Tour du Viso 3ème étape du séjour en raquettes

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C'est l'étape la plus longue de ce tour du Viso. Philippe nous mène du refuge Bagnour au refuge dell'Alpetto à 2268 m. Les pentes sont aussi raides que le spectacle est grandiose.



Mardi 24 Février 2009
Ce matin le dortoir est calme, je n'ai entendu aucun ronfleur. Comme il y a un mois, rentrer dans le lit fut difficile. Il s'est passé un bon moment avant de le réchauffer ; la pièce à 12 degrés, un peu d'humidité et un matelas très frais. Dès que je bougeais ou si j'étendais une jambe, le froid me rappelait à l'ordre. Par contre ce matin, mon lit est un délicieux nid, dont l'extraction est difficile. Mais je n'ai vraiment plus envie de dormir, aussi, avec beaucoup de précautions, je m'habille et descends lire dans la salle à manger.

J'ai entamé le livre de Philippe HUET "Une vie de loup", dès le premier soir. C'est une histoire naturelle avec toutes les bases scientifiques de la vie d'une meute. Ce récit fait découvrir une véritable nature sauvage où règnent les grands équilibres naturels. Illustré par des dessins de Robert HAINARD c'est un plaisir des yeux et de l'esprit que de lire ce livre dans la sérénité matinale d'un refuge encore endormi.

Petit déjeuner à 8h00, chocolat "bien tassé" en recevant les quolibets des buveurs de thé ou de café, un bon nombre de tartines et c'est à 9h00 le départ.

Granges SoulièresMalheureusement le défaut d'eau potable ne me permet pas de remplir mon camelbak. Un litre au lieu de deux habituels, il va falloir me restreindre. Livio et Elisa serrent la main des garçons, font la bise aux filles, l'accueil est vraiment au sommet ici. Nous faisons à l'envers le chemin parcouru il y a un mois jusqu'aux Granges de Soulières.
Suivant les triangles de tissu rouge nous croisons un autre chemin balisé de la même manière. Nous hésitons : retourne-t'il au refuge, monte-t'il au col ? Philippe opte pour descendre jusqu'aux granges. Nous y faisons la pause et entamons nos sandwichs. Le pain est fort bourratif et je suis incapable en 15 minutes de le finir. Philippe, après être grimpé sur un ressaut dominant la grange, revient en annonçant son erreur. Le chemin croisé en bas est bien celui du col de San Chiaffredo. C'est reparti.

La montée sera émaillée de nombreuses pauses et la forêt sous ce ciel bleu et ce généreux soleil est superbe. Les balises de tissu sont fort bien placées et permettent en conditions hivernales (la neige recouvrant les marques de peinture proches du sol) de suivre le cheminement.

Nous découvrons, sur un replat, le sommet d'un panneau, enfoui sous la neige, indiquant (après dégagement) 2h15 min. pour le col. Ce sera plutôt 3h30 en tout. Il faut dire qu'une des participantes, Françoise, n'est pas à la fête dans ce circuit au niveau trop élevé pour elle. On prend le temps de faire des photos. Nous arrivons à Piano Meyer, en sortant de la forêt, par un goulet abrupt. Les skieurs ont damé la sortie de celui-ci par leurs dérapages d'arrêt. En effet vu du haut, la perspective a de quoi refroidir le descendeur. La pente est forte, le passage étroit et les arbres proches. Vive les raquettes et la montée ! Encore merci à Livio pour son balisage car il n'était pas aisé de trouver ce petit couloir coupant la barre rocheuse. Je finis mon premier sandwich sur un replat, magnifique belvédère du val Varaita, et j'entame le second. Celui-ci au fromage est plus facile à avaler mais je n'en mangerai que la moitié avant de repartir.

L'après midi se poursuit par la montée en rive gauche du torrent dévalant le vallon de Giargiatte. Ce côté nous évite d'être trop exposés aux coulées de plaques. Les pauses se rapprochent, le sandwich se termine, et le soleil brille toujours aussi fort. L'immensité du panorama comble les yeux alors que le grignotage remplit l'estomac.

Sous le bivouac BertoglioAu niveau de la Rocca Jarea, Philippe nous fait contourner un petit ressaut par la droite. La paroi rocheuse, rendue encore plus sombre par l'ombre qu'elle porte, est impressionnante. Nous sommes minuscules sous le surplomb de 400m.

Nous atteignons vers 15h30 ce que nous pensons être le col. Erreur, c'est un replat ouvrant le passage sur un espace occupé l'été par deux jolis lacs, le lac Bertin et le lac Lungo. Cet endroit présente l'été de nombreuses pierres dressées par les randonneurs, sorte de "land art" populaire. Philippe nous montre sur la pointe de 2760m le petit bivouac Bertoglio, sorte de cabane de bois recouverte de tôle et qui offre 9 places de couchage.

