Le 400 km un brevet à l'épreuve des doutes
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Montréal et son club de randonneurs organisait en ce samedi un brevet qualificatif pour PBP.
La semaine précédente, je clôturais le 200 km avec de bonnes sensations, le 300 a dû être zappé pour des raisons extra-sportives, le 400 devrait bien se passer, toutefois une vision claire des choses ne m'est pas encore arrivée à l'esprit.
J'aime l'organisation des choses, principalement le moment où les choses s'emboitent, ou semblent le faire (principe du 80 / 20). En ce moment et concernant la balade estivale du Z, le doute, le brouillard semble s'être installé.
Samedi, 3h15 le réveil sonne, 4 heures passé j'enfourche le destrier des grandes randonnées pour le départ du BRM à 5 Heures. Je ne suis pas le dernier arrivé mais un des rares à venir au départ à vélo.
Le GPS est prêt, bien chargé, je l'allume donc pour afficher la carte du parcours. Sauf qu'au moment d'afficher la carte, c'est l'extinction totale de l'appareil. Je renouvelle l'opération une fois, deux fois, trois fois, adjugé ! Ce sera sans carte. Seul le chrono fonctionne. À quoi bon ! J'ai le parcours sur le smartphone, et au fond de la poche, sur papier.
Si je roule en peloton, je m'en sors.
Pour ce 400 km, je roule léger : 2 maillots, un chasuble, manchettes et un collant d'athlé par-dessus le cuissard. Une petite sacoche à l'avant avec un peu de bouffe.
Photo du départ et bang c'est parti pour un 400. 23 heures est mon objectif, en tant qu'heure d'arrivée, pas en tant que chrono.
Un peloton de tête se forme et m'amène tranquillement hors de la ville. Moment inopportun pour satisfaire un besoin naturel et devoir faire l'effort pour rattraper le second peloton qui vient juste de passer. La journée sera longue, je fais alors l'effort, mais pas trop rapidement non plus. Je retrouve des compagnons de route et participant également au futur PBP d'aout 2015.
Le premier contrôle est distant de 100 km et nécessite de monter quelques bosses en ligne droite. Contrairement en France où les chemins pédestres entre les villages ont donné des voies de circulation sillonnant au plus faible effort entre les monts, ces chemins devenant ensuite des routes; au Québec les routes ont été tracées, ouvertes par des véhicules motorisés. Les bosses sont ainsi franchies en ligne droite plus souvent qu'avec des routes avec des virages en épingle.
Le premier peloton est donc là au contrôle. Je fais valider ma carte, enfourne une barre de céréales et me voilà parti au bout de cinq minutes. D'autres cyclos arrivent. Le prochain contrôle est à Sutton, distant également d'une centaine de km. Le vent souffle favorablement, mais de manière vache avec des bourrasques de telle sorte que les descentes sont dangereuses.
C'est dans une de ces descentes que ma roue libre se met à faire du bruit, celui de la roue libre qui a besoin de juste 4 à 5 gouttes d'huile. Grrr, je peste contre moi-même, c'est un manque de préparation et j'aime pas ça.
Mes souvenirs de l'édition 2013, le fait que des cyclos sont devant moi et mon optimisme me poussent à prendre les devants et à rouler seul plutôt qu'accompagné.
Être seul face à soi-même, ses propres doutes, son courage, voilà ce que je trouve d'intéressant dans l'endurance à vélo et là sans GPS et une roue qui couine de manière intermittente, je suis au cœur d'une belle intrigue sur fond de PBP2015. de 1 000 du Sud.
Arrivé a Mansonville, j'ai des doutes sur la route à prendre, je contrôle sur le smartphone et gagne le droit de faire demi-tour pour aller dans la vallée voisine. Le vent souffle toujours, mais la route allant par la suite sur la gauche, c'est de face que la rando se poursuit. Ayant rattrapé les deux cyclos qui étaient devant moi, ne pouvant suivre un troisième qui est maintenant hors de vue, je navigue dans les doutes, le nez dans le smartphone à chaque intersection.
Avant de tourner vers Sutton, deux autres cyclos me dépassent à une vitesse telle que je ne peux prendre les roues. En ai-je envie. Sutton est là. je fais tamponner ma carte, et m'arrête un bon 20 minutes, le temps de me ravitailler d'une salade couscous (un taboulé) et de me dire que j'ai pas envie de repartir.
