partie, voire l'avaient évitée d'un coup de stop en voiture, nous apprécions deux choses. L'après-midi cette vallée est au soleil contrairement au matin et puis ne pas avoir à regarder ses pieds et laisser trainer ses yeux dans le paysage est très agréable. Au Pont Vouté, l'ancienne voie court sur la rive opposée à la route. De nombreux rochers tombés des parois dominantes jonchent les portions de chemin non effondrées. On comprend pourquoi la nouvelle route franchit l'Ubaye et change de rive.


On continue en explorant des yeux les multiples couloirs d'avalanche descendant de notre droite et admirons l'écrasant sommet du Grand Bec de la Blachière.

La bergerie face au vallon des Houerts a disparu lors de l'énorme crue de la mi-juin 1957. L'Ubaye qui passait alors au ras du talus de l'Ubac, rive gauche a alors changé de lit, obstruée qu'elle fut par les matériaux charriés par le torrent de Chillol. Les eaux firent choir le mur nord de la bergerie, la charpente couverte de lauzes a alors pivoté, toutes les lauzes du pan sont tombées et ont formé une digue naturelle protectrice. De gaillards chasseurs, informés de la situation, ont réussi un défi incroyable. Ils sont remontés à partir du Pont du Châtelet le long de l'Ubaye en furie et ont sauvé tout le troupeau.

À la Barge, on découvre un joli four banal et de vieilles maisons. Plus que deux kilomètres et Maljasset est en vue avec son église de Maurin. Le bâti est ancien. Là où l'enduit a été retiré on distingue fort bien l'appareillage en pierres liées à la chaux. Les dalles qui servent de linteaux ont au dessus d'elles un arc de décharge limitant fortement le poids sur leur faible épaisseur évitant ainsi une probable rupture. Un cadran solaire anime une façade. Daté de 1860, la devise écrite en latin signifie "L'homme est un loup pour l'homme". Ce pourrait être l'actualité locale ! Depuis son retour en 1992, le loup fait polémique. Les murs du transformateur EdF en atteste avec un joli graffiti.





La petite chapelle Notre Dame des Neiges est ouverte en ce samedi après-midi. Elle présente un joli décor sur des murs chaulés de blanc. Un petit autel et un tabernacle montrent que les villageois assistaient ici à la messe, évitant ainsi de redescendre en vallée pour l'office à Serenne. Une vielle boite aux lettres est encore fixée à sa façade.


Au pied de la Pointe Basse de Mary, un pan de montagne parait plus sombre. C'est l'ancienne carrière de marbre, un marbre veiné de blanc à nuances vertes. Les marches de l'Opéra Garnier et le socle du tombeau de Napoléon sont fait en marbre de Maurin. L'exploitation commença au 5è siècle pour finir en 1960 avec un pic d'activité au milieu du 19è siècle. Le moulin-scierie de Maljasset fut exploité durant une cinquantaine d'année à la découpe des blocs.


Le hameau de Maljasset où nous arrivons à 15h30 est situé dans un bel élargissement de la vallée. Les prés l'entourent. Dans ce paysage de hautes montagnes minérales, il présente un bâti de pierres et lauzes qui se bonifie au fur et à mesure de mes passages. Nous logeons chez Hubert et Klyte (son épouse d'origine australienne) Longeron. Lors la randonnée Chianale Maljasset Jacky et moi y avions dormi en 2014, suite au mauvais souvenir de la literie du refuge CAF quelques mois avant. Nous y avions aussi beaucoup aimé la cuisine d'Hubert.

Un aller-retour à l'église de Maurin s'impose. Isolée au milieu d'anciennes prairies de fauche, elle présente un style roman tardif.
Fondée au 12è siècle, l'église fut reconstruite en partie après la destruction par une avalanche comme le rappelle l'inscription sur le tympan. "1531 lo 14 febrier svalancha la gleiso".
Les toits de l'église et du hameau sont couverts de lauzes ; une belle harmonie sur ces toitures. Solides, très résistantes aux intempéries et aux incendies elles présentent l'inconvénient d'être très lourdes. Il faut une charpente solide pouvant supporter jusqu'à 500kg/m2 lorsque l'hiver la neige s'ajoute au poids de pierres clivées.



