BRM 600 qualificatif pour PBP 2019 très technologique

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C'est une bonne quinzaine de cyclos qui se présentent au départ du dernier brevet qualificatif de Paris Brest Paris 2019 avec le 600 km
Ce brevet développe 5.200 mètres de dénivelé, il est ainsi un candidat de choix pour tester son état de forme pour se présenter honnêtement sur PBP qui compte deux fois plus de km (1200) pour deux fois plus de dénivelé (de l'ordre de 10.000 m).



À cinq heures tapantes à la montre de l'organisateur le groupe est lâché sur le parcours. Les niveaux des cyclos sont assez hétérogènes et représentent bien ce que Paris Brest Paris permet, que les cyclos qui souhaitent tourner la mythique épreuve en moins de 50 heures côtoient les cyclos qui feront, en moins de 90 heures, l'aller retour dans l'esprit légendaire d'entraide et l'ambiance de PBP et de ses aires de contrôles.

C'est ainsi un peloton groupé qui s'élance gentiment, il y a 600 km au programme avec un beau soleil, pas de vent et une température qui devrait dépasser les 24 degrés. Nous sommes début juin et les nuits sont encore fraîches sur Montréal et sa région, aussi certains cyclos sont équipés en long, d'autres doivent avoir prévu ce qu'il faut dans leurs sacoches. A moins que...
Chacun ou presque a le tracé du parcours sur GPS, la technologie est au point et apporte un plus aux cyclos qui auparavant devaient naviguer avec une feuille de route à garder à portée de main. Un tel brevet durant plus que le nombre d'heures des GPS, il faut alors prévoir de quoi recharger le GPS en route, batterie de secours, dynamo, accès au réseau électrique à la pause. En cas de doute ou de secours, il y a également les applications de cartographie sur smartphone, telles que maps.me ou komoot qui permettent aux cyclos modernes de ne pas se perdre et de pouvoir poursuivre leur brevet.

7h00, le premier contrôle est atteint, les cartes de route sont tamponnées et deux options se présentent, rouler seul ou rouler avec le peloton dont la seule motivation est de se qualifier, peu importe la moyenne, avec minimalement des heures de sommeil. J'opte pour rouler seul, préférant ne pas dormir et ainsi mieux comprendre l'effort avec un manque de sommeil, sachant que PBP se fera avec un arrêt sommeil d'un unique cycle par nuit.

Deux rapides cyclos se sont portés à l'avant, je ne suis peut-être pas en mesure de les rattraper, mais un 600 km est long.
C'est justement en cours de route que les deux cyclos sont rencontrés. Un petite pause auprès d'un artisan boulanger fera des heureux, avec notamment un pain aux raisins digne de ce nom. Quelques délicieuses bouchées et le pain aux raisins dans son emballage papier rejoint mes poches arrières pour une dégustation plus tard sur la route au grès du profil.

Magog approche mais auparavant, le parcours permet d'aller voir si sur le Mont Orford le soleil est aussi brillant que dans la vallée. J'en profite pour ainsi revenir sur le président du club, qui est passé lors de la pause à la boulangerie artisanale, puis rattrape un des deux cyclos qui avait pris les devants. Nous sommes ainsi trois à l'avant, tous intéressés pour rouler la nuit.

Après Magog, c'est le second contrôle qui est l'objectif. Situé au km 180, ce contrôle permet de faire une petite pause dans la journée, il est midi. Il y a de belles bosses à franchir et le trio de cyclos roule de manière éclatée : à chacun son rythme. Il peut n'y avoir que 500 m de distance entre le cyclo de tête et le cyclo de queue mais ces 500 mètres sont un confort d'allure permettant à chacun de monter les bosses comme il le sent ou de les descendre selon son propre niveau de risque.

Plus loin, km 235, c'est la pause au contrôle 3. Et le mini peloton est encore éclaté. Carl et moi après avoir pointé à la station essence, décidons d'aller faire les courses à l'épicerie qui est de l'autre coté de la rue.
Carl me dit qu'il va contacter Jonathan, pour lui dire où nous sommes.
- Tu as son numéro ?
- J'ai son facebook !
Moins de 5 minutes après, Jonathan nous rejoint dans l'espace repas de l'épicerie. La technologie est efficace.

C'est cette autre technologie des réseaux sociaux qui va illustrer nos propos durant ce brevet. Les réseaux nous présentent des modes de pensée, des champions, des vies d'athlètes, tout cela avec des photos, du rêve, et des articles partiels et creux mais largement commentés par un public qui consomme plus qu'il ne pratique. Le système génère sa propre audience et s'écarte complétement de la réalité des choses et des efforts que l'on vit dans un brevet. Les ressources à déployer pour la réussite d'un brevet sont à l'opposé des acclamations du web, c'est ainsi que naissent les champions virtuels des réseaux sociaux. L'humilité requise pour Paris Brest Paris se marie guère avec ces considérations mais la vieille organisation parisienne évolue doucement vers ces réseaux là.

Nous repartons ensemble attaquer les bosses de l'après-midi sous le soleil. Nous roulons tantôt roue dans roue, tantôt à chacun son rythme. Le village de Notre-Dame-des-Bois est ainsi passé par 3 cyclos en solitaire, sur trois braquets différents.
Au bas de la descente sur la route qui mène au Lac Mégantic, Carl est arrêté, attiré par une baraque à sandwichs. C'est fait maison, sur place, hélas la carte bancaire est refusée, il faut obligatoirement des espèces pour payer, alors que nous sommes en 2020.
Dés que le troisième cyclo arrive, nous repartons vers le contrôle de mi-parcours. La route est longue mais en bon état et le nombre de bosses va encore éclater le groupe. Le Lac Mégantic est sur la gauche, majestueux via les quelques points de vue que le paysage offre.
Dernière montée vers le contrôle qui se situe à la sortie de la ville. Il est bientôt 20 heures.
C'est un café purement québécois qui valide nos cartes et nous permet de nous restaurer, café, sandwich, soupes, tout est bon.
Avant de repartir, les lumières sont branchées et les vêtements de nuit sont ajoutés en couche supplémentaire.

