Alta Via 1 : Refuge Barmasse - refuge Cuney

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Autres vallées, autres paysages avec une flore différente, la randonnée se poursuit sur l'Alta Via 1 avec des belles rencontres.



Mercredi 31 Août 2016

Refuge Barmasse - Refuge Cuney
7h30 - 14h15 soit 6h45 de "marche" (6h50 selon le topo) et 1365 m de dénivelé+.

Voyez ici pour le Road Book Refuge Cuney

Il a plu en deux vagues cette nuit mais ce matin le ciel est plus dégagé qu'hier. Le chemin est aisé à suivre avec tous les petits fanions plantés pour les deux épreuves d'ultra-trail. Nous descendons à l'alpage Cortinaz Dessus puis Dessous, tous les deux reliés par une piste. Sur la carte une autre piste apparaissait en courbe de niveau mais le tracé l'évite car c'est une zone de chutes de pierres. En contrebas, là où nous passons, les blocs encombrent le cône d'éboulement. Certains d'ailleurs sont descendus récemment, vu la couleur des tranches de cassure, et ils sont ... énormes ! A Fornace, les bergers, travailleurs roumains, sortent les vaches de l'étable. Nous gagnons de l'altitude par une belle mélèzaie, certains spécimens étant plus que centenaires. Le dessin de leur écorce est une sculpture à lui seul.



A 9 heures, nous atteignons notre premier col, la fenêtre d'Ersaz nous faisant basculer dans le vallon de Chavacour. Notre vieux guide est à quelques centaines de mètres devant nous. Il a déjeuné succinctement à 6h30, partant peu après. Ses vieux genoux lui imposent un rythme lent, dit-il, et l'étape fait près de sept heures.

Nous passons sous l'alpage de Vaeton (ou Vareton, suivant la version carte ou topo-guide). Deux bergers en descendent après avoir remis à l'herbe leurs bêtes. Le sentier perché sur le flanc oriental de la vallée, offre une belle vue panoramique. Un troupeau occupe le lit du torrent de l'alpage Grand Raye (ou Drayère).



Les anciens bâtiments aux solides voûtes font, ici aussi, face à la vallée. Une grosse station d'épilobes les entoure. Cette tache violette dans la montagne à cette époque de l'année (nous sommes le 31 août), où peu de fleurs sont encore présentes, est un enchantement. Deux chiens aboient nous signalant, plus bas, la présence d'un berger.



Nous remontons jusqu'au replat où se situe le lac de Tsan. Là aussi un troupeau pâture. Un coup de sifflet de marmotte, différent de l'habitude, nous avertit. Un aigle passe dans le ciel. Encore jeune, ce dernier présente de grandes taches blanches dans la voilure. Un petit bivouac domine au sud de la petite étendue d'eau. Le bivouac de Tsan, en voûte au toit de tôle, dispose de 9 lits et d'un poêle. Un peu tôt pour y déjeuner nous poursuivons. On entre alors dans une zone karstique où fissures et failles sont encore bien fournies en fleurs. Beaucoup ne sont pas encore fanées. Je finirai de nombreuses fois à genou pour les cadrer, le ciel gris étant très favorable à une exposition uniforme.




De ressauts en replats, nous atteignons la portion finale, un peu raide, de la Fenêtre de Tsan, col situé à 2738 m d'altitude. L'ambiance minérale est plus austère et les nuages accrochent les pics environnants à l'allure un peu menaçante.

On pénètre dans le splendide bassin sommital du vallon de Saint Barthélémy, dominé par le pic (Becca) de Luseney encore tout ennuagé. La descente est raide. Un couple de français fait l'étape en sens inverse, ce sont les premiers randonneurs de la journée que nous croisons. Rapidement nous perdons 200 mètres de dénivelé et par un sentier presque en courbe de niveau gagnons le bivouac Luca Reboulaz.
Là aussi, sur la tête de cette vallée les fleurs sont encore présentes mais au fur et à mesure que nous approchons du seuil du bassin du torrent de Luseney, la roche change de couleur. Nous quittons la zone karstique. Un petit cairn surmonté du crâne d'un bovin balise l'arrivée au bivouac Reboulaz.




