Le 1.000 km des quatre vents entre Ottawa et Québec

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Sur la route de PBP 2019 et dans la continuité de l'aventure à vélo sur de longues distances, me voila au départ d'un nouveau 1.000 km.
Ce Brevet Coureur des Bois sera le premier sur le continent nord américain après le 1.000 du sud et ses 16.000 m de dénivelé. Il relie dans une boucle aller retour sur les rives du Saint Laurent les villes d'Ottawa et de Québec.



Il y a une petite dizaine de cyclos au départ de ce Brevet Coureur des Bois. Pour certains c'est la première expérience au delà de 600 km, pour d'autres c'est juste un moyen de faire du kilométrage.
Coté autonomie, il y a différentes écoles, les nuits d'hôtel avec douche et confort, les nuits à la belle étoile sans douche mais moustiques compris.
Il y également deux types de cyclos, les anglophones venant des USA voisin ou des villes du Canada, les francophones avec le Club voisin de Montréal qui représente la moitié des effectifs avec 6 cyclos.
5 heures du matin, après vérification des vélos et distribution des cartes de route, le départ est lancé pour ce brevet de 1.000 km avec un délai maximum de 75 heures. Ce brevet est un Brevet de Randonneur Mondiaux, très utile pour l'obtention de la distinction Randonneur 5.000.


Le vent de dos une aubaine


La pluie est annoncée ce matin et le vent souffle de dos, on va certainement en avoir pour la journée, la première du moins.

Deux groupes se forment, le groupe des Québécois de Montréal et celui des anglophones, les autres cyclos roulant manifestement en solitaire.
Je roule avec le groupe des Québecois et l'allure va bon train sur les bords de la magnifique rivière des Outaouais, tout le monde en garde sous la pédale avec en tête Paris Brest Paris 2019.

Plantagenet est le premier contrôle de la journée au bout de 60 km environ. Mes acolytes décidant de faire une pause longue, je fais juste le pointage de la carte de route et file tout seul devant.

Le ciel est menaçant et le vent souffle avec vivacité. Je traverse les petits villages de Treadwell, Lefaivre. Arrivé à l'Orignal, le ciel est vraiment menaçant et en quelques secondes une pluie d'orage se met à tomber. J'ai juste le temps de me mettre à l'abri qu'il tombe déjà des cordes. 5 minutes après ce sont les éclairs qui traversent le ciel. Le tonnerre éclate son vacarme juste au dessus de nos têtes et, 4 à 5 minutes après, la pluie cesse et l'orage est terminé. Je reprends la route sur une chaussé trempée.

A Hawkesbury, le pont nous fait traverser la rivière direction Blainville. Un cyclo me dépasse, c'est Mike de Toronto, nous discutons et faisons route ensemble. Lui aussi a PBP 2019 en vue et, comme organisation sur ce 1.000 km, a décidé de faire des nuits à l'hôtel. Je lui explique que ma vision est toute autre et lui montre mon sac de couchage rangé sous plastique derrière ma selle. A noter que le sac de couchage est maintenu à la selle par trois élastiques de couleur, un bleu, un blanc et un rouge. Si tout est observé généralement par les cyclistes concernant les équipements de chacun, personne ne fera allusion à mon soutien discret au match de ce matin concernant la rencontre de la Coupe du monde de Foot France Argentine. Que la France semble loin vue d'ici.

Après une heure de pause, nous reprenons la route, Mike veut dormir à Trois Rivières à l'aller et Sorel au retour, ce ne sera pas du tout mon tableau de marche qui d'ailleurs est assez flou avec une nuit prévue soit à Donnacona soit vers 3 h du matin, voire à Donnacona vers 3h du matin.

Le vent souffle de dos et nous en profitons pour rouler, la vitesse de croisière est au dessus de 25 km /h et le braquet se situe entre le 50x21 et le 50x17.
Mes dernières sorties longues, dont celle vers Val David et retour Montréal, étaient justement sur ce type d'allure, mouliner certes, mais avec une vitesse relativement élevée. Mike roule plus vite que moi, mais c'est son premier 1.000.

