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Traversée des Alpes du Sud Ceillac Brunissard

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Le Queyras et ses trésors est encore à l'honneur sur la Traversée des Alpes du Sud. Le sommet à 2301 m sera atteint tôt dans la matinée. Des lieux magnifiques à contempler, des rencontres pittoresques à faire, des curiosités à aller chercher, c'est ainsi que naissent les souvenirs au jour 13 de la randonnée.




Lundi 9 septembre 2019
Ceillac - Brunissard
7h30 - 15h45, soit 8h10 de trajet pour 22,4 km avec un dénivelé positif de 1367 m et un dénivelé négatif de 1247 m.

Voyez ici le Road Book de Ceillac à Brunissard et la trace GPS de Ceillac à Brunissard.

Ce matin c'est -2 degrés au thermomètre du gîte. Le ciel est limpide et le vent absent. A 7h30, nous remontons le cours du Cristillan responsable de très gros dégâts en 1957. Nous attrapons le soleil un peu après avoir passé le hameau du Villard. Les crêtes d'Escreins et de la Font Sancte sont inondées du soleil levant. Nous montons au col Fromage; un bon rythme, la fraîcheur matinale aidant. À 9H00, nous sommes au sommet à 2301m. Ce sera le point culminant du jour.




La Crête des Chambrettes, vue de loin hier, est à notre gauche et son poste optique juste au-dessus de l'à-pic. Comme celui de la Tête de Favière, vu hier, il communique avec ceux du Sommet Bucher, du Pic de l'Agrenier ou celui du Clot de la Cime au-dessus du col d'Izoard. Sous lui, la Chalanche Large commence à rougir. Le tapis de myrtilles va doucement virer aux couleurs automnales. Encore une quinzaine de jours et la palette sera sublime. J'avais parcouru ce vallon en 2009 sous les feux de l'automne ; les mélèzes orange, les myrtilles rouges, les pins verts, les trembles allant du jaune au rouge, le tout baigné de ciel bleu. Magnifique !



À partir du col Fromage le GR 5 chemine presqu'en courbe de niveau jusqu'à Fontantie sous la Pointe de la Selle. En cette heure matinale, c'est à l'ombre que nous découvrons le Ravin de la Ruine Blanche. Dans cette zone karstique de gypse, les parois éboulées sur de fortes pentes ont créé de multiples ravines dont la blancheur contraste avec le vert sombre des forêts. Au loin on distingue la blancheur du Dôme des Écrins.
Tout le secteur est soumis à la dissolution du gypse et le phénomène d'effondrement se poursuit. Le chemin frôle de nombreux cônes de dissolution.



Nombreux sont les cassenoix mouchetés dans le secteur. Il n'y a pas qu'eux qui profitent des pommes de pin, un petit écureuil tout brun file devant moi. Si l'eau de la fontaine de Fontantie coule, les bords du bassin sont gelés. Les vaches montent à la queue leu-leu sur l'alpage des Vallonnets. Les cloches résonnent d'un versant à l'autre. En bas, au soleil, les veaux pâturent en forêt.

On atteint le carrefour de la Fontaine Rouge où la source captée est close par des barrières de bois, évitant les défections animales. Nous enfilons le vallon du torrent de Bramousse. C'est la première fois que je parcours ce sentier. On y accède par un petit goulet. Le chemin, sur le flanc de ce petit couloir resserré entre les deux parois détritiques, présente quelques plaques de glace à l'endroit où l'eau sourd. La descente se poursuit, nous croisons quelques randonneurs dans les prairies de Pré-Premier.



Un cassenoix moucheté émet une sorte de sifflement bien différent de son bruit de crécelle habituel. Une souche de mélèze présente les restes d'une pomme de pin cembro. Sûr que notre corvidé s'est servi de cette table pour extraire les graines. Pareil, sur les flancs du tronc d'un vieux mélèze où une sittelle torchepot (ou un petit pic) a coincé une pigne pour en extraire les graines. Les mésanges pourraient faire de même. Plus loin c'est un pic noir qui creusa cette cavité oblongue.

Les mélèzes font place aux pins noirs, puis sur le flanc sud aux pins sylvestres, joli contraste de leur tronc orangé et de leur toupet vert sur fond de ciel bleu. Le GR 5 croise la piste montant à Sommet Bucher. Cette route fut construite en 1892 par les troupes du Général Henri baron Berge pour surveiller la vallée. Ce sont les mêmes troupes qui ouvraient en 1897 la route du col d'Izoard. Nous traversons le Guil au pied de Fort Queyras. Niché sur un promontoire surplombant la rive droite, il impressionne vu sous cet angle.