Ce splendide bâtiment de pierre et de bois fut inauguré en 1993. Il dispose de 24 lits, d'une grande salle avec cuisine et tables, d'un poêle et d'une source à l'extérieur. Il est dédié au jeune alpiniste Luca Reboulaz, mort sur le Pic de Luseney. Nous y déjeunons au chaud, car dehors la grisaille et la fraîcheur règnent. Je contribuerai, par un coup de balai dans la pièce principale à son entretien.

La pause méridienne passée, nous traversons le torrent, contournons le lac et passons sous les 3.503 m du Pic de Luseney et son énorme moraine.

Le sentier passe à droite le long de la paroi rocheuse, pour sortir de la tête de cette vallée et atteindre le Col Terray à 2.780 m d'altitude, point culminant de l'étape.




Nous perdons, ici aussi, rapidement de l'altitude par une série de lacets où quelques passages sont facilités par la présence de marches. Un couple de hollandais nous croise, ils dormiront ce soir à Reboulaz recherchant, selon leurs dires, ce type de lieu d'étapes.

Toujours en balcon, le sentier chemine au milieu de vastes flancs détritiques, immenses pierriers. Certains tronçons sont un peu aériens et exposés au vide. Le pas se doit d'être lent à défaut d'être assuré.


Peu à peu les pentes deviennent plus sages et l'herbe colonise les flancs de la montagne. Les centaurées encore en fleur sont assaillies de papillons que nous faisons envoler à notre passage.

A l'approche du torrent de Cuney apparaît l'abside de la chapelle. Le refuge est atteint à 14h45. Quelques gouttes tombent puis s'arrêtent nous laissant le temps de passer un coup de fil du haut du promontoire dominant la vallée.

Nous enlevons nos chaussures et gagnons le dortoir. Tout à coup, sur la tôle du toit, les gouttes se font plus bruyantes. Une forte averse tombe, elle durera une bonne quinzaine de minutes. La douche sera glaciale et la lessive, faite peut-être à tort, finira de sécher le soir devant le poêle allumé pour le repas. Nous visitons l'Oratoire de Cuney, superbe chapelle.


Dédié à Notre Dame des Neiges, ce sanctuaire construit en 1659 et agrandi en 1869 est considéré à 2656 m comme le plus haut des Alpes. Chaque année, les habitants de Nus (au confluent de la vallée de Saint Barthélémy et de la Vallée d'Aoste) se rendent en procession le 5 août, et assistent à trois reprises au rite de l'immersion de la Croix dans la source bénite.

Le vieux guide arrivera à 18h50 ayant fait en plus du trajet un sommet à 3.150 m. Heureusement il n'a pas pris la pluie. Il a vu un gros troupeau de bouquetins aux abords du bivouac de Tsan et croisé un loup alors qu'il était hors sentier. Je lui offre un coup à boire car il a retrouvé ma casquette dont le velcro, de piètre qualité, s'était détaché d'une des sangles du sac à dos. Ce soir nous sommes pour la première fois depuis le 22 août, la cause dortoir au unique, cinq personnes. En effet deux canadiens arrivés sous la pluie, puis ressortis un peu avant la grosse averse sont aussi avec nous.
Ce couple de québécois randonnent régulièrement dans les Alpes. Ils font cette année quelques tronçons de l'Alta Via n°1, rejoignant leur voiture pour passer à une autre boucle. Mais ils ne trouvent pas la rusticité de notre refuge à leur goût, préférant les refuges-hôtels. Étonnant ce choix de Cuney alors, car toutes les informations disponibles ne cachent pas le côté rude du confort de Cuney.

Nous dînons tous les cinq : spaghettis bolognaise (ou minestrone) puis polenta et sauté de veau pour finir avec une panna cotta aux fruits rouges. Attentivement nous écoutons l'ancien guide nous conter ses ascensions. Les massifs des continents, américain, asiatique et africain, ont été visités en guidant de nombreuses expéditions. Il tint durant 22 ans un refuge sur le versant italien de la Bessanèse (Mont-Cenis) et monta 22 fois au sommet du Mont-Blanc. "C'est facile", énonce-t-il avec son accent piémontais en contrepoint de notre admiration. Dans le dortoir nous occupons avec Jacky le niveau du sol, les canadiens le troisième niveau des bat-flancs et le vieux guide le seul lit métallique du dortoir face à la fenêtre. Avec un bon stock de couvertures la nuit devrait être bonne. Elle le fût !

A suivre Refuge Cunéy - hôtel Valentino à Bionaz

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Article mis à jour par Philippe Chopin
le 11/02/2017
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