Dans la traversée d'un petit village (une grande rue bordée de maisons), un cyclos nous hèle. C'est Larry, un cyclo très expérimenté qui a notamment fait, il y a quelques années, la Race Across America (la RAM). Il veut faire Paris Brest Paris l'an prochain avec un délai sous les 50 heures.
Mes deux acolytes anglophones s'étant trouvés, je leur indique que je repars. Comme ils vont rouler plus vite que moi, qu'ils me rattrapent plus tard.

Le vent souffle toujours dans le dos et le soleil cogne sous le casque.

Joliette arrive avec son point de contrôle. Un magasin d'alimentation étant là, je fais mes courses en solide et en liquide, il n'est pas encore 17 heures. C'est la dernière opportunité certaine de se ravitailler avec de bonnes choses.
Au point de contrôle je croise de nouveau Mike et Larry et nous repartons quasiment au même moment. Puis je tombe sur le groupe des Québécois quitté ce matin. Ils viennent d'arriver et vont faire une pause d'une heure.

Mike et Larry ont filé devant, je file aussi direction Trois Rivières où j'ai prévu de faire une pause d'une heure.


Fleuve Saint Laurent au coucher de soleil
La route longe le Saint Laurent et offre un coucher de soleil assez sympathique.


Alimentation sur longue distance

A 21:00 me voila au contrôle de Trois Rivières, déjà 1 tiers du 1.000 km est effectué et c'est reparti pour une nuit à vélo. Le vent souffle toujours et des éclairs traversent le ciel dans les environs.

Avant Saint Narcisse, la route tourne sur la gauche, et en montant. Au bout de quelques kilomètres, un panneau laconique indique que la route est barrée. Je décide de m'y engager en me disant qu'à vélo ça passe. 7 Kilomètres plus loin deux panneaux explicites indiquent que la route est barrée pour les piétons et les cyclistes. Je m'avance sur le chantier pour voir un peu et constate que le pont n'est plus là, laissant un long espace béant entre les deux rives.
Ce sera demi tour et au total 20 km de perdus.

Je trouve un autre itinéraire qui consiste simplement à ne pas tourner à gauche mais poursuivre tout droit. Plus loin, je prévois de faire le plein d'eau au Dépanneur, il doit rester quelques kilomètres.


Contrôle de nuit

Catastrophe, le dépanneur est bien là à Saint Stanislas mais il est fermé en raison de la Fête du Canada. Il est alors une heure du matin.
Je décide de rouler un peu et de chercher un coin pour dormir.
1H30 ma sapinière est trouvée, confortable, éloignée du bord de la route, dans la pénombre. Je déplie mon sac de couchage et c'est parti pour du repos / dodo.
Les moustiques sont dans le coin et même emmitouflé dans mon sarcophage de plumes, je suis importuné. Je trouve le sommeil entre deux attaques en règle par les patrouilles locales. Au bout d'un moment je me dis, allez prochain moustique que j'entends je me lève et le silence se fait. BzZzz fait le buzzer du moustique, je regarde ma montre 4:25:00. C'est l'heure. Je me suis arrêté 3 heures, je ne sais pas combien de temps j'ai dormi, mais je suis réveillé alors je décide de repartir. Je range mes affaires sur le vélo et direction Donnacona. J'ai pris du retard sur mon tableau de marche mais c'est sans importance.

La chaleur humide de la veille s'est transformée en brouillard matinal. Le soleil n'est pas encore levé mais l'horizon et totalement bouché.
La route longe la rivière Sainte Anne. Un gros oiseau est juste au dessus des flots et virevolte. Il a l'air assez trapu, je découvre une queue blanche, je regarde immédiatement la tête, elle est blanche aussi. Magnifique pygargue qui vient au dessus de la rivière peu profonde chercher son petit déjeuner. Je quitte les abords de la rivière pour longer cette fois le Saint Laurent.

Sur la gauche, un vélo de cycliste au long cours est posé contre la vitrine d'un café local, c'est surement un du groupe des anglophones en solitaire.
Un cycliste me double, c'est Wayne. Il me dit qu'il n'a pas dormi de la nuit. Nous arrivons ensemble à Donnacona, discutons le morceau, il pointe au contrôle et file. Ce sera mon dernier contact humain avec ceux du groupe de randonneurs.
Je fais une pause petit déjeuner, il est alors 7h30 du matin en ce dimanche second jour du 1.000 km.

