Alta Via 1 : Donnas - l'Etoile du Berger à Sassa

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Après l'arrivée à Donnas, la randonnée sur l'Alta Via 1 prend forme avec une première étape. Celle-ci est déjà de toute beauté avec une arrivée à Sassa.



Mardi 23 août 2016

8h05-14h50 6h45 de "marche" et 1645 m de dénivelé +


Le jeune homme gérant de notre chambre d'hôtes est en retard. Il nous avait proposé de déjeuner à 7h00 mais n'arrive qu'à 7h25. Panne de réveil, ou plutôt, pas mis, de son propre aveu. Gâteau aux noisettes, biscuits maison (qu'il fabrique avec de la farine de blé et de maïs produite sur l'exploitation), pain noir aux noisettes et fruits secs, le petit déjeuner est copieux et délicieux.
Départ 8h05. Nous traversons une dernière fois la passerelle sur la Doire Baltée et reprenons à rebours le chemin de la veille. Entre les maisons, on grimpe, coupant les terrasses couvertes de vignes. Elles sont posées sur des traverses de bois, elles même posées sur d'anciens poteaux de bois ou de pierre maçonnées. Les raisins, dont certaines grappes virent déjà au violet, pendent de ces treilles.


Déjà en 1214, les documents attestent de la présence de vignes à Donnas. Avec une production de 150.000 bouteilles par an, Donnas bénéficie d'une "D.

O.

C." depuis 1985 pour son vin rouge.

Le sentier passe sous la charpente d'un premier oratoire "l'Oratori dou Tsiabo", construit en deux temps 1739 et 1831. A Bondon, il débouche sur une petite chapelle décorée de fresques et dédiée au mariage de la Vierge. La montée se fait entre les châtaigniers. De nombreuses ruines témoignent de l'activité castanéïcole passée : une variété de châtaigniers porte d'ailleurs le nom de Donnas. Nous arrivons devant le petit oratoire de la Pioule. Deux fresques se font face mais caché derrière celle de droite, un troisième petit oratoire est adossé côté aval.
A 9h35, quelques maisons de pierres chancelantes et un nouveau petit oratoire signent la fin de la rude montée, heureusement ombragée en ce début de matinée.
Une piste forestière puis en sentier muletier avec un passage taillé dans la roche, nous mène à Notre Dame de la Garde.

Nous déambulons dans ce joli hameau. L'église dont le porche est soutenu par quatre colonnes fut reconstruite au 18ème s. Mais l'origine du sanctuaire, suite à la découverte d'une statue de la Vierge cachée depuis l'invasion des "Barbares", date du 12ème ou 13ème siècle. Elle fait face à un enclos bâti, comprenant quinze édicules avec les mystères du Rosaire Une vieille dame en sort, et notre distraction nous empêchera de voir qu'elle en referme l'accès avec une chaine cadenassée. Une procession a lieu chaque 8 septembre, célébrant la nativité de la Vierge.


Si comme moi, vous n'êtes pas fin connaisseur des usages du catholicisme quelques mots d'explication.
Le Rosaire, à l'origine, est une forme de dévotion mariale consistant à réciter un ensemble de prières en égrenant un chapelet.
Cet exercice de méditation se penche sur les épisodes importants de la vie de Jésus-Christ à travers le regard marial.

Les mystères appartiennent initialement à trois catégories :
les "mystères joyeux" (l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation de Jésus au Temple, le Recouvrement de Jésus lors d'un pèlerinage à Jérusalem) ;
les "mystères douloureux" (l'agonie de Jésus, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix, la Crucifixion) ;
enfin, les "mystères glorieux" (la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement de Marie).


Sur la petite esplanade herbeuse, la fontaine est ornée d'un masque de pierre datant de 1642. Sa vasque, d'un seul bloc de pierre, abrite quelques poissons rouges. La maison hospitalière face au clocher de l'église était destinée aux pèlerins.



Nous retrouvons à la sortie du village, après avoir escaladé une nouvelle volée de marches, un conduit hydraulique rudimentaire en pierre sous les ruines de Sengla. Par les terrasses de la châtaigneraie abandonnée nous entrons dans la vallée du Lys. La descente offre une jolie vue. Un bassin posé sur le bord de la pente précède Perloz, l'eau ici est captée et précieuse.

Nous entrons dans Perloz, joli bourg aux maisons couvertes de lauzes. La façade de l'église est couverte de fresques représentant "Le Jugement Dernier". Saint-Sauveur (San Salvatore) fût bâtie en 1617 sur les restes d'une chapelle du 12ème siècle. C'est Bernard Fererio qui en 1677 orna la façade. Une plaque commémorative avec les photos-portraits des morts de la première guerre mondiale est apposée sur son flanc droit. Elle me rappelle celle découverte quelques mois plus tôt dans les gorges du Tarn à Castelbouc.


Le bourg compte des édifices nobilaires construits entre le 14ème et le 15ème siècle. Le Château Charles, maison forte qui appartint au notaire Jean Charles, témoigne de cette époque. Ce dernier reçut le fief de Perloz en 1709 de Victor Amédée II de Savoie.
Le 4 novembre 1995, la commune de Perloz a reçu la médaille militaire de bronze pour le combat sans relâche que toute la population a mené contre les nazis fascistes. Partagés en 3 groupes les résistants luttèrent pour la libération en 1944, le village subit alors des représailles. Dans la nuit du 30 Juin 1944, les troupes de la "République sociale italienne" incendièrent 23 édifices dont le château.

Nous dévalons vers le fond de la gorge où coule le Lys par le "chemin de la Paroy". Un petit pont traverse le torrent d'Astie, il précède le point de vue sur le pont de Moretta.

