La motivation à vélo reste un art difficile en endurance. Un mental de guerrier serait il la solution ? Quels sont, sinon, les ressorts de la motivation ! Un point de vue depuis le Canada.
Mental de guerrier ? Hum ce n'est pas tout le monde qui a ces valeurs-là comme motivation. On est en paix, avec soi-même déjà : qui veut aller loin, ménage sa monture. Être à fond sur 300 km c'est une chose, être à fond sur 600, c'est autre chose, être à fond sur 1.230 km c'est encore autre chose et je suis persuadé que le mental de guerrier ne passe pas sur cette distance. Il est vrai qu'il convient d'être honnête avec soi-même; quand on se dit qu'est-ce que je fous là, c'est qu'on est pas à la bonne place. Comment envisager de faire un 300, un 600, un 1230 en se demandant 'qu'est-ce que je fous là' ?
Développer la vision de ce que l'on fait
Lorsque l'idée de l'abandon tape à la porte du moral, il faut négocier avec soi-même. Une voie de sortie peut être de prendre du recul sur le moment. Pourquoi l'idée d'abandon maintenant : il pleut, ça monte, la nuit arrive, il y a trop de vent, je roule seul et je suis fatigué ... Toutes les raisons sont valables, sauf qu'elles ne durent pas avec le temps, la pluie va s'arrêter, tout comme le vent, le col et même la fatigue avec un peu de repos, de sommeil, d'alimentation et de réhydratation. Voilà pour l'instant présent, l'analyse plate. Mettons alors une perspective, du relief à cette analyse. Regardons-nous avec un peu de recul, comme depuis un drone au-dessus de nos têtes. Que voyons-nous ? Un cycliste qui pédale. Regardons derrière lui, que voyons-nous de son passé, de sa préparation ? Que fait-il ? Il se prépare, il donne une suite logique dans la poursuite de son objectif. Que voyons-nous devant lui ? Nous voyons l'objectif qu'il prépare avec assiduité, nous voyons les heures de bonheur qu'il va avoir. Actuellement, nous voyons l'expérience qu'il est en train de se forger dans la difficulté. Il est en train de se battre face à son moral. Il a, en fait, une superbe opportunité de grandir, de se forger une expérience qui vaut de l'or pour réussir son objectif. Il est en train de se faire un anti-pluie moral, une astuce pour rouler avec le sourire face au vent, un déclencheur pour prévenir la fringale, un oeil pour voir la descente au-delà du col.
Peut-être que notre cyclo a mal défini son objectif.
Objectif satisfaction
Si je fais un 300, un 600, un 1230, c'est que j'ai un objectif.
Si je fais un marathon, ce n'est pas pour souffrir durant 5 heures, c'est parce que le faire m'apporte une réelle satisfaction, avant, pendant, ou après et que ce cinq heures-là, je le veux, je ne le subis pas, sinon je m'entraine pour le faire en 4, et si je ne suis pas capable de le faire dans un temps qui me va, je ne le fais pas (sauf à aimer la souffrance et c'est alors un autre registre que je ne connais pas).
Utiliser l'humour pour argumenter d'une situation, c'est bien sympa, c'est faire preuve de recul et on en a besoin, mais on est d'accord, c'est de l'humour !
La motivation, c'est un objectif à rendre net
Pour la motivation, ce n'est plus de l'humour, c'est du sérieux ! Il faut trouver SON créneau : qu'est-ce qui nous plaît dans l'effort ? C'est avant, c'est pendant, c'est après, c'est où, c'est quoi, c'est avec qui, c'est en combien de temps ... ? Une fois cet aspect découvert, il semble que les choses sont claires. On sait après quoi on pédale, grâce à quoi on pédale, pourquoi on pédale, ou autre chose, mais on sait ... on ne se demande plus 'qu'est-ce que je fous là'.
Attention qu'en Amérique du nord, on court après cette image de super-héros, inspirant, extra-ordinaire, ... et, que notre mentalité de 'frenchie' est moins sensible à ces valeurs, pour d'autres culturellement différentes... vouloir s'intégrer ne doit pas nous faire oublier que nos propres ressorts de motivation, ancrés depuis l'enfance, ne sont pas les mêmes que ceux que la société sollicite en nous. Comme le slogan disait en 98 : La victoire est en nous.
La victoire (sur toi-même) est en toi !
Choisis TES victoires, participes à ce que TU veux, parce que TU vas à la victoire, car TU t'es donné les moyens de réussir, en connaissant TES ressorts.
C'est facile à dire, je ne fais que cela, et en rajoutant une autre règle : ne pas me décevoir. MON PBP de 2011 a été une belle réussite, PBP de 2015 une belle catastrophe. Pourtant, PBP me motive comme jamais et actuellement chaque sortie vélo se fait dans cet esprit de 2011 : - mon coup de pédale me permet d'aller où je veux. - 13 heures pour faire le dernier 300 km de PBP, me fait dire que mon coup de pédale a quelque chose de bien endurant, malgré la prétention que le leitmotiv mentionné peut soulever. - je sais que ce à quoi je participe m'aide pour faire quelque chose de plus grand encore. Je sais pourquoi je suis là. Je construis quelque chose. Alors il peut pleuvoir, je peux avoir mal aux jambes, je suis alors capable de prendre du recul sur le présent et me projeter vers mon avenir (la visualisation).
Pour apporter une aide supplémentaire à cette réflexion sur la motivation, la limite qui nous barre la route concernant le vélo ne se situe pas au niveau de nos capacités physiques, elle ne se situe pas non plus au niveau de nos capacités cardiaques (on fait de l'endurance, hein), mais au niveau de notre mental : je ne roule pas plus vite, car je ne vais pas tenir. Il ne peut pas y avoir meilleur frein que celui que l'on s'impose ! Tu sens que tu as des limites, dépasse-les et tu vas voir les nouveaux horizons qui s'ouvrent à toi !
Un peu de lecture pour forger ses rêves : Liberté : No limit Devant la roue, des paysages qui s'ouvrent, si haut qu'il faut lever la tête pour les admirer. Derrière soi, personne ! La solitude ? Non du tout, la liberté de rouler selon ses envies, le partage des émotions aura lieu plus tard. Le cyclisme est-il alors une question de capacités physiques, ou bien mentales ? Pousser les portes de la liberté Une paire de running, un vélo ne sont rien sans le désir d'aller plus loin, de rêver plus loin.