Nous quittons le Val VaraitaEnfin nous atteignons, après un petit dénivelé de 60m, le passo di San Chiaffredo. Nous prenons par la droite la combe descendant le Piano Gallarino. Sous la Punta Trento les pentes sont trop dangereuses. Nous suivons la direction d'un gros cairn situé à 2751 m. au sommet des falaises plongeant sur le piémont. De ce côté de la frontière les pentes sont bien plus raides et la perte de dénivelé bien plus rapide vers l'est que sur l'ouest français.

La neige porte bien et la marche devient plus facile. Malgré cela, trois des membres du groupe, Michel (le mari de Brigitte), Marylène et Françoise sont à la peine. Nous voyons même de loin Marylène s'allonger dans la neige. Brigitte dit qu'elle se relèvera à l'arrivée de l'ombre. Ce sera ainsi, mais je prends l'option de poser mon sac pour la rejoindre et soulager son fardeau. Philippe qui est revenu sur ses pas, fera de même en rejoignant Françoise, étonné de ne pas nous voir arriver.

Passo GallarinoNous arrivons sur le plateau sommital. Les chamois que nous avions vu de loin brouter à cet endroit ont disparu. En effet à cet emplacement le vent a éliminé la neige du sol et découvert l'herbe. La vue est extraordinaire, l'Argentera au sud, la plaine du Pô et le piémont à l'est, la chaîne alpine et peut-être même le Cervin au nord.

Magnifique, fantastique, même les fatigués apprécient le spectacle. Le soleil descendant sur l'horizon donne de très belles couleurs aux sommets. Je mangerai un petit morceau de gâteau car il est 16h30 et remarquerai que ce sont les trois derniers qui n'ont pas réussi à manger leurs gros sandwichs.

Le long du Rio dell'AlpettoNous quittons le soleil pour prendre à l'ombre du Viso, immense sommet qui nous domine, le vallon qui descend au refuge d'Alpetto. Nous devinons le refuge Quintino Sella situé presque au niveau du Colle dei Viso. Philippe a commencé, depuis le milieu de l'après-midi, à s'inquiéter. Le délai de l'étape, estimé d'après la fiche technique à 4h30, est au minimum de 6h30 voir 7h00. Et nous sommes à 8h30. Il nous faudra au total 9h15 pauses incluses. Le niveau est estimé à 2 sur une échelle de 4 et a été relevé à 3 car il y a portage. Franchement la fiche est erronée et devrait annoncer 3 relevé à 4 pour port de charges. Heureusement la météo est excellente. Philippe se démène pour trouver le chemin du refuge. Servant de serre-file, je pousse un peu les filles à avancer.

avant d'apercevoir le refuge dell'AlpettoNous retrouvons la rivière, Philippe la suit. Enfin, vers 18h05 il lève son bâton en signe de fin. Il vient de voir le refuge. Françoise s'enfonce tout d'un coup jusqu'à la taille. Je viens à la rescousse, l'extrayant du trou où même ses raquettes ne touchaient pas le sol, en la tractant par la poignée de son sac à dos.

Les gens fatigués ont beaucoup de mal à descendre cette dernière pente. Vue par son pignon, la cabane du refuge semble minuscule. En souriant je leur dis que ce doit être fermé ! Nous entrons au chaud à 18h15, il fait presque nuit.

Je comprends alors Philippe et ses angoisses avec cinq clients dans la nature. Un dortoir réduit, mais une douche chaude, un thé offert par la gardienne, il fait bon près du poêle. Douche, rangement, écriture puis c'est apéro offert par Philippe ; un kir avec des olives pour "fêter la journée". Il est vraiment excédé par la piètre analyse du circuit. Niveau sous estimé, temps sous évalué sans imaginer si les conditions météorologiques avaient été mauvaises. Le repas du soir sera fort copieux. Nous sommes en Italie et les seuls dans le refuge comme hier soir. La discussion s'éternise après le repas : politique, idées, polémiques, critiques. Elle m'ennuie, cela ne mène à rien. De toute façon, les gens ici sont presque tous du même avis alors pourquoi s'enflammer, s'énerver ? L'écriture permet parfois de s'isoler et je prends facilement ce prétexte pour m'éclipser. Je vais me coucher à 22h10, étonné de voir mes compagnons, pourtant bien plus fourbus, continuer à discuter alors qu'hier à 21h30 ils étaient tous au lit.
Philippe CHOPIN


La suite : Randonnée Alpetto à Crissolo

Les étapes du Tour du Viso : Mont Viso

1 - Refuge Agnel

2 - Refuge Bagnour

3 - Refuge dell'Alpetto

4 - Crissolo

5 - Villa Pellice

6 - Refuge Jervis

7 - Echalp






Article mis à jour par Philippe CHOPIN
le 04/02/2010
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Catégorie : Publication Randonnee


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