Le vent de face une calamité


Je repars sur ma lancée de la veille, mais le vent ne souffle pas du tout dans le bon sens. Ce qui est une excellente nouvelle. Je souffre pour rejoindre Québec avec un temps tempétueux, mais nous allons faire demi-tour et partir direction Ottawa avec le vent dans le dos.
Avant 11h00 je suis à Québec, je croise beaucoup de cyclistes qui roulent à deux ou en petit peloton. Le parcours n'est pas plat ici, c'est même des gros pourcentages lorsque la route monte. 34x25 et c'est passé mais en danseuse.

Le vent de dos une symphonie


La sortie de Levis se fait par les bords du Saint Laurent, on prends le vent assez tôt mais plus encore avec la Route 138. Il y a beaucoup de voitures dans ce sens de circulation et la chaleur commence à monter.
Après Sainte Croix nous quittons le trafic pour des petites routes où il n'y pas personne. Le vent souffle de dos et autorise par moments des vitesses au dessus de 30 km /h, c'est un vrai régal de faire cela sur une pareille épreuve, d'autant que les efforts de la veille n'ont pas laissé de mauvaises traces.


Bécancour est là, nouvelle pause avec ravitaillement en solide et liquide, il est alors 17:40 et il faut penser à la nuit qui arrive.


Boire et manger à vélo

Je me suis installé dans l'espace Bistrot du magasin d'alimentation, les filles de la caisse surveillent mon vélo que j'ai délibérément entré dans le magasin.
Il reste 70 km pour aller à Sorel, pour cela le trajet se fait en partie de nuit et sur des routes devenues pour le coup désertes.

Ce sera ensuite un 100 km pour rejoindre Blainville, si cela commence à sentir la maison (Montréal est tout proche), il faut penser à dormir car l'arrivée n'est pas encore là.
Je me cherche un coin pour dormir un morceau, une sapinière ou autre chose.
Sur le bord du Saint Laurent, des tables de pique-nique avec des bancs. Ce sera là ! Je pose mon vélo derrière une table, et m'allonge sur un banc de tout mon long. Je garde mon casque sur la tête, il me sert de coussin, j'allonge mes jambes en les croisant et trouve le sommeil. C'est totalement instable mais justement, 50 minutes plus tard je me réveille et j'ai un quota de sommeil suffisant pour repartir en forme.
Je me dis que je peux renouveler l'opération si je manque de sommeil.

Je traverse Repentigny, croise deux voitures de Police en patrouille. Je me motive à l'approche de Mascouche, c'est là que nous allons retrouver le parcours emprunté la veille. Ensuite je sais qu'il y a Blainville et son contrôle au café local.

4h40, je pointe à Blainville, le soleil est en train de se lever et je n'ai pas sommeil. C'est génial, quelle expérience vécue là. Lors de PBP 2011, j'avais expérimenté la pause dodo juste avant le lever du jour, là j'expérimente la pause de 50 minutes de sommeil. Ça va chercher dans l'être humain et dans l'héritage laissé par l'homme des cavernes : les besoins sont satisfaits rapidement, c'est une question de survie (le premier cycle de sommeil est plus riche que le second, le lait bu dans les premières minutes de l'allaitement est plus riche que celui bu dans les dernières minutes, ...)

Autre distance de 70 km, celle qui nous amène à Hawkesbury. Je connais ce parcours puisque reconnu en sens inverse il y a quelques semaines (lire : Montréal Hawkesbury).
J'en profite là aussi pour rouler vite, je me sens bien.

8h50 Hawkesbury se présente, il reste un dernier 100 bornes, je prévois de repartir à 9h30 et d'arriver à Ottawa après 13h. En attendant pause café et petit déjeuner.

Lorsque je repars, il fait déjà chaud, voire même très chaud. Je roule cependant vite et traverse les villages les uns après les autres. Avec la température ambiante, il semblerait qu'il soit entre 15 et 16 heures, mais non on est encore au milieu de la matinée.