Un oratoire couvert, présente de part et d'autre du tablier des fresques colorées.


L'actuel pont de Moretta date de 1710 et fut construit sur le site d'un ancien pont en bois ancré sur des supports en pierre encore visibles.
Il traverse une gorge sombre et profonde où coule le Lys et permettait aux voyageurs de rejoindre la plaine d'Arnad sans passer par Pont Saint Martin et en contournant Bord (localité située en Val d'Aoste en amont de Donnas).

L'oratoire posé sur le sommet de la voûte du Pont de Moretta prît la fonction d'une porte.

Le chemin muletier remonte la rive opposée et sort de la forêt par ses escaliers au pied de la Tour d'Héréraz. Insérée dans une maison forte médiévale, mais déjà présente apparemment à l'époque romaine, c'est l'unique élément restant d'un château. Elle est devenue le clocher de l'église Saint Joseph en 1879.
Depuis 1981, on peut assister, à la Tour Héréraz, au mois de novembre à la finale régionale de la "Bataille de Tchèvre", caractéristique bataille de chèvres. Après la descente automnale, 3 catégories (en fonction du poids) de chèvres luttent entre elles, jusqu'à ce qu'une des deux participantes cède et s'éloigne. Les récompenses sont des "Tchambis", des colliers en bois d'érable et de noyer décorés d'une clochette typique et gravés à la main.

A midi nous déjeunons à l'ombre, à côté d'une fontaine située sous une ancienne clède. Ces bâtiments, ici appelés "Grehe", composés de deux niveaux étaient utilisés autrefois pour la dessiccation des châtaignes. Un feu "sourd" était entretenu à l'étage inférieur, séchant et fumant les châtaignes situées sur un plancher à claire-voie à l'étage au dessus.

La pente reprise, des sonnettes attirent notre attention. Un petit troupeau de chèvres "gardé" par deux jeunes chiens peureux rappelle au souvenir des Tchambis. Le long d'une paroi rocheuse, par une passerelle aérienne, nous arrivons prés d'un pont-aqueduc. Un chien aboie et prend peur. Son propriétaire ira le chercher car il fuit la queue entre les pattes. Aidé de son père, ils font traverser à des fagots de grosses branches tout le vallon par l'intermédiaire d'un câble.
Un énorme rocher surplombe le chemin, malgré un maigre substrat les arbres y ont poussé.


Nous traversons le vallon du torrent de Giassit sur l'aqueduc et rejoignons la route sur la rive opposée. Un sifflement nous averti qu'une charge de bois file sur le câble. Un jeune homme réceptionne les paquets de branches enlevant cordes et poulies qui les convoient. Les poulies sont parfaitement huilées.

A partir de là, un chemin caladé, souvent en escalier calibré à la longueur du pas des mules, tangentera un virage sur deux de la route qui monte à Sassa. De nombreuses maisons tombent en ruine mais le charme agit.


Aux Granges, Jacky refait le plein de sa poche à eau. La journée est très chaude mais heureusement nous avons souvent randonné sous un bon couvert végétal. De mon côté, il me reste encore de l'eau de la fontaine côtoyée à midi lors du pique-nique, et l'arrivée est proche. Un joli oratoire fraîchement repeint fait face à un pommier bien garni.
Par la porte entrouverte d'une grange, on découvre un énorme tas de feuilles séchées de châtaignier. Autrefois elles servaient de litière aux animaux de ferme.


Le sentier bien mois raide, traverse des vergers pâturages bordés de murets.

Quelques caves creusées à même la roche et traversées d'un filet d'eau émaillent notre trace.

Ces cabanes, les "crotins" en piémontais, sont des petits entrepôts, excavés à même le tuf, une roche calcaire friable, destinés à l'affinage des fontines (meules de fromage local).

Débouchant à la lisière du bois sur une ancienne zone de pâturages un chevreuil surpris, s'enfuit sous le couvert en grimpant vers les terrasses supérieures.


A 14h00 nous atteignons notre gîte. Le site de "l'Etoile du Berger" est splendide. Deux maisons avec balcons de bois fleuris forment le principal du bâti. Une terrasse gazonnée, un jardin d'agrément, un potager, une fontaine, tout est d'une tenue impeccable.

Nous commandons deux bières Menabrea, brassées à Bielle à quelques kilomètres d'ici, et partons prendre possession de notre chambre. Dans celle-ci une seconde porte donne accès à une petite terrasse où nous ferons sécher chaussures, semelles et le linge lavé dès notre installation. La météo est splendide, le ciel d'un bleu profond et à 1.400 mètres d'altitude l'air est moins étouffant qu'en fond de vallée. Un coin de paradis.



Tout aspire à la pause. Après avoir bu nos bières, nous passerons l'après-midi à "farnienter" sur cette superbe terrasse et son jardin.




La fontaine coule à l'ombre d'un sorbier des oiseleurs aux superbes grappes rouges, les chaises longues garnissent la pelouse et les propriétaires ont protégé leur potager de l'incursion des sangliers et des chevreuils par une barrière de bois et … des drapeaux de prières!



En fin d'après-midi le soleil donne une chaude couleur à la pierre et met en valeur la belle enseigne de nos hôtes. Nous dinons, sous les voûtes de l'ancienne étable, d'un excellent repas : tartine de pain noir aux noisettes avec lard blanc et miel, gnocchi aux orties et sauce alliant crème et fromage, joues de porc et chou fleur, pèche au vin blanc. Quand je dis que c'est un coin de paradis !


A suivre : De Sassa au refuge Coda






Article mis à jour par Philippe Chopin
le 29/01/2017
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Catégorie : Publication Randonnee


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