Le prochain contrôle est dans 90 kilomètres. La nuit tombe sans faire de bruit sur des cyclos bien déterminés à rouler. Il n'y a pas beaucoup de bosses, il fait nuit, il y a de belles portions de plat et le groupe roule de belle manière. Les relais sont effectués régulièrement, les bosses sont montées en groupe ou séparément, mais les cyclos se retrouvent au sommet et roulent de concert. Les sensations m'ont rappelés les flèches velocio effectuées dans une autre vie, la cohésion du groupe de cinq étaient une pièce maîtresse de la réussite de la flèche. Ce sont ces excellents souvenirs qui sont en train de naître sur la route vers le contrôle 5. Une nouvelle pause nous permet de nous restaurer dans une boutique qui ferme à 1h00 du matin. Il nous reste 20 minutes pour commander nos sandwichs faits sur place et les dévorer.

Dehors la température n'est pas bien élevée au dessus de zéro. Sitôt sortis nous repartons et nous réchauffons dans une belle bosse, bien longue et dont le parcours a le secret.
100 km est la distance qui nous sépare du contrôle 6. Passé les 3 heures du matin, le ciel dans notre dos commence à s'éclaircir, c'est une bonne nouvelle mais cela signifie qu'il va faire froid avec sûrement du vent lorsque le soleil va montrer le bout de son nez. Cela ne nous empêche pas de rouler, de monter en groupe plus souvent qu'en solitaire. Mais le froid est là, et toutes les boutiques sont fermées, il faut dire qu'il est encore tôt à 5 heures du mat et le soleil au dessus de l'horizon nous dispense de rouler avec nos lumières mais ne donne pas plus que 5 degrés. Les routes empruntées sont désormais des routes connues car d'autres brevets les ont utilisées. Nous en profitons pour rouler encore un peu plus vite, si bien que le contrôle 6 se présente à nous.

C'est encore un café québécois et celui ci nous réchauffe avant la dernière étape.
Curiosité moderne, le café accepte les paiements avec application sur le téléphone alors que dans l'après-midi seul le paiement en espèces était accepté. La technologie n'avance pas partout à la même vitesse et le dur retour à la réalité des choses ramène les comportements aux fonctions de base.

Les discussions tournent autour de PBP 2019, mais également sur l'achat de matériel vélo. Il y a quelques années, l'achat se faisait auprès du vélociste du coin, puis auprès de magasin de type multi-sport. Désormais et pour beaucoup de cyclos, se sont les boutiques en ligne, anglaises ou allemandes, qui captent les clients des boutiques physiques. Les boutiques virtuelles prennent le dessus avec une technologie plus rapide à faire évoluer.

Il fait dix degrés lorsque le groupe reprends la route. Il reste 90 kilomètres. Je ne prendrais que peu le relais sur cette dernière portion, il y a moins de plaisirs sur les routes parfois défoncées que durant la nuit sur les routes entretenues. Parfois le compteur se fige sur 33 km heure, parfois il aborde les 40 km/h.

L'entrée sur la région montréalaise est laborieuse, les feux rouges, la circulation qui s'intensifie, les nids de poule qui se multiplient. 6 kilomètres nous séparent du but, puis 4, puis le dernier feu rouge qui nous ralenti, puis les feux verts qui nous font gagner du temps et à 10h40 à la montre du caissier de la boutique qui fait office de contrôle, les cartes de routes se voient remplir la dernières case.
Yes, le brevet est réussi, la porte de la participation à Paris Brest Paris s'ouvre un peu plus. La qualification est en bonne voie. Le petit nuage du bonheur est en train de se former, il va être possible de monter dedans et d'y rester pour les 6 mois qui suivront la légendaire épreuve.

Sur un plan purement personnel et très loin de l'esprit randonneur, le record personnel sur le parcours a été battu avec un gain de plus d'une heure. Sur le plan de l'esprit randonneur, rouler à plusieurs a permis à chacun de se surpasser. Je n'aurais pas spécifiquement eu envie de rouler à plus de 30 km/h dans les 50, 100 et 200 derniers km, mais lorsque les autres cyclos du groupe, ceux là même qui t'ont attendu lorsque tu reparais une crevaison, ont roulé à plus de 30, alors tu trouves la motivation et les moyens physiques de rouler à plus de 30 km/h. Et magiquement, après 500 km, avec une bonne alimentation, l'énergie est là et ça roule. Le cerveau se prends alors un shoot de sensations positives. Cela bien sur m'a rappelé les 300 derniers km de Paris Brest Paris 2011, où après 900 km, je me décide enfin à rouler sur la plaque pour terminer en pleine euphorie, et avec le sourire, ces 300 km en 13 heures. Heureux que je suis sous l'effet de l'endorphine. Et en cette fin de 600km, j'ai les mêmes sensations de bonheur, de réussite, de puissance, alors que durant les 150 premiers kilomètres, je sentais des jambes lourdes et sans puissance.

Ce brevet de 600 km vient ainsi clore la qualification attendue depuis l'année passée avec les brevets de pré-inscription.
Rendez vous est pris à Paris pour fin août et avec les BRM en 2022 pour l'éventuelle pré-inscription à PBP2023.


Voyez ici ce qui s'est ensuite passé sur Paris Brest Paris 2019


Toutes les infos sur Paris Brest Paris





Article mis à jour par Janol
le 10/06/2019
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