Le château médiéval, installé sur un verrou glaciaire, gardait déjà au 13e siècle la haute vallée du Guil contre les bandes de pillards venus de Provence. L'ouvrage prouve son efficacité durant l'été 1692 en résistant à une intrusion savoyarde. Vauban en réclame alors la modernisation et l'extension. Les travaux dureront de 1693 à 1740. L'enceinte originelle est doublée d'une grande enceinte avec escarpes, contre-escarpes, fossé, bastions, courtines, demi-lunes tout en conservant le donjon. Il fait même démolir l'église du Collet pour dégager les abords du fort en 1696. Celle-ci fut reconstruite en contrebas.


Nous remontons par une ruelle pentue vers le quartier de Collet, passage resserré et unique de la vallée qui permettait facilement de contrôler et défendre l'accès à la combe du Guil. Il existe, à Annecy, une confrérie qui a pour mission première de répertorier tous les cols français mais aussi étrangers. C'est une confrérie de cyclistes, du nom "Club des cents cols", car il faut avoir grimpé 100 cols différents pour en faire partie. En 2009, j'ai proposé ce col, le Collet, non encore inventorié. Il présentait les caractéristiques topographiques et cartographiques nécessaires et fut intégré à la liste des plus de 10 000 cols français (routiers ou non) Peut-être un jour existera-t-il un club similaire pour les randonneurs à pied; une collection qui n'alourdit pas le sac !

Quelques mètres de route sont nécessaires pour passer le verrou de Château Queyras au pied des falaises. Me revient en mémoire l'accident mortel d'un des ouvriers installant les filets métalliques contre les chutes de pierres. C'était dans les années 2000, une fin de journée automnale, la fille de notre hôtesse de l'époque avait été bloquée, dans son car scolaire, le temps de l'évacuation.




Nous attaquons l'ascension du Bois de Randon, jolie pinède au sol très sec couvert de genévriers. Les lacets s'enchaînent et malgré le soleil nous ne souffrons pas de la chaleur. Il faut dire qu'à l'ombre il doit faire 16, 17 degrés. Au trois quart de la pente apparaît un joli mélézin. L'herbe y est encore verte et les moutons ne l'ont pas pâturée. Les fines aiguilles vert-tendre donnent à ce sous-bois une douceur à nulle autre pareille.


À 12h25 (on voulait en finir avec cette rude ascension avant de déjeuner), nous posons notre sac sur une des tables de bois jouxtant le Lac de Roue. Entouré de prairies et de mélèzes il est envahi de plantes aquatiques. Nommé auparavant Marais de la Motte Tremblante, il fut aménagé en 1972 en lac par l'adjonction d'une digue à l'extrémité nord. Les eaux tirées du torrent de Souliers sont toujours conduites au lac par le canal d'Arvieux, ancien canal d'irrigation agricole. Ce havre de paix offre, dans son écrin forestier, un joli miroir au Pic de Rochebrune et à la Crête des Oules entre les bancs de potamots aux fleurs rose foncé. Mais peu à peu le lac se comble. Peut-être redeviendra-t-il la tourbière qu'il fut avant sa mise en eaux ?


À la reprise je convie Stéphane au belvédère du Villargaudin. Malheureusement avec le soleil au zénith la vue est à contre-jour. En descendant vers le hameau des Maisons, je ramasse le sachet vide d'un lyophilisé spaghettis-bolognaise. C'est l'un des trois jeunes belges de Namur qui l'a perdu. Ils font le GR 58, Tour du Queyras, et veulent se ravitailler à l'épicerie d'Arvieux. Ils feront chou blanc, car elle ne rouvre qu'à 15h00.

Je propose alors à Stéphane de quitter le GR 5 pour descendre sur Arvieux et visiter le village. Je sais y trouver un bâti typique des lieux. Mes séjours répétés en Queyras à ski, en raquettes, à vélo ou à pied m'ont permis d'avoir une bonne connaissance de cette région. L'église est superbe avec son clocher lombard et les tombes du cimetière un peu inhabituelles avec leur cadre de bois.


Mais ce sont les maisons à arcades que je veux montrer à Stéphane, car elles sont particulières à ce village du Queyras. Trois d'entre-elles sont très belles. Celle du Parc Naturel Régional superbement restaurée, celle au-dessus de l'ancienne ferme-auberge de la Clapouse où j'avais passé mes précédents séjours queyrassins avec Jacky et celle dite Fantin, nom d'une famille de notaires, chirurgien, médecin ou libraire. Les fermes de Val d'Azur ou d'Arvieux témoignent par leur facture architecturale de la richesse et de l'importance du terroir agricole.
Rectangulaires, d'un fort volume, plus long que large, elles s'ouvrent vers le sud par une série de loggias et d'arcades en plein cintre sur 2 ou 3 niveaux, dans un style artistique d'origine italienne. Le rez-de-chaussée, articulé autour d'un espace de circulation couvert abrite l'étable et le logis, tandis que les parties supérieures servent au stockage des récoltes, du matériel agricole et des fourrages. Dans une architecture où domine la pierre, le bois n'est employé que dans les couvertures par des bardeaux, les charpentes et les balustrades.