Le vent de face une vraie fausse note


Il semblerait que le vent ait tourné et sur quelques sections il souffle de face. Mais à vrai dire, le parcours a peut-être changé de direction. Il faut dire qu'avec le manque de sommeil j'ai le cerf-volant et n'arrive plus à comprendre si c'est le vent qui a tourné ou si c'est moi.

Je me méfie du soleil et de la chaleur. J'applique régulièrement de la crème solaire, je bois régulièrement (6 litres vont y passer sur ce 100 km). Lorsque je sens la sensation de brulure sur la peau, je trouve rapidement un coin d'ombre et retrouve ma respiration. il faut gérer la chaleur et les boisons avec délicatesse car on a vite fait de se mettre en danger.

Pour le final le vent est complétement de la partie, il est tempétueux, il souffle vraiment de face et à l'approche d'Ottawa il a accumulé de gros nuages noirs.
Je suis en train de rouler dans l'agglomération d'Ottawa et le ciel est en train de prendre sa respiration, le temps semble s'arrêter quelques secondes, planquez vous !
Il tombe de grosses goutes d'eau en 15 secondes, je saute sur le trottoir et entre en pédalant dans un abris bus. Il pleut des cordes, le vent fait vibrer l'abri bus, les voitures font des gerbes d'eau sur leur passage. La vue est totalement bouchée, l'éclair, le tonnerre éclate sur nos têtes.
La pluie ralenti, puis cesse, je sors de mon abri de fortune pour rejoindre l'arrivée, il reste 6 kilomètres. Les rues sont trempées, des feuilles, des branches d'arbre, des grosses flaques, l'orage a été bref mais a fait des dégâts. Je suis au sec.


Brevet 1.000 km

16h10, je rejoins l'arrivée dans une euphorie intérieure indescriptible. Quelle aventure en solitaire. 3 jours de vélo se sont écoulés, 3 jours à l'écoute de soi, je suis parti en groupe en discutant avec les autres, je termine en solitaire en discutant avec moi-même avec la sensation de m'être encore rencontré. Je sors grandi de cette expérience avec une vision sur l'épreuve de Paris Brest Paris encore plus précise sur les possibilités pour l'aborder.

Lorsque je cherchais à acheter de l'eau dans un village au coeur de la fournaise, une dame a qui j'ai tenu la porte du magasin m'interpelle
Y a pas idée de faire du vélo avec cette chaleur.
Je n'ai pas quoi su répondre.
Non, il n'y a pas idée mais avec la perspective de ce 1.000 là, de PBP ensuite, la question n'est pas un problème, elle fait parti du contexte, du tout, c'est juste un élément.


Voyez ici :
- la trace du parcours Coureur des Bois
- les résultats Coureur des bois 2018
- le récit de Pascal, participant du CVRM Objectif 1000 pour OQO 2018, présélection pour PBP 2019


Épilogue :
Il est important d'analyser après une semaine, voire deux, ce qu'il reste d'un gros brevet. La sortie de 100 km qui suit donne de bonnes indications sur l'envie, le rythme de pédalage, la récupération en cours.
Pour ma part l'envie de rouler était là, le rythme a été élevé avec un 100 km roulant et tourné en 3h30, la récupération est bien évidement en cours puisque si les jambes n'étaient pas lourdes, elles ont accumulé des déchets.
La sortie de 200, faite 15 jours après le 1.000 est encore plus magique. Comparée à une précédente sortie sur ce parcours Montréal Val David, le 200 a été vite tourné. Parti en fin de journée, rentré à minuit, la distance a été avalée d'un trait et aussitôt digérée si bien que le lendemain aucune sensation ne rappelait que la veille un 200 a été fait. La longue distance appelle la longue distance.

Les idées qui ont tourné sur ces deux sorties ne concernaient pas le brevet de 1.000 km passé mais l'épreuve qui va avoir lieu fin Aout 2019. Ce brevet n'était finalement qu'une répétition générale et une expérience supplémentaire sur une telle distance.



Voyez ce qui s'est finalement passé sur Paris Brest Paris 2019






Article mis à jour par Janol
le 03/07/2018
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Catégorie : Publication Ultra-endurance


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