On déambule dans les ruelles, observant les différents cadrans solaires du hameau ; un, du fameux cadranier Francesco Giovanni Zarbula de 1860, mais aussi un faux tout récent sur la façade de la maison d'hôtes, les Zélés, ou encore un autre très complexe, comprenant trois cadrans dont la devise dit :"Je suis pendu à la muraille pour enseigner l'heure qu'il est aux braves gens et à la canaille" et daté de 2012.
Ce cadran solaire reprend les trois tracés juxtaposés d'une maison en grande ruine de la Barge. Celui de gauche représente les heures italiques permettant de connaître le nombre d'heures depuis le coucher de soleil de la veille. Le cadran en bas à droite indique le temps solaire local, temps traditionnel en vigueur jusque dans les années 1880. Le dernier, plus petit, tracé en haut à droite, représente l'azimut du soleil, mesurant en degrés son parcours dans le ciel.


On s'installe boire notre "Sauvage ambrée" au soleil déclinant de la terrasse de l'auberge, avant de rentrer se mettre au chaud dans la superbe étable convertie, en 1986 par la mère d'Hubert, en une splendide salle à manger. Dehors à 1900 m d'altitude, la fraîcheur est tombée dès que le soleil est passé derrière les cimes et ici le poêle est allumé.
Cette nuit nous dormons avec un couple d'italiens dans le dortoir...



Sur le même sujet :

Traversée des Alpes du Sud Budget de BibliographieTraversée des Alpes du Sud Budget de Bibliographie

Pour compléter ce dossier sur la Traversée des Alpes du Sud, Philippe nous a fait part de la bibliographie pour préparer cette randonnée, ainsi que du budget.


Traversée des Alpes du Sud Brunissard BriançonTraversée des Alpes du Sud Brunissard Briançon

De Brunissard à Briançon, est l'étape qui termine la Traversée des Alpes du Sud. La météo est mitigée et c'est sous un ciel gris que le dernier col est passé. Certains lieux rappellent les randonnées précédentes, d'autres construisent les souvenirs de demain.


Traversée des Alpes du Sud Ceillac BrunissardTraversée des Alpes du Sud Ceillac Brunissard

Le Queyras et ses trésors est encore à l'honneur sur la Traversée des Alpes du Sud. Le sommet à 2301 m sera atteint tôt dans la matinée. Des lieux magnifiques à contempler, des rencontres pittoresques à faire, des curiosités à aller chercher, c'est ainsi que naissent les souvenirs au jour 13 de la randonnée.


Traversée des Alpes du Sud Refuge de Maljasset CeillacTraversée des Alpes du Sud Refuge de Maljasset Ceillac

Au 13ème jour de la Traversée des Alpes du Sud, le coeur du Queyras est là, avec aux alentours ses plus grands sommets. C'est dans ce cadre bucolique, idéal pour la randonnée pédestre et la photo, que Philippe et Stéphane évoluent.


Traversée des Alpes du Sud Gîte d'étape de Bousiéyas Refuge de LarcheTraversée des Alpes du Sud Gîte d'étape de Bousiéyas Refuge de Larche

Nouveaux cols, nouvelles vallées et nouvelles rencontres ponctuent cette étape de 7h30 de marche. C'est au au cur des alpages, entre moutons, marmottes et paysages de toute beauté que Philippe retrouve ses repères des randonnées précédentes.






Article mis à jour par Janol
le 27/03/2020
Hits 134

Catégorie : Publication Randonnee


Faites passer Imprimer

Voyez également nos récits de sport



Autres publications randonnée

Traversée des Alpes du Sud de Menton à Briançon

La Grande Traversée des Alpes (ou GTA) est l'enchainement des GR5 puis GR52 pour partir du Lac Léman et prendre son bain à Menton. Mais c'est aussi avec la lumière du soleil dans le dos pour faire face aux magnifiques paysages de montagne que la GTA se fait. C'est ce que nous propose Philippe avec une formidable randonnée de Menton à Briançon sur une durée de 15 jours, du lundi 26 août au mardi 10 septembre 2019.
(Écrit le 17/03/2020 - lu 250 fois)