La maison Fantin est construite perpendiculairement à la route. Devant la façade sud s'étend une cour close par un mur de pierre, percé par un portail monumental. Mû par la curiosité et l'envie de photographier cette bâtisse, je pénètre dans la cour dont les portes sont ouvertes. J'y fais quelques clichés lorsqu'en voiture le propriétaire arrive. Il m'assène une bonne volée de bois vert, je courbe l'échine puis commence à justifier mon forfait par la beauté de sa maison. Peu à peu entre mes connaissances architecturales et ma relative familiarité avec les gens de son village, l'homme s'adoucit et commence à nous conter l'histoire des lieux. Une grille-imposte daterait la maison de 1731 tout comme à l'intérieur une plaque de cheminée. Le décor peint à la fresque avec bouquets, palmelles et rinceaux en trompe-l'œil sous les voûtes du premier étage fut aussi réalisé au 18è siècle par des artistes italiens.




Il finit même par nous montrer son ancienne étable aux énormes piliers soutenant une série de voûtes d'arêtes. Le monsieur a sûrement plus de 70 ans, mais il n'a arrêté l'élevage qu'il y a quatre ans. La porte de son étable présente encore quelques plaques de récompense de comice agricole. Il finira même par s'excuser de m'avoir tancé si vertement. Je lui répondrai que tous les torts sont de mon côté.


Nous irons en zigzag de part et d'autre de la route de l'Izoard gagner la Chalp d'Arvieux. Je convie Stéphane à visiter le magasin de jouets du Queyras "l'Alpin chez lui". Cette vieille maison fondée en 1920, en pleine période d'exode rural, par le pasteur Dupasquier était une coopérative de fabrication de jouets. Tout se faisait à domicile. Puis en 1940, on construit un atelier de découpe du bois et un point de vente, tandis que la peinture des jouets continuait à se faire chez l'habitant. Mais fini le temps de "peinteuses" qui l'hiver décoraient et peignaient les silhouettes des différents animaux de la ferme ou sauvages servant de jouets. La gérante nous dit d'ailleurs que ces silhouettes sont peu achetées et que leur prix est peu rémunérateur.

On monte à Brunissard rejoindre notre hébergement "Aux Bons Enfants". Encore une petite discussion avec une dame récoltant les courgettes de son jardin. La gelée de la nuit dernière a fait quelques dégâts à cette altitude (1800 m). Courgettes, potimarrons, feuilles de céleri, tomates ont souffert.

Nous logeons à 3, dans un dortoir de 4, avec un autre parisien qui remonte demain matin en voiture sur la capitale. On se douche, on prépare comme d'habitude notre couchage et nos sacs pour demain puis j'emmène Stéphane voir la Tour du Procureur. En rondin de mélèzes, elle surplombe avec sa cloche le four banal et totalise une hauteur de 11 mètres. Élu choisi par l'assemblée locale des chefs de famille, le procureur décidait de la participation aux corvées (entretien des canaux, des chemins, lancement de la saison des moissons, des récoltes, des alpages avec le départ en estive). C'était le gestionnaire du village. La tour campanile servait alors à alerter les habitants en cas de danger (incendies), mais aussi à convoquer les familles pour les corvées, les annonces de bonnes ou de mauvaises nouvelles.



Nous rentrons nous mettre au chaud et boire un coup. Dans l'entrée, appelée la "court" dans le Queyras, le sol présente un superbe appareil en bois debout. Ces sections de rondins de mélèze, généralement non équarris servent de pavage. Je demanderai à la patronne l'autorisation de montrer à Stéphane les meubles anciens conservés au premier étage. Accordé !

On dîne ce soir avec deux dames, marchant ensemble en formule "liberté" avec la Vie Sauvage, une structure locale basée à Prat Haut dans la vallée de Saint Véran. Comme beaucoup de "voyagistes", ce dernier propose une prestation avec hébergements, restauration, cartes et description de l'itinéraire mais sans accompagnateur. Elles ont choisi comme thème les lacs du Queyras, mais ne sont pas passées par le lac de Roue. Nous mangeons aussi avec un couple qui accompagne leur fille sur quelques jours de randonnée. Elle bivouaque et eux dorment au chaud en gîte ou refuge !

À suivre, Brunissard - Briançon


Carte du parcours pour GPS :




Article mis à jour par Philippe Chopin
29/03/2020
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Catégorie : Publication Randonnee

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