Du groupe présent, je repartirai finalement le dernier. Direction Waterloo plein nord avec vent de dos. Les jambes vont mieux que la tête. Perturbé par le GPS, la roue libre et surement d'autres choses, je roule finalement correctement. Si je sais que le 1er 100 km a été fait en 3h35, pour la suite, je ne calcule plus rien. Je laisse les jambes tourner et les sensations me rythmer au mieux. Je veille uniquement à pédaler correctement, à mouliner sans y laisser trop de pulsations, mais le vent tant de dos que de face invite à monter en danseuse là où la sérénité et l'expérience font grimper assis. J'ai laissé tomber le guidage smartphone pour celui papier. Il faut lire le nom du croisement sur le papier avant de le dépasser sur la route. Ce qui fait qu'en cas de ratage, il faut se poser la bonne question et éventuellement sortir la carte à une échelle plutôt illisible. Et si j'achetais un GPS ...
Le kilomètre 300 est ainsi passé. Ensuite un virage à gauche annonce 120 km de route avec vent de face après plus de 250 km de vent favorable ou en tout cas pas dans le nez. Saint Anne est avalé avec ses bosses en ligne droite, je pense au prochain contrôle et gère mes efforts.
La roue arrière fait un pschitt lamentable et me stoppe immédiatement. Cinq minutes de perdues pour un trou d'air.
Gramby est là avec sa piste cyclable. L'an dernier il y avait eu une erreur de route pour trouver l'entrée de la piste, cette fois je la prends dès l'entrée. Ouf ! Mais, par la suite, je ne reconnais pas la route du tout, surtout ce pont sous lequel passe la piste. Je daigne contrôler sur mon smartphone qui n'a plus que 3 % d'énergie. Je ne suis pas sur la bonne route mais trop au sud. Si je poursuis encore je ne vais pas là où il faut. Il me faut remonter au nord et tomber sur la route 112 et notamment son contrôle de Saint-Césaire. La route passant entre les champs ressemble à s'y méprendre à d'autres routes à travers champs. Je suis dans la confiance totale et perd un temps fou à sortir de ce labyrinthe plat pour rejoindre la 112. Je me parle pour me calmer, et à voix haute pour plus d'effet. On dirait Tom Hanks discutant avec son ballon de volley Wilson. Et avant que la nuit ne tombe, je retrouve mon chemin, la piste cyclable et la 112 avec, au bout d'un temps certain, sur la droite, le Contrôle de Saint-Césaire.
Je fais une pause de 20 minutes avec un café et un Bagel sésame. 21 heures, je me lève de mon fauteuil plus machinalement que par envie : il reste une cinquantaine de km d'une route dont 30 km ne sont pas trop fréquentables pour des cyclistes.
Bien équipé pour la nuit, je me force à rouler un peu vite plutôt que par dépit et plus ça va, plus je me sens bien. Quelque part je vois le bout de mon tunnel du moment, cette perte de temps et d'énergie après la piste cyclable a entamé mon moral, mais je vois que je reprends le dessus. Il me fallait juste un peu de calme.
Ligne droite, feux, ligne droite, ville, feux, croisements et voilà le dernier contrôle, celui de Brossard. Je fais pointer ma carte, il est 22h55.
Encore une heure de vélo pour rejoindre Montréal et traverser la ville avant de ranger mon vélo.
Les grands évènements approchent et cela apporte son lot de doutes :
- le 600 avec son parcours exigeant, j'espère y avoir de bonnes jambes et surtout de la motivation, de l'envie.
- PBP avec son 1 200 km mais également avec toute l'organisation la logistique perso qu'il faut mettre en place pour pouvoir faire ce 1 200 km dans de bonnes conditions, avec notamment le décalage horaire
- le 1 000 du Sud avec son parcours aux difficultés hors normes, avec de plus PBP dans les jambes.
Comme Paris-Brest-Paris, lui-même, il faut mener les projets individuellement tout en gardant une vision d'ensemble cohérente.
C'est beau les projets sur le papier, mais avec le recul les projets réalisés sur la route sont plus que beaux et les doutes deviennent de vagues souvenirs.
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